Assaut du Capitole des États-Unis d’Amérique, dichotomie de traitement dans des cas similaires en Afrique (Par Goïkoya Kolié, juriste )

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Le 6 janvier 2021 rentre dans l’histoire américaine comme celle où un président battu aux élections, incite ses partisans et supporteurs d’attaquer le Capitole, le saint des saints de la démocratie américaine. Ce jour-là, des milliers d’émeutiers radicaux et suprématistes blancs prennent d’assaut le parlement américain, dans une tentative de bloquer le processus final de certification, par les parlementaires américains, des résultats du vote du collège électoral, de l’élection présidentielle du 3 novembre 2020, pour ainsi éviter de confirmer la victoire de Joe Biden.

Réunis quelques heures auparavant au parc The Ellipse, les émeutiers sont galvanisés par Donald Trump lui-même, son avocat Rudolph Giuliani et les fils du président sortant.

Le président Trump demande à ses partisans de marcher sur le Capitole et d’en prendre le contrôle.

« Vous ne reprendrez jamais notre pays avec faiblesse. Vous devez montrer de la force et vous devez être forts. Nous en sommes venus à exiger que le Congrès fasse la bonne chose et ne compte que les électeurs qui ont été légalement désignés. Je sais que tout le monde ici se dirigera bientôt vers le bâtiment du Capitole pour patriotiquement faire entendre votre voix aujourd’hui (…) Nous ne concéderons jamais », lance le président à ses partisans.

David Beard, écrivain et rédacteur en chef du Newsletter de Boston écrit : « Ces individus ont activement attaqué des officiers de police du Capitole des États-Unis et d’autres agents des forces de l’ordre en uniforme avec des tuyaux en métal. Ils ont déchargé des irritants chimiques et d’autres substances contre nos officiers. Une demi-douzaine de policiers aspergés de poivre, ont titubé dans le Capitole après avoir rencontré la foule ».
Le bilan de cette folle journée sera de 5 morts, dont un policier du Capitole et 100 arrestations. À la fin de leur forfaiture, Donald Trump félicite sa horde de hors la loi en des termes aussi élogieux que désobligeants à l’endroit de la majorité des Américains : « Vous êtes des patriotes; vous êtes spéciaux; nous vous aimons », dira le commandant en chef des États-Unis à des émeutiers.

LES RÉACTIONS AUX ÉTATS-UNIS

Les condamnations n’ont pas tardé. Elles ont fusée de partout, le lendemain de la prise du Capitole de Washington par des suprémacistes blancs, partisans de Donald Trump. Le président élu Joe Biden visiblement choqué, déclare : « Ce dont nous avons été témoins hier n’était pas décent. C’était du désordre. Ce n’était pas de la protestation, c’était du chaos, de l’insurrection. N’osez pas les appeler des manifestants, ce n’étaient pas des manifestants, c’était une foule d’émeutiers, des insurrectionnistes, des voyous, détruisant le Capitole; des terroristes nationaux. Si cela avait été une manifestation du mouvement Black Lives Matter, ils auraient été traités très différemment de la foule hargneuse qui a attaqué le Capitole, nous savons tous que c’est vrai et c’est inacceptable ».

Kamala Harris, vice-présidente élue : « Nous avons été témoins de deux systèmes de justice : l’un qui a laissé les extrémistes prendre d’assaut le Capitole des États-Unis hier et l’autre qui a déchargé des gaz lacrymogènes sur des manifestants pacifiques l’été dernier. C’est tout simplement inacceptable ».

Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants : « Hier, le président des États-Unis a incité à une insurrection armée contre l’Amérique ». Mme Pelosi a appelé le vice-président Mike Pince à invoquer le 25ème amendement pour destituer Donald Trump. Elle déclare que son caucus irait de l’avant et chercherait à destituer le président moins de deux semaines avant l’expiration de son mandat.

Chuck Schumer, futur leader de la majorité démocrate au Sénat : « Trump a poussé la foule aujourd’hui. Il ne décourage presque jamais la violence et l’encourage souvent. Ce président porte beaucoup de blâme. Ils ont été incités par ses paroles et ses mensonges ».

CONDAMNATION DES DÉMOCRATIES DU MONDE ET DE LA PRESSE INTERNATIONALE

Les dirigeants du monde entier ont appelé au respect du processus démocratique et condamné la prise du Capitole.

Le gouvernement britannique a qualifié de « scènes honteuses » les événements au Congrès américain. Paris parle d’une « atteinte grave contre la démocratie ». L’Allemagne a appelé les partisans de Donald Trump à « cesser de piétiner la démocratie ». Elle explique que « les paroles incendiaires se muent en actions violents ».

Le gouvernement australien dit « attendre avec intérêt un transfert pacifique du gouvernement à l’administration nouvellement élue dans la grande tradition démocratique américaine ». L’Organisation des Nations Unies s’est déclarée « profondément préoccupée ». Quant à l’Union européenne, elle estime qu’il y a eu « un assaut inédit contre la démocratie américaines ». L’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) évoque des scènes choquantes à Washington. Son secrétaire général écrit sur Twitter : « le résultat de l’élection démocratique doit être respecté ». Enfin, le premier ministre Justin Trudeau du Canada a déclaré en entrevue : « Nous sommes évidemment préoccupés et nous suivons la situation minute par minute. Un important processus électoral est en cours aux États-Unis, et je pense que nous voulons et avons tous besoin qu’il se déroule correctement et pacifiquement ».

La presse internationale, elle, estime que Donald Trump a incité ses partisans à l’insurrection qui a pris le contrôle du Capitole le 6 janvier. Si la presse internationale attribue la responsabilité du chaos de Washington au maitre de la Maison-Blanche et l’accuse d’avoir encouragé « la violence, le coup d’État de folie et d’assiéger la démocratie », c’est bien parce que les propos du président ci-haut mentionnés ne laissaient place à aucune ambiguïté. Des quotidiens de la Grande-Bretagne, The Times de Londres, le Daily Telegraph, le Guardian; ceux de l’Espagne El Pais, d’Allemagne Die Welt, Süddeutsche Zeitung, d’Italie La Repubblica, de France, Agence France presse, Libération, le Figaro, le son de cloche aura été identique, condamnation unanime, sans ambages. Ils ont parlé de :
« Jour de honte pour la démocratie américaine; le coup d’État de folie; des extrémistes de droites; la stratégie du chaos; les États-Unis tombent au niveau des républiques latino-américaines; un terrorisme domestique, interne, contre le Capitol ». Cette réaction est louable. Au reste de la planète d’exiger la même solidarité lorsqu’elle fait face à une insurrection armée similaire à ce qu’a connu le Capitole des États-Unis le 6 janvier 2021.

LA DICHOTOMIE QUI TRADUIT LE DRAME ET LE CAUCHEMAR AFRICAIN

Sur l’Afrique, le récit de la presse internationale d’une attaque des institutions démocratiques par le terrorisme domestique est affabulatoire. Il est d’une trahison révulsive, profondément acariâtre et revêche à l’endroit des Africains, en ce sens qu’il épouse beaucoup trop souvent la cause du terrorisme, qu’on choisit soigneusement de qualifier de rébellion.

Lorsque des insurrectionnistes africains prennent les armes contre leur pays; piétinent les institutions étatiques, massacrent des civils, violent des femmes et des enfants, pillent les richesses de leurs pays à travers des trafics illicites; les meilleurs amis des pays africains attaqués, en l’occurrence la communauté internationale, vole beaucoup trop souvent au secours des assaillants.

La communauté internationale fait imposer des embargos sur les armes et des sanctions économiques au pays attaqué par le terrorisme domestique. Elle exige d’associer les terroristes à la gestion des affaires de l’État, tout en les aidant à tenir leur position jusqu’à ce que généralement, le président démocratiquement élu soit renversé par les insurgés.

C’est ce qu’a connu la Côte d’Ivoire au début des années 2000. C’est ce que connait aujourd’hui la Centrafrique. C’est ce qu’a failli subir l’Éthiopie en novembre 2020, avec l’insurrection armée au Tigré de la part de terroristes venus de l’intérieur.

Imaginez un instant la communauté internationale volant au secours des assaillants du Capitole. Imaginez-les, convoquer d’urgence une réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU, pour organiser le réarmement des terroristes de Donald Trump, tout en interdisant aux États-Unis de s’armer, et exiger de Biden de nommer à la tête de ministères clés : Défense, Trésor, Réserve fédérale, etc., les leaders de l’attaque du Capitole. Imaginez ce cauchemar africain, qui voit presque toujours des organisations économiques internationales se tenir aux côtés des insurrectionnistes. Imaginez-les, imposer des sanctions économiques sévères au pays assiégé, dans le but manifeste de l’asphyxier et permettre ainsi aux terroristes domestiques de prendre le dessus.

La récurrence des insurrections armées en Afrique a conduit l’ONU à affûter ses solutions. Sa nouvelle trouvaille se résume en trois lettres : démobilisation, désarmement, réinsertion (DDR), qu’on impose indistinctement dans les fameux Accords de paix, qui en réalité ne sont que des Accords de supercherie. Cette duperie s’accompagne des multitudes missions multidimensionnelles intégrées des Nations unies, destinées à la prétendue stabilité du pays, ce qui dans les faits, se traduit par l’implantation d’une présence militaire internationale, partie prenante, en faveur des terroristes. Les MINUSMA, MINUSCA, MONUC, etc., ont été créées dans ce sens au Mali, au Congo en Centrafrique. Toutes ces missions se sont enlisées, sans jamais réussir à atteindre leurs objectifs. C’est ce drame que vit au quotidien une Afrique en perpétuelle insurrection.

LA CENTRAFRIQUE SYMBOLE DU MÉPRIS ET DE L’INSOUCIANCE DE L’ONU

En 2013, la Centrafrique a été ravagée par une insurrection armée, alors que des terroristes amés par des puissances étrangères et des pays voisins du pré-carré colonial français, renversent le général François Bozizé, lui-même porté au pouvoir 10 ans plus tôt par la diplomatie coloniale française de Jacque Chirac.

M. Bozizé aura la fâcheuse idée de s’ouvrir au partenariat chinois, ce qui est perçu par les régimes successifs de l’Élysée comme une attaque frontale contre leurs intérêts ou plutôt leur héritage colonial, à savoir les immenses richesses du sous-sol africain, jamais cédées, mais arrachées par Charles de Gaulle à travers accords coloniaux, souvent signés par des colons français au nom des colonies africaines d’alors.

En 2013, l’ONU manipulée par la France, qui rédige le texte de l’embargo sur les armes, interdit à l’armée centrafricaine de se défendre contre les terroristes. En 2015, Faustin Archange Touadéra est élu, à la suite d’une élection libre, transparente, financée, organisée et validée par la communauté internationale.

La transparence de cette élection exigeait des Nations unies la levée immédiate de l’embargo sur les armes, afin de permettre au président démocratiquement élu de reconquérir l’intégrité territoriale de la Centrafrique et de mettre les terroristes domestiques hors d’état de nuire. C’était sans compter avec la déception et le mécontentement d’un pays clé du Conseil de Sécurité de l’ONU, en l’occurrence la France, qui fit maintenir le statu quo, qui consacre le tiers du territoire du pays sous le contrôle des terroristes.

Les Africains peinent à comprendre les véritables motivations de l’Organisation des nations unies, qui loin d’œuvrer pour la paix et le développement de l’Afrique, donne l’impression de prendre plutôt faits et cause pour les terroristes qui prennent les armes contre leur pays.

L’Afrique s’attendrait à plus de solidarité de la part des pays et de la presse internationale qui ont pris position pour la démocratie et les institutions étatiques américaines, tout en désavouant les terroristes qui ont attaqué le Capitole avec à la main, le drapeau des confédérés, et qui ont forcé l’évacuation des parlementaires.

DESTITUTION PAR VOIE PARLEMENTAIRE

Les agissements de Donald Trump sont jugés suffisamment graves par ses adversaires démocrates, au point de pousser ceux-ci à enclencher une procédure de destitution à moins de deux semaines de la fin du mandant en cours.

Le président sortant a à notre avis tout a gagné de cette mesure drastique et peut être même incongrue, qui vise à dérider l’atmosphère politique américaine de fin de règne, d’une présidence qui n’a de cesse de ménager ses efforts pour cultiver la suprématie et le privilège blanc.

 

Au-delà de l’humiliation qu’entraine cette procédure sans précédent, l’éphémère successeur de M. Trump, le vice-président Mike Pince, qui a résisté aux appels à un putsch constitutionnel via le 25ème amendement, se précipiterait de gracier son prédécesseur, ce qui le mettrait à l’abris de toutes autres poursuites au criminel par l’administration Biden.

Une destitution aura pour effet d’écarter Donald Trump de toutes autres compétitions présidentielles futures. Est-ce là la véritable motivation des démocrates? Time will tell.