Manoir de Verson : Incursion dans la retraite de Colette Senghor

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A l’image d’un moine, Colette Senghor a vécu en retraite dans son manoir à Verson en France. Seneweb a pu ‘’s’inviter’’ dans ce vaste domaine pour savoir ce qu’était le quotidien de l’ancienne Première dame du Sénégal.

D’abord une vie en retrait dans le palais présidentiel du Sénégal, puis dans son manoir à Verson. Colette Senghor a presque vécu coupée du monde. Elle avait son monde à elle. Un manoir quasi impénétrable, tant les invités se faisaient compter sur le bout des doigts. En fait, après les décès de son fils Philippe Maguilène Senghor, Colette avait presque perdu goût à la vie. Le décès de Senghor l’a davantage éloignée de la société. Depuis 2001 au moins, elle a presque vécu comme un moine.
‘’Tous les jours, elle sortait à 10 h pour se promener dans le jardin. Elle avait toujours les mains dans les poches. Ses aller-retour peuvent durer une heure à une heure trente. Elle regardait les fleurs, donnait les instructions avant de retourner dans sa chambre’’, révèle Jean Marie Badiane, un gendarme à la retraite, ancien chargé de sécurité de Colette Senghor à Verson.
Dans l’après-midi, Colette réapparaît à 16 h. Cette fois-ci pour une courte sortie de 30 mn. Elle disparaît à nouveau pour ne sortir que le lendemain à 10 h. Des apparitions qui n’avaient lieu que lorsque le temps était beau. ‘’Elle ne sort jamais si le temps est mauvais’’, souligne Badiane.
Dans cette vaste maison, il y avait peu de monde. Colette Hubert bien-sûr, Jean Marie Badiane, le chargé de sécurité, une fille sérère du nom de Thérèse en charge des tâches ménagères, et la liste est close. Trois personnes plus un chien, éternel compagnon de Colette.
Pourtant, le manoir de Verson est une très grande maison, avec un vaste jardin qui fait deux terrains de football. La longueur fait 500 mètres, souligne Badiane, et la largeur 150 mètres. ‘’Pour vous donner une idée, pendant la guerre, la maison a servi de bunker aux Allemands qui y gardaient des chars. En fait, la maison est juste en dessous de la piste d’avion de l’aéroport de Carpi Quet’’, relève Badiane.
Malgré la dimension du domaine, très peu de personnes étaient admises au Manoir. ‘’Il y a un agent de santé qui passait pour les injections, une fille qui s’occupait de ses retraits de banque, mais aussi les deux jardiniers pour tailler les arbres et nettoyer le jardin’’.
En dehors de ce personnel d’appui, soutient Jean Marie Biadiane, les quelques rares personnes qui passaient sont la sœur de Colette, et de temps à autre Me Boucounta Diallo, ami et camarade de promotion de Philippe. Des autorités sénégalaises ? Presque pas, puisque Colette n’en voulait pas. Non pas parce qu’elle avait un reproche contre elle, mais surtout parce que c’était son choix de vie.
Même des personnes qui travaillent sur l’œuvre poétique de Senghor ont fait le déplacement jusqu’à Verson, mais elles ont dû se contenter d’une photo devant la maison avant de repartir, faute de pouvoir rencontrer Colette Senghor. ‘’Je pense qu’elle a voulu être hors de tout. Claude Pompidou l’appelait souvent pour la sortir, mais elle n’a jamais voulu. La mort de Philippe l’a beaucoup affectée’’.
Philippe ! Un fils dont Colette avait du mal à faire le deuil. Au point que la vie ne l’intéressait plus. Un enfant auquel elle était tellement attachée que plusieurs décennies après sa mort, tout ce qui lui appartenait était soigneusement gardé. ‘’La chambre de Philippe était toujours fermée, on ne touchait pas à ses affaires. C’est comme si il vivait encore’’, se souvient Jean Marie Badiane.
Colette : ‘’J’ai fait une erreur de calcul d’avoir fils unique’’
Lorsque Colette Senghor était de bonne humeur, elle partageait une partie de son passé avec Badiane, notamment sa rencontre avec Senghor, mais aussi ses joies et ses peines. ‘’Un jour, elle m’a demandé combien d’enfants j’avais. Quand j’ai répondu, elle est restée silencieuse un instant avant de me dire : ‘’Badiane, tu as de la chance, moi j’ai fait une erreur de calcul d’avoir fils unique’’.
Plus tard, lors d’une autre discussion, même complainte : ‘’Un jour aussi elle m’a dit : Je ne crois plus en rien, mon fils est mort’’, raconte l’ancien chargé de la sécurité.
C’était aussi des moments que Badiane mettait à profit pour lui demander pourquoi elle ne voulait pas de Diouf dans sa maison, alors que ce dernier s’était signalé à plusieurs reprises. Réponse surprenante. ‘’Elle m’a dit : le jour de l’enterrement, sa femme a mis du rouge. Hors moi, je n’aime pas le rouge’’.
‘’On pouvait rester 4 à 5 jours sans se parler’’
Lorsque Colette n’était pas en forme, mieux vaut éviter tout contact avec elle. ‘’Elle avait ses humeurs. Certains jours, elle peut faire toute sa promenade sans un seul mot. Parfois, on pouvait rester 4 à 5 jours sans se parler’’. Et pour agiter le drapeau blanc, une façon d’indiquer que le conflit est terminé, il y avait une méthode bien à elle. ‘’A chaque fois qu’elle veut signer la paix, tôt le matin, elle m’appelle au téléphone et me dit : ‘’Sarko, rendez vous à 10 h’’.
En fait, Sarkozy (ministre français de l’Intérieur à l’époque) est le nom que Badiane s’était donné pour plaisanter avec Colette. ‘’Je lui disais : je suis ton Sarkozy, parce que je suis le chargé de ta sécurité’’.
Il en était ainsi dans cette maison, avec une Colette tantôt de bonne humeur, tantôt de mauvaise humeur. Surtout une Colette ayant perdu goût à la vie après avoir perdu son unique fils. Désormais cette petite famille se retrouve à jamais, ce jeudi, au cimetière catholique de Bel Air. A moins que les trois corps ne soient transférés à Joal conformément au voeu du président poète.
In seneweb.com

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