L’œil de Glez : les attentats de Ouagadougou et l’ombre de Blaise Compaoré

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La double attaque qui a frappé la capitale burkinabè, vendredi dernier, a ravivé les soupçons de collusion entre le régime du président déchu Blaise Compaoré et les réseaux jihadistes. L’ancien président s’en est toujours défendu. Mais la question est sur toutes les lèvres à Ouaga.

Outré. C’est un Blaise Compaoré ouvertement outré qui dénonçait, il y a quelques mois déjà, des déclarations « odieuses, scandaleuses et abjectes » tendant à établir un lien présumé entre la chute de son régime, fin 2014, et la perpétration des premiers attentats terroristes au Burkina, début 2015. Jusqu’au départ précipité de l’ancien président, le pays des Hommes intègres était épargné par les attaques terroristes. Depuis, il en a subi plus d’une cinquantaine, à Ouagadougou, mais aussi dans le nord et l’est du pays. Des attentats et attaques qui ont fait environ 150 morts.

Ce lien entre l’ancien pouvoir et la déferlante terroriste, des Burkinabè l’établissent d’autant plus aisément, ces derniers jours, que la double agression de l’ambassade de France et de l’état-major général des armées a été revendiquée par Nusrat al-Islam Wal Muslimin (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), la coalition jihadiste dirigée par Iyad Ag Ghali.

Bien sûr, le terroriste malien met les attentats récents en perspective avec « la mort de ses leaders », tués dans des opérations menées au Mali par la force Barkhane, dont le Faso est une base arrière. S’il n’en est pas à condamner l’insurrection populaire burkinabè, chacun se souvient tout de même qu’il déambulait, il y a quelques années, dans le hall ouagalais du luxueux hôtel Laico où il occupait une suite, s’affairant à toutes sortes de négociations de libérations d’otages…

L’insondable Blaise Compaoré

Calebasse compaoriste à moitié pleine : certains observateurs voient dans la violence terroriste actuelle la preuve que le subtil machiavélisme de Compaoré était la clef honorable de la sécurité. Calebasse à moitié vide : d’autres considèrent que le copinage passé avec certains réseaux infréquentables engendra la dette morale que le « nouveau » Burkina paie aujourd’hui.

Bien sûr, le régime actuel a beau jeu de détourner l’attention qui pourrait être portée sur ses maigres performances sécuritaires, en l’orientant vers les collusions entre politiciens déchus et jihadistes.

Dès vendredi dernier, Roch Marc Christian Kaboré évoquait moins la radicalisation religieuse que « la quête du pouvoir », voire « la vengeance » d’éventuels commanditaires. Entre théories de piliers de bar, énigmes présidentielles et dénégations sporadiques d’anciens responsables qui refusent de répondre à la justice de leur pays, il faudra sans doute du temps pour décortiquer cliniquement la stratégie passée et actuelle de l’insondable Blaise Compaoré.

JA

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