Mali : quand l’ethnicisation médiatique fait irruption dans l’actualité politique

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Plusieurs médias maliens et internationaux ont fait un lien direct entre la démission de l’ancien Premier ministre malien, Soumeylou Boubèye Maïga, et le massacre des peuls dans le centre du pays. Un signe de l’ethnicisation progressive du traitement médiatique de l’actualité malienne, depuis 2015, sur fond d’attaques terroristes et de conflits intercommunautaires.

« L’ethnicisation dans le traitement médiatique de l’actualité malienne existe depuis 2015 mais elle a atteint son paroxysme ces dernières semaines », constate Bréma Ely Dicko, chef du département sociologie, anthropologie à l’université de Bamako.

Et de citer, à l’appui de son analyse, le titre de cette  dépêche publiée vendredi par plusieurs médias internationaux et sites maliens, annonçant la démission de Soumeylou Boubèye Maïga : « Mali : le Premier ministre démissionne à la suite du massacre de Peuls ». Une formulation qui établit un lien direct entre la démission du Premier ministre et le massacre de 160 personnes appartenant à la communauté peule à Ogossagou, dans le centre du Mali.

Quelques jours plus tard, des portraits de son successeur Boubou Cissé, réalisés par des radios et médias en ligne, mentionnent, parmi les caractéristiques spécifiques du nouveau Premier ministre – économiste, ex-ministres des Finances et ancien conseiller à la Banque mondiale – son appartenance à l’ethnie peule.

« Au fil des portraits, les médias ont également associé Amadou Koufa, chef de la Katiba Macina, aux Peuls. Et diverses analyses portant sur le conflit dans le Centre s’appuient par ailleurs sur des rappels historiques invoquant le jihad peul du XIXe siècle. Tout cela contribue à construire l’image d’une communauté violente », ajoute le professeur.

« Une lecture simpliste »

Pour Ibrahim Maïga, chercheur à l’Institut d’études en sécurité (ISS), associer la démission de Soumeylou Boubèye Maïga au massacre de Ogossagou est « une lecture simpliste, voire anachronique, qui ne prend pas en compte la complexité des dynamiques sur le terrain. Et encore moins les subtilités de la politique malienne. Bien que le drame d’Ogossagou ait pu fragiliser la réputation de sécurocrate que s’est faite SBM, cet événement n’est pas la cause principale de son départ. »

JA

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