L’ÉCO OU LE RENDEZ-VOUS MANQUÉ ( Par Goïkoya Kolié, Juriste)

11041

Kola, Afriki, Afrika, Djoliba, Mano, Baga, Éwé, Dogon, Bassari, Ashanti, Shaka, Nzinga, zoulou, Sankara, Lumumba, Mandela, Wangari etc.autant de suggestion de nom qui n’auraient pas convaincu ou effleuré l’esprit ni du jury chargé de sélectionner nom et logo, ni celui chefs d’État à qui, ultimement, il revenait de trancher et choisir le nom de la monnaie régionale de l’Ouest du continent africain. Des intellectuels Africains et non les moindre, notamment le célèbre écrivain Guinéen, Tierno Monénembo se désolent d’un rendez-vous délibérément manqué avec l’histoire. Rendez-vous au cours duquel, les élus ou représentants ouest-africains à qui échoit le privilège, le pouvoir, l’autorité et la légitimité de parler, d’agir au nom des Africains de l’Ouest, auraient saisi l’opportunité, pour une fois, de marquer de leur empreinte indélébile, l’histoire avilie du continent, par plusieurs siècles de dominations esclavagiste, coloniale, culturelle, économique et monétaire, en accouchant unanimement d’un nom référentiel tiré du terroir ou du continent pour nommer leur monnaie commune.

 

L’importance du nom

 

De l’importance du nom, il en sera dans cette réflexion, (c’est également l’intitulé de la chronique de M. Monénembo : « De l’importance de bien nommer notre monnaie», publiée le 16/07/2019, dans le quotidien français Le Point.fr).L’intellectuel Guinéen déplore une maladresse et un raté volontaire de dédoubler notre espoir et d’ajouter à notre fierté.

De son côté, l’universitaire et anthropologue Sénégalais, Mahamadou Lamine Sagna affirme que le nom ÉCO a une ascendance gréco-latine. M. Sagna insiste sur le fait que la monnaie incarne tout le rapport que nous avons avec l’économie, la culture, l’histoire et surtout les questions mémorielles. Raison de plus de fouiller dans les quelques trois milles langues du continent, un mot, un fleuve, une ethnie, une région, un héros, pour nommer notre monnaie unique.

Nous déplorons de constater que nonobstant une riche diversité linguistique, les Africains se limitent à des considérations ethniques, futiles, puériles, dégradantes et infamantes pour trouver justifiable en termes de consentement tacite et d’acceptabilité sociale, aux yeux de la collectivité, un choix de nom dans une langue non africaines, qui plus, une langue de nos bourreaux.On soutient erronément qu’un choix de nom dans une des nombreuses langues africaines ferait des jaloux ou susciterait des mécontentements; pour ces aberrantes raisons, l’Afrique des dirigeants corrompus se complait dans la servitude volontaire. M. Sagna explique que ce qui pose un problème dans l’ÉCO c’est le fait de ne pas trouver de mot africain.

Nous indiquons que les élus de la région ouest-africaine sont passés à côté d’une fortune de redresser un tort historique et de réconcilier cette partie du continent noire avec sa souveraineté, son honneur et sa dignité. Nous marquons un rendez-vous manqué avec l’histoire, ce qui relance le perpétuel débat de la nécessité de la prise de conscience des dirigeants de notre continent de se soustraire eux-mêmes de leurs aliénations, qui constituent un frein au rayonnement culturel, économique et même politique de l’Afrique.

 

Le symbole du nom

 

Le nom est un marqueur identitaire fort et incontournable. Mahamadou Lamine Sagna parle d’un symbolique important qui est sensé crée des liens sociaux et transcender les contradictions. Donner un nom, c’est noté une singularité africaine, dans le cas en l’espèce insiste M. Sagna.  Le fait de trouver le nom de notre monnaie unique dans une langue étrangère est également un symbole marqué de notre aliénation mentale, ce qui souligne amèrement notre prédisposition non congénitale à la servitude volontaire, qui est en soi, le résultat de plusieurs siècles de lavage de cerveau, débouchant surune tette auto-crucifixion. Il n’est pas exagéré d’arguer que l’aliénation multiforme, manifestement culturelle et mentale, profondément ancrée dans le tréfond de chaque Africain, fût-il lettré ou analphabète a jaillie sur la table des différentes discussions ayant aboutie au choix exogène ÉCO.

  1. Monénembo rappelle avec raison, et nous sommes en parfaite phase avec lui, que :

« Débaptiser le Nyassaland, et les deux Rhodésie, la Haute-Volta, et la Gold-Coast n’a rien de folklorique. C’est un éminent signe de prise de conscience, un désir d’émancipation, un acte de souveraineté. (…) Ne laissons à personne le pouvoir de nous désigner, faisons-le nous-mêmes. (…) Mal nommer notre monnaie, c’est ajouter au malheur de l’Afrique ».

L’écrivain guinéen pointe en l’ÉCO, tout le travers de nos technocrates et s’insurge, encore une fois de bon droit : « qu’un groupuscule de copains s’enferme dans une salle et décide de notre sort sans consulter rien ni personne : ni le peuple, ni l’histoire, ni la géographie ».

La commission de la CEDEAO prétend avoir lancé en novembre 2018, un concours régional visant à proposer un nom et un logo pour sa future monnaie unique. Le concours aurait été ouvert du 1er au 20 novembre 2018, aux citoyens des États membres de la CEDEAO et aux personnes morales établies dans ces États. La commission attend des membres du jury retenu :

« Un nom qui sera un trait d’union entre nos pays et peuples, reflétant les valeurs culturelles et historiques ainsi que le sens de solidarité qui caractérisent notre région; un nom homogène dans les trois langues de la communauté, facile à prononcer, simple, mais original. (…) Il est attendu un logo pouvant symboliser notre unité, notre communauté de destin. (…) Une image capable de démolir les frontières qui nous ont été imposées artificiellement. (…) Un nom et un logo traduisant l’aspiration des peuples ouest-africains ».

Tout se gâche au niveau de la spécification restrictive faite à (nos trois langues). Difficile de ne pas voir dans cette exclusivité, une insulte putative, lourdement dégradante, faite à notre histoire et aux 3000 langues du continent. Les langues coloniales, d’usage en Afrique de l’Ouest que sont l’anglais, le portugais et le français ne sont ni nos langues ni des langues africaines. Les introduire sous ce postulat est un manque de respect aux millions d’Africains, des trop pleins, des bateaux négriers, projetés par-dessus bord. Un manque de respect aux milliers de cadavres que régurgitent la méditerranée européenne, parce que cette Europe (dont nous nous approprions les langues avec lassitude, dans notre complaisant complexe d’infériorité), leur ferme ses frontières. C’est aussi un maculé doigt d’honneur des coryphées de l’Europe qui nous dirigent aux nombreux travaux, recherches et publications du professeur Cheikh Anta Diop.

L’impertinente incohérence des représentants de la région est à la hauteur de leur incompétence ou leur méconnaissance de leur passé et même du présent dans lequel ils vivent. Comment peut-on instituer une image capable de démolir les frontières qui nous ont été imposées artificiellement en le faisant dans des langues qui nous ont été imposées par le même processus? Ce présent exige des dirigeants de l’Afrique de l’Ouest, (dans leur qualification des trois langues européennes, comme langues africaines), de tenir compte de la détresse de leurs populations, de celle de leur jeunesse, et de celle de ceux qui sont rejetés par les politiques racistes de l’Europe radicalisée et profondément antinoir, symbolisée par le maléfique fanfaron Salvini d’Italie.

 

Un changement cosmétique :

 

La sortie médiatique du président Ivoirien Alassane Ouattara, après une rencontre avec le président français Emmanuel Macron, pour déclarer que l’ÉCO sera à l’instar du franc CFA arrimé à l’Euro suscite indignation et inquiétude. M. Ouattara prend à contre-pied ses pairs, qui eux, se seraient engagés, pour un panier à devises, apprend-t-on, d’après ce qui a filtré des discussions.

Cette sortie nous replonge dans les affres de la servitude monétaire qui a vu l’Afrique se vider de ses ressources économiques, financières, naturelles et humaines au profit de l’Europe. Si les élucubrations de M. Ouattara venaient à être confirmées, l’Afrique de l’Ouest s’exposerait à une lente agonie vers un trépas sans guillotine.

La cerise sur le gâteaude l’insulte sur l’injure provient de cette obstination des dirigeants de ce continent de n’avoir pour seul et unique modèle, la vision économique mondiale de ceux-là même qui œuvrent pour que l’Afrique soit dans la dépendance pour l’éternité. Les économistes mandatés par la CEDEAO, (produits formatés dans les moules des universités fidèles à une certaine orthodoxie aux antipodes des intérêts de l’Afrique), s’inspirent de politiques économiques hostiles à tous points de vue à la prospérité économique de nos pays. On s’accroche encore à la sacro-sainte stabilité de la future monnaie dans une logique analogique au CFA et même à l’euro, tout en sachant avec pertinence que le franc CFA n’a point réussi à sortir aucun pays de la pauvreté. Tout en sachant aussi que ce CFA a lourdement appauvri l’Afrique tout en enrichissant du même coût la puissance coloniale. Tout en sachant également que la Grèce, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, sans nommer les pays de l’ex pacte de Varsovie, éprouvent moult difficultés du fait des politiques monétaires mise de l’avant par l’Union européenne.

Le remède africain semble se trouver dans le modèle archaïque européen, qui diabolise avec excès l’instabilité monétaire, au profit d’une stabilité, qui à notre avis rétrécit et affaiblit le champ de manœuvre des pays, en exigeant d’eux la même poudre de perlimpinpin, qui lui exige à son tour des sacrifices extrêmement élevés s’incarnant dans la limitation des déficits publics ayant pour corollaire la réduction grandissante des investissements étatiques, au profit de ceux étrangers, qui extravertissent l’économie du continent en raison des exonérations fiscales consenties aux entreprises des investisseurs étranges et surtout des accords de coopérations économiques aliénants.

La CEDEAO affirme trouver le mariage de l’équilibre du contrôle des déficits et de la stabilité dans le concours à l’aide de l’Union européenne qui se retrouve ainsi au cœur des réflexions sur la réforme du CFA et son élargissement éventuel au projet de la monnaie unique ouest-africaine. En clair, les décideurs Africains de l’Ouest demandent aux experts d’une entité économique concurrente et hostile de définir les règles de leur nouvelle monnaie. Trouvez l’erreur de ce genre d’innommable bévue qui perpétue notre dépendance, notre pauvreté, notre sous-développement et notre lente décadence.Un déclin savamment programmé. À cet égard, nous n’écartons pas l’éventualité de la rectification promptede cette lubie de nos dirigeants qui renvoie purement et simplement à une traitrise de félon. Le président Ouattara laisse entendre un changement cosmétique dans la mesure où la monnaie porte un nom en langue étrangère et risque d’être soumise à l’euro et au diktat des dirigeants de cette dernière. À moins que le Nigeria obtienne gain de cause. Le géant de l’économie africaine exige de ses partenaires de la zone franc une déconnexion du trésor français à travers une feuille de route claire et nette de divorce d’avec la France et l’euro. Nous osons croire que la majorité des pays de la région s’alignera sur la position nigériane bien que huit des quinze pays de cette aventure soient déjà sous la curatelle monétaire française du CFA.

Panier de changes

L’ÉCO aura choisie de briller par mille déceptions avant même sa mise en circulation.

La CEDEOA affirme vouloir mettre sur pied une monnaie unique, la plus stable possible pour garantir la stabilité de la future zone monétaire. Pour ce faire, et contrairement au CFA indexé sur l’euro, l’ÉCO se voudra flexible, arrimée sur un panier de devises dont le dollar, le rouble, le yuan, l’euro, qui lui permettront de réguler son taux de change, car on indique que l’importance et la variété du panier jouent en faveur de l’indépendance de la monnaie. Le taux de change de l’ÉCO changera au gré des marchés des monnaies auxquelles elle s’appuie. Pour quelle contrepartie? La question demeure.

Par Goïkoya Kolié, Juriste et collaborateur

 

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here