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Date de Publication: 2017-06-15 17:30:22
TIGUIDANKE MOUNIR CAMARA:« Mon rôle est de permettre à d’autres personnes d’atteindre un niveau qu’ils n’imaginaient pas atteindre »

Entretien avec Tiguidanke Mounir Camara, ancien mannequin international et première femme PDG et propriétaire dans le secteur minier d’Afrique de l’Ouest.

À bientôt 42 ans, Tiguidanke Mounir Camara est l’une des femmes les plus influentes de Guinée-Conakry. Elle commence le mannequinat à 12 ans et défile pour de grandes maisons comme Tommy Hilfiger lors des New York fashion weeks à Bryant Park. Pendant sa brillante carrière de mannequin, elle côtoie de grandes figures du mannequinat des années 90 comme Alek Wek, Naomi Campbell et Noémie Lenoir. Elle pose également pour de nombreux magazines internationaux tels que GQJalouse MagazineEssence ou encore Vibe.

Suite à son mariage en 2000 et à la naissance de ses jumeaux en 2001, elle décide de mettre un terme à sa carrière de mannequin pour se lancer dans l’entrepreneuriat. Issue d’une famille au background politique, elle a déjà connaissance de l’importance du secteur minier pour un pays et lance Tigui Mining Group du groupe TMC Group en 2009 pour l’exploration et l’exploitation de minerais comme l’or et le diamant. Elle devient ainsi la première femme PDG et propriétaire dans le secteur minier et agricole d’Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui, son entreprise prospecte en Guinée-Conakry mais également en Côte d’Ivoire où elle a également engagé des activités agricoles.

Comment s’est passée la transition du mannequinat à la prospection minière ?

En tant que mannequin, on sait très bien que nous n’allons pas vieillir en faisant du mannequinat. C’est une passion que je voyais également comme un business. J’ai donc commencé par étudier la gestion des entreprises à l’école et je me suis dit qu’il était temps de mettre en pratique ce que j’avais appris.

« Je refuse que l’on me mette une étiquette »

J’ai créé plusieurs sociétés, dont Foudis, une maison de mode, et Danke, une maison de cosmétiques. Mais ce qui m’a poussée vers le secteur minier c’est mon expérience dans le mannequinat où j’ai eu affaire à des bijoutiers. Je me suis rendue compte que beaucoup de ces gens prenaient leurs minerais de l’Afrique. Certains avaient des licences, d’autres achetaient simplement la joaillerie et se faisaient beaucoup d’argent. Mais en tant qu’Africaine qui connait les réalités de l’Afrique, je me suis demandée quel était le rapport économique et social de ces entreprises par rapport aux communautés africaines. En tant qu’entreprise nous avons également un rôle social : celui d’aider les communautés dans lesquelles nous pratiquons des activités.

En 2009, je voyais toujours de la pauvreté en Afrique malgré quelques entreprises qui respectaient ce rôle social, donc je me suis dit qu’il était temps que l’Afrique prenne sa destinée en main. 

Comment passe-t-on d’un univers glamour entre strass et paillettes, à l’univers boueux des mines et de la prospection ?

Dans toute chose il faut avoir la passion ! Comme j’aime ce que je fais, la transition a été facile. Quand je suis dans les mines, je me comporte en tant que minière. Quand je suis hors du contexte minier, je suis une femme et encore un peu mannequin. Mais aujourd’hui on me voit davantage comme une femme et une entrepreneuse.

Je refuse que l’on me mette une étiquette car j’ai eu du mal à acquérir le respect de mes confrères entrepreneurs. On me voyait toujours comme une femme belle et jeune, comme un mannequin. Tu restes jolie et c’est tout. Je leur ai bien fait comprendre que je n’étais pas une bimbo, que j’avais des connaissances et que tout comme eux, je pouvais accomplir des choses. J’ai dû effectuer un travail personnel pour leur faire comprendre que nous étions des égaux et qu’ils avaient en face d’eux une femme qui entreprend.

« Je veux faire la promotion de l’excellence »

Avez-vous rencontré d’autres difficultés pour mener votre projet à bien et devenir la première femme PDG et propriétaire dans le secteur minier ouest-africain ?

Comme dans toute société il y a des hauts et des bas, et comme dans toute société minière il y a des problèmes d’investissement. De plus, le secteur minier évolue dans des pays, en général, sous-développés où il y règne des problèmes sociaux, économiques et politiques. S’il y a un manque de stabilité politique et économique, le challenge est très élevé car les investisseurs ne veulent pas aller dans des zones à haut risque. Mais ces problèmes sont communs à toutes les sociétés minières.

Pour moi, en tant que femme et africaine, je savais que je ne disposais pas de tous les moyens pour lever des fonds. Comme je ne pouvais pas me tourner vers les banques pour avoir des prêts, j’ai décidé de m’autofinancer. Actuellement je n’ai donc pas de prêt bancaire ni d’investisseur. J’utilise mes propres fonds ce qui me permet d’y aller, lentement certes, mais sûrement.

« Mon rôle est également de permettre à d’autres personnes de se surpasser et d’atteindre un niveau qu’ils n’imaginaient pas atteindre. »

Grâce à votre statut de propriétaire, vous créez de l’emploi et engagez des jeunes, des hommes et des femmes. C’est important pour vous de pouvoir engager des femmes ?

Bien sûr ! Je fais la promotion des femmes dans le secteur minier donc il est normal que j’en embauche dans mon entreprise. Mais je ne veux pas être sexiste, donc ce n’est pas parce que c’est une société fondée et dirigée par une femme que tous les employés doivent être des femmes. Je veux faire la promotion de l’excellence, tout en soutenant le genre. Pour autant, si une femme n’a pas la capacité d’être embauchée chez moi, je ne vais pas le faire sous prétexte que c’est une femme. À l’inverse, si elle a les capacités requises je l’embaucherais sans réfléchir. 

Je donne également la chance à ceux qui n’ont pas atteint un certain niveau. Je leur fournis des formations qui leur permettra d’acquérir un emploi au sein de ma société. L’expérience ne fait pas tout. Si je pense qu’une personne à les qualités nécessaires pour rejoindre l’entreprise, telles que la capacité et l’honnêteté intellectuelle, la ténacité et la passion, je lui donne une chance.

Mon rôle est également de permettre à d’autres personnes de se surpasser et d’atteindre un niveau qu’ils n’imaginaient pas atteindre. C’est cette même chance que l’on m’a donnée à mes débuts car je ne connaissais rien du secteur minier, mais j’avais la volonté de réussir.

Vous mettez la main à la pâte et descendez dans les mines, c’est important de s’investir également physiquement ?

Oui et j’aime ça ! C’est une partie qui me passionne. Cela me permet de savoir si ce que j’ai pu peaufiner dans les bureaux et écrire est réalisable.

J’aime être sur le terrain et travailler avec mes employés, connaître les étapes de chaque procédure et leur impact physique, moral et économique. Sans cela, je ne peux pas me rendre compte de l’impact du programme, des horaires que j’ai mis en place. Si ces impacts sont négatifs, les retombées de l’entreprise le seront aussi. C’est le terrain qui commande. 

Je suis la première débout et la dernière couchée. Le fait d’être sur le terrain installe aussi une relation de confiance, de famille avec mes travailleurs. Je ne suis pas juste la patronne qui donne des ordres.

« Nous ne restons plus silencieuses et sommes plutôt actives : nous sommes des go-getters »

Comment voyez-vous l’avenir de l’Afrique et de la femme dans le secteur minier ?

Je pense que l’avenir de l’Afrique est sur une voie très positive et avancée. Aujourd’hui, nous les Africains et jeunes africains, nous nous sommes réveillés. On comprend les enjeux actuels et on sait que l’Afrique ne peut pas avancer sans nous. Avec les avancées d’Internet et les outils multimédias tout le monde peut savoir ce qu’il se passe en Afrique et participer à la résolution des problèmes du continent à sa manière sans forcément être sur place. La jeunesse l’a bien compris et nous voyons beaucoup d’engouement et de développement sur ce plan. 

En ce qui concerne la femme, nous savons qu’elle est le pilier culturel de l’Afrique. Mais aussi de la famille, du développement économique et social et de tout ce qui en découle. Le combat de la femme en Afrique n’est pas nouveau. Pour autant, la nouvelle génération apporte une nouvelle force, une nouvelle dynamique dans le développement du statut de la femme dans la société.

Aujourd’hui, nous ne sommes plus silencieuses et plutôt actives : nous sommes des go-getters (fonceuses, ndlr). Nombre de femmes sont aujourd’hui très éduquées et comprennent les enjeux économiques et sociaux. Nous avons des femmes dans la politique, des femmes présidentes, premiers ministres ou qui occupent des postes à responsabilités.

Quelle est la prochaine étape dans votre carrière ?

Tout d’abord, amener mes sociétés de la phase d’exploration à la phase d’exploitation. Ma passion : aider la communauté. Nous faisons déjà des actions sociales en créant des partenariats avec des villageois, mais le réel impact ne se verra que véritablement lorsque nous passerons à la phase d’exploitation, quand je serai en mesure d’avoir des concessions minières, des familles vivants sur des zones minières…

Source: Les Héroïnes 

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