CÔTE D’IVOIRE, GUINÉE : AUTOPSIE D’UNE DÉMOCRATIE BANCALE ( Par Goïkoya Kolié, juriste )

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QUE COMPRENDRE DE LA DIPLOMATIE AFRICAINE DU PRÉSIDENT MACRON?

Le 9 novembre 2020, une histoire d’horreur se déroule dans la colonie française de la Côte d’ivoire. La milice privée du président Alassane Ouattara, (portée au pouvoir en 2010 par des bombardements de l’armée française), se livre à une partie de football, dans la terre poussiéreuse de Daoukro.

Le ballon? La tête décapitée d’un homme de 34 ans, Koffi Toussaint N’Guessan. Les microbes, comme on les appelle en Côte d’Ivoire, machettes à la main, frappent à coups de pied, la tête de M. N’Guessan. Les partisans du présidents Ouattara, (coqueluche de la communauté restreinte dite internationale), courroucés par les manifestations (d’une opposition qui dénonce le mandat qu’ils qualifient de trop), attaquent violemment leurs adversaires partout dans le pays.

Ces escadrons de la mort, qui d’après de nombreux témoignages concordants et recoupés par des images vidéos, souvent escortés par les forces de sécurités et de défense de M. Ouattara, sèment la terreur dans les manifestations de l’opposition. Il est important de souligner que de 2004 à 2010, ce sont les forces d’occupation française qui s’occupaient de décapiter les manifestant opposés au néocolonialisme français, en leur tirant dessus à bout portant, faisant plusieurs victimes, dont notamment Jean-Louis Coulibaly Kouassi, fauché à 24 ans.

Macabre coïncidence, M. Kouassi tombe sous les balles de l’armée française, sous les ordres de Jacques Chirac, le 9 novembre 2004, dans son habitus colonial traditionnel d’imposer un cocontractant du néocolonialisme français à la tête d’un pays africain, ce qui entraine toujours des conséquences économiques incommensurables. Seize ans plus tard, jour pour jour, le lundi 9 novembre 2020, les hommes du présidents Ouattara décapitent N’Guessan Koffi Toussaint, un militant de l’opposition qui aurait dit non à son troisième mandat.

INDIGNATION MONDIALE : ÉTUDE DE CAS

La vidéo de cette barbarie circule dans les réseaux sociaux. L’information est à peine relayée par les médias internationaux.

Alors qu’Il y a quelques semaines, la nouvelle de la décapitation d’un enseignant en banlieue parisienne a fait la Une des journaux des médiats du monde. Les dirigeants de la planète ont fait savoir leur indignation. Les intellectuels ont exprimé leur attachement à la liberté d’expression, au respect des valeurs universelles du droit à la vie, au respect des droits de l’homme et de la démocratie, partout dans le monde. Les dirigeants des pays dits civilisés ont appelé Emmanuel Macron pour lui afficher leur indéfectible soutien, face à la montée du terrorisme islamique qui radicalise ceux qui s’en prennent à des innocents. Samuel Paty était français.

Samuel Paty était enseignant. Samuel Paty était innocent. Samuel Paty était la victime de l’Islam radical, le nouvel ennemi de l’Occident. Samuel Paty était surtout et avant, un homme blanc. L’exécution barbare, lâche, odieuse et indéfendable de Samuel Paty a ému planète entière.
En Côte d’Ivoire et dans tout l’enclos colonial français, sévit le terrorisme politico-économique et monétaire de l’État français.

Ses victimes sont des nègres. Ses victimes sont des noirs. Pire, ses victimes sont des Africains. Ses victimes sont donc restées des sous-hommes. Quelques jours avant l’élection controversée sur la question du troisième mandat du président Ouattara, le régime Macron fit le choix qui obéit à la protection des meilleurs intérêts de la France. Par la voix du ministre Jean-Yves le Drian, la France fait savoir à ses partenaires de l’UE, que contraire à la Biélorussie de M. Loukachenko, la Côte d’Ivoire du président Ouattara était une démocratie. Bien que la France demandât au même moment le départ du président biélorusse, elle estimât du même coup qu’intervenir dans la crise politique ivoirienne serait une ingérence.

Pour la France, M. Alassane Ouattara est donc le phénix des démocrates Africains. Raison pour laquelle, lorsque M. Koffi Toussaint N’Guessan est décapité par le poulain du zinzin de l’Élysée en Côte d’Ivoire, cela n’émeut point cette conscience de l’humanité, qui revendique le droit d’utiliser le mot nègre, le droit de blasphémer, le droit de caricaturer les prophètes, et qui pleure Samuel Paty, au nom de l’universalisme des valeurs européennes,
Mais, il y a pire, nonobstant les graves violations des droits de l’homme, le cafouillage électoral, les enlèvement et la disparition d’opposants, la transformation des résidences de certains d’entre-eux en goulags tropicaux, par le président Ouattara, malgré le lourd bilan de plus de 80 personnes exécutées par les forces du président Ivoirien, le président de la grande démocratie française, chantre des droits de l’homme, modèle du savoir-vivre politique, a jugé que l’élection présidentielle ivoirienne était juste, libre, transparente et crédible et de ce point, il félicitait le président réélu pour un troisième mandat, M. Alassane Dramane Ouattara. En effet, deux jours après la décapitation de M. N’Guessan, et deux jours après la validation de la réélection du président Ivoirien, le 11 novembre 2020, on apprend des médias d’État français que M. Emmanuel Macron aurait félicité son homologue, le président Ouattara, via une mystérieuse lettre, dont on ne trouve trace nulle part, sur les canaux officiels des présidences ivoirienne et française.

De nombreux médias ont tôt fait de noter que le maître de Paris avait pourtant officiellement félicité Joe Biden pour son élection à la présidence des États-Unis d’Amérique. Pour le journaliste Antoine Glasser, l’absence de cette lettre, qui encouragerait le président Ivoirien à dialoguer avec son opposition, traduit la gêne de Emmanuel Macron.

Glasser dit : « C’est une lettre très paternaliste, en disant voilà monsieur le président, vous allez dans le bon sens, et en même temps, en terminant, (toute mon amitié), etc. Cela veut dire que ça joue sur tous les tableaux. Et c’est une espèce de gêne. On sent que Emmanuel Macron retombe un peu dans la FrançAfrique à l’ancienne avec un paternalisme, une relation personnelle avec Alassane Ouattara. Et c’est évident que c’est très mal reçu en Côte d’Ivoire ».

Rassurez-vous M. Glasser, c’est très mal reçu partout en Afrique. Dans le même gazouillis, le suzerain de Paris, dans une traditionnelle haine recuite des Africains, estime que pour sa part, Alpha Condé de Guinée aura amendé sa constitution pour se maintenir au pouvoir. Est-ce à dire que M. Macron se préoccupe plus des morts en Guinée qu’en Côte d’Ivoire?

Ce doigt d’honneur du président français à la famille de Koffi Toussaint N’Guessan, mais également à l’ensemble des victimes des affrontement intercommunautaires dans le sillage de la réélection pour un troisième mandat du président Ouattara et de ses pairs soutenus par la France est l’une des nombreuses racines du sentiment dit anti-français, qui n’est en réalité qu’une détresse des Africains face à l’interminable colonisation française, puisque dans les faits, les Africains ne nourrissent aucune haine envers les citoyens français, qui par ailleurs, dans leur grande majorité ne sont ni pas au courant, ni n’approuveraient les épouvantables crimes contre l’humanité commis en leur nom par leur élus.

POURQUOI ALASSANE OUATTARA ET NON ALPHA CONDÉ?

MM. Condé et Ouattara ont beaucoup en commun. Les deux hommes ont été coptés par des intérêts, des hommes d’affaires, des milieux politiciens et des dirigeants français en 2010. Tous les deux ont modifié la constitution de leur pays respectif pour un troisième mandat, fortement contesté par leur opposition, et fortement réprimé dans le sang.

Leurs deux élections ont été émaillées de sanglantes violences. Ces élections auraient fait plus 60 morts en Guinée, et plus de 80 morts en Côte d’Ivoire. Dans les deux pays, les résidences des opposants ont été encerclés par les forces de l’ordre. Pire, à la différence de la Côte d’Ivoire, les observateurs des institutions africaines affirment avoir constaté dans l’ensemble une élection transparente en Guinée le 18 octobre.

C’est pourtant M. Ouattara, (réélu avec le score ahurissant de 94,27 % des voix, soit la quasi-totalité des 15 % de l’électorat ivoirien qui constitue sa base), qui reçoit les félicitations de l’homme fort de l’Élysée.
Faut-il lire dans ce désaveu du président Macron vis-à-vis de M. Condé, un amour réel du dirigeant français pour les Guinées, tel que le souhaite d’ailleurs l’intéressé dans son entrevue à Jeune Afrique du 20 novembre 2020 intitulé : « Entre la France et l’Afrique, ce doit être une histoire d’amour »? Cet amour stalinien, sélectif, forcé, au pas, s’exprime-t-il uniquement aux victimes guinéennes et non celles ivoiriennes?

Le désaveu dont fait l’objet Alpha Condé s’explique-t-il par son fameux : Couper le cordon ombilical? S’explique-t-il par le refus de M. Condé de se joindre au projet de la nouvelle monnaie ECO, du couple Macro/Ouattara que d’aucuns appellent « Ouacron ».

Faut-il regarder du côté des immenses intérêts économiques de la France dans la Côte d’Ivoire du président Ouattara, dont notamment ce projet du métro d’Abidjan, construit par des entreprises françaises, au cout effarant, estimé à deux milliards d’euros, alors que la Chine a réalisé le même projet à Addis-Abeba, sur la même distance, pour moins de 500 millions de dollars. La France se tient-elle réellement aux côtés de la démocratie et des Africains ou plutôt aux côtés de ses immenses intérêts économiques en Afrique?

À chacun de tirer ses propres conclusions sur l’orientation de la diplomatie politico-économique de la France en Afrique, tout en ayant à l’esprit ces quelques propos de dirigeants français :
François Mitterrand : « Sans l’Afrique, il n’y aura pas d’histoire de France au 21eme siècle ».

Valéry Giscard D’Estaing : « L’Afrique est pour la France le réservoir de toutes les richesses qui feront d’elle une puissance du troisième millénaire ».

Jacques Chirac : On n’oublie seulement une chose. C’est qu’une grande partie de l’argent qui dans notre porte-monnaie vient précisément de l’exploitation depuis des siècles de l’Afrique. (…) Alors, il faut avoir un petit peu de bon sens, je ne dis pas de générosité, de bon sens et de justice pour rendre aux Africains, je dirais ce qu’on leur à pris. D’autant que, c’est nécessaire, si l’on veut éviter les pires convulsions ou difficultés avec les conséquences politiques que ça comporte dans un proche avenir ».

Pour sa part, le prof Kenyan PLO Lumumba, va de ce conseil : « Je nous suggère que la politique doit être d’une nature qui permette aux ethnies et aux groupes de négocier.

Je n’ai pas encore de réponse à ce que je pense contenir sur le terrain, mais j’ai les choses suivantes, qu’elle ne peut pas être uniforme, qu’elle doit être spécifique aux circonstances de chaque pays, et que c’est nous qui devons la définir. Nous devons avoir un vocabulaire pour elle et nous devons nous avertir que le véritable maître colonial est vivant et bien souterrain et pernicieux jusqu’à la moelle. Ne vous faites pas d’illusions et rappelons-nous que la désunion de l’Afrique est une affaire de gros sous et que si nous oublions cela, nous serrons une fois de plus manipulés en dernier ressort ».
Dre Dambisa Moyo, spécialiste de la macroéconomie, du développement international et des relations internationales confie ce qui suit : On m’a toujours dit que la voie du succès économique passait par la démocratie et le capitalisme de marché.

Au cours des dix dernières années, j’ai eu le privilège de voyager dans plus de 80 pays, riches et pauvres, démocratiques et non démocratiques. Une pensée est devenue absolument claire, nous qui croyons à la démocratie et au capitalisme de marché ne sommes plus convaincants. En fait, les gens dans le monde entier ne sont plus convaincus que ce soit la voie du succès économique et du progrès humain ».

Charles de Gaulle écrit dans ses mémoires avoir réussi à transformer la colonisation en coopération. Cet aveu est aujourd’hui lourd de conséquences. Ceux d’entre les Africains qui aident la France à piller l’Afrique en apprennent à leur dépend, car, comme de nauséabonds couches de bébés, la France remplace régulièrement les collabos africains pour les mêmes raisons. Guillaume Soro vous en dira davantage.

L’ancien faiseur de roi dont la rébellion fit des dizaines de milliers de morts, pour protéger les intérêts français en Côte d’Ivoire est aujourd’hui persona non grata en France, annonce faite par Emmanuel Macron lui-même. Un puissant message pour les leaders politiques Africains (gouvernants et opposants) adoubés par RFI, TV5, France24, Élysée.