Nouvelle Constitution En Guinée: La Lettre Ouverte De Dr Alexis Ouendéno Au Président Alpha Condé!

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DE L’IMMENSE ET EXCEPTIONNELLE CHANCE DU CHANGEMENT DE LA

CONSTITUTION GUINEENNE

OU

 LETTRE OUVERTE DU DR ALEXIS OUENDENO

MEDECIN FRANCO-GUINEEN

Au

Pr Alpha CONDE, CHEF DE  l’ETAT GUINEEN

 

Monsieur le Président

La vie nous réserve bien de surprises ! Des surprises il y en a de grandes et de petites, et ce sont les grandes que l’Histoire retient toujours, parce qu’elles font, d’une manière ou d’une autre, progresser l’humanité. Vous avez engagé une grande réforme constitutionnelle en demandant au peuple guinéen l’élaboration d’une nouvelle constitution et en l’appelant au suffrage universel. Sans le vouloir, vous avez posé les fondements d’un vrai séisme politique, en bien, bien entendu , dans l’histoire guinéenne , un séisme aussi grand que le jour où ce pays a voté pour son indépendance, un séisme aussi marquant que le jour où fut signée l’abolition de l’esclavage, en 1883 dans les colonies britanniques, en 1848, dans les colonies françaises, en 1860 dans les colonies hollandaises et 1868 dans l’ensemble de tous les territoires des Etats Unis d’Amérique, un séisme aussi INNOUBLIABLE que les jours qui virent signées les fins des guerres mondiales, certains traités et accords internationaux.

Par la présente, je viens vous présenter toutes mes félicitations, mais surtout tous mes encouragements. Et pourquoi ? Pour les SEPT raisons suivantes.

 

I

 

Je vous souhaite de tout mon cœur de mener cette réforme jusqu’au bout malgré les adversités, les embûches et les opinions contraires que vous allez nécessairement rencontrées. C’est humain ! Rien ne s’obtient sans peine. Le concept le plus pur, l’idée la plus noble, la pensée la plus créatrice, la vision la plus novatrice et le changement le plus réformateur ne sont destinés qu’à ceux qui peuvent les comprendre ou qu’à ceux qui aiment le bien pour le bien et le vrai pour le vrai, et non à ceux qui changent le bien en mal ou le mal en bien, ou le faux en vrai et le vrai en faux. Dans la vie, tout est affaire de récipient. L’eau la plus pure tombée dans un récipient sale n’est plus propre à être consommée, car le récipient s’accorde ou ne s’accorde pas. L’intention la plus noble dans un mental qui ne veut pas comprendre, qui ne peut pas comprendre, reflètera, non pas l’intention, mais la qualité du mental. Dites quelque chose de simple à un individu dont le mental est compliqué, la chose devient compliquée ou dites quelque chose de vrai à quelqu’un qui aime le faux et vous constatez aussi que de vrai la chose devient fausse dans le mental de cet homme A l’opposé dites quelque chose de vrai à un mental capable de recevoir le vrai, tout devient si simple, si limpide, si transparent , si cristallin, tout simplement parce que ce qui est donné est en phase ou en accord avec ce ou celui qui reçoit , parce que tout simplement la vérité n’a pas besoin de raisonnement. Seuls les maux et les faux en ont besoin pour se protéger de la lumière de ce qui est bien et lumineux. Si la Nouvelle Constitution guinéenne n’a pour unique but que celui de changer en bien notre pays ou de le faire évoluer pour son plus grand épanouissement, de le débarrasser de tout ce qui entrave son bonheur, tous ceux qui aiment la Guinée vous encourageront sur  votre voie, vous soutiendront, vous aideront pour un plein succès de cette opération de changement constitutionnel, vous apporteront des idées complémentaires et novatrices, accepteront des dialogues sur des fonds de loyauté intellectuelle et morale, pour le plus grand succès de ce dit changement. Sur ce premier point, vous avez donc tous mes encouragements. Passons à la deuxième raison.

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Sur le deuxième point, il va être mis en évidence pourquoi ce changement de Constitution pour notre pays est une chance extraordinaire qui est donnée à notre Nation, une chance peut-être aussi grande que celle qui lui avait été donnée lors de son accession à son indépendance. Prêtez-moi pour cela, je vous accorde une attention plus grande. 1 La planète est en perpétuel mouvement physique (en 24 heures autour d’elle-même, en 365 jours autour du soleil, et le soleil crible autour de la voie lactée à la vitesse de 790000km/h et notre galaxie , attirée par d’autres galaxies se déplace à la vitesse de 2 millions de km/h), en perpétuel mouvement démographique, social, culturel, économique, industriel, financier , politique et intellectuel, sapientiel, etc

2 L’univers et ce qu’ils content subissent de telles mutations, car ce qui est vrai aujourd’hui peut ne pas être vrai demain, comme ce qui est vrai demain peut ne pas être vrai aujourd’hui, les hommes se chercheront toujours, ou mieux, chercheront toujours le terrain, tous azimuts confondus, qui leur conférera une meilleure existence, un plus grand bonheur et un meilleur mode de vie. C’est dans ce contexte et pour cette même nécessité, qu’on a vu naître des notions de Démocratie, de Monarchie, de République et de Constitutions, qu’on a assisté à des bouleversements de mœurs, de cultures, qu’on a inventé en pleine civilisation çà et là sur la planète entière des guerres, des cruautés, de violences et ce qui leur ressemble.

3 Mais, in fine, que remarquons nous dans le domaine de la genèse des Constitutions, à part celles dont les pays africains se sont dotés au sortir de l’ère colonial, toutes les grandes Constitutions sont issues et tissées après de Grandes Révolutions, après que les hommes las des conséquences des faux et des maux qu’ils prenaient pour des aubaines, n’en pouvaient plus et étaient, obligés par la force des choses, de faire appel au rationnel et au bon sens. En substance les hommes attendent toujours une montée intolérable de crises. Une situation catastrophique de l’état de leur pays, de difficultés insurmontables et de révolutions souvent économiques pour réagir, pour admettre qu’il faut changer.

4 – Or la chance que vous donnez à la Nation guinéenne, c’est l’opportunité de revoir et de changer sa Constitution parce que et justement parce que le pays n’est pas en état de guerre ou en révolution, qu’il est en dehors des crises comme celles qu’ont connu les 13 colonies américaines des Etats Unis , qu’a connu le Royaume d’Angleterre, qu’a vécu l’Union Soviétique , qu’a dû gérer la France en 1789. En un mot c’est pouvoir agir avant qu’il ne soit trop tard ou prévenir plutôt que guérir. Pour peu qu’on veuille réfléchir un tantinet peu, e: on conviendra qu’il s’agit d’une vraie chance historique.

5-  Pour bien me faire comprendre dans ce qui suit, il me semble important de dire quelque chose de ces pays. Et cela pour bien mettre encore en évidence l’aspect particulier, gigantesque, providentiel du changement de la Constitution Guinéenne.

En Amérique du Nord, d’abord comment est-on arrivé à la Confection de l’une des Constitution les plus formidables et les plus solides du monde ? Voici ce qui s’est passé. Au 18eme siècle, l’Angleterre possédait 13 colonies sur la Côte Est de l’Amérique du Nord. La métropole offrait protection militaire à ces colonies, et ces colonies pourvoyaient la Grande lle en payant des impôts, chaque année, de plus en plus lourds. Forte de ces entrées d’argent facile, l’Angleterre n’hésite pas à soutenir la Guerre des 7 ans (de 1756 à 1763) de la Prusse contre la France. L’argent étant le nerf de la guerre, l’Angleterre va demander de plus en plus d’argent aux colonies américaines qui finissent par dire non, de s’opposer et de se révolter .Commenceront alors les guerres d’Indépendance des Etats Unis d’Amérique. En 1773, c’est le Boston Party (les colons se révoltent et jettent à la mer trois navires anglais de thé venus des Indes). En 1774 les représentants des colonies affirment, dans une DECLARATION,

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Le droit de tous les peuples de participer à l’élaboration des lois qui les concernent. Cette déclaration historique marque alors de manière officielle la rupture avec l’Angleterre.

La France mécontente de sa défaite dans la guerre des 7 ans se range du côté des insurgés américains. Des volontaires français comme La Fayette et Rochambeau vont se rendre en Amérique pour soutenir l’effort de guerre des insurges américains contre l’Angleterre. Ceux-ci, commandés par Georges Washington, finissent par être victorieux. Le 3 septembre 1783, l’Angleterre signe le Traité de Versailles qui reconnaît l’Indépendance des Etats Unis d’Amérique. Le royaume de France était loin de se douter que 5 ans plus tard, en 1789, son tour viendrait et entrerait dans une phase de Révolutions qui durera plus de dix ans.

En 1787. Les Etats Unis se dotent d’une Constitution toujours en vigueur aujourd’hui, d’ailleurs et faisant d’elle la plus vieille constitution du monde encore en application aujourd’hui. Le bilan de cette guerre : 101 000 morts : 70000 du côté américain et 31000 du côté britannique. Le bon sens se dit : pourquoi a-t-il fallu tant de guerres et tant de morts pour arriver à une CONSTITUTION qui est aujourd’hui le monument de toutes les constitutions

En France Lorsque les Etats Unis signaient leur constitution, le Royaume de France était miné par une pluralité de crises de tout genre :

  1. Crise institutionnelle (le roi gouverne seul)
  2. Crise morale (provenant de nombreux scandales qui éclaboussent la cour et la reine Marie Antoinette)
  3. Crise religieuse (le pouvoir des autorités catholiques est contestée par la franc-maçonnerie et les jansénistes, d’une part et d’autre, le décalage de bienêtre entre le haut et le bas clergé, le haut clergé a toutes les richesses et le bas clergé, presque rien)
  4. Crise sociale (La Société étaient hiérarchisée en trois ordres : le Roi, les Nobles : la haute Noblesse avait tout, et la Petite Noblesse n’avait pas grand-chose, et le Clergé : le Haut Clergé et le Bas Clergé)
  5. La crise financière.

C’est, de loin et de près, la crise économique et financière qui va être le levier fatal et le facteur déterminant de la Révolution française. Pourquoi ? Parce que la France, non seulement ruinée par la Guerre des SEPT ANS, qu’elle perdit d’ailleurs, s’est creusé toute seule un immense déficit budgétaire en s’impliquant dans la guerre d’Indépendance des Etats Unis au cours de laquelle elle a fourni aux insurgés américains, navires et matériels militaires. Au même moment la France était profondément engagé dans la guerre d’Espagne et pendant ce temps la Cour ne restreignait point son niveau de vie. Il lui était difficile de restreindre son train de vie, car pour éviter que les Nobles répètent la Guerre des Lorrairis ou la Fronde, le Roi décide d’abriter tous les nobles dans la demeure royale. Ils sont tous payés à ne rien faire et ainsi le Roi a la maitrise sur eux. Il fallait donc toujours plus d’argent. Dire plus d’argent ou dire plus d’impôts c’est la même chose. Conséquence : la révolte et la révolution françaises, tous deux biens préparés par des Philosophes comme Montesquieu, Voltaire, Rousseau, etc, était inévitable. Il a donc fallu attendre le ras le bol de la souffrance du peuple pour que celui-ci dans un élan surprenant se lève pour la REVOLUTION FRANCAISE. Qui elle a eu lieu cette révolution, mais à quel prix ? Il a fallu en arriver là pour qu’enfin on parie de DECLARATION UNIVERSELLE des DROITS de L’HOMME. IL a fallu en a river là pour que soit élaborée la première Constitution française en 1793. Il a fallu tout ceci pour tout cela. Le bilan est lourd :

1 La guerre contre l’Europe qui s’étendit de 1792 à 1815 a faits un million de morts

2) 10 000 hommes guillotinés,

3) 150 000 hommes morts dans la guerre civile entre royalistes et républicains etc. Pour éviter tant de souffrances, d’exécutions, de misères ou de persécutions, ne pouvait-on pas agir en harmonie, confectionner une Constitution qui protégea les uns et les autres ?

En Russie Les causes de la Révolution russe ne seront pas bien différentes des causes de  ces révolutions américaines, françaises et anglaises.

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Un petit rappel.

Avant 1917, l’Empire russe était gouverné par un régime monarchique et autocratique. L’économie de l’Empire n’était point avancée. C’est à partir de 1861 quand l’empereur Alexandre Il abolit le servage et que commence la révolution industriel: 2, les serfs étant poussés vers les villes. L’économie reste toutefois archaïque. En 1913 la production industrielle russe est deux fois et demi moins que celle de la France, six fois moins que celle de l’Allemagne, quatorze fois moins que celle des Etats unis et le PIB est un quart de celui des USA malgré cette situation, la Russie s’est engagée en août 1917 dans la première guerre mondiale. La situation économique devient de plus en plus difficile et on demande de plus en plus à la population de fournir jusqu’à ce qu’elle n’en puisse. Le 23 février 1917 des milliers de femmes défilent à Petrograd pour réclamer des rations alimentaires, le droit de vote et la fin de la guerre. Le 23 mars 1917 le Tsar Alexandre II abdique au profit de son frère, le Grand-Duc Michel, qui refuse. La guerre continue. De juillet à novembre 1917, plus de 200 000 soldats désertent. La révolution s’étend sur tout le pays, les notables sont destitués. En 1917, le chef des bolcheviks, Vladimir Ilithch Lénine, (1870-1924), rentre, s’oppose au gouvernement provisoire et prône le plein pouvoir … Bref au total la Révolution russe aura couté 7 millions de vies humaines. Que de sang versé jusqu’au 12 décembre 1993, jour où fut adoptée, par référendum national, la première Constitution de la Fédération de Russie. De 1917, début de la révolution de Russie, à l’élaboration de sa première Constitution, il a fallu attendre 76 ans, mais pourquoi ? Vient la troisième raison.

III

Sur le troisième point, Terenca (190-159 av JC) a dit : « Homo sum, et humani nihil a me alienum puto : (Terence), Je suis homme et rien de ce qui touche l’homme ne m’est étranger » Aucune histoire des révolutions dont il en a été parlé ci-dessus ne touchait de près ni la Guinée, ni le continent africain. Mais l’histoire est universelle et a pour sujet l’homme, entendons l’humain. Ce qui est arrivé dans d’autres nations peut bien arriver en Guinée ou partout ailleurs dans nos pays africains. Qu’entendons-nous par là. Toutes les révolutions nous apprennent que, pour que les hommes agissent ou modifient ou créent une Constitution, il faut toujours qu’ils arrivent à des niveaux extrêmes de la souffrance, des crises, des inepties et des misères. Cela veut dire que les signes avant-coureurs des catastrophes, n’ont jamais eu de signification et de sens pour le mental humain. Et pourtant, il eut suffi d’un peu d’attention, de prudence et de sagesse pour éviter tant des millions de morts de la première et de la deuxième guerre mondiale, de toutes les révolutions sanglantes qui éclatent çà et là dans diverses contrées de la planète. Pourquoi les hommes, les civilisations et les sociétés ne tirent jamais de leçons à l’échelle humaine et planétaire ? Pourquoi pense-t-on toujours que les malheurs, les catastrophes, les infortunes, les violences, les révolutions dans des bains de sang n’arrivent Qu’aux autres. Les leçons de l’Histoire doivent servir à toute postérité future, à toute nation, à tout gouvernement, à tous les gouvernants et à tous les gouvernés, à tout homme pour éviter de répéter ce qui s’est malheureusement produit. Et, en toute sincérité, qu’y a-t-il de mieux que de prévoir et d’anticiper ? Ne peut-on pas reformer en temps de paix, au lieu d’attendre les désordres et les tumultes. Voilà ce qui fait toute la particularité, la singularité et la nouveauté de l’idée d’une Nouvelle Constitution Guinéenne en temps de paix. Voilà qui nous amène à la quatrième raison,

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IV

Changer et réformer en temps de paix. Pour peu qu’on réfléchisse et que le bon sens l’emporte sur les passions, tout homme reconnaîtra qu’il vaut mieux prévoir que guérir, qu’il vaut mieux remédier avant les catastrophes que de panser les blessures après. La Guinée et son peuple ne sont pas des exceptions. Ils peuvent, comme tout autre, être exposés, à un moment ou un autre, à des crises sociales difficiles à maitriser, des crises économiques et financières déroutantes, à des crises culturelles déstabilisantes, à des crises politiques sulfureuses, à un mécontentement inquiétant des populations, à une révolution violente. Justement, la volonté pour le chef de l’Etat Guinéen qui veut procéder à un changement de Constitution est certainement d’éviter la plus petite catastrophe à notre pays, à ne pas imiter les exemples des pays qui ont été choisis pour illustration et exemple dans notre exposé.

Quiconque a du bon sens verra que cette idée de Nouvelle Constitution ne peut que faire grandir notre pays, ne peut que prévenir notre pays contre  le versement de la plus petite goutte de sang, ne peut que donner l’espoir que tout débordement sera évité, toute dysharmonie sera balayée et une ère nouveau sera installé. En effet, quand on change, c’est toujours pour une situation meilleure. Autrement à quoi sert un changement ? Et je sais pertinemment que vous allez marquer l’histoire, non seulement de la Guinée et de l’Afrique, mais même de l’humanité tout entière, parce que vous aurez été l’un des rares sinon le seul à écrire une Nouvelle Constitution, dans un temps de paix, hors de tout phénomène de guerre ou désastre majeur, loin de toute houle et de toute tempête de crises. Nous arrivons à la cinquième raison

En faisant cela, vous faites pour une deuxième fois de la Guinée une vraie pionnière, un vrai modèle de révolution constructive, une voie que suivront plusieurs nations. En 1958 la Guinée a fait comprendre au monde entier l’importance de la liberté, de la souveraineté, de l’indépendance de sa nation et de toutes les nations du monde. Il a fallu attendre des décennies pour que le monde proclame haut que ce pays avait raison et qu’en réalité tous les peuples du monde se battent et combattent pour avoir ces prérogatives, dont les plus importantes sont la paix, la liberté, l’indépendance, la souveraineté, l’équilibre, le bonheur social

Quand vous aurez donné de comprendre à notre pays, que la réforme constitutionnelle en temps de paix est la meilleure chose qui puisse arriver à un pays, alors beaucoup de pays imiteront une fois de plus l’exemple guinéen. J’ai entendu sur des ondes des compatriotes proclamer qu’un changement de constitution ne peut se justifier qu’en raison d’une crise. C’est ce que l’histoire nous a montré, mais, Monsieur le Président, l’histoire n’est pas au-dessus de la raison, ou, si on veut dire les choses autrement, avant l’histoire existait déjà la raison. Et c’est cette même raison qui nous dit aujourd’hui que changer avant une crise, avant une catastrophe, avant une chute est mille fois meilleure que changer dans une situation de capharnaüm ou de troubles terribles ou panser les plaies et les blessures d’un éboulement soudain. Que les opposants à une Nouvelle Constitution réfléchissent un tant soit peu, et ils verront qu’il n’y a rien à objecter.

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Persévérez Monsieur le Président dans cette voie qui est d’instituer une Constitution nouvelle, en temps de paix et vous marquerez non seulement l’Afrique, mais les nations du monde entier, qui jusqu’aujourd’hui se sont persuadés que pour changer il faut nécessairement être en face d’un danger, que pour comprendre et prendre des dispositions nouvelles, il faut être devant un trou un chaos ,un désespoir, un point de non-retour, une catastrophe imminente, que pour réfléchir, il faut être menacé ou blessé. Le bon sens nous dicte dans le fond de notre conscience, qu’on peut faire autrement. On peut faire sans le secours de la violence. La non-violence a toujours été ce qui a gouverné votre conscience. Dans votre livre : « une certaine idée de la Guinée », vous avez dit à la page 68

« Je suis contre la violence. Je n’ai pas fait de la politique pour conduire les gens à l’abattoir. Si vous voulez faire le bonheur de la population, vous n’envoyez pas une partie au cimetière. J’ai été opposant pendant des décennies, et j’ai toujours rejeté la violence. Pourquoi aurais-je du changer ? »

Cela fait dix ans que vous êtes aux commandes de ce Navire qui est notre Nation. Vous connaissez bien l’Océan sur lequel il vogue, ainsi que les signes des vents, de tempêtes et des temps qui le menacent, des évènements ou des hommes toujours prêts à vouloir le saborder pour qu’il coule au fond des mers. Tenez la barre très fermement, mon ami, pour le meilleur et seulement pour le meilleur de notre pays que vous inscrirez une deuxième fois dans l’Histoire du monde et de l’Afrique, par l’élaboration de cette Nouvelle Constitution. Mais ce n’est pas tout, il y a plus. Et c’est la sixième raison.

VI

Vous pouvez faire d’une pierre deux coups. Qu’entendons-nous par-là, Nous entendons par là : 1) Que la Guinée, par son référendum de septembre 1958, a été un modèle africain et a forcé l’admiration de plusieurs nations. 2) Qu’en instaurant une Nouvelle Constitution dans un climat où le pays n’est ni en guerre , ni en révolution, vous nous inscrivez dans ce qu’il y de plus inédit et, en tout cas de moins courant.3) En donnant à la Nouvelle Constitution une dimension forte, élevée, haute par sa stature en tout point de vue , par sa vision lointaine, par son équilibre, par son caractère exceptionnel quant à son contenu, par son aspect tellement nouveau et tellement merveilleux, que vous forcerez une fois de plus l’admiration de notre patrie.

Vous êtes un grand intellectuel et un homme sage. Vous connaissez non seulement notre pays, mais beaucoup d’autres pays. En ayant été à la Présidence de l’Union Africaine, en ayant donné toute votre force et toute votre énergie, pour le panafricanisme, même lors de votre exil, ou lors de vos études, vous pourrez instaurer, en connaissance de cause donc, un modèle de Constitution, qui soit tellement unique, tellement novatrice, tellement réformatrice, et tellement révolutionnaire qu’elle sera un véritable monument pour les générations futures, un monument tel qu’a été à ses yeux et aux yeux du monde le Code civil français, organisé et confectionné par Napoléon Bonaparte. Quand l’Empereur des français eut fini la rédaction du Code civil, il écrivait cette phrase célèbre :

« Ma vraie gloire n’est pas d’avoir gagné quarante batailles ; Waterloo effacera le souvenir de tant de victoires ; ce que rien n’effacera, ce qui vivra éternellement, c’est mon Code Civil >>

Comme il avait raison. Il suffit de jeter un coup sur les droits civils de tous les pays. Tous, sans exception, s’en sont inspirés à tel point que c’est ce Code civil qui fait loi partout dans le monde, comme un copier-coller.

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Ce qui vit éternellement sera toujours ce qui a fait avancer l’humanité en bien. Vivront éternellement des hommes comme Matma Gandhi, comme Thomas Ava Edison (l’inventeur de l’électricité) Carl Benz (le premier inventeur de l’automobile à moteur à combustion interne) Clément Agnès Ader (l’inventeur du premier avion motorisé et contrôlé d’un aéronef) des grands hommes et chercheurs comme Cheik Anta DIOP. Comme Roland Moreno (inventeur de la carte à puce ou carte mémoire) comme Galilée, Copernic, comme Georges Washington (Président de la Convention qui rédigea en 1787 la solide Constitution des Etats Unis d’Amérique, encore en vigueur jusqu’aujourd’hui. Ceux sont les visionnaires, les grands hommes et les grandes ouvres qui ont fait avancer l’humanité, car une grand cuivre est comme du pain béni, aux conséquences infinis pour chaque être. Passons à la septième raison.

VII

Avec cette nouvelle Constitution faite, je vous prie, de notre patrie déjà si fière, un fleuron politique, parce que la dite Constitution, plus elle reflétera de grandeur, plus elle sera dans l’ordre du sublime; plus elle sera soucieuse de justice, de paix, plus assurera chaque citoyen et le protégera, et plus elle protègera les biens, les personnes et plus elle garantira la justice et facilitera son accès, car elle sera ce que les Guinéens attendaient pour le bien de la Nation. Ce n’est pas un chantier facile, mais un chantier possible.

Pour atteindre un tel objectif de grandeur et magnificence, il faut que la future Constitution Guinéenne pose les fondements d’une paix sûre pour notre pays Il faut que la justice et l’équité règnent. Il faut que chaque guinéen soit encouragé dans son cuivre d’effort, car c’est l’effort de chacun qui fait le bienêtre de tous, et c’est le bien-être de tous qui rassure du bien être de chacun. Dans le corps humain, chaque cellule travaille pour la santé de toutes ces milliards de cellules de l’organisme et toutes les milliards de cellules travaillent de concert pour cette seule cellule. C’est la loi de la solidarité. Tous pour un et un pour tous,

Vous y arriverez, Monsieur le Président, et je demande à chaque Guinéen de vous soutenir , de vous accompagner en vous nourrissant de mille et une idées propices, de mille et une perceptions heureuses, de mille et une suggestions dans l’intérêt de la Nation Guinéenne.

Merci pour cette grandeur que vous imprimerez une fois encore à notre Nation et, encore, une fois de plus tous mes encouragements

Vive la GUINEE et que Dieu la bénisse toujours

Je vous prie de bien vouloir, Monsieur le Président, l’expression de ma profonde considération et de mes sentiments distingués

 

Dr Alexis OUENDENO