Guinée : Vive l’inconstance politique ( Par Bolokada Sano )

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Dans la langue de Molière, lorsqu’on parle de méli-mélo, sur un ton des plus familiers, cela fait référence à un ‘’mélange très confus et désordonné’’. Le choix de l’expression, très chers fidèles lecteurs, n’est point fortuit. Surtout lorsqu’on tient compte de l’actualité du moment, encore et encore dominée par la politique politicienne dans notre pays, la Guinée.

En effet, comment comprendre que des partis politiques se voulant respectueux et crédibles aient délibérément choisi d’aller au charbon lors des législatives et du référendum derniers, et qu’aujourd’hui ils décident de prôner le boycott, pendant que la donne elle est toujours restée constante ?

A l’inverse, comment interpréter la décision de certains partis politiques ayant prôné le boycott actif lors des mêmes élections législatives et référendaires d’intégrer finalement un processus qu’ils trouvent complètement biaisé ? Sans vouloir trancher dans le vif, allons-y un peu pour quelques illustrations.

Après s’être engagé à participer à la prochaine élection présidentielle, le chef de file de l’opposition à l’Assemblée nationale, El hadj Mamadou Sylla, a décidé, quasiment à la dernière minute, de ne pas candidater avec ses alliés politiques.

Si cela pourrait paraître des plus légitimes parce qu’on ne peut et ne doit contraindre une formation politique à participer à une compétition électorale, il y a tout de même lieu de s’étonner quant aux arguments avancés pour ne pas y aller. Parmi lesquels, les redondantes questions de fichier électoral, de non transparence du mécanisme électoral, de maintien en détention de certains militants anti-troisième mandat etc.

Et pourtant, El hadj Mamadou Sylla et ‘’alliés’’ ont bel et bien accepté d’aller aux consultations du mois de mars dernier pendant que toutes ces questions n’avaient trouvé à leurs yeux de réponses adéquates. Du coup, c’est à se demander si les arguments avancés par le camp Sylla pourraient tenir un seul instant face à une analyse se voulant des plus objectives.

Le chef de file de l’opposition extraparlementaire, l’ex-Premier ministre Cellou Dalein Diallo, à la différence de Mamadou Sylla, a opté pour la politique de la chaise vide lors des joutes électorales de mars dernier.

Ses exigences pour y aller n’ayant nullement été satisfaites. A s’y méprendre, elles ne l’étaient point du tout d’ailleurs, lorsqu’il choisit à la dernière minute de participer à la prochaine élection présidentielle.

Il se trouve pourtant que le candidat malheureux aux élections présidentielles de 2010 et 2015 n’était pas seulement lié à ses propres exigences. Il l’était tout autant dans le cadre d’un vaste ensemble, le Front national pour la défense de la Constitution, qui était allé jusqu’à menacer d’exclusion tout parti politique qui enfreindrait son mot d’ordre de boycott de la prochaine présidentielle. Sans un grand état d’âme, on peut dire que l’ex-Premier ministre a fini par fouler aux pieds ses propres engagements.

Sans vouloir aucunement tirer quelque leçon de morale que ce soit, dans les cas d’espèces, il y a tout de même lieu de s’inquiéter de ce qui était perçu ou devrait l’être en termes d’idéaux politiques, ou tout au moins de justes indicateurs ou références, pour toutes celles, tous ceux, s’investissant, ou s’étant investis en politique, dans le but de parvenir à des lendemains chantants.

Que les choses soient claires. Il ne s’agit de jeter ici de pierres dans le jardin de qui ce soit. Mais que l’on nous permette, au nom de ce peuple de Guinée ne méritant pas d’être mené en bateau, d’en arriver à cette fâcheuse exclamation : Vive dorénavant l’inconstance politique… !

Cherif Djiba Sano

Directeur de publication du site www.oeildupeuple.info

 

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