Le dirigeant africain en cage ( Par Goïkoya Kolié, Juriste)

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La fréquence dans les médias Mainstream des images disgracieuses du dirigeant africain, en cage, dont on a l’impression que se gargarise un monde de loups, couvert du masque d’amour du partenaire soucieux de la  liberté des Africains, de leurs  droits, et de la démocratie sur leur continent, suscite un questionnement par rapport aux véritables mobiles derrière une réalité qui oblige à soupçonner une malicieuses volonté, quasi-jouissive d’exhiber une Afrique incapable, inapte, incompétente, sauvage, barbare, violente et dont il conviendrait de débarrasser la supposée vermine qui la dirige.

L’Afrique ausculte de ce fait, la conscience salvatrice de l’humanité bienveillante qui se précipiterait sans se faire prier à son secours.

D’autant plus que, la prétendue vermine humiliée est souvent portée au pouvoir par les puissances dominantes. Préoccupée par cette proximité incestueuse entre ses dirigeants et ceux qui se délectent de leur chute, l’Afrique tente de savoir pourquoi seuls ses leaders sont trainés dans la boue à l’exclusion des parrains de ceux-ci?

De la marionnette au vassal

À force de fugaces révolutions, soulèvements populaires, guerres civiles, rébellions, coups d’État, sécession, démocratie électorale; le bilan politique de l’Afrique des 60 dernières années est une répétition de la même ennuyeuse et monotonique litanie cléricale de décapage du dirigeant disgracieux. Le célèbre reggae-man Ivoirien Alpha Blondy, ironise le résultat de cette sanglante et maléfique litanie qui a vu à chaque occasion l’Afrique s’esclaffer : vive le général, le colonel, le capitaine. Dans une succession de marionnettes déchues par des pantins promus, le même peuple africain s’égosillait abat le général dans le même sanguinolent spectacle.

Le peuple africain agissant souvent en moutons écervelés par une aliénation coloniale mentale tient en inimitié ses dirigeants, tout en nourrissant du même souffle, incompréhensiblement, une vénération et une affection sans borne, à l’endroit des parrains néocoloniaux de ceux qu’il chasse du pouvoir.

La couverture médiatique autrefois marivaudé du média étranger sur un fidèle serviteur de son commettant, se transforme à présent, (lorsque le vent tourne), en un piteux folklore de diabolisation que le professeur Coovi Gomez qualifie de rituel prophylactique du noir, c’est-à-dire l’exhibition ou humiliation médiatique du noir.

Cette Afrique tourmentée et désorientée par une très longue occupation, extrêmement violente, suite à son envahissement successif par arabes et européens, au fil des siècles, et qui dure encore aujourd’hui, (au point de faire dire au franco-béninois et anciens premier ministre du Bénin, Lionel Zinsou: l’Afrique  n’appartient pas aux Africains, car elle rejette ses langues au profits de celles européennes; ses ressources naturelles, ses industries, ses richesses appartiennent à ses prétendus partenaires étrangers), est prête à offrir à ses détracteurs de propriétaires, les images déliquescentes de ceux qui ont présidé à ses destinées pendant un moment, tout en ménageant curieusement, les complices néocoloniaux de ceux qu’elle renverse. C’est dans cette ambiance fétide, basée uniquement sur les besoins nombriliques de nos partenaires que nous constatons en Afrique une série de successions de marionnettes déchues par des vassaux promus.

Les carnages de l’invisible parrainage

L’assassinat le 17 janvier 1961 du premier ministre Congolais, Patrice Lumumba, braque les caméras du monde sur l’Afrique nouvellement (indépendante). Cette Afrique nouvellement sortie des atrocités de la boucherie coloniale belge, reproduira les actes de violence appris de l’envahisseur.

La violence de l’assassinat de M. Lumumba témoigne des effets du syndrome posttraumatique d’un pays profondément marqué à jamais par les stigmates d’une violence bestiale coloniale belge particulièrement monstrueuse. Les belges ont gravé dans le sinistre marbre de la présence de Léopold II, l’extermination de 10 000 000 de congolais, sans compter ceux que le roi des belges faisait couper les bras.

La présence coloniale belge se caractérisera par la normalisation et la banalisation de la violence et de la torture qui se manifesteront dans l’humiliation publique du premier chef du gouvernement congolais, tiré par la barbe et les cheveux, avant d’être lâchement et froidement assassiné par des colons noirs et le corps dissout par des soldats belges dans une substance chimique dans le but de faire disparaitre ses restes. Nous disons qu’il y’a un lien colonial directement entre l’humiliation publique de Lumumba et son assassinat et la situation actuelle de son pays.

Une Afrique déchainée et manipulée

L’Afrique enivrée, dépèce de son vivant, devant les caméras du monde Samuel Doe, président du Liberia, tombé en disgrâce, après avoir été porté au pouvoir par la CIA, quelques années plus tôt.

L’Afrique de la rébellion imaginaire et imagée par le régime Mitterrand substituera Hussein Habré par Idriss Déby, lorsque le premier, devenu beaucoup trop confiant privilégiera l’axe Ndjamena/Washington à celui sensé être traditionnel: Ndjamena/Paris. Un accablant rapport des Nations unies sur les crimes du président Habré incrimine les régimes américains de Reagan et celui français de l’anciens collabo devenu président socialiste, tous deux coauteurs des 40 000 morts de leur filleul.

L’Afrique droguée, exhibe au collet, le président Laurent Koudou Gbagbo, (devant les médias pipeaux du monde, délectés), comme un vulgaire repris de justice, à la satisfaction du régime colonial français, de son allié de circonstance les États-Unis et l’ONU manipulée de Ban KI-MOON, dans la même et fidèle cruelle tragédie anthroposophique.

Après avoir tenté de sauver l’ami de la France : Ben Ali, afin de préserver les intérêts de la France en Tunisie, avec le dorénavant célèbre plaidoyer de Mme Alliot-Marie à l’assemblée nationale de son pays, souhaitant selon ses propres termes: faire partager avec la police tunisienne le savoir-faire de la police française en matière de contrôle dans une manifestation anti-régime, la France fermera son espace aérien et son territoire à un partenaire disgracieux.

Contrairement à l’avocat Américain qui se fait appeler chasseur de dictateurs, Reid Brody, (qui s’interroge dans un livre intitulé: Pourquoi ne pas juger George Bush), dans un hémisphère qui s’oppose à la judiciarisation de ses dirigeants, surtout lorsque leurs crimes de sang sont commis dans le tiers monde, de l’Afrique encage ses héros, devenus tyrans, sans questionner ni condamner le rôle des tyrans étrangers qui les portent au pouvoir. Car ces parrains de dictateurs ont en commun avec leurs vassaux locaux, le sang de millions d’africains.

Le confort de la cage

Avant El Béchir du Soudan et Habré du Tchad, le général Moussa Traoré du Mali ouvrira le bal de la couverture médiatique humiliante du dirigeant africain derrière les barreaux. Le départ du pouvoir du parfait idiot utile, lâché par ses parrains français sera abondamment diffusé. Les girouettes des médias publics étrangers ne manqueront pas d’épithètes au sujet d’un ancien larbin qui aura été tour à tour léché, lâché et lynché, nonobstant de loyaux services rendus au maître. La télévision publique française, par la voix de Jean-Paul Girouard allait de ce reportage à la chute de Moussa Traoré :

« Quatre jours d’émeutes sanglantes ont eu finalement raison d’un des plus anciens dictateurs du continent noir. Moussa Traoré, un tyran africain classique. Classique par son parcours, classique par ses soutiens, classique par sa façon d’exercer le pouvoir. (…) Lors du somment franco-africain de la Baule, Moussa Traoré s’est fait notifier comme les autres, les nouveaux principes de leur principal bailleur fonds : la France n’entendait plus protéger indéfiniment ceux qui n’entameraient pas un processus de démocratisation ».

Le dictateur classique, à en croire la télévision française, serait donc cet Africain, formé en France, endoctriné, automatisé, qui revient au pays, s’emparer du pouvoir par la force, réduire les siens à l’indigence et se porter garant de la protection sans faille ni limite des intérêts économiques de ses parrains.

Avant Balise Compaoré du Burkina Faso, (ou plutôt de la Haute Volta, car, seul un voltaïque pouvait assassiner le président Sankara et non un Burkinabè), Moussa Traoré, produit authentique de l’académie militaire française estompera les velléités panafricanistes maliennes avec l’arrestation, l’emprisonnement et l’assassinat du président Modibo Keïta dans sa prison. La fidélité de Moussa Traoré à préserver et protéger les intérêts français, avec notamment le retour de la monnaie coloniale française, (monnaie que Modibo Keïta aura l’affront d’abolir), n’empêchera pas l’allié français de le livrer à ses ennemis, à la première occasion, en application pure et dure de la tradition à la de Gaulle, où l’amitié est exclue au profit de l’intérêt.

Une justice des vainqueurs dans l’iniquité

Frederik de Klerk, l’homme qui armait les Zoulous de Mangosuthu Buthelezi contre leurs rivaux de l’ANC, et qu’on peut soupçonner de se repaître des scènes filmées d’immolation par pneu au tour du coup de ses propres concitoyens sera gratifié du Nobel de la paix aux côtés du président Mandela.

Après avoir réussi à amadouer Madiba de consentir à un partage de pouvoir dans une Afrique du Sud politique noire et économique blanche, de Klerk réussit le coup de poker, lui permettant d’éviter la prison, dans le plan de réconciliation de son successeur, à savoir la Commission vérité et réconciliation pilotée par l’archevêque anglican Desmond Tutu. Malgré les épouvantables crimes de M. de Klerk, et ceux de son prédécesseur, les deux hommes couleront de paisibles jours, à l’abri de toutes poursuites criminelles.

Ce fameux prédécesseur, Pieter Willem Botha, l’homme qui orchestrait des massacres d’écoliers devant les caméras du monde, l’afrikaner expirera de sa belle mort en 2006, sans jamais faire face à la justice au regard de ses crimes contre l’humanité, avec l’aval tacite de la communauté dite internationale.

Les auteurs du massacre de SOWETO du 16 juin 1976 ne répondront jamais de leurs actes. Cette même communauté est aujourd’hui derrière un mouvement dit national excluant toute commission inspirée du modèle sud-africain qui permettrait aux Gambiens de se réconcilier avec leur ancien président Yaya Jammeh. Sommes-nous astreints à constater que justice et impunité ont une couleur de peau.

 

Des stéréotypes racistes tenaces

La disparition du président Robert Mugabe a mis à l’avant-scène dans les médiaux pipeaux, les pires stéréotypes et épithètes dont est enveloppé beaucoup trop souvent le chef Africain. De héros de libération à dictateur honni, despote solitaire, tyran, fou furieux, tout y passe.

Les commentaires, reportages et analyses sur l’administration du président Mugabe ne font que très malheureusement nous donner raison, bien que nous aurions aimé nous tromper et avoir tort. Qu’importe, l’actualité sur la mort de l’ancien président zimbabwéen a été de présenter l’homme et à travers lui l’ensemble du male africain comme une brute, un barbare, où on dépeint, pour emprunter les formules ou le langage consacré, un despote, un tyran, un dictateur ayant abusé de son peuple et de ses richesses.

On rappelle faussement, et c’est le cas de TV5, l’héritage sanglant de M. Mugabe qui serait auteur de 20 000 morts. Des chiffres fantaisistes avancés sans aucune preuve formelle, car les médias étrangers savent cette information erronée et s’évertuent tout de même à exagérer le nombre de victimes de la guerre qui l’opposa à l’ethnie d’un leader rival Joshua Nkomo.

Pire encore, les faits allégués, (c’est-à-dire le massacre de Matabeleland aura lieu en 1982), se sont produits au moment où M. Mugabe était meilleur élève de ses détracteurs. Ces ennuis médiatiques commencent lorsqu’il constate la duplicité des britanniques qui ne respectent pas eux-mêmes leur part d’engagements verbaux des accords de Lancaster House.

Nous savons aujourd’hui, à la suite de l’enquête indépendante menée par l’Église catholique zimbabwéen, particulièrement hostile à Mugabe, que les victimes de ce conflit s’élèveraient entre 2000 et 6000 victimes.

Qu’à cela ne tienne, il est vendeur et réjouissant de présenter cet Africain comme le prototype de la barbarie pour justifier les politiques économiques étrangères suffocantes qui ont programmé et entrainé l’échec de son administration.

La mort le 30 novembre 2018 de George H. W. Bush ne suscite aucun déferlement d’animosité raciste. Et pourtant, M. Bush fut le directeur général de la très innocente et très légitime supranationale CIA. Le candidat républicain Donald Trump, aujourd’hui président des Etats-Unis, n’hésite pas en campagne à comparer l’agence d’espionnage américain à la très nauséabonde Gestapo.

M. Bush fut Vice-président de Ronald Reagan à un moment où le régime de ce dernier affichait un soutien sans faille à Hussein Habré. Aucun de ces faits, aucune controverse sur les crimes de sa croisade iraquienne ne seront rappelés par les médias dans les reportages sur sa mort.

Habré fut également l’égérie du régime Mitterrand. L’accablant rapport de l’ONU mentionné plus haut l’accuse de complicité (au nom des intérêts de son pays), d’avec le régime du Tchadien qui fera 40 000 morts. Ces faits indéniables ne font pas la Une des journaux lorsque des tyrans de pays développés tirent leur révérence.

À la mort de la mère de nation arc-en-ciel, Winnie Mandela, les médias tant africains qu’étranger insisterons plutôt sur l’affaire Stompie, jetant ainsi de l’ombre sur une vie entière consacrée à la liberté, la justice sociale, la démocratie et l’égalité.

Une recherche rapide sur internet sur George V, ou David Lloyd George ne révèle rien sur le massacre d’Amritsar – connu aussi comme le massacre du Jalianwalla du 13 avril 1919. Pourtant, le roi George V et son premier ministre Lloyd George ordonnent à leur armée coloniale d’ouvrir le feu sur un rassemblement politique de gandhiens tuant d’un seul coup, plusieurs centaines d’entre eux. Aucune recherche sur internet ne suggère l’utilisation du napalm au Cameroun sur les combattants de la liberté, de l’indépendance, de la justice et de la démocratie, sur ordre de Charles de Gaulle. On insiste plutôt sur son étrange héroïsme. Charles de Gaulle est le seul héros militaire de l’histoire a porté les honneurs d’une guerre dans laquelle il n’a pas combattu, préférant prendre s’enfuir à Londres.

De Winston Churchill, les moteurs de recherche informatique parleront d’homme providentiel, aux heures les plus sombres de son pays, 1940 à 1945.

L’histoire retient du premier ministre britannique, non pas un sanguinaire parrain de massacres du colonialisme britannique en Afrique, notamment au Kenya, où entre 1952-1956, l’hideux et sadique régime colonial britannique mettra à mort plus de 100 000 personnes et plus de 300 000 arrestations arbitraires parmi les kikuyu, lors de la révolte dite des Mau Mau, au cours de laquelle, les Kenyan revendiquent leur indépendance d’un empire qui prétendait s’être débarrassé du mal absolu qu’était Hitler, tout en étant lui aussi le mal absolu des Africains sous son joug colonial.

Pendant ces périodes d’implacable nettoyage ethnique au Kenya, le premier ministre britannique n’est nul autre que Winston Leonard Spencer-Churchill qui revint aux affaires de 1951 à 1955. Nonobstant ce lourd fardeau meurtrier sur la conscience de leurs dirigeants, les britanniques voient en eux des héros, des gentlemans. Leurs médias se sont lâchés lousse, qualifiant le président Mugabe de dictateur psychopathe, d’autres parlant de paranoïaque sanguinaire.

Les crimes qui valent à Robert Mugabe ces amitiés renouvelées pour ne pas dire inimités seraient le massacre de Matabeleland. Massacres ayant fait entre 2000 à 6000 morts tel que nous l’avons indiqué dans les lignes précédentes. À noter que les victimes de Churchill au Kenya sont estimées dans les six chiffres.

De Mitterrand, auteur présumé du dernier génocide de l’histoire de l’humanité, celui des Tutsi du Rwanda, une recherche impromptue ne le catalogue pas comme récipiendaire de la médaille de Vichy, (Ordre de la Francisque), une décoration attribuée par le régime de Vichy en tant que marque spéciale d’estime de Pétain, le pantin de Hitler en France. Ministre de l’intérieur du sanguinaire régime colonial français, François Mitterrand martèlera au sujet de l’Algérie, le 1er décembre 1954 :

« L’Algérie, c’est la France et la France ne reconnaîtra pas chez elle d’autre autorité que la sienne ».

En recherche ciblée, Wikipédia nous informe que la guerre pour maintenir l’Algérie sous le boutoir de la France coloniale entre 1954 – 1962, (tel que le souhaitait Mitterrand), fera 250 000 morts du côté algérien et 2 000 000 de personnes envoyées dans des camp de concentration.

Ce qui amène à l’équation simple, non résolue, qui interroge le fait qu’on insiste sur les supposés crimes du dirigeant Africain et non ceux de leurs parrains et partenaires des pays développés, dits démocratiques. Plus grave encore, les dictateurs de l’hémisphère Nord, complices de ceux d’Afrique sont les premiers au créneau pour exiger et obtenir procès pénal contre leurs larbins déchus. Ce sera le cas de Traoré du Mali, Taylor du Libéria, Habré du Tchad, tous des névrotiques au service d’intérêts étrangers.

Les mêmes intérêts qui s’approprient les révoltes populaires manipulées. Il serait peut-être temps pour les Africains d’apprendre à identifier leurs propres ennemis. Le président Gbagbo qui donnait l’impression d’horripiler les Don Quichottes successifs de l’Élysée, lui aussi fera face à la justice néocoloniale.

Son crime aura été l’insubordination. Comme quoi, coopérer ou ne pas coopérer tendent vers les mêmes résultats. Yaya Jammeh, Joseph Kabila, Idriss Déby, Paul Biya et Ali Bongo (s’ils survivent), Obiang Nguema, Sassou Nguesso, Pierre Nkurunziza devraient tous gouter à l’amère médecine de félonie de ceux qui se sont érigés en conscience de l’humanité.

Loin de plaider l’intolérance ou le laxisme, nous notons qu’à crimes égaux, le traitement du leader noir frôle l’hystérie raciste de plus en plus décomplexée, affichée au grand jour, assumée et revendiquée. Le cauchemar reste les épithètes racistes avec lesquelles ils sont affublés à l’exclusion de leurs commettants.

Délégitimation du discours

Chaque année, les vainqueurs de la dernière guerre fratricide européennes se réunissent en France pour rendre hommages aux héros de la coalition antifascisme dont le point nodal fut le débarquement de Normandie.

Ce rituel annuel a été baptisé : devoir de mémoire. La planète entière doit apprendre et se rappeler des abominations commises par les Allemands entre 1939 à 1945 à l’encontre de leurs propres peuples et frères de race. À ce titre, Hollywood est mise à contribution. L’industrie cinématographique américaine reste prolifique dans la production de films liés à la barbarie allemande contre les juifs et l’Europe. Films, documentaires, reportages, nouvelles se succèdent dans nos petits écrans l’année durant.

À contrario, toutes les fois que l’Afrique évoque l’esclavage, le colonialisme, le néocolonialisme, l’impérialisme, elle plonge automatiquement dans le récit mythomaniaque, la victimisation, le racisme à rebours antiblanc, la xénophobie intellectuelle, le rejet de l’occident.

Pour l’Afrique, il est fortement suggéré une amnésie collective. Au demeurant, si elle souhaite se rappeler de son passé, elle ne doit retenir de l’esclavage que la supposée participation de ses rois. Quant à la colonisation, elle n’est sensée retenir que les prétendues réalisations des régimes coloniaux, à savoir : des écoles, des routes, des chemins de fer, des dispensaires.

L’Afrique ne doit surtout pas noter que les écoles étaient destinées aux enfants des colons et à la dogmatisation de l’élite locale qui produira des francophiles comme Boigny, Senghor. Elle ne doit pas souligner que les infrastructures de transport servaient au drainage du butin de la colonisation vers les métropoles coloniales.

Ce conflit d’appréciation entre devoir de mémoire pour le Nord et victimisation pour le Sud vient annihiler le constat apparent du déséquilibre abyssal des rapports de force entre l’Afrique et ses maîtres. Déséquilibre ayant entrainé la pouillerie des habitants du continent le plus riche que la terre ait connue. Rapports de force résultant justement de l’esclavage et de la colonisation. Le lien de causalité entre la domination ascendante constante et actuelle des partenaires de l’Afrique et le passé sombre de la présence étrangère sur le continent noir est une chaine ininterrompue.

Pour ces considérations, l’Afrique ne cessera de référer à un passé qui refuse d’appartenir au passé, car son assujettissement a traversé les siècles. La domination étrangère de l’Afrique n’a fait que s’adapter aux époques, aux circonstances et au temps.

Elle se manifeste aujourd’hui au niveau militaire, par une forte présence de bases militaires étrangères; au niveau économique par les APE, les conseils chers payés des institutions financières internationales, le CFA, les sanctions économiques et l’aide publique dite au développement, qui dans les fait est un stratagème de main mise sur le continent : au niveau politique, la colonisation de l’heure s’exprime par l’imposition de la démocratie électorale de façade, l’ingérence, les pressions diplomatiques.

La métamorphose des systèmes de domination prédatrice a été d’une efficacité chirurgicale, au point que la propagande soporifique étrangère réussit à convaincre l’Africain (vivant dans l’extrême pauvreté, aveuglé par la disette et incapable d’interpréter les phénomènes géopolitiques qui s’abattent sur lui), à conclure en la responsabilité d’un seul individu : son chef d’État. C’est également ce phénomène qui explique le fait que nombre d’intellectuels du continent versent de leur côté dans ces péroraisons hâtives biaisées.

Pour notre part, nous rejetons ces conclusions avec les arguments exposés dans la présente analyse et nous soutenons que si par hypothèse on affirme que les présidents Sassou Nguesso, Hussein Habré, Idriss Déby, Joseph Kabila et bien d’autres, sont des sanguinaires, leurs soutiens successifs de Paris, Washington, Bruxelles le sont autant.

Nous nous questionnons de savoir si le dirigeant Africain diabolisé par les médias étrangers est-il atteint d’une imbécilité chronique le prédisposant à l’intelligence avec des puissances étrangères économiquement hostiles, ou, s’il agit plutôt sous l’influence coercitive de ses partenaires?

Est-il contraint de participer au pillage de son pays sous peine, et au mieux, d’une humiliation et une diabolisation médiatique comme le traitement infligé au président Gbagbo et au pire, une élimination physique pure et simple comme ce fut le sort réservé aux nationalistes Lumumba, Olympio, Sankara? Pour notre part, nous nous garderons de verser dans l’insipide autoflagellation.

Pourchassés avec raison?

El Béchir mérite-t-il d’être derrière les barreaux? Il faut indiquer qu’il est difficile de sortir indemne de trois décennies de pouvoir en Afrique, surtout lorsqu’elles sont émaillées deux épouvantables guerres civiles.

Habré méritait-il son procès, il lui ait reproché 40 000 morts. La réponse est évidente. Nous nous pressons d’ajouter qu’il doit être accompagné de ses complices français et américains. La même réponse s’applique à Taylor, et au cas par cas, dans les similarités, avec les adaptations nécessaires.

  1. Gbagbo méritait-il d’être devant la Cour pénale internationale? Nous répondons sans équivoque, aucune, que les véritables criminels de guerre des affrontements en Côte d’Ivoire sont Chirac, Sarkozy, leurs armées et les rebelles qu’ils ont instrumentalisés.

Mugabe mérite-t-il le déferlement de commentaires racistes? Nous en doutons énergiquement. Le seul véritable crime de M. Mugabe qui aura courroucé ses puissants détracteurs aura été d’exproprier la minorité blanche du Zimbabwe, qui détenait la grande majorité des terres arables du pays. En ce qui concerne les massacres du Matabeleland, les faits exposent qu’il eut conflit armé et Mugabe en est sorti vainqueur. Ces faits n’effacent pas qu’il ait eu des victimes, et que parfois, ces victimes étaient des civils.

Contrairement aux médias qui traitent les victimes Kenyanes de Winston Churchill de terroristes, pour avoir osé revendiquer leur indépendance, nous nous inclinons devant toutes les victimes zimbabwéennes, soudanaises et africaines. Nous demandons un traitement équitable des auteurs de crimes de masse en Afrique et partout dans le monde, sans considération de leur race et de la puissance ou faiblesse de leur pays. Un combat pour tous, car les leaders politiques de l’opposition d’aujourd’hui sont de potentiels candidats des cages de demain.

Par Goïkoya Kolié, Juriste et collaborateur

 

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