Armée Guinéenne : Un instrument de mystification ( opinion )

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Après avoir constaté avec stupéfaction la réécriture de l’Histoire de l’Armée Guinéenne par un « historien » de cette institution, le CRED* publie l’histoire de cette institution en se basant sur les faits.

Depuis César, et sûrement plus loin encore, on sait que l’histoire est faite par ceux qui l’écrivent. Quand elle n’est pas le fait de professionnels, et encore, elle est souvent un outil communication, voire de propagande. C’est pourquoi on ne s’étonnera pas qu’elle soit instrumentalisée dans un pays comme la Guinée qui, depuis son indépendance en 1958, a toujours connu des régimes autoritaires en quête de légitimité.

Mais le dernier exemple qui nous est donné récemment, à travers le rappel de la genèse de l’Armée guinéenne, relève de quelque chose de plus inquiétant.
Le rappel des faits qui ont réellement présidé à la création de cette armée nous permettra de mettre en évidence les vraies motivations, à vrai dire transparentes, qui se cachent derrière la version qui nous est proposée dans cet article.

Un décryptage objectif et systématique de ce type de motivations est nécessaire, si nous voulons construire une nation inclusive et respectueuse de l’intelligence des citoyens.
La confusion menée par ignorance ou alors par la réécriture de l’Histoire en Guinée notamment celle de l’Armée nous oblige à remettre l’Histoire à l’endroit.

Pour mettre sur pied une Armée Guinéenne, M. Sékou Touré demanda en Octobre 1958 à Dabola, au Capitaine BARRY Baba Alimou (Capitaine de l’Armée Française à la retraite) de le rejoindre. Ce dernier déclina l’invitation, mais lui recommanda un ami de Kouroussa, le Capitaine Keïta Noumandian, dont-il pensait qu’il pouvait être intéressé par ce nouveau projet; il l’assistera dans le travail de recensement et de rappel de tous les jeunes officiers qu’ils ont connu en France, qui en général, comme tous les soldats Africains (même diplômés des écoles militaires françaises) dépassaient rarement le grade de Capitaine.

D’après la Division du renseignement du Ministère des Armées Français dans sa fiche « Potentiel militaire de la Guinée » en août 1958, écrivait « il y a 11253 militaires Français d’origine Guinéenne dont 2521 choisirons de servir la nouvelle armée Guinéenne parmi lesquels 16 officiers ».

Ainsi, lors de sa création, l’Armée Guinéenne ne comptait qu’une vingtaine d’officiers. Voilà la situation des grades des officiers militaires le 1er Novembre 1958. Parmi les officiers au grade de Capitaine : Diallo Mamadou, Keïta Noumandian,

Les officiers au grade de Lieutenant :
– BARRY Siradiou-Dine ;
-CAMARA Diouma
– DIALLO Lamine

Les officiers au grade de sous-lieutenant
– BAH Sidy
-BALDE Mamadou Aliou
– BAVOGUI Kékoura
-CAMARA Lanceï
-CONDE Sidiki
– DIALLO Mamadou Baïlo
– KOUROUMA Somah

Ainsi, contrairement à ce que certains écrivent, l’Armée Guinéenne n’a pas été créée à partir de RIEN ! Il y avait à la base de cette création des hommes expérimentés dans le métier des armes qui ont participé à des guerres en Europe, en Asie et dans le Maghreb au nom de la France.

Lorsque nous parlons de la création de l’Armée Guinéenne, il est nécessaire de raconter les faits. La lecture des événements qui ont jalonné l’histoire interne de cette institution, semble nous conduire à deux enseignements: le détournement de la mission de l’armée au profit de l’homme au pouvoir, et aujourd’hui la volonté d’exclure une partie de la population, en lui déniant, au delà de ce corps, une quelconque participation à la construction de la Nation.

L’entreprise d’asservissement de l’armée pour conforter un pouvoir personnel a été inaugurée par Sékou Touré.

Elle s’est matérialisée avec la première tentative d’installation des CUM (Comité d’Unités Militaires) en juin 1968, qui s’est heurtée à la résistance des officiers.
En effet, lors de la première tentative de la création des CUM (Comité d’Unités Militaires), donc la politisation de l’Armée, Sékou Touré est venu au Messe du BQG (actuel Camp Samory) et lors de cette réunion publique, il expliqua son projet et l’Etat Major Général par la voix du Général Noumandian Keïta lui dira que dans ces conditions, l’Armée risque de créer des contradictions entre le commandement technique et le politique.

Sékou Touré assis auprès du Général demanda si l’Etat Major partageait cette analyse et que les officiers qui partageaient cette analyse devaient se présenter sur la tribune.
L’Etat major interarmes au complet s’est joint au Général en se présentant en la tribune. Ce fut notamment, le cas du Commandant BARRY Siradiou-Dine, le Colonel Kaman Diaby, le Capitaine Diallo Thierno, le Commandant BAVOGUI Kékoura, le Capitaine BARRY Abdoulaye, le Commandant DIALLO Louis, le Capitaine Koïvogui Pierre et tous les Commandants des Régions militaires de Kindia, Labé, Kankan Nzérékoré.

De plus, tous les officiers supérieurs se sont joints aux membres de l’Etat Major interarmes. Ce jour là, seuls quelques hommes, qui avaient préalablement été approchés par Sékou Touré avec des promesses de promotion, se sont désolidarisés de cette démarche.

Parmi eux, il y avait notamment le sous-lieutenant Diarra Traoré, le Sous-lieutenant Kerfala Camara et le sous-lieutenant Sory Doumbouya. Certains de ses sous-lieutenants, comme par exemple Sory Doumbouya était souvent invité à dîner chez le Comandant BARRY Siradiou-Dine et pendant le ramadan il coupait son jeûne chez le Commandant et cela sans aucune participation de sa part. On connaît les sorts respectifs qui ont réservés aux différents protagonistes de cette réunion.

Nous savons tous contrairement aux idées reçues que Lansana Conté et Diarra Traoré ont été des traitres à l’Armée Républicaine. La volonté d’exclusion des peulhs, considérés comme une menace, a aussi été amorcée durant cette période.
En effet, contrairement à ce que l’on raconte, Sékou Touré, dès la création de l’Armée Guinéenne, avait en arrière pensée, la présence de nombreux officiers qui n’étaient pas manipulables avec l’argument ethnique.

Comme l’écrit International Crisis Group dans son rapport Afrique du 23 Septembre 2010
« En dépit de sa rhétorique nationaliste et populiste, Sékou Touré usa de liens clientélistes avec son groupe ethnique malinké pour assurer son contrôle sur les forces de sécurité. Les Malinkés étaient majoritaires dans les rangs à l’époque, et certains officiers supérieurs malinkés jouissaient de privilèges exceptionnels »
Quand on regarde l’évolution dans la hiérarchie militaire, et notamment celle des Peulhs, on est frappé par des anomalies manifestes.

 Les officiers Peulhs, entre 1958 et 1971 (avant leur arrestation pour le camp Boiro), soit en douze ans, n’ont avancé que de deux (2) grades; c’est par exemple le cas du commandant Siradiou-Dine, arrivé Lieutenant en Guinée et incorporé à ce grade dans l’armée Guinéenne. Sékou Touré n’a accepté sa proposition d’avancement que deux fois alors que Général Keïta qui avait le grade de Capitaine (une différence d’un grade) a été promu cinq (5) fois ! Kaman Diaby a été promu pendant la même période sept (7) fois !!! Et le Comandant BARRY Siradiou-Dine qui était reconnu être l’un des meilleurs officiers de sa génération dans l’armée Guinéenne (ce n’est pas un hasard si c’est lui qui a été désigné en 1961 pour diriger le contingent Guinéen au Congo, actuel République Démocratique du Congo) et comme les Nations Unis ont demandé un Général d’Armée, Sékou Touré demanda à Diané Lansana (homme politique) d’accepter de se présenter en Général d’Armée et de laisser le Commandant BARRY le représenter lors des discussions techniques.

Chercher l’erreur !!!

En effet, le Général Noumandian avait pour ami le Commandant BARRY, ce dernier avait pour ami le Comandant BAVOGUI ; Kaman Diaby avait pour ami le Capitaine DIALLO Thierno et ce dernier pour meilleur ami le Capitaine SYLLA Ibrahima etc.….

Kaman Diaby est originaire de Faranah (comme Sékou Touré) et Noumandian Keïta est de Kouroussa (la belle famille de Sékou Touré). Sékou Touré ayant été déçu de voir ses « parents » avoir pour amis des officiers qui pouvaient potentiellement s’opposer à lui a fini par les faire tuer.

Ainsi, le « complot » de l’armée appelé Kaman- Fodéba (1969-1971) n’est rien d’autre qu’une invention de l’esprit pour « tuer » l’Armée Républicaine.
C’est pourquoi, la plupart de ceux qui étaient au sein de l’ « armée Guinéenne » en 1984 à des postes de décisions étaient pour nombreux d’entre eux, des officiers qui ont trahi l’armée Guinéenne et ce sont mis à la disposition de la milice Sékoutouréiste, et ont participé à la création d’une « armée-milice ».

Diarra Traoré et Lansané Conté sont d’éminents exemples de cette trahison, sans oublier Sory Doumbouya, Kerfala Camara et d’autres. Tous ont participé aux tueries des officiers supérieurs de l’Armée Guinéenne au mont Kakoulima à Dubréka, et au Mont Gangan à Kindia. Aujourd’hui encore, ces charniers n’ont pas été rendus aux familles des victimes.

Lorsque l’on parle de l’Armée en Guinée ou des institutions de la Guinée lors de l’indépendance, les hommes du pouvoir cherchent systématiquement à occulter le nom des Peulhs dans ces institutions. Une telle attitude sectaire semble désormais faire école dans notre pays, à pratiquement tous les niveaux. Et elle va au delà du seul domaine militaire, pour s’étendre à l’ensemble de l’administration.

Pire, l’élimination de cette composante de la population s’étend aux citoyens. Nul n’ignore qu’il y a eu plus de 100 victimes des « bavures » policières contre les populations qui habitent la zone de l’axe de la liberté, occupée en grande majorité par des Peulhs.

On ne peut s’empêcher de faire le parallèle entre ces victimes et celles recensées dans les zones en conflits dans le monde, évoquées par les médias internationaux. Sauf qu’en Guinée, nous sommes censés vivre en « paix » ! Nous vivons en permanence sous tension.

Nous acceptons la médiocrité à tous les niveaux. Quand on sait que Dadis avait mis en place une « armée-milice » à Kaléta pour venir massacrer les manifestants au stade du 28 Septembre, lorsque l’on sait que dans l’ « armée Guinéenne » le recrutement des militaires est réellement refusé aux Peulhs (aujourd’hui même, il y a des recrutements dans l’armée à Kankan) et enfin, lorsque vous êtes dans la région du Foutah, nous constatons que toutes les forces de répression (Police, gendarmerie et même armée) sont constituées de maninkas pour matraquer les Peulhs et enfin lorsque nous constatons que dans les grandes entreprises publiques les compétences sont secondaires et ce qui est essentiel c’est l’appartenance ethnique.

Ne pensez-vous pas après 60 ans de tergiversations, constaté qu’il nous est difficile de vivre ensemble dans un pays centralisé et dans ce cas promouvoir la décentralisation, revenir aux régions du temps colonial ?

Nous pensons que le pays sera apaisé et nous sortirons de cette confusion historique dans laquelle, certains cherchent à transformer un sanguinaire Sékou Touré en héros sachant qu’il est à la base de tous nos problèmes contemporains (destruction de l’enseignement, mise en place d’un régime ethno-fasciste, destruction de l’administration…) ces derniers vont jusqu’à donner à la Présidence de la République ce nom satanique et même les équipes de sport en Guinée continuent de porter l’emblème d’un Parti politique notamment celui du sanguinaire Sékou Touré, le PDG pour le nommer par son vrai nom « Parti Des Geôles » d’où l’hérésie et la folie des dirigeants Guinéens.

Centre de recherche et d’études sur le développement
Mamadou Aliou Sow

Enseignant Chercheur CRED

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