Hébergé par des Français et scolarisé, un Guinéen tout juste majeur menacé d’expulsion

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Parti de Guinée quand il avait 15 ans, Fodé est aujourd’hui majeur. Il a été accueilli près de Nantes par Fabien Vehlmann, scénariste des bandes dessinées, et sa femme. Après avoir passé son baccalauréat, il risque aujourd’hui l’expulsion. Sa famille d’accueil est sous le choc.

C’est un nouvel exemple du désarroi des demandeurs d’asile arrivés mineurs en France qui ont débuté une intégration scolaire mais perdent tous leurs droits le jour de leur majorité. Fodé Condé est Guinéen, il a quitté son pays à 15 ans après avoir vendu la seule vache que possédait sa famille.

Arrivé en France après un périple à travers le Maroc, la mer Méditerranée et l’Espagne, il a rencontré Fabien Vehlmann, scénariste de bandes dessinées, et sa femme, Géraldine Gourbe, critique d’art et commissaire d’expositions, à Nantes, en France. Le couple français l’a recueilli et soutenu. Aujourd’hui majeur, il est scolarisé en BTS management des unités commerciales (études post-bac). Pourtant, il risque l’expulsion après que la préfecture a rejeté sa demande de titre de séjour. Sa famille d’accueil a expliqué à InfoMigrants sa situation.

Quelle était la situation de Fodé quand vous l’avez rencontré ?

Quand Fodé s’est installé chez nous il y a un an et demi, en décembre 2016, il était mineur mais il n’avait pas encore été légalement reconnu comme tel. Il était hébergé dans un hôtel de la banlieue de Nantes et venait de débuter son année de Terminale.

Son intégration au lycée n’avait pas été simple. Son statut de migrant et de nouvel arrivant lui collait à la peau. Par ailleurs, il avait de grandes difficultés en mathématiques et en anglais.

Pendant un an, nous nous sommes côtoyés lors d’ateliers d’écriture que j’organisais pour des mineurs isolés. Ce n’est qu’à la fin que j’ai compris combien sa situation était compliquée. Il ne pouvait pas toujours payer ses repas la cantine du lycée, il n’arrivait pas bien à réviser son bac STMG (Sciences et technologies du management et de la gestion) à cause du bruit qu’il y avait dans son hôtel.

Avec ma femme Géraldine, nous sommes alors proposés d’être “tiers de confiance” (personne, membre de la famille ou pas, à qui le juge des enfants confie le recueil et l’éducation de l’enfant, à titre exceptionnel, NDLR). La juge pour enfants a accepté de valider sa minorité. Il a été officiellement reconnu mineur en mars 2017. Un mois plus tard, il devenait majeur.

Aujourd’hui, où en est-il ? Dans quel état d’esprit se trouve-t-il ?

Quand la préfecture a rejeté sa demande de titre de séjour, Fodé a d’abord eu une sorte de choc en se disant : “J’ai fait tout ça pour ça”. D’autant plus que sa mère est morte pendant son voyage. Il a eu un moment de vide existentiel, mais le fait de voir que nous n’allions pas lâcher l’affaire lui a donné la “niaque”. Il s’est alors concentré sur ses études en BTS.

Avez-vous engagé des solutions de recours ?

Oui, nous avions l’obligation de faire appel dans un délai d’un mois après le refus du titre de séjour, le 16 janvier. Nous allons aussi tenter de faire, en parallèle, un recours gracieux directement auprès de la préfète. Cela permettrait que la décision du rejet soit revue.

Avec infomigrants

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