La procédure de destitution de Donald Trump et ses ramifications en Afrique, (Par Kolié Goïkoya)

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Biden vs Trump, le prix de la protection d’une puissance

En dépit de la façade démocratie que revêtissent la protection des libertés individuelles et collectives, la défense des droits de l’homme partout dans le monde, le soutien américain, celui-là même de l’épiphanie démocratique traditionnelle; le soutien de n’importe quelle puissance économique et militaire envers un pays tiers, une opposition politique, un président sortant ou entrant, un candidat à une élection, une rébellion, un mouvement d’émancipation, un mouvement syndical, une société civile, une ONG locale ou internationale, ce soutien disons-nous, a toujours indubitablement un fort prix à payer.

À l’issue de chaque intervention publique d’une puissance donnée, pour et au bénéfice de telle ou telle cause, s’en suit une juteuse rétrocommission en faveur de la puissance bienveillante, ce qui fait douter des mobiles d’intervention mis de l’avant dans ces angélismes démocratiques bêtifiants.

Cette rétrocommission, qui n’est pas sensée exister, vient annihiler les velléités et les pouvoirs d’intervention théoriquement légitimer par le droit d’ingérence, le devoir d’assistance humanitaire et les mesures dites préventives. Ces prétextes qui servent de couverture à toutes sortes d’agression politique, économique, sociale, culturelle et militaire ont une double mission : il s’agit en premier lieu d’arracher l’approbation de l’opinion publique des citoyens, intellectuels et médias, (légitimité démocratique) des pays exportateurs de vertus politiques; et d’autre part, ils servent à convaincre les populations des pays en ébullition, d’une bonne foi, totalement désintéressée de ceux qui courent à leur secours.

La révolution ukrainienne

Le 22 février 2014, le président Victor Ianoukovytch est chassé du pouvoir par une violente révolution dite populaire, aux allures de guerre civile en centres urbains. Les amoureux de la « démocratie » en Ukraine affirmaient voir d’un mauvais œil, les rapprochements de plus en plus étroits entre leur président et le méchant grand frère russe. Dans la foulée de l’affront à la Russie, les manifestants seront soutenus ouvertement par des chancelleries occidentales, en particulier celles de l’UE. Les Etats-Unis se tiendront également, sans surprise, aux côtés de la rue. Au moment des faits, M. Ianoukovytch s’était opposé à la signature d’un accord de libre-échange avec l’Union européenne. Le président Ukrainien privilégiera un accord du même type avec la Russie. En novembre 2013, Victor Ianoukovytch décidera de rejeter définitivement l’accord de partenariat économique proposé par les européens et entreprendra des démarches actives avec Moscou. Cet événement, ressenti par ses opposants comme l’incident de trop, mettra le feu aux poudres et précipitera le départ du protégé russe.

Par la suite, c’est la guerre par procuration entre la Russie d’un côté et les alliés traditionnels de l’Ouest de l’autre côté. Poutine apporte son soutien léonin aux partisans de l’ordre constitutionnel. Les pays de tradition démocratique s’engageront aux côtés de ceux qui tentaient de piétiner le même ordre constitutionnel démocratique.

Que souhaite-t-on savoir sur Hunter Biden

 À la chute du président Ukrainien, le fils de Joe Biden : Hunter Biden se trouve propulser au conseil d’administration d’une grande entreprise gazière ukrainienne. En avril 2014, Joe Biden est vice-président du président Barack Obama, dont l’administration est engagée aux côtés des révolutionnaires ukrainiens. Cela fait drôle de souligner l’association de la démocratie américaine avec un mouvement révolutionnaire. M. Biden était le point de contact du régime américain. Son fils Hunter Biden s’est curieusement retrouvé au conseil d’administration du groupe gazier Burisma avec une rémunération mensuelle de 50 000 dollars. Il s’avère que Hunter Biden n’avait aucune expérience en Ukraine. Avocat et lobbyiste, il avait travaillé pour une entreprise de crédit.

Le procureur général Viktor Shokin, un proche du président renversé était en charge d’une enquête sur Burisma, sur fonds d’allégations de corruption. Dans un revirement de situation, c’est finalement ce procureur, accusé de trainer les pieds, qui sera lui-même la cible de l’inimitié de Joe Biden. Allant jusqu’à faire des pressions de concert avec l’Union européenne et le FMI pour son renvoi. Le vice-président américain estime que le procureur général ferme les yeux et n’est pas assez efficace sur les problèmes de corruption qui gangrèneraient l’Ukraine. Joe Biden exige et obtient le limogeage de M. Shokin.

Triomphaliste, Biden se vantera en janvier 2018 de ses prouesses diplomatiques en Ukraine, lors d’une réunion du Conseil des relations internationales à Washington, rapporte un média :

« J’ai dit, vous ne toucherez pas les 1 milliard de dollars d’aide américaine. Ils me répondent : (Mais vous n’avez pas cette autorité. Vous n’êtes pas le président). Je les ai regardés et j’ai dit, je pars dans six heures. Si le procureur n’est pas viré, vous n’aurez pas l’argent ».

Joe Biden obtiendra gain de cause. Cette autorité paternaliste revendiquée sous le sceau de la lutte contre la corruption et l’instauration de la démocratie qui justifie l’ingérence qui frôle l’hystérie est applaudie par ses compatriotes. Cependant, il est difficile de ne pas voir dans ce spectacle salvateur, un conflit d’intérêts des Biden.

La suite des événements suscite des questions qui tendent à conforter la posture déployée par Donald Trump. Au nom de la même lutte contre la prétendue corruption endémique, partout dans le monde, le président américain aurait agi pour exiger à son tour, l’ouverture d’une enquête pour corruption en Ukraine, sur le rôle du fils de l’ancien vice-président Biden, qui n’est nul autre que son potentiel rival à la présidentiel de novembre 2020.

Le camp Trump soulève de troublantes coïncidences, dont notamment, le fait que Yuriy Lutsenko, procureur remplaçant, ait bouclé ou bâclé l’enquête contre Burisma au bout de dix mois, sans de réelles accusations, nonobstant les soupçons d’évasion fiscale, de blanchiment d’argent et de vol de ressources de l’État. Selon les résultats de l’enquête, Burisma a payé le montant le plus élevé de l’époque, soit 180 millions hryvnias d’impôts et de pénalités. Cette situation est aujourd’hui mise en doute par Donald Trump avec raison peut-être, le tout baignant dans une forte dose de mixture de cynisme politique à l’américaine.

Qu’il ait eu corruption, conflit d’intérêts ou pas, assistance à un soulèvement populaire spontané ou orchestré et financer par l’extérieur ou pas, il est répugnant et contre nature de constater des agissements qu’apparentent à une rétrocommission sous diverses formes aussi sournoises qu’imperceptibles à première vue.

Lorsqu’on prête attention au fil des événement, il est difficile de résister à la tentation de la fluidité d’un esprit critique, qui nous suggère de questionner qu’en définitive, est-ce que MM. Biden et Trump ont agi avec diligence pour débarrasser notre planète de la corruption? Chacun des protagonistes locaux et internationaux de la crise ukrainienne n’agit-il pas pour une seule et unique raison : l’intérêt personnel et/ou national?

Cette interrogation nous amène à attirer l’attention du lecteur Africain par rapport aux enjeux liés au droit d’ingérence, de l’assistance humanitaire et de l’aide publique au développement subordonnées à l’instauration de la démocratie et de la gouvernance dite bonne. La guerre politique que se sont déclarés les titans de la vie publique américaine laisse entrevoir une faille dans la diplomatie de l’ingérence, qui vient conforter cette méfiance et cette prudence que nous recommandons aux leaders politiques Africains.

Nous sommes justifiés de penser et de marteler inlassablement que tout soutien à un leader politique, un mouvement social de la part d’un block : prodémocratie, pro-russe, pro-asiatique ou même prochinois a des implications économiques souvent nuisibles aux intérêts stratégiques du pays bénéficiaire.

Au risque de rabâcher la même préoccupation alarmante et non alarmiste, nous devons sensibiliser la jeunesse africaine par rapport à l’absence totale de charité et de philanthropie dans les relations internationales. Ce qui à notre avis, explique la présence du fils du vice-président américain au conseil d’administration d’un important groupe gazier, avec une rémunération mensuelle de 50 000 dollars, sans expérience apparente, et curieusement, au lendemain du soutien du puissant pays dont son père est vice-président, à la suite d’un soulèvement populaire favorable à la démocratie.

Que vaut à Donald Trump la procédure d’impeachment?

N`’eût-été le mégalo-népotisme (qu’on dirait hérité des cours royales européennes), de Donald Trump;  n’eût-été son outrecuidance envers ses adversaires démocrates, (le maître de Washington tire un malin plaisir dans le fait de narguer le camp d’en face); n’eût-été les excès de langage de l’homme fort des États-Unis d’Amérique, il serait de bon droit de jeter effectivement un coup d’œil, dans le rôle joué par Joe Biden dans la crise ukrainienne à travers une enquête fédérale pilotée par le congrès. Ce que nous appelons pudiquement rôle s’apparente à un conflit d’intérêts, le mot corruption étant trop lourd, bien qu’on ne puisse l’écarter. Il est justifié de chercher à savoir si le soutien diplomatique, politique, militaire, et économique étasunien aux insurgés de Kiev s’est traduit par un retour de l’ascenseur dont aura tiré profil le fiston Biden.

Donald Trump, le despote de Washington qui fédère contre lui l’animosité des démocrates, des mouvement anti-racistes, des mouvement féministes et qui fédère en sa faveur les mouvements néonazis, les suprémacistes blancs, l’extrême droite, la droite religieuse judéo-chrétienne, est au cœur d’une fascination et de la cristallisation de la vie politique américaine. Cette posture rend difficile un plaidoyer en sa faveur, malgré l’apparence de droit.

La procédure de destitution annoncée par Nancy Pelosi a eu pour munition, cet appel téléphonique du 25 juillet 2019 entre le président américain et celui d’Ukraine, ainsi résumé par les médias :

« J’ai une faveur à vous demander. On parle beaucoup du fils de Joe Biden, du fait que Biden ait fait des pressions pour faire arrêter une enquête en Ukraine. Beaucoup de gens cherchent à en savoir plus. Donc, si vous pouvez faire quelque chose avec le ministre de la justice américain, ce serait formidable ».

Ce sont ces mots de Donald Trump à Volodymyr Zelensky qui donnent des maux de tête au premier. Car, pour les démocrates, il s’agit d’une invitation claire du président américain à un pays étranger à s’impliquer dans le processus électoral des États-Unis. Le genre d’ingérence qui nous a donné droit à ce grotesque spectacle dans la (première démocratie au monde), de la vierge offensée par rapport à l’ingérence de la Russie de Poutine dans la présidentielle américaine de 2016. À noter avec ironie que le pays James Monroe ne s’est jamais ingéré dans le processus démocratique d’un pays souverain nulle part sur la planète.

Il est également allégué qu’en surenchère, l’homme fort de Washington aurait fait bloquer une aide militaire imminente 391 millions de dollars de son pays à l’Ukraine, jusqu’à ce que le président Zelensky accède à sa demande. Il n’en fallait pas plus pour faire bondir les démocrates.

Ce n’est pas plus le désir d’obtenir de l’information sur le fils de Biden, que l’utilisation dont Trump veut en faire qui indigne les élus démocrates.

Le candidat républicain à sa propre succession est soupçonné par ses adversaire de faire des pressions sur un dirigeant étranger, afin d’obtenir des informations nuisibles à un potentiel challenger aux élections de novembre 2020. Cette invitation au crime lèse-majesté pourrait coûter son poste au président, dans un folklore médiatique au congrès qui promet d’être théâtral, dans la mesure où la partisanerie dans la politique américaine pourrait avoir raison d’une procédure mort née.

Sachant que le sénat américain est républicain, acquis au président, nous soumettons que celui-ci ne commettrait pas le suicide politique de destituer un président issu de ses rangs quoique très coloré et profondément controversé pour ne pas dire désaxé.

Mise en garde pour l’Afrique

Nous souhaitons, à travers cette réflexion sur la procédure de destitution annoncée du président Trump, apporter un éclairage, principalement à l’attention de la classe politique africaine et à celle des militants des partis politiques par rapport aux illusions entourant le soutien des pays développés à leurs (causes). Il ne saurait exister de générosité, encore moins d’amitié sincère dans la prédation économique libérale. Il est impératif de prendre conscience qu’aucune sanctions économiques et soutiens à une cause données ne peuvent être fortuits.

Lorsque par exemple les démocraties traditionnelles dénoncent avec véhémence et agressivité l’élection de Félix Tshisekedi, c’est en raison du fait que le président sortant de la RDC, Joseph Kabila a réussi à déjouer leurs plans. Cet état de fait met à nu les véritables motivations derrières les amitiés de circonstances qui se révèlent toutes toujours inéluctablement préjudiciables aux intérêts des pays du candidat soutenu.

Dans le dossier congolais, l’opposant Martin Fayulu était le joker de tous les paris. Nulle nécessité de s’en étonner, M. Fayulu avait été désigné dans des conditions nébuleuses à Genève. Cette désignation en Europe, loin des frontières du Congo sera le début de la scission de l’union dite sacrée anti-Kabila, concoctée à l’étranger.

Il était tout de même curieux, de voir à la tête de la coalition de l’opposition congolaise, un leader qui n’avait pas la légitimité populaire du paysage politique du pays. Nous avons l’impression que la réalité des suffrages naguère exprimés au Congo, importait peu. Les Ayatollah de l’imposition de la démocratie fallacieuse n’avaient cure des forces en présence, qui, indiquaient que MM. Vital Kamerhe et Félix Tshisekedi étaient les forces politiques incontournables du moment. Les prédateurs estimaient que celui-là qui répondait à leurs besoins et qui serait meilleur gardien de leurs acquis au Congo était M. Fayulu. La pression économique et politique relayées par les médias complaisants finit par avoir l’effet escomptés. Le président élu, en mal de reconnaissance internationale, en raison des pressions cède au chantage et se plie.

Les demandes d’assistance ou d’ingérence de nos leaders politique de l’opposition ou même des présidents en exercice ont un énorme coût. Cela va de ce qu’on reproche au deuxième fils du vice-président d’Obama c’est-à-dire corruption et conflit d’intérêts, à de juteux contrats de marché publics concédés au pays parrains, bienfaiteurs, en incluant les accords de coopération économiques aliénant, les présences de bases militaires permanentes, les injonctions des institutions financières internationales jusqu’aux aides publiques au sous-développement.

Par Goïkoya Kolié, juriste et notre collaborateur 

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