Centrafrique: mystère autour de l’assassinat de trois journalistes russes 

9941

Le reporter de guerre Orkhan Djemal, le documentariste Alexandre Rastorgouïev et le cameraman Kirill Radtchenko ont été tués dans la nuit de lundi à mardi près de Sibut, en Centrafrique. Alors qu’une enquête est en cours, le gouvernement centrafricain a affirmé, mercredi, que les trois journalistes russes ont été assassinés par des hommes armés portant des turbans.

Les trois journalistes russes dont les corps ont été retrouvés mardi vers Sibut, dans le centre de la Centrafrique, ont été abattus par des « ravisseurs enturbannés », selon le gouvernement centrafricain.

Les neuf assaillants ne s’exprimant ni en français ni en sango – une langue nationale de Centrafrique -, ont été  tués par balles les trois journalistes après avoir volé leur véhicule, a indiqué le porte-parole du gouvernement Ange Maxime Kazagui dans une déclaration mardi soir en sango à la télévision nationale, mentionnée mercredi en français dans un communiqué de Reporters sans frontières (RSF).

Enquête en cours

La justice centrafricaine, les autorités fédérales russes et la mission de l’ONU en Centrafrique (Minusca) ont lancé une enquête sur les circonstances des décès du reporter de guerre Orkhan Djemal, du documentariste Alexandre Rastorgouïev et du caméraman Kirill Radtchenko.

Un journaliste aurait été tué sur-le-champ, deux autres seraient morts des suites de leurs blessures, selon M. Kazagui, qui a indiqué à l’AFP que l’un des journalistes se serait violemment opposé aux hommes armés qui voulaient voler leur matériel. Ces détails ont été fournis par le chauffeur du véhicule, qui a été blessé, selon le ministre.

L’attaque s’est déroulée à quelques kilomètres au nord de Sibut, ville située sur l’axe Bangui – Kaga Bandoro, a déclaré à l’AFP un membre de la Minusca sous couvert d’anonymat.

De même source, les trois reporters en provenance de Bangui sont arrivés à Sibut lundi dans la journée avant de partir à 17 h 45 (16 h 45 GMT) pour Dékoa, au nord de Sibut, alors qu’il leur avait été déconseillé de s’aventurer sur la route à cette heure tardive.

Les trois hommes collaboraient avec le Centre de gestion des investigations, un projet lancé par l’ex-oligarque et opposant russe en exil Mikhaïl Khodorkovski. Sur son compte Twitter officiel, ce dernier s’interroge d’ailleurs sur le « silence » des médias d’État russe concernant cette affaire.

Prise de « risques »

« Le meurtre des journalistes par des coupeurs de route appartenant à un groupe armé »est « une hypothèse très plausible », a estimé M. Kazagui, interrogé par l’AFP. « Ils ont pris des risques très peu calculés et à mon sens démesurés », a-t-il ajouté.

« Ils avaient des visas touristiques. Ils ne sont pas venus se signaler dans mes services, ni à l’ambassade de Russie, ni à quelque autorité que ce soit », a précisé M. Kazagui.

La Centrafrique est en proie à des violences perpétrées par des groupes armés qui s’affrontent dans les provinces pour le contrôle des ressources, notamment les diamants, l’or et le bétail dans ce pays de 4,5 millions d’habitants classé parmi les plus pauvres au monde, mais riche en diamants, or et uranium.

Les trois journalistes enquêtaient sur la présence en Centrafrique de mercenaires russes et notamment de la société militaire privée Wagner – qui n’a pas d’existence légale dans le pays.

Le financier de cette organisation serait Evguéni Prigojine, un homme d’affaires proche de Vladimir Poutine ayant fait fortune dans la restauration, avant de conclure de nombreux contrats avec l’armée ou l’administration russe.

Wagner s’est surtout illustrée en Syrie, agissant en parallèle de l’armée russe qui y intervient depuis septembre 2015 en soutien au régime de Bachar al-Assad et en Ukraine. Plusieurs médias, dont la BBC, ont aussi signalé la présence de Wagner au Soudan.

Pierres précieuses

En Centrafrique, « la Russie ne dispose pas d’intérêt géopolitique » et « Wagner cherche probablement à y gagner de l’argent », a estimé l’expert militaire Pavel Felguenhauer. La Russie est toutefois de plus en plus présente en Centrafrique, depuis la fin 2017.

Après avoir obtenu une exemption afin de vendre des armes au gouvernement centrafricain, la Russie a envoyé 175 instructeurs russes afin de former les militaires centrafricains au maniement des armes livrées.« Ces formateurs ne sont pas des militaires conventionnels, mais des mercenaires », a assuré une source militaire centrafricaine.

Ces instructeurs seraient employés par une entreprise privée, Sewa Security Services, créée à Bangui le 7 novembre 2017, selon plusieurs sources concordantes.

Sewa Security Services, gérée par un gradé du ministère de la Défense russe, serait également utilisée pour assurer la sécurité de Lobaye Invest, une société minière créée le 25 octobre 2017 à Bangui et qui a déjà décroché des concessions minières, a précisé une source diplomatique.

Lobaye Invest appartient à Evguéni Khodotov, qui dirige aussi M-Finance, ayant pour activité principale « l’extraction de pierres précieuses ».

Selon plusieurs chercheurs sur les activités militaires et mercenaires russes à l’étranger, le profil de M-Finance ressemble à celui d’Evro-Polis, une société qui regroupe des activités pétrolières et de mercenariat en Syrie.

Avec ouest-france

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here