DÉVELOPPEMENT POLITIQUE OU DÉVELOPPEMNT ÉCONOMIQUE : L’AFRIQUE À LA CROISÉE DES CHOIX (Par Goïkoya Kolié, juriste )

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LES VOIES PRÉCONISÉES PAR LES EXPERTS AFRICAINS PREMIÈRE PARTIE 

Dre Dambisa Moyo est économiste de renom, experte mondiale des questions de développement, spécialiste en macroéconomie, de l’influence de l’aide et des relations internationales. Mme Moyo est l’égérie des think-tank ou cellules de réflexion américaines et britanniques, qui réunissent régulièrement des universitaires émérites du monde entier, pour discuter de solutions miracles devant sortir le tiers-monde de sa léthargie.

La graduée en doctorat d’Oxford et d’une maîtrise de Harvard, est une autorité péremptoire dont le pragmatisme déconcertant s’exprime sans langue de bois, au point parfois de s’attirer les foudres des apôtres de l’aide publiques au développement et des dirigeants des institutions financières internationales.

Dans une conférence organisée par la fondation à but non lucratif nord-américaine The Sapling Foundation (TED), l’auteure de : « Dead Aid : Why Aid Is Not Working and How There is Another Way for Africa/Aide fatale, pourquoi l’aide ne fonctionne pas et comment il y a un autre moyen pour l’Afrique »; prescrit ce qui suit :

« Que faut-il choisir entre avoir un toit sur sa tête et le droit au vote?  

Lorsque vous vivez avec moins d’un dollar par jour, vous êtes loin de vous préoccuper de la défense de la démocratie, alors que vous cherchez à subvenir aux besoins de votre famille. J’ai eu le privilège de voyager dans plus de 60 pays dans le monde; en Asie, en Amérique latine, et bien sûr mon propre continent :

l’Afrique. J’ai discuté avec des dirigeants, des dissidents, des opposants, des citoyens lambda, et croyez-moi, les peuples des marchés émergents comprennent la démocratie et voudront bien entendu idéalement choisir leurs dirigeants dans un système démocratique. Qu’à cela ne tienne, sur la balance des probabilités, ils se préoccupent plus de l’amélioration de leurs conditions de vie et de la manière dont le gouvernement pourrait intervenir dans cette quête, plutôt que de savoir si ledit gouvernement a été démocratiquement élu ou pas.

Le président Obama a déclaré que la question qui nous attend n’est pas de savoir si le marché est une force pour le bien ou pour le mal. Son pouvoir de générer de la richesse et d’étendre la liberté est sans égal. Ainsi, il y a naturellement une présomption profondément enracinée chez les Occidentaux selon laquelle, le monde entier décidera d’adopter le capitalisme privé comme modèle de croissance économique et de démocratie libérale et continuera à donner la priorité aux droits politiques par rapport aux droits économiques. Cependant, pour beaucoup de ceux qui vivent dans les marchés émergents, c’est une illusion, et même si la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui a été signée en 1948, a été adoptée à l’unanimité, ce qu’elle a fait a été de masquer un schisme qui a émergé entre les pays développés et les pays en développement, et les croyances idéologiques entre les droits politiques et économiques. Ce schisme n’a fait que s’élargir.

Aujourd’hui, de nombreuses personnes qui vivent sur les marchés émergents, où vit 90 % de la population mondiale, estiment que l’obsession occidentale pour les droits politiques est hors de propos et que ce qui est réellement important, c’est de fournir de la nourriture, un abri, une éducation et des soins de santé.

Le modèle chinois est celui de prioriser les droits économiques et non les droits politiques, en priorisant par le fait même le capitalisme d’État et non le capitalisme privé. C’est ce système que beaucoup dans les économies émergentes décident de suivre, car ils estiment que c’est ce système qui promet un rapide et une meilleure amélioration de leurs conditions de vie, dans un très court temps.

Pourquoi d’un point de vue économique, ils en viennent à cette conclusion?

Premièrement, ce sont les performances économiques considérables de la Chine au cours des 30 dernières années, qui a réussi à sortir plus de 300 millions de personnes de l’indigence. En 1970, 28 % de la population chinoise avait un diplôme d’étude secondaire, aujourd’hui (2012), ce chiffre est proche de 82 %.

Deuxièmement, la Chine a pu améliorer considérablement son revenu sans changement au niveau du contrat ou système politique du pays.

Aujourd’hui, les ÉU et la Chine sont les leaders de l’économie mondiale. Ils ont deux systèmes politiques et deux systèmes économiques différents. L’un avec un capitalisme privé et l’autre construisant un capitalisme étatique, cependant, l’égalité des revenus en Chine s’est améliorée ces derniers temps, alors que celle des États-Unis a diminué.

Troisièmement, les peuples dans les économies émergentes envient les légendaires infrastructures chinoises. Ces infrastructures ne se limitent pas à la seule chine, car, la Chine a pu non seulement dépasser les États-Unis d’Amérique dans les infrastructures, avec un réseau routier de 85.000 km2 en Chine même. Mais, même si vous regardez des endroits comme l’Afrique, la Chine a été en mesure d’aider à réduire la distance du Cap au Caire, qui est de 9 000 milles, soit trois fois la distance de New York à la Californie; ce sont des choses que les gens peuvent voir et pointer du doigt. Il n’est peut-être pas surprenant de constater que dans une enquête menée par Pew Research Center en 2007, les Africains sondés dans 10 pays aient déclaré qu’ils pensaient que les Chinois faisaient des choses incroyables pour améliorer leurs moyens de subsistance, et ce, à de larges marges, jusqu’à 98 %.

Enfin, la Chine propose également des solutions innovantes aux problèmes sociaux séculaires auxquels le monde est confronté. Si vous voyagez à Mogadiscio, Mexico ou Mumbai, vous constaterez que les infrastructures et la logistique délabrées continuent d’être une pierre d’achoppement pour la fourniture de médicaments et de soins de santé dans les zones rurales. Cependant, grâce à un réseau d’entreprises publiques, les Chinois ont pu se rendre dans ces zones rurales, en utilisant leurs entreprises pour aider à fournir ces solutions de soins de santé.

Il n’est pas surprenant qu’à travers le monde, les gens pointent du doigt ce que fait la Chine et disent que j’aime ça, je veux ça. Je veux pouvoir faire ce que fait la Chine. C’est le système qui semble fonctionner. Il y a beaucoup de changements qui se produisent autour de ce que la Chine fait sans la position démocratique. En particulier, il y a un doute croissant parmi les gens des marchés émergents, alors que les gens croient maintenant que la démocratie ne doit plus être considérée comme une condition préalable à la croissance économique.

En fait, des pays comme Taiwan, Singapour, le Chili, et pas seulement la Chine, ont montré qu’en réalité, c’est la croissance économique qui est une condition préalable à la démocratie. Dans une étude récente, les preuves ont montré que le revenu est le plus grand déterminant de la durée d’une démocratie. L’étude a révélé que si votre revenu par habitant est d’environ 1 000 dollars par an, votre démocratie durera environ quinze ans et demi. Si votre revenu par habitant est compris entre 2 000 et 4 000 dollars par an, alors vous risquez d’obtenir 33 ans de démocratie, et si votre revenu par habitant est d’environ 6000 dollars par an, vous aurez une démocratie plus solide et durable. Ce que cela nous suggère, c’est que nous devons d’abord établir une classe moyenne, qui soit capable de tenir le gouvernement responsable, mais peut-être que cela nous dit aussi que nous devrions après ce préalable être émerveillés à l’idée de faire le tour du monde et de faire la promotion de la démocratie, parce qu’en fin de compte, nous dirigeons le monde.

Si nous ne prenons garde, nous risquons de nous retrouver avec des démocraties libérales, qui, dans un certain sens, pourraient être pires que les gouvernements autoritaires qu’elles cherchent à remplacer. Les informations autour de ces démocraties libérales sont assez déprimantes. Freedom House constate que bien que 50 % des pays du monde soient aujourd’hui démocratiques, 70 % de ces pays sont non libéraux dans le sens où les gens n’ont pas la liberté d’expression ou la liberté de mouvement.

Freedom House a constaté dans une étude publiée en 2011, que la liberté est en déclin dans le monde et que ce recul est consécutif aux sept dernières années. Ce que cela veut dire, c’est que des gens comme moi qui se soucient de la démocratie libérale, devons trouver un moyen plus durable de garantir une forme durable de démocratie libérale.

Alors que la Chine se dirige vers la plus grande économie du monde, ce qui devrait se produire selon de nombreux experts après 2016, ce schisme entre les idéologies politiques et économiques de l’Occident et du reste du monde est susceptible de s’élargir.

À quoi pourrait ressembler ce monde?

Eh bien, le monde pourrait ressembler à plus d’implication de l’État et de capitalisme d’État; un plus grand protectionnisme des États-nations; mais aussi, comme je viens de le souligner il y a un instant, des droits politiques et des droits individuels en constante diminution.

Que devrait alors faire l’Occident?

Je suggère qu’ils ont deux options: l’Occident peut soit rivaliser, soit coopérer. Si l’Occident choisit de rivaliser avec le modèle Chinois, et en fait, de continuer à faire le tour du monde et de continuer à essayer de promouvoir un programme de capitalisme privé et de démocratie libérale, cela va fondamentalement à l’encontre des vents contraires, mais ce serait aussi une position naturelle et propre à l’Occident car, à bien des égards, c’est l’antithèse du modèle chinois qui est la dépriorisation de la démocratie et du capitalisme d’État.

Le fait est que si l’Occident décide de rivaliser, cela créera un schisme plus large. L’autre option est que l’Occident coopère, et par coopération, j’entends par donner aux pays émergents la flexibilité nécessaire pour déterminer de manière organique quel système politique et économique fonctionne le mieux pour eux.

Vous pensez peut-être que cela revient à céder à la Chine la place de l’Occident, et que c’est une manière en d’autres termes, pour l’Occident de se retirer. Mais je vous suggère que si les États-Unis et les pays européens veulent rester influents à l’échelle mondiale, ils devront peut-être envisager de coopérer à court termes, dans l’espoir de demeurer compétitifs, et par là, ils devront peut-être se concentrer plus agressivement sur les résultats économiques afin d’aider à créer cette classe moyenne qui serait en mesure de tenir le gouvernement responsable et imputable.

Le fait est qu’au lieu de faire le tour du monde et d’inciter les pays à ne pas s’engager avec la Chine, l’Occident devrait encourager ses propres entreprises à faire du commerce et à investir dans ces régions. Au lieu de critiquer la Chine pour son mauvais comportement, l’Occident devrait juger comment il se fait que son propre système politique et économique est supérieur ou inférieur. Et au lieu de la démocratie de cordonnerie, partout dans le monde, l’Occident devrait peut-être prendre une feuille de son propre livre d’histoire et se rappeler qu’il faut beaucoup de patience pour développer les modèles et les systèmes que vous avez aujourd’hui.

En effet, le juge de la Cour suprême Stephen Breyer nous rappelle qu’il a fallu aux États-Unis près de 170 ans à partir du moment où la Constitution a été rédigée pour qu’il y ait des droits égaux aux États-Unis. Certains diront qu’aujourd’hui, qu’il n’y a toujours pas d’égalité des droits. En fait, il y a des groupes qui soutiendraient qu’ils n’ont toujours pas les mêmes droits en vertu de la loi. À son meilleur, le modèle occidental parle de lui-même: c’est un modèle qui met de la nourriture sur la table, ce sont les réfrigérateurs, c’est un homme sur la lune. Bien que les gens à l’époque eussent l’habitude de pointer du doigt les pays occidentaux et de dire, je veux ça, j’aime ça, il y a maintenant une nouvelle personne en ville, sous la forme d’un pays, la Chine.

Aujourd’hui, des générations se tournent vers la Chine et disent que la Chine peut produire des infrastructures, que la Chine peut produire de la croissance économique, et nous aimons cela. Car finalement la question qui se pose devant nous et devant sept milliards de personnes sur la planète est de savoir comment créer la prospérité? Des gens qui se soucient de leur sort iront pivoter vers le modèle de politique et de l’économie d’une manière très rationnelle, et ils choisiront ce modèle qui leur permettront d’avoir un meilleur niveau de vie dans les plus brefs délais ».

Conclut l’économiste zambienne.

Pourquoi le modèle chinois séduit-il les pays dits du tiers-monde et notamment africains? 

Guyde Moore, ancien ministre des travaux publics du Liberia se prête à l’exercice. Du haut de son expérience en développement au Center for Global Developement de l’Université Georgetown, il s’est taillé une place de choix dans les think-tank américains. En conférence à Institut Paulson de l’Université de Chicago, le 5 mars 2019, M. Moore entretient son auditoire en ces termes :

« (…) En 2017, la part totale de l’Afrique dans le commerce mondial était égale à celle de la Corée du Sud, pour un continent d’environ un milliard d’habitants. Lorsque les Chinois se présentent en Afrique, et pour la première fois, ils commencent à construire des infrastructures qui n’étaient pas axées sur les infrastructures coloniales dont la plupart des pays africains ont hérité. L’infrastructure coloniale était essentiellement le centre de la périphérie. Elle était destinée à prélever des ressources de la périphérie et à les amener au centre.

Notez à présent que, dans un monde où les chaînes de valeur régionales et les chaînes de valeur mondiales sont de plus en plus répandues, ce qui n’est pas possible en Afrique, car l’infrastructure n’était pas destinée à relier un pays africain à un pays africain. L’infrastructure coloniale était destinée à relier le pays africain à l’hôte colonial. Ce que la Chine fait maintenant en termes d’infrastructures qu’elle construit, c’est de connecter les villes africaines, les capitales africaines entre elles, ce qui permet aux chaînes de valeur mondiales et aux chaînes régionales de se développer. Donc, ce n’était pas comme si la Chine se présentait en Afrique dans le vide; c’était que les partenariats traditionnels que la plupart des pays africains entretenaient avec des pays étrangers souffraient d’un vide qui leur était préjudiciable. C’était un peu insuffisant.

(…) Après l’expérience coloniale, nous avons eu des entreprises occidentales qui venaient dans les pays africains pour négocier des contrats. Les offres n’étaient pas toujours équitables. Je vais vous donner un exemple factuel clair. À son arrivée au pouvoir, le président John Magufuli de la Tanzanie a accusé Barrick Gold de ne pas payer d’impôts et a finalement décidé d’annuler leur accord de concession. Il alléguait que la filiale de la compagnie canadienne, localement connue sous le nom d’Acacia Minig devait à son pays des milliards de dollars d’impôt. La raison pour laquelle il a soulevé cette question était que, les audites des services d’impôt indiquaient qu’entre 2010 et 2015, la filiale africaine de Barrick Gold n’avait payé que 8 % d’impôts et de redevances au gouvernement tanzanien. Au cours des années, ils ont rapporté quatre cent quarante-quatre millions de dollars de dividendes à ses actionnaires, sans payer le moindre impôt sur le revenu des sociétés en Tanzanie.

Dans la foulée, le PDG d’Acacia Mining a finalement admis que l’accord minier initial signé par les prédécesseurs du président Magufuli, entre la Tanzanie et sa compagnie n’était pas équitable. C’est le genre d’accord que beaucoup de pays africains ont conclu avec des entreprises occidentales et donc, même si les ressources seraient extraites dans les pays, très peu d’argents ont été payés en termes d’impôts, pour permettre à ceux-ci de financer leur économie. Ces en raison de la lassitude des pays africains face à ces iniquités contractuelles dans leurs relations avec l’Occident qu’ils ont permis à un nouveau partenaire comme la Chine de se présenter facilement et pour la plupart des pays africains d’accueillir les Chinois comme ils l’ont fait.

Un exemple de relation visuelle entre les gouvernements africains et le gouvernement chinois. En 2008, un de mes amis faisait partie de la préparation d’une délégation du Kenya pour visiter les États-Unis, et le président du parlement kényan a demandé une réunion avec la présidente de la Chambre des représentants des États-Unis de l’époque, Nancy Pelosi. Le personnel de Mme Pelosi leur a poliment fait savoir que la présidente Pelosi ne rencontrait que des chefs d’État et non son homologue parlementaire du Kenya.

De retour au Libéria, en 2010, j’étais assistant au bureau du président et, j’ai accompagné le ministre des Affaires étrangères du Libéria en Chine, lors d’une mission, qui n’était même pas une visite d’État. C’était une visite officielle et nous sommes allés en Chine. Jusqu’à aujourd’hui, je ne sais pas à quoi ressemble l’aéroport de Pékin, simplement parce que nous ne sommes pas venus comme des gens ordinaires. Nous avons été sortis de l’avion depuis l’atterrissage et nous n’avons rien vu jusqu’à ce que nous soyons dans notre chambre d’hôtel, car nous étions une délégation officielle.

Il y a quelque chose sur la façon dont les Chinois traiteraient les délégations africaines, quelle que soit la taille du pays en termes de faiblesse du pays, en termes de pouvoir qui suspend un traitement que la plupart des pays africains n’obtiendraient dans aucune capitale européenne. Nous n’étions qu’un pays d’environ quatre millions de personnes. Notre ministre des Affaires étrangères a rencontré Xi Jinping, à ce moment-là, ce dernier était vice-président de la Chine. La seule raison pour laquelle nous n’avons pas rencontré Hu Jintao, c’était parce que John Kerry était en visite en Chine et il rencontrait le président Jintao en même temps.

Telle était la qualité de la représentation quant à la manière dont les Chinois traitaient un petit gouvernement africain. Si vous êtes un décideur politique africain, que vous prenez du recul et que vous y pensez, vous vous demandez, qu’en est-il de cette relation qui vous oblige à ne pas accepter ce que les Chinois ont à offrir?

C’est la pertinence de la Chine en tant que partenaire, car l’Afrique a un énorme besoin d’infrastructures, la Chine a une grande capacité à répondre à ce besoin. La plupart des pays africains ont été coupés des marchés financiers internationaux et la Chine leur a fourni le financement. Et, pour les citoyens africains moyens, pour la première fois depuis longtemps, ils pouvaient voir le lien direct entre les ressources quittant leur pays vers la Chine et une sorte d’avantage quand celle-ci met à disposition, en contrepartie, de l’électricité, des aéroports ou des routes.

(…) Les chiffres disent qu’il y aurait environ 200 000 Africains vivants en Chine, ce qui pose d’énormes problèmes. La réaction du citoyen chinois moyen envers les Africains a été purement et simplement raciste dans de nombreux cas. Une partie de cela a effectivement joué dans les projets chinois sur le continent en termes de comportement raciste envers les Africains. Je pense que beaucoup de gouvernements africains y prêtent attention. Mais, je pense qu’il y a une différence entre le racisme que l’on voit d’un citoyen chinois ordinaire envers les Africains et le racisme en termes de politique officielle chinoise envers l’Afrique. Je pense que le gouvernement chinois a été très respectueux dans la manière dont il traite avec ses homologues africains.

En 2000, moins de 1 000 Africains étudiaient en Chine. Aujourd’hui, la Chine en tant que destination pour les Africains qui étudient en dehors du continent n’est dépassée que par la France, et la seule raison pour laquelle la France dépasse est à cause de la longue histoire coloniale de ce pays. Dans les dix prochaines années, la Chine dépassera la France.

L’année dernière (2018), une conférence sur l’Afrique était prévue à University of Southern California (USC). La conférence a dû être annulée, parce que chaque invité africain s’est vu refuser un visa. Donc, si vous êtes un décideur politique africain, ce sont les faits avec lesquels vous devez évaluer vos choix de partenaires, en ayant à l’esprit le meilleur intérêt de votre pays et de vos concitoyens.

La politique étrangère de l’Union européenne à l’égard de l’Afrique est façonnée par l’immigration et perçue comme suit : comment pouvons-nous empêcher davantage d’Africains d’immigrer dans l’Union européenne.

Lorsque l’ambassadeur John Bolton a annoncé la nouvelle politique américaine pour l’Afrique, il a passé plus de temps à parler de la Chine que de l’Afrique. On aurait pu penser qu’il était en fait en train d’édicter une politique américano-chinoise. Il semble que la réponse des États-Unis à l’Afrique n’était pas motivée par les besoins des Africains mais par le besoin de répondre à ce que la Chine faisait en Afrique. J’estime que la présence de la Chine en Afrique a été et continue d’être un net positif. En ma qualité d’ancien ministre, en qualité de chercheur sur l’espace Afrique/Chine, en tant que personne qui essaie d’influencer les décideurs politiques africains actuels, j’estime que la présence de la Chine en Afrique a été et continue d’être positive. Tiendrais-je le même discours dans dix ans? Je l’ignore. Pour l’instant, c’est mon évaluation ».

Goïkoya Kolié, juriste et collaborateur