14 mars 2004- 14 mars 2019: il y a 15 ans disparaissait l’opposant guinéen, Siradiou Diallo

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La nouvelle a très rapidement fait le tour des milieux politiques et associatifs guinéens de Paris, avant de susciter de vives émotions en Guinée : suite à un malaise cardiaque, l’un des opposants politiques les plus intransigeants a rendu l’âme à Paris, ce dimanche 14 Mars 2004, à l’âge de 68 ans.

Au moment du décès de Siradiou Diallo, son épouse, Assiatou Bah Diallo, journaliste et Rédactrice en Chef du magazine féminin “Amina“, se trouvait aussi à Paris. Elle devait donc organiser le rapatriement du corps en Guinée.

A Conakry, une foule immense de sympathisants et de curieux affluent, très tard dans la nuit, au domicile du défunt. Cris, pleurs et étonnement traduisaient l’émotion des gens de Conakry qui viennent présenter leurs condoléances aux enfants de Siradiou Diallo : à l’époque, deux garçons et une fille.

Une mort aussi subite que mystérieuse

Siradiou Diallo ne laissait personne indifférent. Vif et intelligent, il avait le sens de la répartie et excellait à mettre le doigt “là où ça fait mal“. Mais curieusement, à sa dernière apparition, le 28 Février 2004 à Paris, lors d’une réunion publique de l’opposition qui fustigeait une fois de plus le pouvoir de Conakry, le prestigieux opposant paraissait très silencieux.

Au cours de cette réunion, et aussi bizarre que cela puisse paraître, c’est plutôt le leader de l’Union pour le Progrès de la Guinée (UPG), feu Jean-Marie Doré, qui avait “monopolisé” la parole, en lieu et place de Siradiou Diallo.

En général ce “privilège” revenait à Siradiou. C’est qu’il n’est pas du tempérament de l’opposant disparu de se laisser “ravir la vedette” sans réagir, voire rechigner,… surtout que c’est pour la bonne cause : celle de l’Opposition guinéenne. En effet, il avait l’art de manier la sensibilité de son auditoire.

Aussi, lors de cette réunion, son attitude calme et réservée, sinon retirée avait marqué le prolixe Jean-Marie Doré qui réagit, à l’annonce de sa mort : “Ce jour-là, je me souviens qu’il n’était pas au mieux de sa forme, pas bien portant. Mais de là à imaginer qu’il disparaîtrait aussi subitement ce 14 Mars, c’était hors de tout entendement“, fait-il remarquer.

On disait Siradiou Diallo souffrant, mais rien de précis n’avait été annoncé concernant une éventuelle maladie. Si bien que le malaise cardiaque qui l’a emporté ce jour-là a surpris tout le monde. Et toute la classe politique a reconnu et salué en lui une des grandes figures politique du pays.

Du journaliste à l’opposant

La carrière de Siradiou Diallo a pris son envol au début des années 1960, d’abord en France, ensuite en Guinée. En ces temps-là, il nourrissait “une certaine idée de l’Afrique”, incarnée par le premier Président de la jeune République de Guinée, Sékou Touré.

Economiste de formation, Siradiou, qui voulait mettre ses compétences au service de son pays, choisit de rentrer en Guinée, après ses études supérieures. Mais très vite, le journaliste plein d’idées et d’espoir doit déchanter. Aussi reprend-il le chemin de l’exil, après s’être opposé à tout point de vue aux options et principes du pouvoir.

Au milieu des années 1980, il revient donc à Paris et intègre, par la suite, l’hebdomadaire “Jeune Afrique“. Il en devient très vite le Rédacteur en Chef, ensuite, l’un des actionnaires influents du groupe de presse.

Désillusionné et devenu de plus en plus réfractaire au régime politique en place, Siradiou se transforme très vite en farouche opposant du pouvoir, à l’extérieur.

Les autorités ne tardent pas alors à le soupçonner d’avoir participé activement au débarquement des mercenaires qui devaient renverser le gouvernement de Sékou Touré, en 1972.

Condamné à mort par contumace, il n’a pu fouler de nouveau le sol guinéen qu’après la mort de Sékou Touré. Le coup d’Etat qui s’en est suivi ayant porté Lansana Conté au pouvoir, l’opposant rentre une fois de plus en Guinée.

En plein dans la politique

Au début des années 1990, à la faveur des lois sur l’amnistie des anciens opposants et sur le multipartisme, Siradiou Diallo quitte donc son métier de journaliste pour se consacrer à la politique dans son pays.

Natif de Labbé, en pays peulh, c’est tout naturellement qu’il se tourne vers cette région pour asseoir les bases de sa nouvelle formation politique, le Parti pour le Renouveau et le Progrès (PRP). Mais il se brouille avec ses alliés, et en 1998, il crée l’Union pour le Progrès et le Renouveau (UPR ), un parti à la même connotation que le premier, mais avec des options différentes. Sous la bannière de ce parti, il se fait élire deux fois à l’Assemblée nationale.

Alors que l’Opposition appelle au boycott des élections législatives de Juin 2002, Siradiou Diallo maintient ses candidats en lice. Mieux, il défend la thèse de sa présence sur l’échiquier politique, ce que lui contestent les autres partis en place. C’est que ces formations politiques ne veulent pas apporter leur caution à “un jeu couru d’avance”. Mais l’entêtement de Siradiou à maintenir sa liste affaiblit d’autant plus l’Opposition qu’il contribue à renforcer son parti.

Entre le Pouvoir et l’Opposition

Sur les 114 députés que compte l’Assemblée nationale guinéenne, l’UPR réalise son meilleur score électoral avec 20 élus, dont Siradiou lui-même. Mais plus tard, l’Opposition l’accuse d’intelligence avec le pouvoir. Mais Siradiou ne s’en offusque pas outre mesure.

Du fait de ses choix à l’Assemblée nationale, il soutient plutôt être le seul -parlant de son parti- à combattre le pouvoir. “Mais pour quels résultats ?“, lui rétorquent les formations politiques regroupées au sein du Front pour le Renouveau et l’Alternance Démocratique (FRAD).

En fait, bien que se considérant toujours comme “membre de la famille” de l’Opposition, Siradiou n’en défend pas moins ses propres idées. Si bien que très souvent, il est taxé de se singulariser et d’aller à contre-courant de la ligne de l’Opposition.

Pourtant, lors de l’élection présidentielle de Décembre 2003, Siradiou rejoint la “famille” pour le boycott de ladite élection, jugeant que les conditions n’étaient pas réunies pour une élection “libre et équitable“.

D’une opposition farouche au Président Sékou Touré, Siradiou Diallo passe ainsi à un statut d’opposant modéré au régime de Lansana Conté. Mais il a surtout consacré sa vie à une certaine idée du pouvoir. Une idée qu’il n’aura pas vu aboutir,… jusqu’à sa mort.

Oumar Diawara 

 

 

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