FIN HUMILIANTE DE Bouteflika : Une chute qui devrait donner à réfléchir à Alpha Condé et Ouattara

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Ce qui est arrivé au récent déchu président algérien, Abdelaziz Bouteflika, est une vraie humiliation. En effet, contraint de renoncer, sous la pression de la rue, à un cinquième mandat après deux décennies de pouvoir, l’ex-homme fort d’Alger qui a d’abord tenté de prolonger son quatrième mandat en voulant s’imposer à la tête de la transition, ne pourra, au final, même pas l’achever pour avoir été contraint à la démission.

Triste fin pour celui qui aura été l’Alpha et l’Oméga de toutes les grandes décisions politiques de ces vingt dernières années dans son pays dont il était, par ailleurs, aux yeux de beaucoup, l’incarnation même du pouvoir. Et surtout, triste sortie de scène pour un grand timonier qui aura finalement laissé de lui la piteuse image d’un vieux président malade et s’accrochant désespérément avec ce qui lui restait comme forces, à un pouvoir que la rue n’a eu aucune peine à lui retirer, en l’espace d’un mois et demi de mobilisations pacifiques.

L’histoire risque de ne retenir que cette sortie sans gloire

Quel gâchis ! Surtout quand on pense que Bouteflika avait la possibilité d’éviter une telle honte, s’il avait su se retirer à temps. On peut même dire qu’il a vendangé tout le capital de sympathie qui accompagnait la belle image d’homme de poigne et de bâtisseur craint, qu’il s’était forgée au fil des ans. Car, l’histoire risque malheureusement de ne retenir que cette sortie sans gloire d’un président à qui le peuple aura fini par arracher
des mains, un pouvoir qu’il voulait confisquer.

C’est pourquoi l’on peut être pris de commisération pour ce vieillard affaibli par la maladie et réduit, au crépuscule de son règne et de sa vie, à un acte de contrition pour demander pardon à son peuple depuis son fauteuil roulant. Cette image de Boutef fait pitié. Ce cinquième mandat était visiblement celui de trop, mais Bouteflika ne s’en est rendu compte que quand son peuple s’est décidé à le lui rappeler bruyamment dans la rue.

Pire, croyant pouvoir, dans un dernier baroud d’honneur, terminer dignement son mandat finissant, il boira le calice de l’humiliation jusqu’à la lie, poussé à la démission hic et nunc par une armée qui a aussi fini par le lâcher.  Une chute qui devrait donner à réfléchir à tous les pouvoiristes et autres satrapes du continent, qui ne s’imaginent pas une autre vie en dehors du pouvoir, et qui sont prêts à tous les excès, même les plus abjects, pour se maintenir contre bourrasques et tsunamis, au pouvoir.

Car, tel semble le sort qui attend ces êtres de chair qui se sentent souvent une âme de démiurges au point de finir par revêtir le manteau d’oppresseurs de leur peuple. Ils oublient que leurs concitoyens, excédés, peuvent briser la digue de la peur qui entretient le mythe de leur toute-puissance.

Ils ont pour noms Denis Sassou Nguesso au Congo Brazzaville, Paul Biya au Cameroun, Faure Gnassingbé au Togo, Yoweri Museveni en Ouganda et on en oublie, qui ont fini par se fossiliser au pouvoir au point qu’il n’y a visiblement aucune perspective d’alternance au sommet de leurs pays respectifs. Mais sont aussi de cette race de dirigeants boulimiques du pouvoir, tous ceux qui, comme le Guinéen Alpha Condé ou même l’Ivoirien Alassane Ouattara, jouant avec les textes, n’excluent pas la possibilité ou caressent le rêve d’un troisième mandat, pour jouer les prolongations à la tête de l’Etat.

Il est temps de mettre fin au culte de l’indispensabilité en Afrique

Comme si cette propension morbide et mortifère à s’accrocher au pouvoir, était inscrite quelque part dans l’ADN de bon nombre de dirigeants africains, jusqu’à ce qu’ils reçoivent en pleine figure, l’effet boomerang de leur addiction au pouvoir. Il est temps de mettre fin au culte de l’indispensabilité en Afrique. Car, comme le dit si bien l’adage, « les cimetières sont remplis d’hommes indispensables », mais cela n’a jamais arrêté la marche du monde encore moins celle des peuples.

En outre, en ce XXIe siècle où démocratie rime avec alternance, l’on se demande comment des dirigeants sensés et qui se disent patriotes, peuvent encore vouloir marcher à contre-courant de l’histoire et des aspirations de leur peuple. En tout cas, l’histoire nous enseigne à souhait que les longs règnes accouchent souvent de lendemains douloureux et pleins d’incertitudes. C’est ce qui arrive aujourd’hui en Algérie où, malgré le départ forcé du chef de l’Etat, la crise est manifestement loin d’être terminée.

En effet, tout porte à croire que pour le peuple qui s’est soulevé, la lutte continue car d’autres têtes sont réclamées. Et ce vendredi de mobilisation donnera certainement le ton de l’équation de l’après-Bouteflika, qui se présente aux Algériens. Dans quel sens ira la transition ? Bien malin qui saurait le dire. Mais le peuple algérien qui est à présent conscient de sa force, semble bien décidé à obtenir les changements en profondeur qu’il demande. C’est pourquoi l’on se demande si les premières mesures prises par le gouvernement, allant dans le sens d’une ouverture en direction de la presse, de l’opposition, des associations et des syndicats, seront suffisantes pour faire baisser la fièvre. Rien n’est moins sûr.

« Le Pays »

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