Martin Luther King: Le rêve inachevé (Par Goïkoya Kolié, Juriste)

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Le 4 avril 2018, l’Amérique a fait amende honorable, à un passé raciste, extrêmement violent, exceptionnellement coriace, qui refuse de ce fait même d’appartenir au passé. Le 4 avril 1968, Dr Martin Luther King tombait sous les balles d’un suprématiste blanc, sous le regard complaisant, complice voire amusé des services de sécurité américains. Depuis l’assassinat du pasteur méthodiste noir, des changements notoires ont été remarqués dans la société américaine. Le raciste a cependant refusé de rejoindre les musées.

Martin Luther King se réjouirait globalement des progrès réalisés ça et là. Il serait en revanche profondément insatisfait des résultats du jour.

L’Amérique blanche a fait de petites concessions jusqu’à l’élection d’un président métis. Par contre, les États-Unis rêvés par le pasteur et activiste de la non violence sont encore loin du portrait. Le pays attend encore d’élire son premier président noir.

En dehors des excès, des abus, de la brutalité, des bavures et des assassinats répétitifs, reprochés à la police américaine, le racisme s’est consolidé et s’est mué dans sa forme institutionnelle, au détriment, fort heureusement, de sa forme sauvage, barbare, médiévale portée haut par le ku klux klan, le sud esclavagiste et dans une certaine mesure, à des degrés différents, par l’ensemble de la population, qui involontairement s’est laissée berner par le jeu du rejet du descendant d’esclave.

Le racisme américain s’est assoupli. Il est moins porté sur les images choquantes de lynchage public du noir qui a perduré jusque dans les années 40. Cependant, il a échoué à libérer le noir des préjugés qui ont facilité, soutenu et justifié sa pratique, dans un pays qui refuse de questionner sereinement son passé.

Il s’est métamorphosé dans une nébuleuse à la fois translucide et opaque, d’apparence inoffensive ayant revêt toutes les légitimités législatives. Il résiste à une observation qui défie toutes critiques objectives. C’est une nébuleuse qui fait douter. Qui ne cède pas à la transparence.

Elle se manifeste de manière anodine, beaucoup trop souvent, sous la forme de l’incident de Starbucks, du 12 avril dernier. Ce jour là, un employé de Starbucks, un café du centre-ville de Philadelphie, a appelé la police, qui est venu arrêter deux hommes noirs qui n’avaient rien commandé et qui attendaient un ami. La scène a été filmée par une cliente du café. La cliente Mme Melissa  DePino écrit en commentaire:

‘‘Tous les autres blancs se demandent pourquoi ça ne nous est jamais arrivé quand on fait la même chose.’’  

De son vivant, Dr King luttait pour avoir droit de s’asseoir dans ce café. Aujourd’hui, la nébuleuse raciste s’est vernie dans un mur de béton qui permet au chef de police de la ville, lui-même noir, d’indiquer que ses hommes ont bien agi. À première vue, les policiers se sont acquittés de leur devoir avec professionnalisme. Après voir demandé aux deux hommes de quitter les lieux, sans succès, ils les ont passé les menottes, tel que prévu par le protocole.

Il reste tout de même extrêmement troublant de constater, qu’aux États-Unis, nonobstant les luttes pour les droits civiques, un racisme qui se nie, permet aux forces de l’ordre d’arrêter des citoyens noirs, qui n’ont commis aucun crime, et qui font ce que n’importe quel autre citoyen blanc aurait fait sans risquer les menottes.

Les questions qui brûlent les lèvres jaillissent comme de l’incontinence. Comment ce pays peut-il assumer un rôle de leadership mondial en termes de droits de l’Homme, lorsque les bases élémentaires de ces droits sont impunément violées, au quotidien, à l’interne, sur l’ensemble du territoire? Comment justifier des leçons de vertu sur le sujet? Comment expliquer les embargos contre Cuba, Iran pour le non respect des droits de l’homme?

Le racisme américain a connu un cheminement exponentiel qui a été pulvérisé subtilement sur le reste de la planète, sans coercition ni questionnement. On peut à titre illustratif, souligner la référence faite au président Obama, par tous les médias du monde, comme étant le premier président noir des États-Unis, alors que l’Amérique attend justement d’élire un tel président.

Obama premier président noir, trouve ses origines dans un racisme méphitique d’un autre siècle. L’Amérique Blanche n’admet pas le mélange de races. Elle s’est inventée une règle sociale de classification raciale. Le produit de l’union qui viendrait souiller la pureté de la race blanche ne peut appartenir à cette race. D’où le rejet de toutes formes de métissage dans la théorie de la One-Drop Rule.

Elle stipule en substance, qu’une goutte de sang noir rendrait quelqu’un noir. Cette situation est en soi-même: une disgrâce, une souillure. Ce racisme ambiant, propre uniquement aux É-U, s’est propagé dans le monde entier.

L’élection de Barack Obama à la tête de la première puissance mondiale en 2008 avait suscité beaucoup d’espoir chez les citoyens de seconde zone que les noirs avaient toujours été dans la société américaine. L’amélioration des conditions, non pas de vie, mais plutôt, des conditions de subsistance des noirs en Amérique, devenait une réalité. Le début de l’apothéose du rêve pour lequel, Martin Luther King sacrifia sa vie.

Cette élection produira un double effet négatif. En premier lieu, il a été à la fois sincèrement et erronément suggéré, que dorénavant, aux É-U, plus personne ne pourrait mettre les difficultés des noirs sur le compte d’une quelconque discrimination raciale.

En second lieu, l’ascension du président Obama, venait effacer prima fice, des centaines d’années de racisme, de discrimination, de rejet, d’exclusion sociale, de traitement inhumain, d’indigence, de maintien volontaire dans l’ignorance, et l’analphabétisme.

Avec M. Obama, l’Américain faisant le pari, en misant sur ce président dit noir et présenter à tort comme tel, de ne plus reproduire les pires instincts bestiaux qu’elle a longtemps incarné.

L’enthousiasme des électeurs américains ne sera pas accompagné de véritables changements ni de mentalités, encore moins de législations criminelles et pénales. Qualifier M. Obama de premier président noir des États-Unis, participe de ce racisme qui origine de la théorie de la One-drop rule, définie ci-haut.

Les médias du monde entier emprunteront innocemment, une expression teintée de racisme et de profond dégoût pour le fruit que représente M. Obama. Dans les faits, l’Amérique raciste nie à ce président métis, cinquante pourcent de son appartenance génétique à la race Blanche. Cette souillure qui ne peut qu’être noire.

La présidence d’Obama sera ponctuée d’animosité de la part de ses anciens collègues parlementaires du camp adverse. Dès la reprise des deux chambres, les républicains lui réserveront une opposition systématique qui frôle l’inimitié.

Obama rentrait dans l’histoire en réussissant la réforme de l’assurance santé connue sous le nom de Obamacare, qui avait vu l’échec de 7 de ses prédécesseurs; un affront. La version finale adoptée aura été sabordée par des adversaires motivés par des considérations loin des tractations politiques habituelles.

Pire encore, les dernières années de la présidence du président dit noir sont marquées par une succession de violences policières qui rappellent et ou ressuscitent les tensions raciales aux États-Unis. L’assassin de Trayvon Martin: un jeune noir, sans histoire, en la personne de George Zimmerman sera acquitté sur l’application d’une loi étatique perçue par plusieurs comme visant particulièrement les Afro-américains. Les avocats de M. Zimmerman ont plaidé avec succès, la : Stand-your-ground law qui se traduit en français par, Défendez votre territoire.

Cette loi stipule qu’une personne peut utiliser une force raisonnable dans le cas de légitime défense quand elle croit de façon raisonnable qu’elle est soumise à une menace illégale, sans obligation de battre en retraite. Elle peut s’appliquer lorsqu’il faut défendre sa maison. L’ironie est que, du point de vue de la défense et des faits non contestés par l’accusé, c’est bien M. Zimmerman qui s’est attaqué au jeune Martin qui lui se rendait ou revenait de l’épicerie du quartier.

Quarante cinq ans après l’assassinat du Dr King, l’affaire Trayvon Martin sera à l’origine d’un nouveau mouvement socio-racial: Black lifes matter. Les émeutes raciales de Ferguson seront la clé de voûte d’un ras-le-bol qui a longtemps couvé sous une pelleté de neige.

Le cas de Ferguson est symptomatique de se racisme larvé qui dispute à l’Amérique, une légitimé à l’épreuve de critiques objectives dans son rôle de leadership au niveau mondial sur les questions des droits de l’homme, de la liberté, la justice, l’égalité, la démocratie et toutes les théories qui rationalisent toutes formes d’ingérences dans les affaire intérieures des pays du tiers-monde.

Des voix noires américaines se multiplient depuis, pour dénoncer les injustices d’hier qui survivent dans l’espace public encore aujourd’hui. D’après Dr Deirdre Cooper-Owens lorsque les médias américains demandent son opinion sur le débat sur la statue de James Marion Sims qui est présenté comme le père de la gynécologie, leur intérêt est de savoir s’il faut la dévisser ou pas. Dr Cooper-Owens ajoute qu’on ne veut pas d’informations sur le contexte historique qui refait surface.

Pour l’historienne, qui se fait accuser de révisionniste dans ce débat, la préoccupation est de rétablir les faits dans leurs contextes. Sims utilisait les esclaves noires comme cobayes de ses expériences gynécologiques. Dans ses publications, des patientes blanches se substituaient aux femmes noires afin d’effacer leurs contributions aux découvertes médicales de ce secteur de recherche scientifique. Là réside la préoccupation de la chercheure.

Reggis Yates: documentariste britannique s’aventure au cœur du racisme législatif américain et atterrit à Ferguson au Missouri. À Ferguson, Michael Brown un autre jeune noir a été «abattu» comme un animal, le 9 août 2014, par un policier Blanc Darren Wilson, dans une banale histoire de refus d’obtempérer à un ordre d’un agent de la paix.

L’avocat des droits civiques Brandon Brady explique les rapports très tendus entre les noirs et le service de police de la ville. Il constate une rupture totale du lien de confiance entre les services de police et les noirs. L’objectif premier de la police, d’après Me Brady, c’est d’initier des contacts avec les citoyens, dans le but de les verbaliser avec des contraventions municipales.

Les choses deviennent par la suite extrêmement compliquées. La banale infraction pénale aboutit finalement en un casier judiciaire. Le règlement municipal  prévoit des infractions pénales sur les pantalons qui baissent. Des infractions sur la démarche des citoyens. Le but ultime étant de renflouer les caisses de la municipalité. Les infractions pénales de la ville financent à hauteur de 60% le budget municipale. D’après l’avocat, une infraction pour pantalon baissé est de 200$.

Le journaliste de BBC, Reggis Yates étant lui-même noir, il confie ses inquiétudes à l’homme de droit, au sujet de son propre pantalon qui pourrait lui valoir une infraction de 200$. L’homme de droit confirme ses inquiétudes. Oui, vous courez le risque d’une infraction. Et si vous ne vous présenter pas en cour, parce que vous n’aviez pas les moyens de payer votre infractions dans les délais, vous irez en prison, où vous serez incarcéré jusqu’à paiement du montant total. C’est cette incarcération qui ouvre la voie au casier judiciaire et vient dépouiller le citoyen américain noir de nombre de ses droits.

C’est à glacer le sang, la facilité avec laquelle le système pénal américain judiciarise les citoyens dans une ville occupée majoritairement par 60% de noirs et qui avait au moment de la mort de M. Brown en août 2014, un seul policier noir.

De Washington à Obama, l’Amérique a été célébré dans le monde comme la première démocratie du monde. Les médias américains présentent le maître de la Maison-Blanche comme le chef du monde libre. Les É-U se sont prétendus conscience de l’humanité.

Ils se sont voulu champions des droits de l’homme, de la Démocratie, de la liberté d’expression. Les Étais-Unis ont, avec le pouvoir de propagande de leurs médias supposément combattu le communisme en Amérique latine, en Europe, Afrique et en Asie. Sur ce dernier continent, le Vietnam porte les stigmates des pires crimes de guerres depuis celle fratricide européenne de 39/45. Le paradoxe de la démarche américaine retentit dans le l’éloquence de Mohamed Ali qui refuse la conscription et résiste à aller donner un sens à une guerre qui prétend offrir aux vietnamiens ce que l’Amérique refuse depuis sa création à ses propres populations appartenant à la minorité noire. Le soutien des É-U au coup d’État du général Pinochet est la résultante même de l’aberration. Pinochet et sa bande de criminels soutenus par le zinzin de Washington de l’époque ont renversé dans le sang, une démocratie. Go figure why.

L’élection de Donald Trump marque un recul par rapport à l’espoir suscité par l’arrivée du président Obama. M. Trump est l’homme de tous les superlatifs. Sur son compte, pèse des soupçons de racisme, de misogynie, de sexisme, de xénophobie, de mégalo-népotisme, le tout, couronné par une attitude de défiance envers les usages inappropriés assujettis au protocole présidentiel. L’homme fort de Washington ne présente pas d’excuse et n’hésite pas à qualifier l’Afrique et Haïti de pays de merde. Autant dire que le combat du Dr King ne fait que commencer.

 Par Goïkoya Kolié, Juriste et collaborateur

 

 

 

 

 

 

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