La presse en danger en Guinée : deux radios et une télévision toutes privées fermées ce lundi

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A journalist wears chain and lock around his mouth during a protest in front of Bombay House, headquarters of Tata Group, against the assault on journalists by the company's private security guards last week, in Mumbai, India, November 8, 2016. REUTERS/Danish Siddiqui

La menace du président guinéen Alpha Condé sur la fermeture de toutes les radios privées en Guinée s’exécute comme il l’a si bien souhaité. Ce lundi, est une sale journée pour la presse privée guinéenne. Deux radios privées et une télévision sont fermées conformément aux fermes instructions du Chef de l’Etat samedi. La radio BTA FM située à 440 Km de Conakry, à Labé a été fermée ce lundi. Le Directeur Général a été trimbalé devant la police judiciaire pour des fins d’enquêtes. A Conakry, la radio et télévision Gangan ont été brouillés par l’ARPT puis fermées.

Ce n’est pas tout, le patron du plus grand  groupe de presse Hadafo Médias en Guinée, Lamine Guirassy est également menacé ainsi que sa famille par les proches du pouvoir.

Rappelons que la presse guinéenne a été muselée et confinée durant les vingt-six ans de règne sans partage de Sékou Touré. C’est la prise du pouvoir par l’armée le 3 avril 1984 sous la conduite du colonel Lansana Conté  qui a ouvert une nouvelle ère fondée sur le libéralisme en Guinée.

C’est justement Lansana Conté qui, au début des années 90, rappela aux journalistes qu’ils étaient désormais libres et qu’il ne fallait plus craindre de « dire la vérité ». Cet appel s’est  traduit plus tard par l’adoption de la loi fondamentale en décembre 1990. Cette loi fut suivie des journées nationales de concertation sur l’information, organisées les 14 et 15 juin 1991 à Conakry par Hervé Vincent Bangoura, à l’époque ministre de l’Information et du Tourisme.

Les lois organiques furent adoptées le 23 décembre 1991. Parmi elles, la loi n°91/005/CTRN du 23 décembre 1991 relative à la liberté de la presse. Cette loi, première du genre, malgré ses insuffisances, a permis à la presse privée d’avoir une existence légale.

En 2010, pendant la transition, le Général Sékouba Konaté, alors président de la transition a promulgué la loi 002 de la liberté de la presse qui a dépénalisé les délits de la presse en Guinée.

Depuis l’arrivée d’Alpha Condé, l’opposant historique qui a fait 40 ans à Paris, pays des droits de l’Homme, cette loi est classée dans les tiroirs. Les journalistes sont arbitrairement détenus,  violentés, humiliés et insultés dans les gendarmeries de Conakry. Actuellement, un procès vise un journaliste de la radio Espace FM, un autre est en exile.

Samedi dernier à Conakry, à la présence de 311 journalistes de la francophonie, Alpha Condé a menacé de fermer toutes les radios privées du pays. Et ce lundi, deux sont fermées ainsi qu’une télévision. Pour le moment, un climat de frayeur est palpable au sein des hommes de médias qui sont à tout bout de champ insultés sur les réseaux  sociaux  par une milice médiatique nourrie et soutenue par le pouvoir en place.

Du 20 au 25, Conakry a abrité les 46ème assises de l’Union de la Presse Francophone qui a mobilisé 311 journalistes venus de 43 pays.

Madiambal Diagne, président de l’UPF internationale n’a pas hésité de  « cracher » ses vérités à Alpha Condé pour le respect de la liberté de presse en Guinée. 

« Il est inacceptable que la presse soit bâillonnée, que la presse soit menacée, que la presse soit confinée dans un rôle. Ceci étant, le président de la République peut avoir son sentiment que je peux ne pas partager mais je lui reconnais le droit d’exprimer son sentiment ».

Minkaêl BARRY

+224 623 47 69 48

 

 

 

 

 

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