Kassory Fofana: le pragmatisme politique (Par Goïkoya Kolié, Juriste)

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La nomination d’Ibrahima Kassory Fofana au poste de premier ministre de la Guinée, n’a pas cessé de faire couler l’encre des  pour et des contres. Nommer un premier politique avec un solide back ground économique est un pari qui n’a pas fini lui non plus de se dévoiler.  À moins d’une secousse important à la tête de l’État guinéen, celui-ci est le dernier premier ministre de l’ère Condé. Beaucoup de tractations politiques sont en sourdine, afin d’organiser une éventuelle continuité ou tout simplement une succession.

On dit de Kassory Fofana: un avant-centre, doté de l’instinct de marqueur à la Salah, l’attaquant de Liverpool. En politique africaine, cette qualité est suffisante pour faire partie de tous les rendez-vous majeurs de la vie de la nation.

Le but de la présente rédaction, est de mettre en exergue, la plus-value politique dont bénéficie un pays, lorsque ses leaders de l’opposition, mettent leurs bisbilles de côté, pour travailler ensemble, sous les ordres de l’élu du moment, et ainsi rendre service à leurs concitoyens, plutôt que de les prendre constamment en otage, avec des revendications liées plus à un égo surdimensionné qu’au bien-être de leurs électeurs.

Quand on vit à l’extérieur de l’Afrique, on prend très vite conscience d’une réalité, à la fois subtile et très offensante. Une réalité qui refuse par ailleurs de s’assumer. Les médias non africains, qui s’intéressent au continent noir, prennent un malin plaisir, soir après soir, de vous mettre plein la vue, tout ce qui ne va pas en Afrique.

La construction par la Chine, au Mozambique, du pont suspendu, le plus long d’Afrique, au coût faramineux de 700 millions de dollars, ne fait pas la Une de ces journaux télévisés. Ce qui semble les intéressé, ce sont les manifestations politiques violentes de rues à Conakry, à Kinshasa, les grèves des enseignants en Guinée, celles des étudiant au Sénégal, des médecins au Kenya, les manifestations violentes et meurtrières post-électorales au Kenya, au Gabon, au Congo, les assassinats d’enfants au titre de crimes rituels à l’approche des élections présidentielles, (phénomènes nouveaux), les attaques et les enlèvements de Boko Haram etc, bref, tout ce qui donne l’impression qu’en Afrique, le chaos est le quotidien permanent.

C’est également tout ce qui justifie la nécessité d’une présence permanente de la bien-pensante, pour apprendre aux Africains, comment vivre.

Le climat politique délétère, profondément empoisonné par des considérations ethniques, régionales, et parfois religieuses, rendent éminemment explosif, un contexte social intempérant, qui ne nourrit plus le moindre égard à l’égard des symboles  de l’État.

C’est dans ce contexte, et en qualité d’observateur de la vie politique africaine, que j’ai toujours levé mon chapeau et applaudi ces leaders de l’opposition qui mettent leurs talents, leurs expériences, leurs savoir-faire au service de leurs pays.

Collaborer avec son adversaire politique n’entame en rien, les ambitions personnelles des uns et des autres. Le président Abdoulaye Wade est l’exemple de choix et le précurseur de la démarche en Afrique de l’Ouest. Farouche opposant de son prédécesseur: Abdou Diouf, il n’hésita point, un seul instant à devenir ministre d’État de ce dernier. Abdoulaye Wade revenait pourtant de loin. Il aurait pu se morfondre dans ses ressentiments et refuser de participer à la vie de la nation et de l’Afrique, à son propre détriment.

Il aurait eu des raisons d’agir ainsi. Est-ce pourtant les bonnes?

1-Wade avait participé à une énième élection, controversée, qui, de l’avis de plusieurs observateurs, avait été truquée par son adversaire. La mascarade électorale habituelle. Sa stature d’homme d’État, son aura et son instinct politique eurent le dessus. Il accepta le portefeuille de ministre d’État. À ce poste, il jouera un rôle déterminant dans la libération de M. Olusegun Obasandjo, alors dans les geôles de Sani Abacha.

Participer au gouvernement de son adversaire, n’a fait qu’apaiser le climat politique sénégalais, très explosif de l’époque. Wade réussira à démontrer, qu’on pouvait servir son pays, sans se départir de ses propres ambitions. Cette approche contribue à consolider la paix dans un pays. Le pays devient moins la risée des médias de ses prétendus partenaire.

Récemment au Bénin, une démarche similaire a aussi été applaudie. C’est celle de M. Abdoulaye Bio Tchané, candidat malheureux contre Patrick Talon, il intègre tout de même le gouvernement de ce dernier. M. Tchané est ministre d’État et s’occupe du développement.

Le portefeuille est très révélateur. Le but premier de l’engagement politique en Afrique étant de développer son pays, le fait d’accepter les charges de premier responsable du développement est en parfaite cohésion avec la raison de faire la politique.

La participation à un gouvernement suppose aussi de réussir des tests de probité et de volonté de servir le pays et non de se servir. Plusieurs critiques font état du retour dans le gouvernement, de personnalités qui ont par le passé, participé à une gestion chaotique du pays.

Jusqu’à preuve du contraire, preuve de culpabilité, devant un tribunal compétent, je veux donner la chance aux coureurs, en me fondant sur la présomption d’innocence et la primauté du droit. Je saisi l’opportunité de la présente publication, pour adresser un chaleureux hommage à Mouctar Diallo, et à Aboubacar Sylla qui ont choisi de prendre part à construction du pays.

Par Goïkoya Kolié, Juriste et collaborateur

 

 

 

 

 

 

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