Débat constitutionnel en Guinée:le non engagement, un engagement (Par Goïkoya Kolié, Juriste)

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Dans ce débat constitutionnel, transformé comme à l’accoutumée en de violents affrontements entre d’un côté des manifestants armés de projectiles et de l’autre, des forces de l’ordre lourdement armés d’armes de guerre jusqu’aux dents, les leaders politiques de notre pays auront choisi d’être les dindons de la farce, dont les excessifs agissements délectent la planète entière. Dans ce débat d’égo, d’intérêts personnels enveloppés dans le linceul ensanglanté de la lutte pour la démocratie, nous refusons de nous laisser engluer dans un parti pris, pour ou contre tel ou tel camp.

Cependant, et c’est le lieu qu’apparaît notre singularité, pour des raisons qui nous semblent au service des objectifs de développement rapide de la Guinée, pour des raisons que nous estimons fidèles aux intérêts stratégiques de la Guinée, nous nous proclamons favorables à une révision constitutionnelle, sous certaines conditions, gage, nous semble-t-il,  du décollage de notre pays. Nous parions sur le fait que l’une des voies de succès d’une profonde révision constitutionnelle sans couac, serait qu’elle soit opérée par un président sortant, qui ne serait pas candidat à sa propre succession et qui ne serait jamais tenté de reconquérir un jour la présidence du pays.

 Pourquoi une réforme constitutionnelle

Loin de nous la prétention de nous improviser thuriféraire de M. Alpha Condé, nous pensons (qu’il) remplirait les conditions d’une suggestion allant dans le sens d’une profonde réforme constitutionnelle.

En fin d’un deuxième mandat, le président Condé est aujourd’hui au crépuscule d’une longue vie politique, du moins mouvementée. Idéalement, le président sortant, riche de dix années d’expériences présidentielles, qu’il n’est pas exagéré de qualifier de chaotique, en raison des vicissitudes et autres aléas inhérents à la fonction, auxquels s’ajoutent la pernicieuse volonté d’une opposition socio-politique, (au relent atavique d’une rivalité ancestrale), de torpiller les ambitions d’un adversaire qu’on souhaite voir échouer.

Notre préférence pour une réforme de la Constitution guinéenne est aux antipodes des ambitions du président sortant. Il ne fait aucun doute que M. Alpha Condé est en quête du mandat de plus, du mandat, probablement de trop et qu’il faille se désolidariser de cette ambition. La question du mandat de cinq renouvelable une fois nous répugne à l’esprit, et ce, nonobstant toute la noblesse de l’épiphanie démocratique justifiant ce choix du législateur guinéen.

Notre écœurement provient finalement de cette plausible aliénation mentale collective dont nous ne cesserons de ressasser à chaque analyse. La constitution guinéenne actuelle est la résultante d’une mentalité dont l’intelligence est abandonnée en friche, au profit de la poudre de perlimpinpin que les charlatans de la démocratie lui suggèrent comme modèle politique. Le constitutionnaliste Kenyan Patrick Loch Otieno Lumumba abonde dans le même sens et se désole avec éloquence du mal africain. Récemment en visite en Ouganda, il déclare:

« En Afrique, nous autorisons les européens de nous définir ce qu’est la démocratie. Ils nous enseignent que la démocratie doit être des élections aux cinq ans. Ils nous enseignent que la démocratie doit être des partis politiques. Ils nous enseignent que la démocratie doit être endossée par l’Europe de l’Ouest et l’Union européenne. L’Afrique autorise les autres de la définir; là réside ma douleur dans notre tragédie collective (…) Avons-nous des partis politique en Afrique? L’ANC en Afrique du Sud, LE FRELIMO au Mozambique, LE MPLA en Angola sont des partis politiques. Dans beaucoup de pays, ce que nous avons, ce sont des formations politiques appartenant à des individus qui n’ont aucune idée de la politique (…) Les 54 pays africains ont évolué dans des contextes différents. Ceux colonisés par la France sont toujours techniquement des colonies françaises ».

Lorsque nous autorisons les autres, en raison de notre complexe d’infériorité, à réfléchir à notre place, à penser pour panser nos problèmes, à déterminer la nature, la forme, la taille, la durée, l’endossement, la validité et l’approbation de notre système politique, nous faisons volontairement le choix de la bassesse et l’indignité chronique. Il faut absolument être conscient de ces enjeux qui engendrent et justifient la désobligeance de nos partenaires à notre égard. Lorsque nous sommes incapables de nous doter d’un système de gouvernement conforme à nos valeurs, nos traditions, nos coutumes, notre culture et notre pudeur à l’égard de l’autorité et l’aînesse, nous nous exposons au bon vouloir de ceux qui souhaitent l’instabilité permanente de l’Afrique afin de tirer profit de ses richesses.

La démocratie consacrée dans la Constitution actuelle a montré ses insuffisances. Il suffit de s’auto-proclamer leader d’un parti politique (c’est le cas en Guinée d’anciens membres de gouvernements, aux gestions particulièrement douteuses, souvent dans le but de protéger un enrichissement tout aussi douteux), s’entourer d’une horde d’inconditionnels, aveuglés par l’appartenance ethnique, religieuse et régionale, pour se prétendre légitimer dans la prétendue quête de la démocratie et la défense des droits de l’homme. Les excessifs droits démocratiques consacrés dans la Constitution actuelle vont à l’encontre de la stabilité politique et l’essor économique de notre pays.

Il est dorénavant un jeu d’enfant de s’auto-proclamer combattant de la liberté et  des droits de l’homme. Ce à quoi nous souhaitons qu’il soit enjoint dans une éventuelle réforme constitutionnelle des obligations du citoyens.

La Constitution doit être réformée pour tenir compte de l’énorme fardeau financier lié à l’organisation à des dates différentes, des nombreuses élections dont la tenue validerait l’existence d’une démocratie. La Constitution doit être réformée pour trouver des balises solides permettant de pallier le risque permanent de l’ingérence étrangère dans notre démocratie et ses conséquences sur notre économie et le développement de notre pays.

Ce qui est pathogène aux États-Unis, en Europe occidentale, en Russie, en Chine ne peut être normal en Guinée, ni ailleurs en Afrique. Aux ÉU, l’ingérence étrangère est une question qui peut conduire à la destitution d’un président. Donald Trump fait face à une telle procédure actuellement. Pour ces considérations, les règles de conduites de nos dirigeants doivent être clairement définies de manière à les extraire de l’influence étrangère.

Il est tout aussi important d’être sensibilisé au fait que les interventions, parfois intempestives et condescendantes des partenaires étrangers se concrétisent sur le terrain dans les messages de leurs représentations diplomatiques et s’inscrivent dans la droite ligne du mépris colonial en vertu duquel, on s’arroge le droit et le pouvoir de dicter aux Africains leurs conduites. Il est tout aussi important de finir par réaliser que ces ingérences non tolérées chez eux par ceux qui les exercent sur nos pays, ne sont pas toujours dans les meilleures intentions.

Obligations du citoyen versus droits de l’homme

Les efforts de distraction conjuguée de l’administration Condé, des partis politiques, du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), des forces de l’ordre et de la société civile ne sont pas sur le point d’émouvoir lorsque nous sommes conscients des objectifs machiavéliques que poursuit chaque protagoniste.

Pour que les jérémiades des tonneaux vides qui font plus de bruit nous soient crédibles, il faudrait qu’ils se montrent à la hauteur des objectifs pour lesquels ils prétendent vouloir d’une démocratie contre-productive. La tradition sui generis de contestation violente, qui se veut inhérente à la perception africaine de la démocratie a fini par annihiler ce pourquoi les gens s’engagent en politique dans ladite démocratie.

Les droits démocratiques que sont entre autres : le droit de grève, le droit de manifester dans les rues, le droit de proclamer des journées villes mortes doivent être accompagnés de l’obligation préalable d’effectuer des travaux publics d’intérêt général de nettoyage des rues. Il serait par exemple interdit de manifester dans les rues d’une ville lorsque dans ladite ville, les immondices tutoient la population au point de constituer un énorme problème de santé publique.

Il est impératif de prévoir la modification de la loi sur le travail, soit par législation parlementaire ou ordonnance de l’exécutif, pour instaurer un régime de travail de 60 heures par semaine. Réduire les journées chômées, suspendre certaines fêtes religieuses pour mettre le Guinéen au travail. Une Constitution amendée doit également se pencher sur le nombre de partis politiques. Il serait opportun de le limiter à deux pour ainsi forcer et forger l’unité nationale. Dans le scénario démocratique actuel, où l’absence d’engagement et de responsabilité par rapport à l’intérêt général est perceptible à caractères gras dans les ambitions présidentielles des leaders politiques en présence, il est illusoire de parier sur un avenir radieux pour le pays sans cette profonde réforme constitutionnelle.

 

                                              Modèles de gouvernance enviable

Le président Xi Jinping annonce avec beaucoup de fierté, de dignité et d’assurance que la Chine a réussie à se développer sans renoncer à ses valeurs, ni à s’occidentaliser. Les observateurs comparent à ce niveau, le parcours économique de la Russie, (qui au lendemain de la victoire du capitalisme sur le communisme, acceptera toutes les prescriptions des institutions financières internationales qui sont dans les faits, des institutions de monopole et de vision économique des États-Unis et de l’Europe de l’Ouest) à une Chine ouverte à l’économie de marché, mais particulièrement méfiante, prudente et frileuse par rapport à la bienveillance des dirigeants de la même économie libérale mondialisée. La prudence des autorités chinoises se révèlera la voie du succès bâtit sur des valeurs endogènes. L’imprudence de la Russie l’exposera à la merci de ses partenaires et fragilisera son économie qui se retrouve ainsi à dépendre des humeurs et des intérêts stratégiques de partenaires qui n’ont pas de réels intérêts à voir une économie s’épanouir de leurs sphères de contrôle et devenir une puissance concurrente.

C’est en ayant cette vision d’ensemble des enjeux économiques mondiaux qu’on accouche d’un système de gouvernance étatique que d’aucuns souhaitent qu’il soit absolument appelé démocratie. À cet effet, on considère qu’un système n’est démocratique que lorsqu’il répond aux critères et aux standards définis par Bruxelles et Washington, et ce en fonction de leurs intérêts. Ces notions élémentaires doivent être ressasser inlassablement pour que les acteurs politiques et leurs militants finissent par les intégrer, les maitriser et en tenir compte.

Singapour est un modèle démocratique endogène fort intéressant. La petite cité-État de l’Asie du Sud-Est, dépourvue de richesses naturelles, devenue indépendante sept ans après la Guinée, est aujourd’hui une puissance financière mondiale incontournable. Contrairement aux messages des médias mainstream, il ne s’est pas opéré au Singapour un miracle économique. L’expression miracle économique est une construction médiatique qui ne rend pas justice aux efforts et aux labeurs des pays concernés.

Singapour s’est dotée d’un système démocratique qui répondait à ses intérêts stratégiques de développement et non aux attentes de ses colonisateurs. Le mandat du chef de l’exécutif singapourien n’est assorti d’aucune limite de mandats. Cette latitude permit à Lee Kwan Yew, artisan de l’indépendance singapourienne de garder le pouvoir pendant 31 ans. Pendant cette période, il ne multipliera pas des comptes en Suisse ou dans les autres paradis fiscaux. Il mettra ses concitoyens au pas et au travail. Ni corrompu, ni tripatouilleur d’élections, M. Lee imprimera son empreinte sur ce pays aujourd’hui convoité par tous.

C’est cela la condition sine qua non d’une réforme constitutionnelle : un système politique exempt de corruption et de fraudes électorales.

Les voisins japonais, coréens, et ailleurs dans le monde en Allemagne, Angleterre, Italie, Canada, ne s’embarrassent point de contraintes liées à la limitation du mandat. Il faut tout de même s’empresser d’ajouter que dans ces pays, la fraude électorale n’est pas une culture politique. Ce qui fait que la longévité d’un dirigeant est l’émanation pure et simple de la volonté populaire démocratique non manipulée.

Le mandat de cinq ans renouvelables une fois n’aurait pas permis au Singapour de devenir la puissance économique qu’elle est aujourd’hui. Ce mandat n’aurait pas fait du Rwanda, le pays le mieux géré d’Afrique ce qu’il est aujourd’hui. Lorsque nous voulons nous inspirer de modèles étrangers pour notre pays, il nous faut la clairvoyance de regarder du côté des pays qui ont la similarité du parcourt qui est le nôtre et non le chemin chaotique, piégeux qui prétend faire de notre pays une démocratie, avec les attributs de cette appellation, sans jamais atteindre minimalement ce qu’est une démocratie de l’entendement de nos partenaires.

Le panafricaniste gisant en nous est enclin de suggérer qu’à la fin de son mandat, le président Kagame pourrait prétendre à la présidence de notre pays. En considérant l’incompétence, l’incapacité, la mauvaise foi, l’égoïsme, l’ethnocentrisme et parfois le régionalisme qui caractérisent l’ensemble des personnalités impliquées dans la vie politique guinéenne, nous pensons que le président Rwandais a le meilleur profil pour diriger la Guinée. M. Kagame a réussi à faire d’un pays dépourvu de ressources du sous-sol un eldorado économique. En mettant sous sa gestion les immenses ressources naturelles qui défient l’intelligence léthargique des Guinéens, il en fera en un laps de temps un Rwanda, une Singapour, un Japon et une Corée du Sud combinés.

Si pour ce résultat il faille restreindre certains droits démocratiques excessifs, devenus contreproductifs, comme le firent MM. Lee et Kagame dans leurs pays respectifs, nous n’y voyons aucune obscénité. Les urgences du développement de notre pays qui tiennent compte des paradigmes endogènes rendent absolument rationnel la limitation des droits démocratiques devenus pouvoirs de chantage d’une classe politique aux abois.

Dans la république de Singapour et celle du Rwanda, les droits démocratiques s’accompagnent d’obligations citoyennes, et l’exercice des premiers est rigoureusement encadré pour éviter des débordements sanglants auxquels les manifestations de rues nous obligent à souscrire comme norme démocratique. Singapour et Rwanda ont le mérite d’exercer un contrôle énergique démocratique sur leurs populations en contrepartie d’un fulgurant succès économique et d’une quiétude sociale enviable et enviée.

La loi, l’ordre la discipline, le travail sont les meilleurs alliés d’un décollage prompt. En revanche, les manifestations violentes de rues, les opérations villes mortes, les grèves à répétition, les multiples élections (présidentielle, législatives, municipales) aux cinq ans sont les alliés et les ingrédients de l’endettement, le sous-développement, la violence politique, l’ingérence étrangère, les sanctions économiques, qui nous le savons maintenant, sont particulièrement motivées par la sauvegarde des intérêts économiques des pays qui les imposent et non pour une quelconque hypothétique soucis de démocratisation.

Le risque de guerre civile

Il est particulièrement alarmant de soupçonner les forces en présence d’être sur le bord de franchir le cap des manifestations violentes pour des affrontement armés. Le spectre d’une guerre civile semble ne plus dégouter grand monde au pays. Il ne faut pas fleurter avec l’enfer d’une guerre civile. L’enfer des pays en guerre doit fouetter l’insouciance guinéenne.

Les Congolais de la RDC et les Centrafricains peuvent nous être de bons conseils. Voici le scénario auquel il faut s’attendre, dans l’hypothèse d’une guerre civile. Notre (meilleure amie la France et puissance de tutelle) serait aux premières loges. Elle rédigera et fera voter une résolution aux Nations-Unies pour obtenir une présence militaire. Il s’agira dans les faits d’une occupation militaire d’exploitation coloniale. Elle pactisera avec toutes les forces belligérantes, dans le but de tirer profit de la détresse des guinéens. C’est ce qui se passe au Mali, en Centrafrique et en République démocratique du Congo, sans oublier le précédent ivoirien, où elle a été avec les États-Unis, la principale bénéficiaire de la guerre.

Pire encore, les entreprises européennes désireuses d’exploiter nos ressources naturelles financeront à leur tour, toutes les forces belligérantes dans un double motif : 1) accéder aux ressources convoitées à vil prix; 2) obtenir une escorte militaire sécurisée des ressources exploitées vers les points de sortie maritime. Ce modus operandi des entreprises prédatrices apparait dans un rapport accablant de l’ONG britannique Global Witness sur la guerre civile centrafricaine. À ce risque, s’ajoute celui du drame humain qui accompagne les missions d’interpositions des Nations-Unies et qui se manifeste par des viols de masses de femmes et d’enfants.

Les personnes physiques et morales qui accourent au secours des pays qui s’enflamment en Afrique ne sont pas toujours les philanthropes qu’ils prétendent être. Les guerres civiles en Afrique sont une aubaine, une opportunité d’affaires pour nos partenaires. Au cours de ces périodes d’instabilité politico-militaire, nos partenaires font des affaires d’or. Les ressources naturelles sortent du pays, sans contrôle ni taxation. Hollywood s’est penché sur le sujet pour produire le film : les Diamants du sang. Les Guinéens seront les derniers bénéficiaires d’une guerre civile qui pourrait éventuellement remplacer un francophile par un pantin promu.

Message à la jeunesse guinéenne

Refuser d’aller à l’abattoir pour des gens qui sont au soir de leur vie. Refuser d’aller à l’abattoir pour des gens qui vont soigner une égratignure, ou faire opérer une cataracte en Europe, au ÉU. Refuser d’aller à l’abattoir pour des gens qui ont leurs enfants à l’abris dans les grandes universités du monde. Refuser d’aller à l’abattoir pour des gens qui ont trouvé le moyen de faire la politique dans le but de protéger des fortunes d’origines douteuses et suspectes. Refuser d’aller à l’abattoir pour des politiciens parrainés par des intérêts étrangers, à qui ils vendront le pays à la première occasion via des marchés publics octroyés en contrepartie d’une aide pour accéder au pouvoir. Jeunesse guinéenne, ne te laisse plus manipuler.

Par Goïkoya Kolié juriste et collaborateur 

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