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Date de Publication: 2017-10-04 16:10:34
Diallo Telly: un grand Africain au destin tragique

Boubacar Telli Diallo est né en 1925 dans la petite localité de Porédaka, en plein cœur du massif du Fouta Djallon, dans ce que les géographes appellent aussi la Moyenne Guinée. Il entre tôt, à peine âgé de 6 ans, à l’école coranique, puis à l’école primaire de Porédaka. Le chef de Canton remarque ce jeune garçon intelligent et travailleur et le pousse à continuer. En 1940, à l’âge de 15 ans, il entre en cinquième année de l’école de Mamou, alors que sa famille s’installe à Téliko, tout près de la ville. Peu après, sur les conseils de ses maîtres français, il est envoyé à Conakry, capitale de la colonie. Il poursuit ses études à l’école primaire supérieure, futur lycée classique de Donka, dans la banlieue de la ville.
Malgré des résultats brillants, Diallo Telli ne passe pas le baccalauréat : ce n’est qu’en 1950 que sera attribué en Guinée même le premier diplôme de ce niveau. Aussi Telli fera-t-il comme beaucoup de jeunes Guinéens, notamment ceux issus de familles peules quelque peu aisées : il complétera ses classes à Dakar, à l’école William Ponty de Sébikotane, créée à Saint Louis du Sénégal en 1903 et transférée à Gorée en 1912, où l’élite intellectuelle de l’Afrique de l’Ouest prépare son avenir. Toutefois la famille de Telli n’a pas les moyens de subvenir longtemps à ses besoins et il ne passe finalement pas les examens, mais réussit à entrer dans l’administration coloniale, à un niveau modeste. Nous sommes en 1946 ; Diallo Telli à 21 ans. 

Alors qu’il est employé dans les services généraux du gouvernement général de l’Afrique occidentale français à Dakar, comme fonctionnaire du cadre commun secondaire de l’AOF, un jeune administrateur français avec lequel il travaille, Pierre Cros, évoque devant lui la possibilité de faire une carrière autrement intéressante et brillante dans l’administration ou la magistrature coloniales, grâce à l’Ecole nationale de la France d’outre-mer (ENFOM). Mais pour cela, il faut avoir son baccalauréat et ensuite se rendre à Paris. Diallo Telli profite donc des dispositions particulières adoptées à l’époque pour la promotion des jeunes cadres africains. Elles permettent notamment à ceux qui sont diplômés de l’école William Ponty de passer leur baccalauréat en vue d’effectuer des études supérieures en France. 

L’année scolaire 1946-1947 voit par conséquent Telli revenir sur les bancs du lycée de Dakar pour y préparer les deux parties du bac et les réussir. Il a notamment comme professeur Jean Suret-Canale, universitaire membre du parti communiste français. On le retrouvera une dizaine d’année plus tard parmi les très rares enseignants français qui accepteront de rester en Guinée après l’indépendance, sous contrat local guinéen, contre la volonté expresse du gouvernement français de l’époque, qui les sanctionnera en mettant fin à leurs liens avec l’administration française ou en les pénalisant par le refus de compter dans leur ancienneté les années passées à enseigner dans ce pays. 

Une fois nanti du précieux diplôme, Telli part pour la France et s’inscrit d’emblée à la faculté de droit et des sciences économiques de Paris, située en place du Panthéon, en plein Quartier latin. Outre la licence en droit et en sciences économiques, Telli prépare également avec assiduité le concours d’entrée à l’ENFOM. C’est une véritable existence d’étudiant parisien que vit Telli pendant ces quelques années. Pendant l’été 1951, Diallo Telli, qui vient de réussir sa licence en droit et en sciences économiques, est reçu premier au concours « B » de l’Ecole nationale de la France d’outre-mer, réservé aux jeunes gens déjà fonctionnaires. Au cours de ce même été, il se marie avec Kadidiatou Diallo, une Guinéenne de trois ans plus jeune que lui, originaire de Yambering, petit village près de Labé. 

Major de sa promotion, au lieu de choisir la filière « Administration Générale » qui était alors la plus prisée, il choisit la section « Magistrature ». Dès sa sortie de l’Ecole nationale de la France d’outre-mer avec ses camarades de promotion 1951-1953, Diallo Telli est affecté, conformément à son choix, dans la magistrature d’outre-mer, dont le cadre est géré conjointement par le ministre de la justice et celui de la France d’outre-mer. Il est nommé au poste de substitut du procureur de la République près le tribunal de 3ème classe de Thès au Sénégal, un poste qui vient d’être créé. Mais il ne va pas durer dans la capitale du Rail. 

Après Thiès, il devient dans un premier temps chef de Cabinet du haut-commissaire de l'AOF, Afrique Occidentale, à Dakar, en 1955. Il postule ensuite pour le poste de Secrétaire Général de l'AOF, et est finalement retenu pour ce poste auquel il accède en Avril 1957. Les 18 mois qu'il passera à ce poste lui permettront de se familiariser avec le fonctionnement d'institutions de type parlementaire, et surtout de côtoyer quelques grands noms comme Léopold Sédar Senghor, Félix Houphouët-Boigny, Lamine Gueye, Modibo Keita, Fily Dabo Sissoko, Djibo Bakary, Hamani Diori, Ouezzin Coulibaly et bien d'autres. 

Le 28 septembre 1958, donc, lors du référendum sur la constitution organisée par la France après le retour aux affaires du général de Gaule, une énorme majorité du peuple Guinéen suit les consignes de Sékou Touré et du Parti démocratique de Guinée et vote « non », signifiant clairement son choix en faveur de l’indépendance immédiate. Le désir de faire son entrée officielle dans la communauté internationale en devenant membre de l’organisation des Nations unies constitue alors l’une des premières manifestations de l’indépendance de tout nouvel Etat. Sékou Touré accorde, donc, à juste titre, une grande attention au problème de l’admission de la Guinée à L’ONU. Après le référendum de 1958, Diallo Telli fait le choix de venir se mettre au service de son pays. 
Conscient de son potentiel, Sékou Touré le charge de faire admettre la Guinée à l’ONU. Telli y parvient en quelques semaines, malgré les manœuvres dilatoires de Paris. Ambassadeur à Washington et représentant permanent auprès des Nations unies, Telli s’affirme vite au sein du groupe afro-asiatique. Arrivé à New York à la fin 1958, Diallo Telli représentera la Guinée à l’ONU jusqu’en juin 1960, puis de nouveau de mars 1961 jusqu’en aout 1964, date à laquelle il prendra ses fonctions à Addis Abeba à la tête du secrétariat de l’OUA où son nom s’impose lorsqu’en 1963 est créée cette instance africaine. Il en sera le secrétaire général pendant deux mandats, jusqu’en 1972, où il n’est pas réélu, en grande partie à cause des réticences de Sékou Touré, devant qui il lui a fallu à plusieurs reprises justifier de sa fidélité.

En dépit de nombreux conseils, en particulier ceux de son épouse Kadidiatou, il retourne avec sa famille à Conakry, où il devient ministre de la Justice. Son expérience et son tempérament le poussent souvent à trop de franchise et, donc, à des imprudences. C’est pour dire tout simplement que Diallo Telli a été victime de sa naïveté et de sa franchise à l’instar d’autres grandes figures de l’Afrique comme Mamadou Dia, Thomas Sankara, Patrick Lumumba etc. Arrêté dans la nuit du 18 au 19 juillet 1976, Diallo Telli est accusé d’être la pièce maîtresse du « complot peul » dont Sékou Touré proclamera spectaculairement la découverte. Il croupira au sinistre Camp Boiro placé en « diète noire ». Malheureusement, le 1er Mars 1977 au matin, sa résistance a pris fin, et Boubacar Diallo Telli mourrit dans cette sinistre cellule 52 du Camp Boiro. 

Sa mort restera longtemps ignorée. Sept ans après lui, en mars 1984, survient la mort de Sékou Touré, dont il fut la plus illustre victime. Après la mort du premier président de la Guinée indépendante, l’une des premières décisions prise sous la Deuxième République de Guinée par Lansana Conté, après l’ouverture et la libération des détenus encore vivants, sera de réhabiliter les victimes et d’ordonner la restitution de leurs biens. Diallo Telli restera le plus illustre des martyres du régime de Sékou Touré. Son souvenir demeure vivace en Guinée, en Afrique et dans le monde. Sékou Touré n’avait évidemment pas lu Friedrich Nietzsche, qui écrivait : « que celui qui veut tuer son adversaire se demande si ce n’est pas la meilleure façon de l’éterniser en lui-même. »
Ngor DIENG 
Psychologue conseiller 
ngordieng@gmail.com

 

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