Dr Alia Diaby, président de INIDH : « nous ne sommes pas une ONG de dénonciation, nous agissons sous forme d’un arbitre… »

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Le nouveau président le l’Institution Nationale Indépendante des Droits Humains (INIDH), Dr Alia Diaby nous a récemment reçu dans son bureau à Camayenne dans la commune de Kaloum.  Les rapports entre son institution et certaines ONG de droits de l’Homme évoluant en Guinée.

Le degré d’usage de la torture en Guinée, les démarches de  son institution face aux personnes victimes de violations des droits de l’homme ont été entre autres des sujets abordés au cours de cette interview d’une vingtaine de minutes.

Avec sa pédagogie traditionnelle, le professeur  de droit a livré les stratégies efficaces dont fait l’usage de son institution pour que le respect des droits humains soit une réalité en Guinée. « Nous ne sommes pas une institution de dénonciation, mais plutôt un arbitre », lance-t-il. Interview !

Que peut-on retenir de votre session ordinaire qui vient de se terminer ?

Le 25 juin 2018, la plénière de l’INDH a adopté 11 résolutions en terme de conclusion sur les travaux de la session. Les éléments essentiels de ces résolutions tournent autour de l’adoption d’un point d’action pour le deuxième semestre de 2018. Il y a surtout essentiellement le rapport annuel de 2017 qui a été adopté au consensus moins un.

Il y a le projet de création de la clinique juridique à l’effet de canaliser toutes les plaintes individuelles pour assurer un traitement efficace et efficient  dans la procédure des dossiers dans le temps imparti.

Il y a un certain nombre de mesures comme la question du cadre organique et d’autres. La plénière a également demandé au bureau de prendre des dispositions pour clarifier la gestion financière de l’organisation. Sur ce nous sommes obligé de nous adresser à l’inspection générale d’Etat.

Quels sont aujourd’hui vos rapports avec certaines ONG de droits de l’Homme évoluant en Guinée ?

 En vérité, nous ne sommes pas une ONG. Les ONG qui défendent les droits de l’Homme sont généralement établies sous forme de réseau. Quand elles ont des cérémonies ou manifestation, généralement on reçoit les invitations. Récemment j’ai reçu l’invitation d’Amnesty International guinéen.

Il arrive que d’autres d’ONG nous invitent mais si nous répondons une invitation, ce n’est pas pour faire une activité avec elle. Nous voulons travailler avec les ONG mais dans le respect de la différence. Chacun fait son travail. Nous ne sommes pas une ONG de dénonciation. L’institution Indépendante des Droits Humains agit sous forme d’un arbitre entre les intervenants des droits de l’Homme.

En Guinée, il y a une prolifération d’association de victimes depuis le premier régime. L’une des dernières est celle des victimes du 28 septembre 2009. Quelle est la position de l’INDH par rapport à ces associations qui réclament la justice ?

Nous ne sommes pas positionnés contre une association de victimes. Nous,  nous sommes un observateur, par exemple l’INDH a assisté à la formation des femmes défenseurs  de droits où la présidente de l’association des victimes du 28 septembre était présente. Les entretiens ont été engagés mais si vous voulez puis qu’elles ne sont pas victimes de l’INDH et l’INDH ne peut pas défendre l’Etat,  nous observons et nous faisons des reportings, le moment venu s’il y a une position à affirmer  sur un pan concret,  on le fera.

Nous constatons que il y a cette pluralité d’associations de victimes, ça pose des  problèmes  qui  ne sont pas encore régler mais l’INDH ne désespère pas par rapport à tout cela et nous estimons que c’est à la justice de rendre la justice et nous, nous sommes un observateur par rapport à  cette situation plurielle.

Certains  déposent  généralement des plaintes chez vous pour la violation des droits de l’Homme. Mais le problème est que l’écrasante  majorité des citoyens ne savent pas s’ils doivent venir vers vous. Si vous vous apprenez la violation des droits de l’Homme et que les victimes ne viennent pas vous voir est-ce que vous vous allez bouger ?

Bien sûr ! Si nous constatons la violation des droits de l’homme, sur notre propre initiative, nous pouvons nous déplacer pour s’informer. La première des choses qu’on fait c’est de s’informer, c’est ce qu’on appelle le reporting. Ça c’est la première information que nous gagnons de la presse ou des témoins.

Après maintenant, c’est d’aller sur le terrain pour s’informer. Par exemple, dans le cas de Dar-es-Salam, nous avons envoyé une mission qui s’est informée sur le terrain avec des documentations. Quand les victimes on su que nous nous intéressons à ça, elles  nous ont saisi. Et nous avons fait des interventions, toutes nos interventions ne sont pas publiques.

Celles qui sont efficaces ne sont même pas portées au grand public. Nous faisons ce que nous pouvons mais il y a trop de choses à faire. Ce que nous faisons n’est pas tout a fait très visible.

La journée internationale contre la torture vient d’être célébrée. Peut-on toujours dire que la torture existe en Guinée ?

Oui malheureusement, il faut constater que la torture existe en Guinée. Depuis la première république, les forces de défense ont toujours utilisé la torture mais il faut reconnaitre que dans ces dernières années, les frontières de la tortures sont entrain d’être repoussées sur le  terrain grâce aux efforts du haut commissariat des droits de l’homme qui fait beaucoup de choses sur le terrain à l’intention des forces de défense et de sécurité.

Parce conséquent, depuis que les agents ont été sensibilisés, la chose est entrain de reculer sur le terrain. Mais malheureusement, il faut reconnaitre qu’il y a encore la torture en Guinée. Vous êtes journalistes, vous avez suivi des cas emblématiques ces derniers temps. Cette journée a été bien fêtée ici et il y a la première journée où il y a eu de  l’information pour tous ceux qui s’informent des questions de la torture.

Surtout le deuxième jour était uniquement pour les forces de défenses et de sécurité. Il y a eu des interventions. J’étais déjà très content  de voir dans la même sale ce qui torturent, ceux qui donnent l’ordre de torturer, ceux qui sont victimes de torture, les associations de défense des victimes, tous dans la même sale. C’est une réussite!

Le Secrétaire Général des Nations Unies a envoyé un message qui a été lu par  le représentant du Haut Commissariat des Droits de l’Homme. Et puis tous ceux qui sont organe de défense des droits de l’homme au niveau mondial et régional se sont réunis pour faire une déclaration commune. L’idée transversale, c’est de tout faire pour mettre fin à la torture. Les progrès sont réalisés mais ils ne doivent pas nous faire oublier que le problème n’est pas fini.

Votre avis sur l’augmentation du prix du carburant à la pompe ?

Pour l’instant, ce n’est pas une question qui se rapporte directement aux droits de l’Homme, nous sommes en observation, nous allons suivre l’évolution de  la situation et s’il y a l’évolution des droits de l’homme, on se fera entendre. J’estime qu’il n’y a pas d’autres solutions que de dialoguer. J’invite toutes les parties à la retenue et nous demandons à chacune de faire le maximum possible pour s’entendre. On est entre guinéen.

Quel est votre regard sur la nouvelle loi de la CENI que beaucoup estime politisée ?

Je ne sais pas ce que vous appelez politisée. Ce que moi je peux dire, puis que la loi vient d’être adoptée,  l’INDH va se procurer d’une copie de la loi et s’il contient des dispositions qui violent les droits de l’homme ou contraire à la Constitution, la loi permet à l’INDH de saisir directement la Cour Constitutionnelle et nous comptons  assumer notre responsabilité à ce niveau. Mais en attendant, ça été votée mais non promulguée ou publiée. Et puis j’ai même appris que certains membres de l’assemblée nationale voulaient saisir la Cour Constitutionnelle. Pour le moment ce n’est pas une loi sur laquelle nous devons avoir une opinion.

Interview réalisée par Minkael BARRY et Léon Kolié

Tel: 623 47 69 48

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