DÉMOCRATIE ETHNIQUE : UNE POUDRIÈRE ÉLECTORALE( Par Goïkoya Kolié, juriste )

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Réflexion en hommage aux victimes de la violence politique en Guinée, en Côte d’Ivoire, au Mali, en Centrafrique, au Togo, au Cameroun en RDC et partout en Afrique.

Les périodes électorales sont des moments d’ébullition sociale, où beaucoup trop souvent, les pays africains, (otages de leaders politiques du pouvoir et de l’opposition, d’ordinaire dépourvus de scrupule, de la notion du meilleur intérêt de l’État et avides de pouvoir, manipulés par des puissances étrangères), basculent dans des violences aveugles incompréhensibles. Des années 60 à nos jours, l’élection du chef de l’exécutif plonge immanquablement l’Afrique dans la tourmente politique, sur fond de fraudes électorales dont les méthodes de trucage sont généralement héritées des régimes coloniaux européens.

Cette instabilité s’intensifie périodiquement, au moment même de chaque élection et de la proclamation des résultats, on assiste alors à des affrontements entre les milices ethniques du candidat président sortant et celles de l’opposition, ponctuée de règlements de compte sanglants, s’accompagne aussi de répressions policières, sous le couvert de couvre-feux militaires, des fermetures de frontières terrestres, maritimes et aériennes. La démocratie sanglante et cyclique a fini par pérenniser un marasme économique qui fait de l’Afrique ce continent de gueux, à jamais tributaire des institutions financières internationales et de leurs suicidaires conditions sous-jacentes d’un racisme de l’hubris des perpétuels vainqueurs d’un continent aliéné mentalement, résigné spirituellement et résilient dans le viol que lui imposent ses bourreaux depuis des temps immémoriaux.

Au risque de rabâcher les mêmes préoccupations sur les mêmes enjeux, la contrepartie du partenariat avec la communauté économique internationale, implique des conditionnalités qui se heurtent aux valeurs économiques, politiques et sociales des pays du tiers-monde, victimes du système économique libéral mondialisé, derrière lequel se cache péniblement un racisme institutionnel international assumé. Les institutions financières internationales (IFI) sont en compétitions déloyales avec les intérêts et les urgences des pays pauvres en plus de les abrutir dans l’indigence qui les intime de se complaire du trophée impie de pays pauvres très endettés (PPTE). Peut-on être être sain d’esprit, se réjouir d’être qualifié de pays pauvre et traité comme tel avec condescendance et dédain, alors qu’on se trouve percher sur des milliards d’euros de richesses naturelles?

En campagne électorale, candidat président sortant et candidats de l’opposition courtisent l’adoubement international. Des pays dits démocratiques, des institutions politiques internationales et des institutions économiques internationales, ils obtiennent tous la même promesse de soutien au plus offrant : brader les richesses naturelles du pays à travers des droits de préemption.

En retour, en plus de l’humiliation de célébrer sa condition de « sans dents » pour emprunter l’expression à François Hollande, nos dirigeants ou futurs dirigeants s’engagent à imposer au pays, les nouvelles conditions de leurs futurs partenaires : légalisation du blasphème, dépénalisation et légalisation de l’homosexualité, interdiction de la polygamie, vaccination forcée qui elle, fait craindre stérilisation et émasculation de masse déguisées; en plus des conditions traditionnelles allant de la privatisation sauvage dans des domaines de souveraineté qui sort des entreprises nationales du patrimoine de l’État, (pendant que les mêmes partenaires protègent leurs marchés intérieurs, et s’opposent à des privations hostiles à leurs économiques, et trouvent des prétextes fallacieux « sécurité nationale, espionnage » pour exclure des entreprises concurrentes comme TIK TOK et surtout Huawei et son 5G, technologie dans laquelle la Chine a loyalement vaincue ses concurrents; sans oublier les ajustements structurels habituels qui s’appuient sur des compressions, suivies de collectives commotions sociales qui engendrent à leur tour instabilité et insécurité ambiantes.

RAPPEL HISTORIQUE

Les pays africains sont des créations berlinoises de 1884/1885, forgés au gré des appétits rapaces d’une Europe las de siècles de guerres intertribales, qui trouve le moyen de ne pas exporter sur le continent noir sa traditionnelle culture de résolution des conflits par le canon. La Conférence de Berlin crée des enclos coloniaux, au hasard des besoins de la gourmandise et de l’insatiabilité de chaque despote européen présent de partage de l’Afrique, sous l’égide du tyran Otto von Bismarck.

Les empires africains précoloniaux sont dépecés; le long des nouvelles frontières, se trouvent les mêmes peuples, sous des tutelles esclavagistes européennes différentes. Pour comprendre les rivalités et les violences Interethniques d’aujourd’hui sur le continent africain, il est crucial de maitriser les semences de 1885. Il est tout aussi fondamental de saisir que pendant des décennies, dans les exploitations esclavagistes européennes d’Afrique, leurs gracieuses majestés civilisées et chrétiennes d’Europe ont cultivé cette politique de la division ethnique, gage de la pérennité de leur présence parmi des chiens dociles et révérencieux, plutôt prompts à s’entre-décher pour mériter l’attention et les bonnes grâces du dieu venu d’Europe.

La mosaïque ethnique africaine, censée incarnée et promouvoir la richesse multiculturelle dont le professeur Diop démontre l’unicité de souche, devient un singulier autolâtre égocentrique, qui promeut une seule et unique ethnie, au nom de laquelle, tous les excès sont justifiés et qui du même souffle, revendique tous les privilèges éphémères pouvant s’extraire du pouvoir du fils prodige du groupe du moment, qui détient les reines du pouvoir. La politique du diviser pour mieux entuber chemine progressivement vers cette inévitable poudrière latente dont se sont emparées les étincelles incandescentes de la démocratie de la Baule, qui n’ont cessé d’endeuiller l’Afrique de Kinshasa à Brazzaville, de Yaoundé à Ndjaména, de Bangui à Kigali, de Luanda à Bujumbura, de Conakry à Abidjan, de Bamako à Niamey, de Ouagadougou à Lomé et passant par Cotonou, Lagos à Kampala, de Nairobi à Banjul; you name it.

                                                        PROPOS INCENDIAIRES 

« Cette élection n’est pas seulement une élection, c’est comme si nous étions en guerre », aurait déclaré le président Alpha Condé, dont les propos en Malinké par vidéoconférence à ses partisans à Siguiri, dans son bastion électoral du nord du pays à fait le tour du monde.

Plusieurs médias nationaux, africains et étrangers ont rapporté les propos attribués au président Guinéen. Pas nécessairement toujours pour les bonnes raisons d’informer. Nombre de médias d’État étrangers, parties prenantes dans toutes les élections africaines, (et la Guinée ne fait pas exception), en raison de leurs intérêts, ayant adoubé les adversaires du président sortant contribuent à leur manière, à mettre hors d’état de nuire à leurs énormes intérêts économiques lucratifs, celui-là qui osa l’outrecuidance un jour de demander à ses pairs de couper le cordon ombilical.

À titre de comparaison, le régime Macron, par la voix du ministre Le Drian trouve que le président Ouattara est le phénix des « démocrates africains », et ce, malgré une campagne dans la terreur des « microbes; (sobriquet des jeunes partisans du président ivoirien) », des tueries (on fait état de 30 morts depuis le début de la campagne en Côte d’Ivoire), des arrestations arbitraires, des exclusions d’adversaires : soit par des condamnations à des peines de prison ferme ou exil forcé, et ce, nonobstant des jugements de la Cour africaine des droits de l’Homme défavorables à l’homme fort d’Abidjan, qui lui enjoignent de suspendre des mandats contre des opposants politiques et de rétablir certains dans leurs droit d’éligibilité.

Le locataire du Palais Sékhoutouréya, jadis coqueluche de Paris, ne bénéficie plus des mêmes éloges de la part de la junte civile de l’Élysée. Il faut peut-être noter que contrairement à Alpha Condé, le président Ouattara n’a pas encore réalisé que tout flatteur vit au dépend de la proie qui l’écoute et croit à ses balivernes. Au demeurant, si on peut comprendre une hostilité envers Alpha Condé pour cause des violences politique en Guinée, (on parle de 60 morts depuis le début de la campagne), on s’explique mal la cohérence et les véritables motivations des pays démocratiques, chantres des droits de l’homme, qui demandent le départ du président Alexandre Loukachenko de Biélorussie, puisque que 3 personnes seraient mortes dans la répression des manifestations qui ont suivi sa réélection. Du même souffle, on estime qu’avec 30 Africains tués en Côte d’Ivoire, le pays est quand même une démocratie.

DÉMENTI DE L’INTÉRESSÉ

En entrevue au micro de Christophe Boisbouvier et Marc Perelman des médias d’État français France24 et RFI, le président guinéen assure n’avoir jamais tenu de tels propos. Il met d’ailleurs au défi ses interlocuteurs de prouver leurs allégations. M. Condé déclare : « Je n’ai jamais dit que la présidentielle, c’est la guerre (…) Vous ne m’avez jamais entendu le dire (…) Vous ne verrez pas une seule de mes interventions où j’ai dit que c’est une guerre ». Quoiqu’il en soit, le mal est fait, et pour Alpha Condé et malheureusement pour la Guinée, on peut soutenir que la messe est dite. S’il réussit son pari de remporter l’élection pour un troisième mandat, le pays sera au mieux la cible constante des média-mensonges étrangers et des sanctions internationales, au pire il risquera de ressembler au Mali des derniers mois de la présidence de Ibrahim Boubacar Kéïta, le tout pour faciliter l’arrivée d’un nouveau Condé ou Ouattara, qui obéirait aux ordres sans dénoncer ses maitres.

DIVISION EXACERBÉE SOUS L’OCCUPATION EUROPÉENNE

Dans l’énorme enclos esclavagiste communément qualifié sciemment à tort de colonisation, que se constitue l’Europe en Afrique au XVIIème siècle, pour pourvoir en matière première son industrie naissance de la révolution industrielle, la clé de voûte du pillage des richesses du continent sera l’exacerbation des rivalités ethniques. De ces divisions ethniques, les peuples qui coexistaient traditionnellement en paix avec parfois quelques frictions, résolues sous l’arbre à palabre, ont été dressés les uns contre les autres. Leurs rivalités sont attisées à la veille des indépendances factices. Elles se transforment en conflits ethniques et parfois en mortifères guerres civiles jamais complétement éteintes, dont la léthargie est perturbée aujourd’hui à l’occasion de chaque échéance électorale.

Kikuyu et Luo du Kenya, Tutsi et Hutu du Rwanda et du Burundi, Bamiléké et Bassa du Cameroun, Zoulous et Xhosas d’Afrique du Sud, Peulhs et Malinké en Guinée, Dogon et peulhs Mali, Malinké ou Dioula, Bété et Baoulé en Côte d’Ivoire se livrent à des violences politiques sur fond de fractures communautaires alimentées par une démocratie qui est ce qu’elle n’est pas et refuse d’être ce qu’elle est.

En termes de division ethnique, le royaume esclavagiste de Belgique, une des sociétés européennes la plus hétéroclite, profondément divisée, sera étonnamment l’un des maître-cerveau de l’idéologie du diviser pour mieux régner, dont l’érection dans une cruauté sans nom, dans ses colonies, engendrera des sujets qui s’épieront pendant longtemps en chiens de faïence jusqu’au génocide de 1994 qui fera plus de 800 000 morts, en seulement trois mois au Rwanda. C’est le lieu de rendre hommage à ces victimes et aux dix millions de personnes tuées au Congo, par le psychopathe Léopold II. La Belgique reste un spécimen d’école. Ses crises politiques à répétions mettent aux grands jours des rivalités ethniques entre groupes de dialectes germaniques Flamand et Wallons, qui eux sont de dialectes français. Tout bien considéré, la Belgique n’a pas de prédateurs économiques prêts à exploiter ses divisions ethniques pour l’assujettir à l’esclavage, malgré des crises politico-ethniques au lendemain de chaque élection législative.

                                        NÉPOTISME ETHNIQUE UNIVERSEL

Le népotisme socio-ethnique des pays, décrit cette tendance naturelle et humaine pour les membres d’une communauté linguistique, régionale, culturelle, ou religieuse, de voter pour l’enfant du groupe. Il n’est donc pas question d’un apanage exclusif à l’Afrique. Dans les sociétés multiculturelles, notamment en Belgique (Wallon/Flamand) au Canada (francophones et anglophones), aux États-Unis (noirs, blancs hispaniques), il est courant de voir les gens de la même appartenance ethnique ou communauté d’intérêts voter pour quelqu’un du groupe. En revanche, l’élu du groupe privilégie ledit groupe.

L’homme fort de Washington a été porté au pouvoir par un électorat blanc, acquis à ses idées extrémistes proches de la droite puritaine, bien que l’extravagance sexuelle alléguée de Donald Trump soit aux antipodes du puritanisme anglo-saxon. L’intéressé lui-même s’est excusé après qu’un enregistrement ait fait surface lors de la campagne présidentielle de 2016 : on entend M. Trump du haut de sa puissante suprémaciste d’homme blanc, se vanter d’attraper les parties intimes des femmes sans leur consentement.

Le maitre de la Maison-Blanche dirige son empire de 320 millions d’habitants avec son clan familial. Ce mégalo-népotisme n’est pourtant reproché qu’aux seuls Africains, alors que partout dans les pays démocratiques, la méritocratie tant encensée n’est que poudre aux yeux. Bien qu’on prétende la faire valoir, le choix porte souvent sur un membre la famille idéologique, à l’instar de la saga de la nomination des juges à la Cour suprême des États-Unis d’Amérique. En Afrique, il s’agirait de népotisme alors que dans les pays développés on se contentera des termes moins stigmatisants et on parlera par exemple de nomination partisane.

L’histoire démocratique africaine fait écho aux propos incendiaires attribués au président Alpha Condé. À y observer de près, on réalise très vite que partout sur le continent, l’allégeance politique obéi à au sentiment d’appartenance ethnique. Le fait que les membres d’une communauté ethnique votent pour un des leurs est un secret de polichinelles. Pour s’en convaincre, il suffit de scruter l’ossature dirigeante de chaque formation politique ainsi que la provenance régionale de son électorat. Sans plaider le procès d’intention fait à Alpha Condé en raison des exigences de son devoir de réserve, ni minimiser la portée pétroleuse ou factieuse des porales que dément le président guinéen, la démocratie ethnique est une réalité universelle, tel que démontrer ci-haut.

NÉPOTISME ETHNIQUE, LA PARTICULARITÉ GUINÉENNE

Nos compatriotes peulhs sont les victimes expiatoires du péché de l’indépendance guinéenne, qui prend naissance à la suite du référendum de 1958, au cours duquel, la communauté originaire de la moyenne Guinée, aurait massivement voté Oui au projet de perpétuation de l’esclavage français, proposé par le sanguinaire Charles de Gaulle.

Arrivé au pouvoir en 1958 par coup d’État, avec l’appui des partisans de l’Algérie dite française, Charles de Gaulle subit la montée des pressions et des exigences de liberté des populations africaines. Il s’empresse de soumettre au référendum la loi-cadre du dernier régime de la IVème république, proposée par Gaston Defferre.

Le président Sékou Touré, se sentant trahi par le Oui peulhs au référendum, les livre une lutte sans merci, sous prétexte d’accointances avec les ennemis de la nation. S’il est exagéré de parler d’épuration ethnique, il n’est cependant pas faux de soutenir que beaucoup de cadres peulhs disparaitront au tristement célèbre Camp Boiro, alors que d’autres étaient parmi les pendus du pont Fidel Castro.

Il revient aux historiens d’élucider cette page sombre page de l’histoire de la Guinée. Nous savons par contre que tous les peuples de la mosaïque guinéenne ont d’une manière ou d’une autre goûté aux geôles du premier président guinéen. Sur une note personnelle, un oncle paternel rendit l’âme aux mains des milices du président Sékou Touré, alors que nous ne sommes qu’une minorité originaire du Sud forestier guinéen, dont le nombre ne pouvait à cette époque constituer une menace pour le pouvoir. En consultant les livres d’histoire, on se rend compte que l’administration Touré ressemblait pas mal au régime du président Trump, avec la famille, les proches aux portefeuilles clés.

Les gouvernements des successeurs de M. Sékou Touré suivront le même schéma. Rien ne permet aujourd’hui d’écarter la continuité de l’histoire, et ce, peu importe l’identité et l’ethnie du successeur du président Alpha Condé en 2020 ou en 2025.

Par Goïkoya Kolié, juriste 

 

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