Alpha Condé: « Si la Guinée a été en retard, il y a la responsabilité des chefs d’Etat guinéens, mais aussi de la France de l’époque »

38735
Guinea's President Alpha Conde holds a joint press conference with the French president, following a meeting at the Elysee Palace in Paris, on November 22, 2017. / AFP PHOTO / POOL / PHILIPPE WOJAZER

Pour le 60e anniversaire de l’indépendance, le président guinéen rappelle la « mise en quarantaine » subie par son pays pour avoir voulu s’émanciper de la tutelle de Paris.

Les commémorations offrent généralement l’opportunité de dresser un inventaire. Ce 2 octobre, la Guinée fêtera le 60e anniversaire de la fin de la colonisation française. A cette occasion, le président Alpha Condé, élu depuis 2010, a choisi son thème : plutôt que l’avenir, il souhaite rappeler à la jeunesse guinéenne comment « la France a voulu anéantir la Guinée »,après qu’Ahmed Sékou Touré, père de l’indépendance puis dictateur durant un règne qui dura vingt-cinq ans, cinq mois et vingt-quatre jours, eut tourné brusquement le dos à l’ancien colonisateur.

 

A l’époque, la France lui fit payer ce qu’elle considéra comme un affront. Deux ans avant les autres colonies d’Afrique subsaharienne, la Guinée devenait la première à gagner son indépendance en refusant le projet de communauté franco-africaine proposée par le général de Gaulle. Projet éphémère, par ailleurs.

« Responsabilité de la France »

« Du jour au lendemain, tous les cadres français sont partis, la Guinée est restée sans cadre. Il ne faut pas oublier non plus que la Guinée a été mise en quarantaine (…). Il a fallu que l’Union soviétique et la Chine viennent porter secours à la Guinée », a martelé Alpha Condé, dimanche 30 septembre, dans le cadre de l’émission hebdomadaire « Internationales », animée par des journalistes de TV5 Monde, RFI et Le Monde. « Le gouvernement français n’a pas eu une attitude correcte, ce qui a fait que, pendant longtemps, jusqu’à Giscard, les rapports avec la France ont été tendus », a-t-il ajouté.

De cet épisode historique largement documenté, le président guinéen tire un enseignement : « Si la Guinée a été en retard, il y a la responsabilité des chefs d’Etat guinéens, mais aussi la responsabilité de la France de l’époque. » Comment la mesurer, plusieurs décennies plus tard, alors que ce pays d’Afrique de l’Ouest, assis sur un trésor minéral et agricole, végète dans la queue du peloton de l’indice de développement humain ? Pas question d’ailleurs de demander à la France de formuler une quelconque forme d’excuse. « La France n’a pas commis de crimes (…). Nos rapports sont aujourd’hui très bons mais sans masquer les choses », a précisé Alpha Condé.

Militant anticolonial et panafricaniste de toujours, le président tire de cette période de la décolonisation un deuxième « message pour la jeunesse guinéenne », derrière lequel on croit discerner des considérations politiques plus terre à terre. « En 1958, a-t-il dit, l’ensemble de la population guinéenne s’est donné la main pour appeler à voter non [au référendum sur la communauté franco-africaine]. Si nous voulons, nous pouvons de nouveau être unis pour faire face aux défis de la Guinée. »

Ce message d’unité intervient alors que la contestation politique, économique et sociale gronde dans le pays. Au-delà des difficultés quotidiennes rencontrées par une population qui pour moitié vit au-dessous du niveau de pauvreté, selon l’ONU, et ne touche pas encore les dividendes de la croissance, cette contestation s’alimente aussi des rumeurs concernant la volonté prêtée au président de vouloir se présenter, en 2020, pour un éventuel troisième mandat. Une possibilité que la Constitution lui interdit à ce jour mais sur laquelle « il entretient l’ambiguïté », confie un diplomate étranger. Ce 60e anniversaire célébré en grande pompe, mardi à Conakry, en présence de plusieurs chefs d’Etat de la région, n’offrira au mieux qu’une courte parenthèse d’unité nationale, et surtout festive.

Le Monde 

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here