François Soudan: champion du journalistico-commercial

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François Soudan, fort de son ancienneté et de son expérience, est-il le vrai patron ? « Ce serait une erreur de le penseraffirme le juriste Albert Bourgi, qui y fut longtemps éditorialiste. Ce journal n’a qu’un seul chef, c’est Béchir Ben Yahmed. » Un lien très particulier, fondé sur un respect mutuel, unit les deux hommes. BBY fait passer des petites « notes vertes » (des fiches) à Soudan pour lui suggérer tel ou tel sujet. « Ils se comprennent à demi-mot », ajoute Bourgi. Soudan n’est certes pas le dauphin officiel de Béchir Ben Yahmed, mais sans doute son fils spirituel, et c’est bien lui qui fait tourner la rédaction de la rue d’Auteuil.

« C’est un sacré bosseur, un ascète, il relit tout, relève un autre journaliste. Les confidentiels, c’est lui. La plupart des scoops de JA, c’est lui. Quand le journal est en panne de “cover”, il en sort une de son chapeau au dernier moment. » Le professionnalisme de Soudan est salué par ses confrères. « Un fin connaisseur du continent », concède Albert Bourgi. « Une très belle plume », renchérit Francis Kpatindé, un autre ancien du journal, parti en 2005.

Des éloges que viennent contrer d’autres jugements, d’autant plus sévères que leurs auteurs préfèrent garder l’anonymat : « Soudan, c’est Dark Vador, lâche un confrère coutumier du continent. Il est passé du côté obscur de la Force. » Résumé d’un autre, bon connaisseur de la Françafrique : « Un journaliste talentueux, qui a vendu son âme au diable. »

Sur le terrain, François Soudan fait cavalier seul. « Dans les voyages officiels, il est un peu à part, toujours avec une pile de journaux impressionnante qu’il dévore entièrement », se remémore Antoine Glaser, l’ancien directeur de la Lettre du continent. Et plutôt que de dîner avec un collègue de passage à Conakry lors d’un reportage en Guinée, il préfère passer la soirée avec l’un de ses copains sur le continent, le président Alpha Condé, qui compte parmi ses conseillers Albert Bourgi.

« Le jour où il partira, le journal aura du mal à s’en remettre », relève Francis Kpatindé. A 63 ans, François Soudan finira sa carrière où il l’a commencée, rue d’Auteuil. Quitte à cautionner un dispositif journalistico-commercial peu orthodoxe et à défendre, envers et souvent contre tous, des positions qui ne le sont pas moins. « Soudan, c’est le Blanc qui prend le parti de l’Afrique, comme s’il s’identifiait totalement à elle », résume un spécialiste du continent. Ou du moins à l’idée qu’il s’en fait.

Sourc: lemonde.fr

 

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