Crise au Mali : Une gangrène de la classe politique africaine nommée corruption, mal-gouvernance et influences étrangères

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Le soulèvement populaire qui secoue le Mali depuis quelques semaines est la résultante d’un profond malaise, lui-même généré par une culture de corruption congénitalement inhérente à l’élite politique africaine, sélectionnée parce que corruptible et incompétente.

Le président Ibrahim Boubacar Keïta, dit « IBK », a réussi le coup de poker de fédérer contre sa présidence et sa personne la quasi-totalité des acteurs politiques, religieux et ceux de la Société civile du Mali, y compris ses alliés de circonstances électorales d’hier.

La goutte d’eau de trop

 

Après une réélection présidentielle violemment contestée suite à un scrutin douteux tenu en 2018, le président malien cristallise à nouveau les contestations des Maliens contre la culture de la fraude massive qui accompagne la grande majorité des consultations électorales sur le vieux continent. La colère éclate le 30 avril à la suite de la proclamation par la Cour constitutionnelle des résultats définitifs des élections législatives dont les premier et deuxième tour se sont déroulés respectivement le 25 mars et le 19 avril 2020. À la suite du président malien, toutes les institutions semblent récidiver sans cesse dans la gestion calamiteuse et provocatrice des affaires de l’État.

 

La mauvaise gouvernance, la corruption, bref, la culture de la fraude absolue ternit l’administration IBK.
C’est dans ce lourd contexte de rupture du lien de confiance entre les Maliens et leurs institutions dites démocratiques que la Cour constitutionnelle, tenant compte des recours introduits par certains candidats proches du président, apporte des changements, quoique peu importants en termes de chiffre. L’institution judiciaire, après examen des différentes requêtes, attribue 51 sièges au parti au pouvoir contre 43 préalablement annoncé dans les résultats provisoires du ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation.

C’est l’incident de trop, la goute d’eau qui fait déborder le vase, car, on se souviendra que la réélection en août 2018 du président Keita sera aussi contestée et réprimée dans le sang. L’opposition avait en ce moment reproché au pouvoir d’avoir profité de l’insécurité née des violences djihadistes et ethniques, suite à l’insurrection armée qui pourrit le pays depuis 2012, pour gonfler le résultat du président sortant.

Le scandale des hélicoptères Puma : La manipulation de l’aide
Avec l’acquisition des hélicoptères Puma en France, la corruption a atteint des sommets dans l’administration IBK. Le président et/ou ses hommes de confiance ont choqué toute l’Afrique. Si la responsabilité directe du président Keita n’est pas établie, son odieux aveuglement volontaire dans ce scandale lui vaut toute l’inimitié de son propre peuple, mais aussi et également de l’ensemble des observateurs politiques Africains : s’enrichir illicitement à même le budget d’une armée en guerre dont les soldats se font massacrer par des amoureux de dieu, surarmées et drogués, ne passe tout simplement pas. Il est constitutif de l’ultime trahison.

Le Mali commande et reçoit pour 3.87 milliards de francs CFA le premier hélicoptère épave Puma le 17 octobre 2016 de Airbus hélicoptères France. Il prend possession de la deuxième épave en janvier 2017 au coût de 3.46 milliards de franc CFA, d’une filiale de Airbus Groupe. Depuis, les hélicoptères sont cloués au sol.

D’après un article de RFI du 13/08/2019, pendant que le président IBK parle officiellement d’appareils cloués au sol pour des « questions de maintenance », son fils et député Karim Keïta, président de la Commission de défense de l’Assemblée nationale du Mali au moment des faits, lui se demande officiellement si le Mali n’a pas été floué lors de l’achat des deux appareils. Le questionnement n’est pas innocent. Il pousse à creuser davantage dans le fonctionnement opaque de l’aide publique au développement (APD). Il s’avère que, même la partie de l’aide consacrée à l’assistance aux militaires est structurée de manière à flouer ceux qui en dépendent. Raison pour laquelle, les aides sont assorties de l’obligation d’acheter les matériels auprès du pays donateur ainsi que l’obligation de lui confier les contrats de maintenance.

Que des responsables politiques et militaires d’un pays en guerre disposent du budget des forces armées comme bon leur semble est d’une insouciance et d’un mépris pour la vie d’autrui d’une indescriptible révulsion. Cette remarque introduit la perversité de l’aide publique au développement et dans le cas en l’espèce, celle destinée aux militaires.

Lorsque les pays bénéficiaires ou plutôt pays victimes de l’aide manipulée sont contraints d’acquérir le matériel auprès du pays donateur cela ouvre le flanc aux scandales de cette nature. Sachant que l’aide est dans les faits dépourvue de toute volonté et intention d’aider les pays dits pauvres à se passer de l’aide, l’acquisition des hélicoptères épaves auprès d’un pays ayant des intérêts à protéger au Mali participe de cette culture machiavélique de perpétuer une dépendance et une fragilité dans lesquelles les pays « gracieux » tirent leur prospérité.

C’est un scandale de détournements et de surfacturation qui met en exergue le fait que les investissements étrangers, les aides publiques ou privées présentent un risque majeur pour la sécurité nationale des pays africains tributaires. Il n’est pas exagéré de soutenir que cette aide constitue une menace directe pour la stabilité des pays africains, car dans le cas qui nous occupe, l’argent dont les pays donateurs se vantent d’avoir versé aux forces armées maliennes en guise d’aide militaire a servi à acheter des engins que plus aucune armée n’utilise en Europe. Les clauses de l’entende de l’aide accordée étaient préjudiciables à la sécurité nationale du Mali. L’aide publique est délibérément utilisée à des fins néfastes en Afrique par les pays donateurs dans le but savant de demeurer les incontournables maîtres du jeu.
Au nom de la protection de la sécurité nationale, le Mali et l’ensemble des pays africains doivent se passer d’une aide qui ne les aide pas à se passer d’elle.

 

À défaut d’un engagement à un haut niveau de transparence sur l’agenda des pays bailleurs de fonds, les populations africaines doivent savoir que le risque encouru pour leur sécurité en acceptant l’aide de pays prédateurs est de 100%. Car le but premier de l’aide est d’aider au développement des entreprises des pays donateurs. Le scandale des d’hélicoptères épaves a enrichi l’entreprise française Airbus France de plusieurs millions d’euros, il a du même coup appauvri le Mali de plusieurs milliards de franc CFA, en plus de faucher la vie de plusieurs centaines de soldats Maliens et de celle de plusieurs dizaines de milliers de populations civiles maliennes, sans compter la paralysie de l’économie.

Nous pensons que les principes de la transparence et de la responsabilité mutuelle des parties, qui s’adressent principalement aux pays donateurs dans la déclaration de 2005 sur l’efficacité de l’aide engagent justement la responsabilité pénale du cocontractant du Mali : l’entreprise françaises Airbus et par extension, la responsabilité de l’État français, et, nous soumettons qu’un tribunal compétent et indépendant devrait être saisi, ne serait-ce que pour obtenir résiliation des ventes pour cause de pratiquent dolosives ayant vicié le consentement malien. La restitution au peuple malien de la totalité des 7.33 milliards de franc CFA injectés dans cette aventure, ainsi qu’une condamnation à des dommages-intérêts et des dommages punitifs exemplaires, devraient correspondre aux pieux idéaux de l’aide.

Aide publique au développement, influence et/ou ingérence étrangère
Dans son discours du 20 janvier 1949 sur l’état de l’Union de son pays, le président américain Harry Truman introduit le concept de l’aide au développement. Ce concept nouveau désigne l’ensemble des ressources sous forme de dons, de prêts, d’argents et des annulations de dettes fournies aux pays en voie de développement pour favoriser leur croissance économique. L’aide porte plutôt mal le nom AIDE, car elle n’est en rien ce qu’on peut imaginer de ce mot.

M. Truman ne déborde pas d’humanisme envers les pays du tiers-monde, lorsque dans son discours de 1949, il prévoit la mise sur pied de l’aide publique au développement. Le président américain souhaite trouver des débouchés pour écouler le surplus des énormes productions industrielles et agricoles de son pays qui triomphe de la guerre qui a détruit l’Europe et son industrie. S’inspirant de l’aide américaine (connue sous le nom de Plan Marshall), fournie à l’Europe ravagée par une terrible guerre tribale de six ans (1939-1945), le maître de Washington fait un calcul économique simple : déverser les productions industrielles américaines excédentaires sur le reste de la planète.

Le modèle de l’aide publique au développement de Truman est strictement le calqué du Plan Marshall. La conditionnalité majeure de ce plan de reconstruction de l’Europe était à l’effet que, les pays européens bénéficiaires devaient en contrepartie acheter en priorité des produits américains nécessaires à leur reconstruction. Truman s’assure ainsi l’accès aux marchés des empires coloniaux de ses partenaires européens eux-mêmes préalablement ligotés dans le plan Marshall.

L’aide connait une dérive autoritaire et abusive au cours des années 70 lorsqu’elle débouche sur la notion de conditionnalité et sur les politiques d’ajustement structurel pilotées par les pays développés à travers leurs bras économiques incarnés par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM).
On remarque dès au départ l’inadéquation à sa face même entre les termes aide et prêt. Un prêt assorti d’intérêts ne peut en aucun cas être constitutif d’aide. Le qualifier d’aide ne peut que participer à cette fourberie de masse des populations des pays développés eux-mêmes, à qui on vent cette illusion de bonne conscience d’être dans une optique d’aider les pays dits du tiers-monde. À ces contribuables du Nord, on laisse aux médias-mensonges raconter que l’inefficacité de l’aide depuis 70 ans résulte uniquement de la corruption maladive des élites des pays bénéficiaires, sans le moindre mot sur le rôle de corrupteur des donateurs.

Les populations des pays qui subissent cette aide mal intentionnée sont également victimes de la même intoxication indigeste des mêmes médias. La vérité sur l’aide est toute autre. L’économiste français Serge Michailof donne une autre image peu glorieuse de l’aide :
« Sur les 9 milliards d’euros annuels d’aide publique au développement qu’octroie la France, environ 300 millions d’euros seulement sont des dons, or les pays les plus pauvres et ceux du Sahel en particulier n’ont pas les moyens de s’endetter ».

Ceci explique en substance l’inefficacité de l’aide, car, entre 1970 et 1998, alors que l’aide était à son plus haut niveau, le taux de pauvreté en Afrique s’est accru, passant de 11 % à 66 %. C’est d’autant plus édifiant que les experts analysent que plus il y a de l’aide publique au développement, plus les pays s’enfoncent. Ces experts dénoncent un fonds de commerce non clarifié car selon eux, par souci de préservation de leurs intérêts économiques, les pays donateurs maintiennent volontairement les pays receveurs dans une situation de précarité, rapporte l’émission Polititia du 18 octobre 2017. Ces pays réussissent leur stratagème à travers le genre de scandale de l’achat des hélicoptères qui n’ont jamais permis à l’armée malienne de faire face aux djihadistes.

Pour l’économiste Zambienne Dambisa Moyo, auteure de « L’Aide fatale », l’aide au développement tue l’Afrique. Mme Moyo note que c’est bien l’aide qui rend le continent africain encore plus pauvre. Elle fait remarquer qu’en 1970, seulement 10 % des Africains vivaient avec 1$ par jour, aujourd’hui, ils sont plus de 70 % à vivre dans les mêmes conditions et les choses se sont empirées sur les principes du développement alors que l’Afrique est en train de flancher. Dans cette même veine ahurissante, il est plutôt convenable de relever que c’est l’Afrique qui grâce à ses matières premières et grâce à la détérioration des termes de l’échange, aide au développement des pays industrialisés qui prétendent l’aider.

C’est d’ailleurs dans ce climat apocalyptique ambiant que l’aide publique au développement connait un rétrécissement comme peau de chagrin. Selon l’Organisation pour la coopération et le développement économique, (OCDE), l’APD a baissé en 2016 de 0,5 % pour l’ensemble du continent africain et de 0,7 % en ce qui concerne l’Afrique subsaharienne. Les chiffres de la Banque africaine de développement (BAD) font état d’un curieux paradoxe : le taux de pauvreté reculerait depuis quelques années en Afrique alors que le nombre de pauvres ne cesse d’augmenter. En 2018, l’institution financière africaine estimait le nombre de pauvres sur le continent à 544 millions de personnes, avec une classe moyenne de près de 350 millions de personnes sur 1.2 milliards d’habitants.

La déclaration de Paris de 2005 sur l’efficacité de l’aide publique au développement est restée lettre morte. Les pays donateur se sont libérés la conscience sur des politiques d’intention générale sans aucune intention réelle de mettre en application des principes qui pourraient contribuer à améliorer l’efficience de l’aide. L’appropriation du concept de l’aide publique au développement par les pays receveurs, l’alignement de l’APD sur les politiques nationales de développement, l’harmonisation et la transparence qui exige des donateurs une certaine sincérité, la gestion axée sur le développement de manière à aboutir aux huit objectifs du millénaire qui n’ont jamais été atteints et enfin la responsabilité mutuelle des parties sont les grandes lignes d’une déclaration purement opportuniste.

 

Ce qui amène par exemple à signaler que si les autorités maliennes ont acquis des épaves non volantes avec de l’argent en provenance de l’aide militaire, les responsables français sont solidairement responsables de ce fiasco organisé.
Bien que favorable au principe et à la nécessité de l’existence de l’aide, le Dr Emmanuel Okamba décortique tout de même les raisons qui expliquent la méfiance et le cynisme de plus en plus grandissant de certains observateurs vis-à-vis de l’aide. Il affirme que sur 100$ d’aide, 25 % vont dans les commissions, généralement occultes dont on ne sait pas trop comment ils sont dépensés; 60 % de l’aide sont destinées aux achats des produits des pays donateurs; 12 % sont consacrées aux traitements des experts envoyés dans les pays bénéficiaires et enfin, il reste seulement 3 % qui reviennent effectivement aux pays bénéficiaires. Il n‘est pas faux de penser que ce 3 % finit trop souvent dans les poches des dirigeants locaux. Dans la plupart des cas, cet argent reprend le chemin inverse et se retrouve dans les comptes de banques à l’étranger de nos dirigeants. Ce qui fait dire à Mme Moyo que l’APD encourage la corruption des deux côtés du partenariat; elle est source de conflits et constitue un frein à la libre entreprise.
Pour l’économiste canado-burkinabé Habata Diallo, bien qu’une partie de l’aide soit consacrée aux salaires des chômeurs que les pays donateurs nous envoient en Afrique, leur expertise technique en termes de renforcement de capacités à travers la formation, la gestion, l’administration et au niveau organisationnel est tout de même une aide pérenne utile à nos pays, en ce sens qu’elle pourrait nous permettre d’améliorer nos façons de faire. L’experte en évaluation de programmes déplore tout de même le culte que vouent à ces techniciens autorités et populations locales.

 

La Chine fait son entrée dans ce débat, où, avec un rapport, des experts qu’on pourrait soupçonner à la solde d’une certaine idéologie ou carrément à la solde des donateurs traditionnels de l’aide publique au développement tirent sur la sonnette d’alarme. La Chine ne consacrerait que 23 % de ses investissements à l’aide. Nonobstant les chiffres largement exagérés, lancés pêle-mêle par des médias Mainstream dont notamment RFI, à l’effet que la chine détiendrait 40 % des dettes africaines, la réalité est toute autre. Dans un article paru le 15 avril 2020 dans The Diplomat intitulé « Chenise Debt Relief. Fact and Fiction », Deborah Bräutigam, après consultation des statistiques de la Banque mondiale et de l’édition 2019 de son rapport International Debt Statistics de 2018 affirme que la Chine ne détient que 17 % des dettes africaines. Les 83 % des dettes africaines sont consacrées dans les mains de ceux qui dénoncent la Chine et qui redoutent une perte de contrôle.

 

Pour le politologue Camerounais Ekanga Ekanga, la Chine est un moindre mal comparativement à l’Occident. Le doctorant en science politique d’une université allemande illustre ses propos avec une étude comparative sur l’Éthiopie et la Côte d’Ivoire. Les deux pays africains ont décidé de se doter d’infrastructures ferroviaires pharaoniques. L’Éthiopie s’est fait construire par une entreprise chinoise un métro léger à Addis Abeba. Le projet de 34 km a couté 475 millions de dollars. Le même projet en Côte d’Ivoire, à Abidjan sur un tronçon de 37 km, est estimé à 1,4 milliards d’euros. Le projet ivoirien est réalisé par des entreprises française : Alstom, Thales, Bolloré, etc. Le prêt français qui totalisera à terme 2 milliards d’euros devra endetter des générations d’Ivoiriens sur plus décennies, pour réaliser au triple du coût ce que la Chine fait en Éthiopie dans un projet similaire.

 

Dans l’éventualité où la Côte d’Ivoire se révèlerait dans l’incapacité de rembourser le prêt, parce que peut être le tramway n’est pas rentable, il faudra brader un pan entier de l’économie ivoirienne pour rembourser. Les chiffres qu’évoque M. Ekanga sont aux antipodes des rapports alarmistes et pessimistes sur les investissements chinois en Afrique.

Curieusement, ce sont les investissements chinois qui font l’objet d’un minutieux examen et qui reçoivent l’anathème des experts qui se sont penchés sur le sujet, dans une maladroite tentative de fabriquer des faits, qui servent de vérité, ou tout au moins de leur vérité, inventée pour servir leurs propres intérêts. Lorsque cette vérité ne tient plus la route, on en fabrique un nouveau mensonge.

Pour M. Ekanga, l’histoire africaine est une spirale, parce que les modèle sont exactement les mêmes. On a l’impression que les Africains n’apprennent pas de leur passé, en continuant à faire exactement les mêmes choses et espérer des résultats différents, martèle le politologue Camerounais. De son côté Habata Diallo déplore dans l’aide chinoise ce déficit lié au renforcement des capacités. Mme Diallo se désole de cette absence de communication entre les chinois et leurs partenaires bénéficiaires. Elle observe dans l’intervention chinoise : « un faire pour », dépourvu de l’aspect apprentissage du comment faire. Le « faire pour » chinois n’est pas nécessairement la meilleure manière de renforcer les capacités souligne Habata Diallo, qui pense tout de même que beaucoup apprécient l’aide chinoise dont les résultats en infrastructures routières, ferroviaires, maritimes et hospitalières sont palpables sur le terrain.

Un Mali solvable.

Il est aujourd’hui établi que le développement passe impérativement par la mobilisation à bon escient des ressources internes à travers les recettes fiscales et l’ensembles des épargnes nationales de diverses sources locales ainsi que celles en provenance de l’extérieur et qui émanent de la valeur monétaire des exportations. L’épargne nationale africaine sert paradoxalement à financer l’aide qu’elle reçoit. Derrière ce mécanisme machiavélique futé réside un racisme systémique international qui s’ignore et qui fait des ravages.

L’encyclopédie libre Wikipédia rapporte qu’en 2017, le Mali a exporté pour 3.036 milliards de dollars. Ces principales exportations portaient sur le Coton, l’Or et le Bétail en destinations du Burkina Faso, la Chine, l’Inde, la Suisse et l’Ukraine. Les recettes publiques du Mali étaient estimées à 1,5 milliards de dollars, pour des dépenses publiques de 1,8 milliards de dollars. Il reste frappant de constater que le Mali exporte plus qu’il n’amasse de revenus. Ce qui amène à soulever la question du dépôt au trésor public français de 50 % de la valeur des exportations des pays pris sous le joug de la tyrannie monétaire française appelée franc des colonies françaises d’Afrique CFA.

Lors de sa première visite de prise de fonction hors Europe, Emmanuel Macron débarque au Mali avec une promesse de 470 millions d’euros, ce qui est de loin inférieur à la moitié des 3.036 milliards de dollars versé annuellement par ce pays – contre son gré – au trésor français. Les pays receveurs sont habitués des grands discours creux, généreux et pompeux en promesses d’aide financière dont la totalité n’est presque jamais décaissée.

Ce schéma aide à expliquer la suggestion selon laquelle, l’aide publique que reçoit le Mali est financée à même ce qui lui est extorqué par le colonialisme français et tous les autres partenaires au développement. Cette réalité s’applique à tous les pays africains tributaires de l’aide publique au développement, avec les adaptations nécessaires, bien entendu.

L’ONG internationale Oxfam aborde la question sous l’angle des évasions fiscales à la suite du scandale des Paradise Papers. Pour Oxfam, l’évasion fiscale alimente la pauvreté et les inégalités. L’ONG indique que : « Lorsque des grandes entreprises comme Glencore et Apple se soustraient à l’impôt (…) les plus pauvres en payent le prix (…) L’évasion fiscale des entreprises coûte chaque année au moins 100 milliards de dollars aux pays pauvres ». Un document de l’Agence française de développement intitulé : Fiscalité au Mali, vers la fin de la dépendance à l’aide, révèle pour sa part que l’ensemble des exonérations fiscales dans le secteur de l’industrie extractive au Mali représentent un manque à gagner de plusieurs milliards de franc CFA par an pour le pays. Le document découvre que ces exonérations représentent près de 11 % du budget du Mali et sont 3,5 fois supérieurs au budget du pays en matière d’éducation.
CEDEAO : Un remède complaisant rejeté
C’est donc un président affaiblit par les scandales de corruption, de fraudes électorales à répétition, de crise de confiance, de crise de gestion de crise de mal-gouvernance; affaibli par plusieurs semaines de manifestations monstres réclamant sa démission et l’organisation de nouvelles élections, que ses pairs de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) décident de secourir.

 

Au sommet extraordinaire organisé par vidéoconférence le 27 juillet 2020, les présidents ouest-africains annoncent une série de mesures dont notamment, la démission immédiate des 31 députés dont l’élection est contestée y compris le Président de l’Assemblée nationale, la recomposition sans délai de la Cour constitutionnelle conformément aux dispositions constitutionnelles du Mali, la constitution rapide d’un Gouvernement d’union nationale avec la participation de l’opposition et de la Société civile, la création d’une Commission d’enquête pour déterminer et situer les responsabilités dans les violences qui ont entraîné des décès et des blessés, ainsi que les destruction de biens publics et privés les 10, 11 et 12 juillet 2020, enfin, la mise en place d’un Comité de suivi de toutes les mesures prises, qui comprendra des représentants du Gouvernement, du Parlement, de la Société civile, du M5-RFP, de la magistrature, des femmes et des jeunes, avec la participation de l’Union Africaine, des Nations Unies, sous la présidence de la CEDEAO.

L’organisation ouest-africaine n’exclut pas de sanctionner les opposants à son plan de sortie de crise qui prône en substance le maintien du président et des élections partielles au niveau de l’Assemble nationale.
Réactions mitigées:
Sans tarder, le Mouvement du 5 juin RFP rejette les conclusions de la CEDEAO dans un communiqué. Le M5-RFP déclare : « Les recommandations adoptées par les dirigeants de la CEDEAO ne correspondent aucunement aux attentes et aspirations du peuple malien et surtout violent les lois et Constitution du Mali ».

La CEDEAO réussit tout de même à opérer une scission au sein de la contestation. Le camp de l’Iman Dicko (une des figures marquantes des contestations et ancien allié du président Keïta), montre une certaine ouverture et déclame une feuille de route pilotée par ce qu’il appelle la communauté internationale, sans toutefois la définir. M. Dicko n’écarte donc plus le maintien du président dans ses fonctions et trouve suffisant un encadrement de l’administration Keïta par la communauté internationale.

Quant aux députés dont l’élection est contestée et qui font l’objet d’une mesure formelle de démission dans les recommandations de la CEDEAO, pas question de démissionner font-ils savoir.
De marionnettes déchues à vassaux promus
En entrevue à une télévision française, le chercheur Malien Dr. Dougoukolo Ba Konaré est catégorique : « Un gouvernement d’union nationale avec des personnes de la majorité, plus quelques représentants du mouvement de l’opposition actuelle, ça ne fonctionnera pas, parce que les personnes de ce mouvement sont de moralité politique très douteuse(…) Ce sont des personnes qui ont peut-être l’air aujourd’hui de représenter les vocations de contestation de la population, mais en quoi ces personnes sont-elles légitimes »?
Tant disque les Maliens pensaient avoir bu le calice jusqu’à la lie avec l’irruption des islamistes séparatistes dans le Nord du pays, leurs leaders politiques de l’opposition (gisant encore dans une sclérose décrétée à la Baule en 1990, comme porteuse d’une hérésie infamante), se préparent au jeu de la même chaise musicale qui n’a que trop endeuillée l’Afrique. Ainsi, et à l’image de tout le continent noir, il y aura ultimement au Mali une mascarade électorale fiancée et approuvée par des intérêts étrangers qui connaîtra le plébiscite d’une marionnette promue en lieu et place d’un pantin déchu et les lendemains déchanteront dans les rues à la mi-temps du premier ou du deuxième mandant, avec à la clé, le passage d’une allégeance séculaire à Paris pour Ryad. Le tout, dans ces interminables et éphémères frénésies psychotiques populaires meurtrières d’une démocarticide qui se nourrit de la paralysie de l’économie des pays africains au rythme des élections truquées par l’argent et le coaching étranger. En somme, ni la démocratie dans sa version imposée, ni l’aide publique au développement ne sont pas le nectaire des dieux qui propulserait l’Afrique dans le firmament du bien-être et de la prospérité. Cet idéal n’est que trop souillé par des intérêts étrangers coriaces. La solution aux problèmes du continent ainsi que les défis et enjeux liés à son développement doivent être endogène.

Goîkoya Kolié, juriste

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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