Mémorial 4 Juillet 1985 : Le Coup Diarra Et La Chasse Aux Malinkés

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Les faits sont têtus. Le « coup Diarra Traoré » et la chasse aux hauts cadres civils et militaires de l’ethnie malinké font partie des pages lugubres de l’histoire récente de la Guinée. Rétrospective.

Quelques mois seulement après la mort de Sékou Touré le 26 mars 1984 et la prise du pouvoir par l’armée le 3 avril 1984, un événement douloureux endeuille le pays. Le 4 juillet 1985, celui qui fut Premier ministre et numéro 2 du régime est accusé de tentative de coup d’Etat. Le colonel Diarra Traoré est ligoté, montré à la télévision puis exécuté. Sa résidence de la Minière pillée jusqu’au dernier carreau.

La violence d’Etat d’une rare férocité s’abat sur ses proches et son ethnie à Conakry. Passage à tabac, vendetta, exécutions sommaires, expropriations, humiliation. Certaines dignitaires du régime Sékou Touré paient eux aussi le lourd tribu.

Le fameux coup d’Etat Militaire de carrière, le colonel Diarra Traoré était gouverneur de Boké. A la mort de Sékou Touré, il participe au coup d’État du 3 avril 1984 qui évince le président de transition Louis Lansana Beavogui et porte le Comité militaire de redressement national (CMRN) au pouvoir. Il devient Premier ministre du président colonel Lansana Conté. Mais la cohabitation est de courte durée. Il est démis de ses fonctions le 18 décembre 1984, et le poste de Premier ministre supprimé.

Le 4 juillet 1985, alors que le Président Conté assiste au sommet de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) au Togo, le Colonel Traoré est accusé de coup d’Etat. Il est passé aux armes à 50 ans.

Liste des victimes célèbres

Au moins 200 personnes auraient été arrêtées suite au coup manqué du 4 juillet 1985, pour leur participation présumée à la tentative du coup d’Etat. Selon les témoignages, Un grand nombre d’entre elles n’auraient pas joué un rôle direct dans le coup d’État, mais auraient été arrêtées parce qu’elles étaient considérées comme des sympathisants de Diarra Traoré.

C’est ainsi que beaucoup de Malinkés ont été les cibles d’arrestations, car les dirigeants du coup d’état présumé de 1985 appartenaient à cette ethnie, celle de l’ancien président Sékou Touré, écrit Amnistie Internationale qui dresse une liste exhaustive des victimes libérées ou décedées.

Parmi elles, la veuve Sékou Touré, Andrée Touré et leur fils, Mohamed Touré, condamnés à 8 ans de prison pour avoir appuyé le coup d’Etat manqué, libérés à la fin décembre 1988. Ismael Touré, demi-frère de Sékou Touré, son neveu Siaka Touré et son frère aîne Amara Touré tous condamnés à mort. Ses soeurs, Ramata Touré et Nounkouba Touré, condamnées à 26 mois de prison.

Plusieurs autres ont été passés aux armes sans aucune forme de procès: Mamadi Keita, ministre de l’éducation, Seydou Keita, beau-frère de Sékou Touré, et Moussa Diakité, tous condamnés à mort. Bouche cousue sur le cas Damantang Camara, ancien président de l’Assemblée nationale condamné à 28 mois de prison, qui devait être libéré en mai 1987. Idem pour le sort de les anciens ministres Abraham Kabassan Keita, Lancinè Keita, Mamadou Bayo et Bakary Sako.

« Réhabilitation et réparation »

34 ans après, les victimes se souviennent dans le recueillement et la méditation. Ils exigent réhabilitaton et réparation. Dans ce sens, la Coordination des associations des victimes du 4 juillet 1985 a publié une déclaration signée par Elhadj Lansana Condé rappelant le souvenir de « la nuit du 4 juillet 1985 » après la diffusion d’un communiqué radiodiffusé annonçant la prise du pouvoir par le colonel Diarra Traoré.

« Depuis, un plan minutieux d’arrestation, d’inculpation, de torture et d’extermination de tous ceux qui se réclament de la même ethnie que le présumé auteur fut préparé, transmis à toutes les hiérarchies du commandement civil et militaire sur toute l’étendue du territoire national et coordonné par le CMRN, écrit la coordination.

C’est dans cette atmosphère de haine et d’esprit de vengeance que des centaines de citoyens en majorité de l’ethnie mandingue furent arrêtés, soumis à des traitements inhumains et jetés dans les geôles des trente deux escaliers du camp Alpha Yaya Diallo, Conakry.

Ainsi, après 3 ans de détention, d’humiliation et sans aucun contact avec les familles ni avec un avocat dans les conditions les plus exécrables que celles connues jadis au temps nazis pendant la seconde guerre mondiale, les survivants furent libérés sous la pression des parents des victimes et de la communauté internationale notamment les défenseurs des droits de l’homme.

A cet égard, nous rendons un vibrant hommage à la mémoire de nos illustres compagnons disparus ou exécutés sans procès ».

A présent, les victimes et les familles des disparus exigent «le rétablissement de la vérité historique, de la justice en vue de la réhabilitation, la réparation de tous les préjudices causés et la restitution des biens car les conséquences de ce massacre du 4 juillet 1985 continuent de détruire la structure sociale familiale des disparus ».

S’ils parviennent ce sera une voie balisée vers la réconciliation nationale après l’inique Wofatara (vous avez bien fait) que Conté a lancé à ses soutiens au palais du peuple après le coup manqué. S’ils se heurtent aux mentalités défavorables, il faudra alors redoubler d’efforts, car le pays en a plus que besoin pour assurer un présent et un avenir radieux à ses habitants.

In Le Populaire No 414 du 7 juillet 2014

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