La Polygamie, un recule? Le Mariage homosexuel, une avancée? ( Par Goïkoya Kolié, Juriste)

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Le législateur guinéen s’est autorisé un amendement législatif le 29 décembre 2018 qui n’a pas fini de faire couler l’encre. Le nouveau Code civil guinéen introduit dorénavant un régime matrimonial qui rend légal, la possibilité pour l’homme Guinéen d’épouser aux plus quatre femmes. Il y aura désormais en Guinée, un régime matrimonial polygamique et un régime matrimonial monogamique.

Élément majeur à souligner, l’homme détient à sa discrétion, le pouvoir de déterminer le régime de son couple. La pratique de la polygamie en Guinée est d’ailleurs un secret de polichinelle, car, historiquement, la Guinée est un pays de tradition polygame, à l’instar d’ailleurs des sociétés précoloniales africaines, asiatiques et américaines, sans oublier l’Europe chrétienne, qui elle, privilégiait la polygamie de fait.

Nous entendons par polygamie de fait, le fait pour une personne en situation matrimoniale monogamique de droit, d’entretenir une relation amoureuse avec une tierce personne.  Les royaumes européens ne sont pas du reste. Il suffit de jeter un regard sur les cours royales d’époque pour observer une société enivrée par une polygamie de fait. La Guinée moderne, celle héritée du dépècement du continent par les envahisseurs coloniaux européens et celle antérieure à la colonisation et à l’esclavage est une terre polygamique.

  • Une démarche décomplexée?
  • Le mariage pour tous a été le slogan français de l’élargissement des règles du mariage et la redéfinition de l’institution pour y inclure les personnes de même sexe. Le mariage homosexuel est le phénomène de société qui s’empare des sociétés libérales occidentales.
  • Des organisations de défenses des droits des LGBTQ se sont fait entendre dans les rues pendant des années. Incidemment, leurs parlementaires concluent au bienfondé de leurs revendications, accèdent aux demandes et amendent leurs lois sur le mariage. Les dirigeants des pays de l’hémisphère Nord élèvent à présent la question au rang des droits de l’hommes.
  • Ils enjoignent à leurs partenaires et obligés du Sud dont les lois sur l’homosexualité sont rigides de les assouplir si ce n’est les abolir, et les rendre conforme à la nouvelle civilisation, proclament-ils. Ils partent du principe selon lequel, ils existeraient des homosexuels dans toutes les sociétés humaines et estiment qu’en vertu de ce principe, l’homosexualité devrait être dépénalisée.
  • L’homosexualité ayant été dépénalisée dans les pays développés, chantres de droits de l’homme, les pays pauvres doivent leur emboîter le pas, concluent-ils. Les règles de la civilisation étant édictées par les pays du Nord, ceux du Sud doivent suivre et se mettre aux pas. L’hypothèse inverse souffre de lacunes civilisationnelles. La polygamie que chérissent et pratiquent tous les peuples de la terre, qui est portée aujourd’hui sans complexe par la Guinée ne pourrait être proposée aux sociétés imbibées de leur complexe obsessionnel de supériorité.
  • Cette opinion n’est pas exprimée en soutien à la polygamie projetée, bien au contraire. L’opinion constate que les règles de conduite et les normes sociétales de la planète sont définies avec beaucoup d’arrogance par les pays du Nord. Même si ses règles se heurtent aux valeurs de ceux du Sud, ceux-ci doivent courber l’échigne.
  • À contrario, les règles émanant des pays pauvres, qu’elles se butent ou pas aux valeurs des pays riches, ces derniers ne daigneront point de faire un pas dans la direction de leurs sujets du Sud. Est-il abusif de soumettre que la démarche décomplexée de la Guinée de dépénaliser la polygamie est une réponse au mariage pour tous des pays du Nord? Le questionnement mérite réflexion.
  • L’ancien régime matrimonial guinéen.
  • L’ancien Code civil guinéen rendait légal la discrimination fondée sur le sexe au détriment des femmes. Ce régime encadrait la polygamie et l’autorisait dans un foyer, lorsque les efforts d’un couple de faire des enfants étaient vains. La loi guinéenne introduisait une présomption légale de culpabilité de la femme, de l’épouse, qui du fait de la difficulté rencontrée était d’après cette perception, responsable de l’infécondité du couple. La loi présumait implicitement que la stérilité ne pouvait qu’être une pathologie féminine.
  • De ce point de vue, et sous cette conditionnalité, elle autorisait le mari à prendre une deuxième épouse. La Guinée dans laquelle j’ai grandi a toujours été polygamique, sans tenir compte des exigences législatives. L’État n’est jamais intervenu dans le cours d’une famille polygame pour faire respecter sa loi. La faute au patriarcal et à la coutume?
  • Mode de vie universel  
  • La pratique de la polygamie doit remonter à l’histoire de l’homme sur terre. Toutes les sociétés humaines ont connu ce mode de vie, sous diverses formes légale ou factuelle. Les historiens expliquent le phénomène de façon laconique par une surpopulation des femmes par rapport aux hommes. D’aucuns, surtout les interprètes des textes de lois canoniques affirment que leur Dieu aurait accepté la pratique de la polygamie pour surtout rendre service aux femmes et non assouvir l’insatiable appétit sexuel des hommes.
  • Ils soutiennent que dans un monde antique, où les femmes sont plus nombreuses que les hommes, il était de mise que ce Dieu tolère la polygamie, pour éviter que les femmes célibataires ne sombrent dans la pauvreté, la prostitution l’esclavage et le déshonneur. Cette explication quelque peu farfelue, n’arrive toujours pas à démontrer que la tendance s’est renversée, et que l’équilibre du nombre a été atteint.
  • À l’exception de la Chine, de l’Inde et du Pakistan qui connaissent dit-on une pénurie de femmes, occasionnée par l’avortement sélectif, lui-même engendré par les politiques de natalité (enfant unique en Chine), et le poids de la dot en Inde (les parents de la mariée doivent l’acquitter), situation à laquelle s’ajoutent des raisons culturelles, économiques et sociales, ailleurs dans le monde, il y a quasi équilibre du nombre de femmes et d’hommes. On avance qu’il y aurait 52% de femmes sur terre.
  • Dans le monde antique, on soutenait que les guerres étaient violentes, sauvages, barbares, impitoyables et particulièrement meurtrières. Les hommes mouraient en quantité importante. Ironiquement, en termes de cible de guerres et victimes de trépas des conflits armés, la réalité antique est vraie en 2019. La bible regorge de nombreux exemples de polygamie, dont notamment dans Genèse 4.19, il est noté que Lémec prit deux femmes.
  • De Samuel à David jusqu’à Salomon qui d’après Rois 11.3 eut 700 femmes et 300 concubines, l’antiquité religieuse monolithique est polygame. Nombre de rois bibliques étaient donc polygames. Que dire de leurs sujets de l’époque?
  • De nos jours, une énorme hypocrisie nourrit les questions liées à la polygamie. Bien qu’officiellement interdite, socialement considérée immorale, la polygamie de droit a depuis belles lurettes cédé le pas à la polygamie de fait. François Holland président de la France de 2012 à 2017 est un célèbre polygame dans l’âme.
  • Pendant la campagne présidentielle de 2007, qui oppose Nicolas Sarkozy à sa compagne Ségolène Royal (avec qui il a quatre enfants), cette dernière apprend que son conjoint la trompe avec une journaliste (sept ans plus jeune), Valérie Trierweiler. Ségolène Royal affirme dans son autobiographie avoir été cruellement trahie. Elle évoque dans son livre, la violence de l’adultère, la férocité de la bigamie qui tétanise et la souffrance encaissée sans broncher. Hollande fera subir à Valérie Trierweiler le sort qu’elle a contribué à imposer à Ségolène. Lorsque devenu président lui-même, François Hollande sort sur scooter, accompagné d’un seul garde de corps, pour rejoindre sa nouvelle flamme, Julie Gayet de dix ans la cadette de Valérie.
  • Jacques Chirac président français de 1995 à 2007 aura sa réputation de Don Juan ou Casanova associé à jamais la tragédie de la princesse Diana. Le soir de l’accident mortel de celle-ci, Chirac est introuvable. Il n’est pas au palais de l’Élysée dans le lit avec son épouse. Son chauffeur affirmera dans ses mémoires que le président français était chez une de ses concubines, une célèbre actrice. François Mitterrand (président français de 1981 à 1995), de son côté, poussera l’audace de la polygamie jusqu’à concevoir une enfant avec une de ses épouses de fait, Anne Pingeot. Mazarine naîtra de cette polygamie. Sur le compte de Mitterrand, les médias français, après avoir couvert pendant des décennies leur président, titreront finalement : mille conquêtes et trois amours. Valery Giscard d’Estaing (président français de 1974 à 1981), lui se vante de son pouvoir de séduction, de tombeur et d’accumulation de concubines.
  • Le quotidien Le Point va jusqu’à intituler un article du 12/01/2014 : Les maîtresses des présidents. Le quotidien écrit : « Dans l’histoire de France, président de la république et liaisons extraconjugales font la paire. Alors que certains se cachent, d’autres s’en vantent ». De l’autre côté de l’Atlantique, John Kennedy (président des États-Unis d’Amérique de 1961 à 1963), traine la réputation de coureur de jupons. Bill Clinton (président des ÉU de 1992 à 2000) a failli être destitué sur une histoire de fellation performée sur lui par Monika Lewinsky, le soir d’un houleux débat au congrès sur le budget, au sujet de laquelle il a menti.
  • Quant à Donald Trump, il est connu pour accumuler des actrices de films pour adultes, qu’il paye pour faire taire. L’affaire Stormy Daniels n’a pas fini de révéler tous ses secrets. À notre avis, ce que les médias qualifient de maîtresses, concubines, conquêtes, vie privée ne sont autres que des polygamies de faits qui en disent long sur les populations que gouvernent les polygames susmentionnés.
  • Une législation limitative
  • S’il n’est pas exagéré de soupçonner le législateur Guinéen d’avoir consciemment ou inconsciemment obéît à une norme religieuse en imposant une limite du nombre d’épouses qu’un Guinéen peut accumuler comme trophée fouettant l’orgueil du chasseur, il faut se presser d’ajouter le bémol de l’absence d’apanage guinéen. Lorsqu’on observe de près les sociétés dites monogame de droit, surtout celles de traditions judéo-chrétiennes, l’on ne peut s’empêcher non plus de voir dans l’exigence de leurs lois sur le mariage, un héritage biblique.
  • L’ancien testament a beau vouloir tolérer la polygamie, Jésus Christ, personnage clé du nouveau testament référait au mariage en termes d’un homme et d’une femme. Les textes du nouveau testament parlent du couple au singulier et parlent du mari et de son épouse et non de ses épouses. Les interprètes de la Bible défendent l’idée de la monogamie comme étant l’enseignement conforme à la volonté de leur Dieu et que c’est cet enseignement qui a été diffusé par le fils de celui-ci. Le chiffre quatre qu’autorise le législateur guinéen est-il fortuit?
  • Ce chiffre est-il le fruit du généreux imaginaire des députés Guinéens? Ces derniers étant majoritairement musulmans, pouvaient-ils aller au-delà des limites permises par l’Islam? Le Guinéen qui n’appartient à aucune des religions imposées par nos envahisseurs arabes et européens aura-il tort de se sentir léser? Attaquera-il la constitutionnalité de la nouvelle législation? Qu’en est-il du droit des femmes dans ce gazouillis? Pourquoi lui refuserait-on le droit de verser dans la polyandrie? Autant de questions qui devront faire l’objet de débats dans la société de droit et de démocratie que la Guinée revendique.
  • Les croyances religieuses et coutumières ont une évidente influence sur les œuvres législatives de chaque société. Au Canada par exemple, la question de la polygamie est un enjeu qui trouve ses répondants dans le Code criminel du pays. La polygamie répugne le législateur canadien au point d’en faire un crime extraterritorial. Ce qui signifie succinctement qu’un citoyen canadien, ne peut épouser plus d’une femme.
  • S’il venait à détenir la double nationalité et que sa seconde nationalité l’autorise à épouser plus d’une femme, s’il se prévalait de ce droit, à son retour au Canada, il ferait face à une poursuite au criminel. Le premier ministre Pierre Elliot Trudeau affirmait que l’État n’a rien à voir dans la chambre à coucher du peuple. Il omettait du même soupir d’ajouter que son angélisme n’incluait pas ses concitoyens polygames, notamment les mormons. L’État canadien est de toute évidence très regardant sur cette question, et cette posture lui est dictée par son legs judéo-chrétien.
  • Pourquoi ne pas soumettre qu’en l’absence de trafic sexuel, d’exploitation sexuelle et d’abus sexuel, et qu’en présence d’adultes consentants, l’État devrait s’effacer de la vie sexuelle, de la nature et de la forme d’organisation des relations de couples des citoyens? Au regard de ce qui se passe ailleurs dans le monde, comment trouver l’équilibre sur des sujets aussi délicats? Peut-on qualifier le régime polygamique légal de recul et celui du mariage homosexuel d’avancée?
  • Ce texte est un hommage aux femmes députées guinéennes et à toutes les femmes qui se dressent contre l’autorité prépondérante du mâle, consacrée et confirmée dans le nouveau Code civil de la Guinée.

Par Goïkoya Kolié, Juriste

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