En visite en Afrique de l’Ouest, Emmanuel Macron veut rompre avec ses prédécesseurs

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French President Emmanuel Macron (R) meets with his Ivory Coast counterpart Alassane Ouattara at the Elysee presidential palace in Paris on August 31, 2017. / AFP PHOTO / POOL / Kamil Zihnioglu

Le président français s’envole lundi soir pour l’Afrique, où il sera durant trois jours au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Ghana. Il prononcera mardi, à l’université de Ouagadougou, un discours très attendu sur sa politique africaine.

Comme il assure vouloir le faire en France, le président de la République proposera-t-il de mettre fin à « l’ancien monde » et aux « anciennes pratiques » en Afrique ? Plus de six mois après son entrée à l’Élysée, Emmanuel Macron effectue, du 28 au 30 novembre, sa première tournée africaine. Un voyage particulièrement attendu, puisque le chef de l’État doit dévoiler sa stratégie africaine, lors d’un discours qu’il prononcera mardi matin, à l’université de Ouagadougou, au Burkina Faso, suivi d’une session de questions-réponses avec les quelque 800 étudiants présents.

Emmanuel Macron sait que ses mots seront analysés et a préparé ce rendez-vous durant plusieurs semaines. Avec son conseiller diplomatique, Philippe Étienne, ses conseillers Afrique, Franck Paris et Marie Audouard, ainsi que sa plume, Sylvain Fort, il a pris soin d’écrire un discours qu’il veut en rupture avec ceux prononcés par ses prédécesseurs, le maître-mot étant de donner une nouvelle impulsion à la relation franco-africaine, en prenant en compte les critiques.

« Nous avons conscience que la France n’est pas forcément attendue partout en Afrique et que son influence est en déclin, notamment auprès de la jeunesse, explique une source élyséenne. D’où la volonté du président de la République de s’adresser à des étudiants dans un pays – le Burkina Faso – où il y a eu une transition démocratique et où la jeunesse est politisée. Il s’agira d’avoir une posture d’humilité face à un public qui n’a pas forcément une bonne image de la France. »

Un discours élaboré avec l’aide du Conseil présidentiel pour l’Afrique

La France ne jouit en effet plus de la même aura qu’autrefois sur le continent africain. Un rapport parlementaire de 2015, intitulé « La stabilité et le développement de l’Afrique francophone » et présidé par l’ex-député des Alpes-Maritimes, Jean-Claude Guibal (LR), pointait justement du doigt le déficit d’image de la France auprès des populations locales. « La perception des populations est un élément qui doit être valorisé très soigneusement », estime-t-il.

« Sans doute d’une manière générale, faut-il y voir aussi le fait que notre pays ne semble pas avoir tenu compte de l’évolution des sociétés africaines, de la montée de nouvelles aspirations de la part de la jeunesse, avec laquelle les gérontocraties au pouvoir ne sont plus en contact, si tant est qu’elles l’aient jamais été. Notre pays n’a pas su se distancier des classes dirigeantes qu’il a toujours soutenues, et, surtout, ne s’est pas encore connecté avec les jeunes générations, qui feront l’Afrique de demain », pouvait-on notamment lire dans ce rapport d’information, qui soulignait aussi « la question du regard porté à nos forces armées sur le terrain », vues comme « libératrices dans un premier temps, forces d’occupation dans un second ».

Pour prendre en compte les préoccupations « de la rue », Emmanuel Macron a mis sur pied un Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA) composé de onze personnalités issues de la société civile et ayant un lien fort à la fois avec l’Afrique et avec la France. Depuis sa création à la fin de l’été, le CPA s’est réuni toutes les semaines afin d’élaborer des propositions pour le président. Ce dernier a reçu les membres du CPA, lors d’un dîner à l’Élysée le 14 novembre et a construit son discours en tenant compte de leurs réflexions.

« Les membres du CPA feront partie de la délégation française lors de cette tournée africaine et auront un rôle à jouer après le discours du chef de l’État, assure l’Élysée. Ils observeront comment le discours est reçu et participeront aussi dans les mois, qui suivront à la mise en œuvre des engagements que prendra Emmanuel Macron. Pour nous, le suivi de ce qui sera annoncé mardi est aussi important que le discours lui-même. »

Une promesse du renouvellement des relations franco-africaines déjà faite par le passé

En choisissant le Burkina Faso pour son discours de politique africaine, Emmanuel Macron rompt avec deux de ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy et François Hollande, qui avaient choisi la capitale sénégalaise, Dakar, pour esquisser leurs visions des relations entre la France et l’Afrique.

L’exercice est toujours délicat. Plus de cinquante-cinq ans après la fin de la colonisation française, les relations entre Paris et certaines de ses anciennes colonies d’Afrique de l’Ouest restent sensibles. La France est par ailleurs régulièrement accusée par la société civile et les ONG de privilégier la lutte contre le terrorisme ou la stabilité politique au respect des droits de l’Homme.

« Il y a eu beaucoup de promesses de renouvellement dans notre relation avec l’Afrique, reconnaît-on à l’Élysée. On n’est pas les premiers à vouloir la porter. C’est pour ça que cet exercice est difficile et pourrait être accueilli avec un certain scepticisme par le public auquel le président va s’adresser. »

L’éducation, la francophonie, la lutte contre le réchauffement climatique, le développement des relations commerciales, le sport : de nombreuses thématiques seront au programme de cette tournée africaine, dont certaines qui, jusqu’à présent, n’étaient pas dans le viseur des présidences précédentes. Emmanuel Macron entend pour cela impliquer tout son gouvernement avec « une feuille de route claire sur l’Afrique, déclinée par chaque ministère, qui devra rendre des comptes sur sa mise en œuvre », selon l’Élysée.

Outre sa visite au Burkina Faso, mardi, le président français se rendra en Côte d’Ivoire le 29 novembre pour participer au sommet entre l’Union africaine et l’Union européenne, où les questions de migration et de sécurité seront abordées. Son souhait est d’inscrire la nouvelle relation de la France avec l’Afrique dans le cadre de son projet de refondation de l’Europe, explique son entourage.

Enfin, Emmanuel Macron se rendra le 30 novembre au Ghana, une première pour un chef d’État français. « Le choix du Ghana illustre notre approche continentale et notre ambition de nouer des liens avec l’Afrique anglophone », a fait savoir l’Élysée. Il y présentera une « nouvelle vision de la francophonie, moins défensive, mais comme facteur d’intégration entre pays d’Afrique francophones et anglophones ».

france 24.com

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