Guinée/Climat politique délétère: délectation morbide ( Par Goïkoya Kolié, Juriste)

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Un pays aux prises avec de sérieuses difficultés existentielles, tant politiques que sociales, ne peut plus et ne doit plus tolérer d’assister, (dans la fatalité et la résignation) à l’extermination de sa jeunesse par des acteurs politiques du pouvoir et de l’opposition confondus, au gré de leurs intérêts personnels. L’anathème de la présente réflexion vise à quelques exceptions près, l’ensemble de la classe politique guinéenne et par extension, l’ensemble de la classe politique africaine, à qui il faille décerner le premier prix des Razzie Awards, du nom de ce trophée décerné aux pires acteurs du cinéma américain.

Force est aujourd’hui au constat de la rupture du lien de confiance entre l’État guinéen, ses forces de sécurité et une importante partie de leurs populations. Cette lente et pénible dislocation du tissu social est la résultante d’une pestilentielle manœuvre politique qui dessert les intérêts personnels de quelques leaders politiques de tous les camps, dans le pernicieux dessein de tirer un capital politique, d’une situation qu’on laisse volontairement pourrir.

Les irruptions violentes et incontrôlées, désagréables et récurrentes de protestations de rues trouvent racines dans des droits démocratiques excessifs, incompatibles avec nos valeurs et nos rapports avec l’autorité de l’État. Le soubassement et la fondation d’une guerre civile à la somalienne, voire à la libyenne s’abreuvent d’une situation comme celle-là, où, les citoyens, (la plupart du temps, jeunes et manipulés) se rebellent contre l’autorité établie.

Le désordre qui en résulte est beaucoup trop souvent l’occasion recherchée par nos prétendus partenaires, qui d’une part, se réjouissent de la barbarie à laquelle les Africains se donnent en pâture, et d’autre part, fouette leur orgueil, renforce et justifie leur rôle de gendarmes du monde.

Ainsi, dans le chaos généralisé, nos meilleurs partenaires, meilleurs amis ou meilleurs ennemis ont tôt fait d’envisager le devoir d’ingérence et se couvrir de mandats de l’ONU, dans l’espoir inavouéde recoloniser le pays, sous l’autorité juridique internationale légitime. C’est en ce moment que le pays se fait envahir par des armées étrangères de pédophiles et d’agresseurs sexuels, qui en situation de guerre agissent en toute impunité, avec la bénédiction de leurs commanditaires, qui se précipitent d’étouffer tous scandales sexuels, abus de droits et des ressources du pays.

Phénomène méconnu, des ONG internationales sont de plus en plus impliquées dans des cas de violences sexuelles, dans les endroits où elles opèrent. Nous n’avons qu’a pensé aux scandales de viols de l’armée française en Centrafrique et ceux de Oxfam, éclatés en février 2018.

Ceci nous amène à inviter nos compatriotes à réaliser qu’il est absolument vital de garder à l’esprit que la présence de médias étrangers et nombre d’ONG internationales au chevet de notre pays et/ou notre continent ne participe en aucun cas d’une amitié sincère, loyale et désintéressée.

Leurs rapports et leurs reportages sur nos pays se montrent biaisés, hostiles, imbibés de complexes malsains de supériorité, qui dissimulent le racisme ambiant à l’effet duquel : les Africains seraient des peuples inférieurs, incapables de se gérer, de vivre en harmonie et doivent être coachés par leurs bienveillants maîtres de fait et de droit.

Cette assistance néocoloniale déguisée réussit quasiment à faire oublier que dans les faits, nos populations sont barbotées dans les rues pour la survie de valeurs impérialistes enjointes, sans aucune forme de transition et d’adaptation à leurs valeurs endogènes et besoins. À notre avis, se rendre à son travail est bien plus précieux qu’un droit de grève ou l’organisation d’une élection communale aux coûts exorbitants.

Les dérapages policiers qui faussent les vies de jeunes triturés, lors des opérations de maintien de l’ordre, pendant des manifestations interdites sont aujourd’hui coutumiers en Guinée et partout en Afrique, au point d’instaurer une culture populaire qui banalise et explique l’inexplicable. Au regard de ce qui précède, il n’est pas exagéré de suggérer, qu’en l’absence d’une profonde refonte de notre système démocratique, le pays sera pour toujours confronté à ce chaos latent, sciemment orchestré.

Il est du même souffle permis d’ajouter que ces crises ne sont pas uniquement et simplement un problème d’un seul homme. Le problème est plutôt institutionnel, d’où l’urgence d’une réforme législative majeure, pour redéfinir les cartes, les droits, les devoirs et surtout les limites.

Il y’ a eu des tueries dans les administrations, Touré, Conté, Camara et Condé. Tout porte à croire que cette débauche politico-militaire, aux conséquences humaines, sociales et économiques dramatiques est en train de prendre corps dans l’ADN du militantisme politique guinéen, fortement humecté decouleurs ethniques et régionale, à la solde d’intérêts individuels et parfois d’intérêts étrangers qui vivent grassement de la paupérisation des pays africains.

Lorsque les forces de sécurité d’un pays dit démocratique développent la culture de la gâchette facile, et qu’elles ouvrent régulièrement le feu sur des concitoyens qu’elles sont censéesprotéger sur la foi de leur déontologie, cela témoigne d’une anomalie dans la chaîne législative qui détermine leurs pouvoirs d’intervention, et aussi d’une carence pathologique dans les pouvoir démocratiques qui enchâssent les manifestations de rues dans la loi constitutionnelle du pays.

Il y’ a cocktail explosif imminant, lorsque la constitution, (sous l’impulsion démocratique de la Baule), prévoit la possibilité pour les citoyens d’organiser (idéalement) des marches pacifiques, bien que hostiles au pouvoir en place.

Dans les situations où lesdites marches sont interdites, les mouvements politiques et sociaux qui se prévalent de ses droits démocratiques, envoient des militants affronter des forces de l’ordre avec des projectiles de pierres, d’où les accrochages meurtriers, car les policiers n’hésitent pas à faire usage de force létale.

La rigueur intellectuelle de l’impartialité recommande de préciser que la législation prévoit la possibilité d’interdire une manifestation pour des raisons de sécurité nationale, et que dans cette hypothèse, l’État peut déployer les forces de l’ordre pour veiller au respect de la loi.

Il y’a un haut risque d’abrasement des capitales africaines, lorsqu’on observe l’actualité internationale et qu’on découvre que l’homme fort de Washington ordonne à son armée de considérer des pierres comme des fusils, pour supposément répliquer aux tirs moelleux pardes membres d’une caravane d’immigrants, en provenance du Honduras, composée majoritairement de femmes et d’enfants.

Si la première armée du monde, l’armée la plus professionnelle dit-on, est autorisée à tirer impunément sur des populations fragiles, pauvres, démunies et prétendument armées de pierres, sous couvert du sacro-saint principe de légitime défense, que feraient avec scrupule, les forces de l’ordre des pays du tiers-monde? En vertu de quelle retenue se refuseraient-elles le droit d’agir comme l’armée du général Donald J Trump.

Lorsque des leaders politiques de l’opposition de leur côté s’autoproclament dépositaires du monopole du patriotisme, se fixent pour objectif, (dans un esprit revanchard, à la suite d’une déconfiture électoral), de paralyser la gouvernance de l’adversaire du moment, il y’a manifestement méconnaissance des règles élémentaire de la démocratie, au nom desquelles par ailleurs, ils sont légitimés dans leurs actions vexatoires de manifestations de rues, devenant de facto des seigneurs des journées villes mortes. C’est également se méprendre sur l’avenir, car, une fois au pouvoir, ils feront face aux mêmes réalités, du même cercle infernal, loin d’être jubilatoire.

Il y’a anguille sous roche lorsque la classe politique dans son entièreté donne l’impression de s’offrir une démonstration de forces, avec d’un côté, l’État et sa puissance écrasante de forces de sécurité qui se pompe les pompons, et de l’autre, une opposition prête à en découdre, en misant sur la naïveté et l’inconditionnalité de l’impératif ethnique de ses militants pour prendre le pays en otage, nonobstant les macabres épreuves de force.

Nous soutenons que les leaders politiques guinéens du pouvoir et de l’opposition sont collectivement et solidairement responsables des pertes de vies enregistrées au cours des manifestations de rues.

Il ne saurait y avoir bon flic et mauvis flic politique, ni de diable et d’ange, les responsabilités sont équitablement partagées, dans la mesure où, le poids de la défaillance de protéger les vies de manifestants va de pair avec celui de braver l’interdiction de manifester. Le pouvoir d’interdire des manifestationsfaut-il le répéter et le rappeler, est enchâssé dans la législation guinéenne, à juste raison.

Pourquoi manifeste-t-on en Afrique? De quels droits divins sommes-nous investis pour ôter la vie à ceux qui ne partagent pas notre vision de la politique, qui n’appartient pas à notre ethnie, notre religion, notre région, notre formation politique? Qu’est-ce qui affole et instrumentalise nos populations? Questions existentielles!

Notre analyse cible principalement les causes exogènes qui s’appuient sur l’ethnie pour accentuer la déchirure des pays africains. Cela va de la démocratie de façade, ses manifestations et son poids écrasant sur nos sociétés. Elles incluent les injonctions des institutions de Breton Woods, qui ne sont pas du reste dans ce coup d’œil. Nous postulons que l’exigence d’organiser des élections aux cinq ans est une atteinte à l’autonomie économique des pays pauvres.

L’obligation d’élire un président, des députés, des maires et des chefs de quartiers dans des scrutins séparés est une énorme agression contre le pouvoir économiques des pays pauvres et leur stabilité sociale. En plus des manifestations mortelles qui précèdent et accompagnent chaque élection, le coût financier faramineux de chacune des élections est un goulot d’étranglement.

Les élections deviennent de ce fait, un fonds de commerce pour ceux qui les financent et imposent une démocratie sans démocratie, pendant que l’endettement des pays exposés à la coercition atteint des seuils paroxystiques. Cette démocratie est aujourd’hui essoufflée et doit être dépoussiérée.

Au risque de ressasser la même conviction, je soumets vigoureusement, avec égard pour toutes opinions juridiques dissidentes qu’il n’est aucunement obscène, grotesque, encore moins incongru de rationaliser la limitation de certains droits politiques et démocratiques au nom de la sécurité nationale, la stabilité sociale et la prospérité économique. Cette avenue a fait ses preuves au Singapour qui en quarante ans est devenu une place financière mondiale.

Elle est la clé du miracle économique chinois et l’explication de l’agréable surprise rwandaise. Dans cette optique, la loi se doit de proclamer, conformément à nos valeurs ancestrales, que le premier droit de l’homme Africains est le travail, son deuxième droit est sa productivité et son troisième droit est son utilité à la société. Les manifestations de rues, les grèves et les journées villes mortes deviennent du même coup caduques, périmées et antipatriotiques, et doivent céder le pas au travail, rien que le travail.

Je m’empresse d’ajouter que les réformes suggérées doivent être porter par un referendum exempt de toutes manœuvres politiques dolosives. Ne pas lire dans la présente suggestion, la signature d’un chèque en blanc pour l’instauration d’un quelconque régime répressif, corrompu n’ayant aucune conscience des vies politiques combinées de Nelson Rolihlahla Mandela et de Lee Kwan Yew.

La guinée doit prendre actions. Il faut préparer le terrain au successeur du président Condé, pour que ce dernier n’ait pas à faire face aux mêmes niaiseries politiques qui fragilisent un président en aggravant le retard du pays, pour que plus jamais, des leaders politiques Guinéens du pouvoir, de l’opposition et de la société civile, avec une nouvelle approche de la conscience politique patriotique ne tirent plus une délectation morbide du chaos social qu’ils provoquent. Trouver jubilatoire la paralysie de son propre pays semble être l’apanage et la curieuse mentalité du seul spécimen de leader africain qui encore une fois tire satisfecit dans sa participation à l’indigence des siens.

Par Goïkoya Kolié, Juriste

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