Démographie galopante: La croisade civilisationnelle de Macron ( Par Goïkoya Kolié, Juriste)

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Emmanuel Macron, président de la république française, serait-il un démographe autoproclamé, un spécialiste des questions de natalité en Afrique? Il a choisi de mener une croisade civilisationnelle, aromatisée par un paternalisme mal dissimulé, contre le dynamisme de la natalité en Afrique. Cet acharnement du jeune monarque français suscite une analyse africaine.

  1. Macron s’est assigné pour mission de sauver le continent maintenu dans la pauvreté par les politiques de ses prédécesseurs. Derrière cette ambition d’apparence noble, le maître de Paris, cache mal une nouvelle supercherie, enveloppée dans le transparent linceul de l’aide au développement et de la recherche de solutions aux maux du continent noir.

Avec beaucoup de maladresse et de dédain, Emmanuel macron établit un lien étroit entre la démographie africaine, la pauvreté et l’immigration. Le président français récidive, sans sourciller, dans un élan de protection des intérêts de son pays, sous le couvert du souci affiché d’aider l’Afrique à se développer, alors que si le continent est sous-développé, c’est principalement en raison des politiques économiques européennes, conçues pour garder une main mise sur lui.

Au sommet du G20 le08 juillet 2017 à Hambourg, Emmanuel Macron déclare en conférence de presse :

« Le défi de l’Afrique, il est civilisationnel aujourd’hui. Quels sont les problèmes? Les États faillis ou les transitions démocratiques, la transition démographique qui est l’un des défis essentiels de l’Afrique. Dans un pays qui compte encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien ».

Cette déclaration sera suivie par un tollé médiatique à la hauteur du discours Dakarois de Nicolas Sarkozy sur l’homme Africain.

Pour le nouveau président français, le problème du développement réside partout sauf dans le rôle que joue son pays en Afrique, car en visite à Lagos le 4 juillet 2018, le zinzin de l’Élysée revient à la charge :

« Ce problème ilest quoi? Il est démographique. (…) Quand vous êtes un pays pauvre où vous laissez la démographie galopante, vous avez sept ou huit enfants par femme, vous ne sortez jamais de la pauvreté. »

Quand on regarde de près, il apparait prima-facie, que l’arrogance du président français, est loin d’être innocente. Ce paternalisme du patron de l’Élysée répond à une préoccupation avant tout protectionniste. Bien que la posture de M. Macron soit particulièrement cynique et hautement offensante, elle est la résultante d’une constante raciste qui prend naissance dans l’Europe hégémonique de 1454, date à laquelle pour la première fois, une autorité européenne décide de faire main basse sur les richesses de l’Afrique en s’en accaparant par la force. Les sorties médiatiques du maître de Paris s’inscrivent dans cette logique de pillage implacable des ressources du continent africain, tout en s’opposant à toute éventuelle possibilité du réveil de ses populations.

Avec égard, nous nous inscrivons en faux et nous exprimons en dissidence qu’il faut plutôt établir un lien direct entre la poursuite de la colonisation, le néocolonialisme (dorénavant appuyé par les injonctions des institutions financières internationales, l’économie de marché, la démocratie de façade, elles-mêmes soutenues par endroits par le CFA et ses politiques monétaires, et par les bases militaires étrangères), la pauvreté et l’immigration vers le Nord.

Le Niger, pays cité en exemple dans les écarts de langage de l’homme fort de la France, porte les stigmates du pillage français, qui en fait un spécimen de choix, en termes de modèle d’étude. Il faut signaler que la croisade du sauveur de l’Afrique, vise à détourner l’attention sur les soupçons qui pèsent sur son pays, dans le rôle de principal pilleur des richesses des pays du continent qui ont eu le malheur de tomber sous joug colonial français.

Il faut également noter que c’est en raison de la disponibilité et l’accessibilité de cette richesse, que la France peut se permettre des programmes sociaux généreux et coûteux, alors qu’elle reste un pays peu dynamique économiquement, par rapport à l’Allemagne, qui elle, malgré sa place de première puissance de son continent, ne peut concurrencer sa voisine et offrir à ses populations, les programmes que la France offre à ses citoyens. Dans un rapport publié en 2013, l’ONG Oxfam s’inquiétait de l’exploitation à outrance de l’uranium du Niger par la France et son entreprise Areva, sans contrepartie financière équitable. Areva, ce n’est ni plus, ni moins que l’État français, car celui-ci est actionnaire majoritaire à plus de 80 % de la compagnie, au moment des faits reprochés.

Le quotidien français Le monde Afrique du 22/11/2013 consacre sur le rapport de Oxfam, un article intitulé : « L’ONG Oxfam dénonce un partenariat déséquilibré entre Areva et le Niger ». Même dans la dénonciation d’une exploitation esclavagiste, le ton à l’endroit des crimes d’un pays dit civilisé, reste diplomatiquement cordial. Oxfam note en titre, sans inquisition, le 22 novembre 2013 : « Areva au Niger : à qui profite l’uranium? » Il ne faut point froisser ses alliés. Un observateur Africain n’est pas lié par ces contraintes de politesse. Devant des preuves accablantes, nous dénoncerons les crimes économiques graves de nos « alliés français ». Voilà pourquoi, nous appellerons le chien par son nom de chien, sans aucune intention malveillante.

L’analyse du rapport d’Oxfam autorise un lien étroit, ininterrompu entre l’exploitation nélocoloniale française des richesses du Niger et la pauvreté qui accable sa population. Le monde Afrique écrit :

« Le partenariat entre Areva et le Niger, où le géant du nucléaire français extrait près de 40% de son uranium, est très défavorable à ce pays africain pauvre, a dénoncé l’ONG Oxfam. (…) En France, une ampoule sur trois est éclairée grâce à l’uranium nigérien. Au Niger, près de 90% de la population n’a pas accès à l’électricité. (…)

Entre 1971 et 2010, dernière année pour laquelle les chiffres sont disponibles, Areva et ses ancêtres le commissariat à l’énergie atomique et la Cogema ont extrait 114 346 tonnes d’uranium du Niger, affirme Oxfam, qui se base sur des données de l’Association nucléaire mondiale. Mais l’État nigérien n’aurait touché sur cette période que 300 milliards de FCFA(environ 459 millions d’euros), à peine 13% de la valeur d’exportation totale estimée à 2 300 milliards de FCFA (plus de 3,5 milliards d’euros). (….)

Il est incompréhensible que le Niger, quatrième producteur d’uranium au monde et fournisseur stratégique d’Areva et de la France, ne tire pas davantage de revenus de cette exploitation et reste l’un des pays les plus pauvres de la planète. La faiblesse de cette redistribution est notamment liée à d’importantes exonérations – de droits de douane, de TVA, de taxes sur les carburants – dont bénéficie Areva au Niger et auxquelles le groupe français doit renoncer ».

Les intellectuels français qui comme leur président utilisent la même loupe, pour se faire passer pour des humanitaires ou humanistes soucieux encore une fois du bien-être des Africains et du développement du leur continent, choisissent de trahir la vérité au profit du mensonge et de la désinformation. Une simple lecture de leurs exposés indexe plutôt la protection des intérêts et acquis de leur pays. C’est le cas de Serge Michailof, ancien directeur à la Banque mondiale et à l’Agence française de développement.

Sachant dès le coup d’envoi de l’analyse qui suit, le bilan désastreux des employeurs de M. Michailof, on peut garder à l’esprit que l’auteur se livre à une même rhétorique qui promeut le développement avec des formules dites intelligente, sans jamais réussir à offrir ce développement à l’Afrique. Plus grave encore, et contrairement à la posture affichée, les politiques dont ces intellectuels ont été porte-parole sont celles-là-même qui ont aggravées l’état d’indigence du continent africain.

Lorsque Serge Michailof affirme dans Le monde Afrique que la croissance de la population en Afrique de l’Ouest conduira inévitablement à des migrations en grande ampleur, il n’a pas nécessairement tort. Lorsqu’il omet de préciser que cette immigration prend naissance dans le pillage par la France des ressources naturelles des pays francophones concernés, il tombe dans la démagogie. Le 12/12/2017, M. Michailof publie un point de vue dans Le Monde Afrique intitulée : « Quand Macron évoque la démographie africaine, cela concerne directement l’Europe. »

Il soutient en substance que la démographie en Afrique sera un problème migratoire majeur pour l’Europe, dans la mesure où, la satisfaction des besoins en éducation, en formation et en santé devient un fardeau financier insupportable pour les budgets nationaux. M. Michailof est tout de même incapable de voir dans cette impuissance des budgets nationaux, le fait que Areva accapare à elle seule, plus de 80% de la valeur des exportations de la principale source de revenue d’un pays comme le Niger. L’intellectuel français affirme que les taux de croissance démographique très élevés constituent un frein à la croissance économique.

L’énormité du mensonge est à la hauteur du démenti dont fait preuve les puissances de demain que sont la Chine, l’Inde, le Brésil, le Nigéria, l’Éthiopie, qui aspirent tous à une position hégémonique en s’appuyant sur le dynamisme de la natalité dans leurs pays respectifs. Le Nigéria vient d’ailleurs de détrôner l’Afrique du Sud, en lui ravissant la place de première puissance économique du continent, en raison justement du dynamisme de sa population, que M. Macron qualifie erronément de démographie galopante.

Le coupable idéal de l’immigration selon M Serge Michailof, quoique inventé, serait le djihadisme, la famine, qui d’après lui propulseraient les populations dans les bateaux de fortunes. Lorsqu’on choisit de se déconnecter volontairement de la réalité, on accouche de théories qui ne tiennent pas la route.

Car l’idée selon laquelle un pays aride comme le Niger doit contrôler sa natalité ne tient pas compte des expériences développées ailleurs, notamment au Singapour où l’agriculture en fermes verticales donnent des résultats probants et que dorénavant, des entreprises privées se lancent dans la commercialisation à grande échelle, voire mondiale, des légumes cultivés dans des tours.

Le problème ne se situe donc pas au niveau de la démographie. Il est ailleurs. Il s’appelle néocolonialisme, exploitation de l’homme noir par celui d’Europe, corruption et refus de payer le juste prix, dans le but de maintenir l’Afrique dans la dépendance. C’est cette politique de rapace, qui pousse le régime de Charles de Gaulle a instauré le 26 décembre 1946, ce que le professeur Nicolas Agbohou appelle : « uneperpétuationdunazismemonétaire » qui fait que de nos jours, les Africains sont sciemment maintenus dans la dépendance à la puissance coloniale.

Cet esclavagisme monétaire déguisé est l’une des principales causes de la pauvreté, qui alimente l’immigration, ce qui n’a absolument rien à voir avec le dynamisme de la démographie, qu’ilconvient par ailleurs d’encourager. Des économistes Africains, et non des moindres, notamment MM. Agbohou, Nubukpo, Belinga expliquent que globalement, les pays membres du franc CFA, versent à la France, au bénéfice du compte d’opération, encore aujourd’hui, une dette coloniale, estimée annuellement à 400 milliards d’euros.

Nicolas Sarkozy est le seul président français qui accepte d’assumer ses responsabilités sur la question de l’exploitation de l’Afrique par son pays, à travers la monnaie coloniale de Charles de Gaulle. En bon partisan de l’esclavagisme monétaire, il est ferme dans les propos qui lui sont attribués:

« La France ne peut pas permettre que ces anciennes colonies créent leur propre monnaie pour avoir le contrôle totalde leur banque centrale. Si cela se produit, ce sera une catastrophe pour le trésor public qui pourra entrainer la France au rang de 20ème puissance économique mondiale. Pas question de laisser les colonies françaises d’Afrique avoir leur propre monnaie ».

La fermeté de l’ancien homme fort de Paris se traduit dans les moyens que déploie son pays, pour maintenir le statuquo. L’un des derniers à faire les frais du néocolonialisme affiché de l’ancien zinzin de l’Élysée est le président Laurent Gbagbo. Historiquement, il faudrait rappeler que les dirigeants français de gauche et de droit ont invariablement utilisé la terreur au fil des années pour maintenir l’Afrique dans la pauvreté. Après plusieurs tentatives infructueuses d’éliminer physiquement le président Sékou Touré, qui a rejeté la servitude monétaire du CFA, le régime de Charles de Gaulle choisira le sabotage économique dont la Guinée ne s’est jamais remise.

Ailleurs, le succès des opérations de protection des intérêts français marquera les esprits. Sylvanus Olympio du Togo, Modibo Keïta du Mali, Tombalbaye Ngarta du Tchad, Barthélemy Boganda de Centrafique, Thomas Sankara du Burkina Faso seront tous exécutés sur cette question de l’indépendance économique de l’Afrique. En l’absence de laquelle indépendance, les jeunes Africains se tournent vers l’immigration en destination des pays qui tirent profit des richesses de leurs pays.

L’attitude de M. Macron nous force à penser à cette tradition européenne qui consiste à mettre de l’avant des arguments fallacieux, trompeurs, dansle but de cacher les véritables motivations derrière une prise de position, un engagement politique, volontairement erroné et présenté comme une sorte de préoccupation pour le bien-être des Africains. C’est le cas en l’espèce, le bien-être de la femme africaine, curieusement et uniquement celle de l’Afrique francophone, dont la progéniture aura pour première destination la France. M. Macron n’a dans cette hypothèse que faire du bien-être de cette femme Africaine. Il l’invite à cesser de se procréer, pour que son pays la France puisse continuer à s’accaparer illégalement des riches de l’Afrique.

L’on se rappellera qu’après la conférence du partage de l’Afrique, de Berlin 1884/1885, en allant chosifier les Africains et s’emparer de leurs richesses et leur continent, l’Europe prétendait grotesquement et grossièrement se rendre sur le continent pour des missions de civilisation et d’évangélisation. Il est difficile de ne pas percevoir dans le maladroit acharnement de M. Macron, une Europe 1885 bis.

Les propos du président des français seront crédibles tant qu’ils seront bénis par l’onction des béni-oui-oui du continent, qui s’activent à la suite de leur maître, pour mettre immédiatement sur place des programmes de planning familial dictés,tout en oubliant qu’il ne peut y avoir de philanthropie réelle dans la vision de Macron, tout comme il n’y a jamais eu de philanthropie dans les relations entre l’Europe et l’Afrique.

Un planning familial qui obéît à la vision du maître de l’Élysée laisse faussement penser que la démographie est un poids excédentaire négatif, à haut risque. Rien n’est plus faux. La vérité est que, la démographie africaine est perçue comme une menace. Il est vrai qu’elle constitue potentiellement, un pouvoir économique, qui achèvera l’émergence du continent. C’est cette éventualité qui est redoutée par ceux qui tirent profit du continent. Notons que si la Chine est aujourd’hui première puissance financière mondiale, c’est bien en raison de son pouvoir démographique, qui est exploité à bon escient. C’est également la raison qui explique la montée en puissance de l’Inde et du Brésil.

En plus du Nigéria et de l’Afrique du Sud dont les puissantes économies trouvent explication dans le dynamisme de leurs démographies, l’émergence de l’Éthiopie est un cinglant démenti aux élucubrations du président français. Enquête exclusive, une émission de la télévision française apporte un éclairage, qui soutient notre analyse,dans son épisode intitulé : « L’Éthiopie le nouveau el dorado africain. On réalise que le pays pauvre, en termes de ressources naturelles de la corne de l’Afrique est en train de devenir une puissante économie sur le continent en ayant pour seule véritable ressource : sa démographie.

Le pays qui ne peut compter que sur des ressources essentiellement agricoles, a fait le pari de mettre en valeurs ses ressources humaines de 107 520 687 habitants. Grace aux investissements chinois, à l’implantation d’industries et d’industriels chinois, Enquête exclusive nous apprend que :

« En dix ans, la pauvreté a reculé de 34%. Une classe moyenne a émergé. 22 millions d’éthiopiens, plus d’un quart de la population travaillent, consomment, et cherchent à devenir propriétaires. Pour répondre à cette nouvelle demande, des villes entières sortent de terres ».

Par analogie, le Niger, pays cible du néocolonialisme français, la population est de 22 489 852. Ses ressources les plus importantes sont : or, fer, charbon, uranium et pétrole. Ce qui est largement suffisant, pour nourrir, soigner, éduquer sa population de vingt-deux millions d’habitants, si la colonisation française prenait fin et que les ressources exploitées le sont au juste prix.

L’Europe qui se sert gratuitement en Afrique, depuis 1454, ne peut que craindre un revirement de la situation. Sa missionde vilipender la démographie africaine ne sera pas aisée, tant que l’Afrique réalisera, que derrière les propos de Macron, se cachent des préoccupations économiques pour son pays, et son continent et non de réelles inquiétudes pour le bien-être des Africains.

Observant une Europe en dépeuplement, incapable de se reprocréer, qui recourt à l’union de ses États, pour constituer un bloc démographique puissant de 400 millions de personnes, pouvant servir de contre-poids au États-Unis et aux géants d’Asie, nous tenons pour vérité que les propos du président français visent à s’opposer à cet irréversible élan du continent africain de miser sur un poids démographique, qui enlèverait à l’Europe son ascendant. Tenant compte de ce qui précède, on ne peut que conclure, que les minables arguments de M. Macron sont faux et ne s’appuient sur aucune vérité scientifique vérifiable et avérée.

Au demeurant, la mémoire africaine retiendra toujours que Emmanuel Macron est à la tête d’un État néocolonial qui détient plus de 70% des actions d’une entreprise (Areva), qui exploite à vil prix, les richesses du Niger, et cela depuis plusieurs décennies. C’est cette exploitation inhumaine et éhontée qui empêche le pays et les pays africains de subvenir aux besoins de leurs population et non, comme l’estime M. Macron : une démographie galopante.

L’exemple nigérien est symptomatique et applicable par adaptations nécessaires à tous les pays francophones d’Afrique. Les propos du maître de Paris s’inscrivent dans la droite ligne de la préservation à l’infini, du butin de réservoir inépuisable de ressources que tient jalousement son pays en Afrique, et qui condamne ainsi des millions de populations africaines à l’indigence, la misère. Le président français milite en faveur d’une économie africaine blafarde, dans ce statuquo qui profite à son pays et qui empêche les Africains de jouir de leurs propres richesses. Le président français peut-il dans ces circonstances être un ami de l’Afrique qui lui veut du bien? Wake up Africa and answer the question.

 Par Goïkoya Kolié, Juriste

 

 

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