Sortie médiatique du général Konaté: Analyse ! ( Par Goïkoya Kolié, Juriste)

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Doit-on lire dans cette sortie médiatique, un positionnement sur l’échiquier politique guinéen?

Sur les questions d’importance capitale, le général reste dans la langue de bois. Il faut dès à présent attribuer à l’officier guinéen, le mérite d’une maîtrise rapide de la technique d’éluder les questions qui dérangent, ce qui bien évidemment, plonge l’auditeur dans une rêverie qui berce la crédibilité de l’illustre invité de l’émission de Espace TV.

Au sujet des questions financières impliquant sa gestion, le général Sékouba Konaté reste flou. En revanche, et inversement, lorsque les mêmes questions portent sur la gestion de son successeur, l’officier supérieur est loquace, et enfin, sur la question constitutionnelle, M. Konaté entretient un langage contradictoire qui frôle le bégaiement.

Le général entretient le flou sur le sort du chèque de vingt millions de dollars, reçu par le gouvernement du capitaine Dadis Camara. Il laisse sous-entendu que Dubaï, Brésil seraient des paradis fiscaux pour le gouvernement actuel. Il en veut pour preuve, la saisie d’une valise d’argent dans un aéroport.

Nombre de révélations d’apparence anodine retiennent aussi notre attention.

Le général déclare avec raison, que l’État est une continuité. La constatation est d’une vérité scintillante. Fort de ce souffle, l’ancien président de la transition nie à son successeur, la paternité du bilan de ce dernier. Le général aurait lui-même conduit les réformes qui ont permis de mettre aux pas, une armée indisciplinée, manipulée par les leaders politiques, ayant un fort penchant pour les mutineries, soutient-il.

Alpha Condé est un « président mal élu ». Cette déclaration est celle qui par son incongruité, écorche le plus la crédibilité de l’ancien président de la transition, organisateur lui-même de l’élection présidentielle de 2010, qui a porté au pouvoir, celui qu’il prétend aujourd’hui avoir été mal élu. C’est impensable de s’imaginer ce qu’affirme le général Konaté.

L’organisateur d’une élection, qu’il a de sur croit voulue transparente; transparence qui a été certifiée par la communauté dite internationale, peut-il se déjuger impunément, des années plus tard? Le général Konaté ne rentre-t-il pas en conflit avec la législation électorale guinéenne? N’est-ce pas un aveu de culpabilité d’avoir organisé ou participé à une mascarade électorale?

Quant aux réalisations de Alpha Condé, notamment les infrastructures, peut-on supposer, le président Alpha Condé ne peut en revendiquer le mérite à lui seul. Les jalons de ces réalisations auraient été posés par l’administration du général Lansana Conté. Les réalisations auraient souffert de l’absence de financement des projets par les partenaires au développement de la Guinée et les institutions financières internationales. (Le pays est-il indépendant?). Si le général Konaté dément avoir reçu la somme de dix millions de dollars, il confirme avoir reçu de l’argent des leaders politiques du pays.

Sur la question constitutionnelle, nous confions que le libellé de l’article 27 de la constitution guinéenne ne laisse place à aucune ambiguïté quant au mandat de cinq ans renouvelable une fois. Il est extrêmement précis sur l’impossibilité pour un président de briguer un troisième mandat. Il va de la même précision par rapport à l’inéligibilité à tous moments d’un président qui aurait effectué ses deux mandats.

Le général Konaté soutient avoir répété ce qu’aurait déjà affirmé l’ambassadeur des États-Unis d’Amérique. Doit-on en déduire que la parole d’un ambassadeur Américain est coulée dans du béton, et qu’elle est aussi sacrée que les textes dits sacrés? Le général prétend n’est pas être favorable à une révision constitutionnelle. Et, c’est précisément là que le général se confond dans ses propres principes et contradictions, ce qui rend dubitatif l’auditeur attentif.

En l’absence de précision claire de l’intéressé, toutes interprétations sont envisageables. Est-ce en raison de ses inimitiés personnelles envers M. Condé que M. Konaté s’oppose à un amendement constitutionnel initié par ce dernier? Un début de réponse se trouve dans les propos de M. Konaté. « Jesuisdéçudelui ».

Le général ajoute aussi, que c’est à cause du fait que son successeur a voulu l’envoyer au Condo, « dans une prison dorée ». Avant de mettre ce dernier en garde : «iln’aqu’àfaireattention ». La question vaut son pesant d’or dans la mesure où, ce que l’ancien vice-président du capitaine Dadis Camara refuse au président actuel, il l’autorise pour le successeur de ce dernier :

« En 2020, ilvaquitter. (…) Jen’aijamaissoutenuuntroisièmemandatouréférendum. J’ai rencontré la plupart des grands de ce monde. Certains en Afrique mont dit que cinq ans, c’est très court. Je dis que ce que j’ai dit, l’ambassadeur américain a dit la même chose. On dit que c’est celui qui celui qui va venir en 2020, lui il aura l’occasion de changer la constitution et de faire un référendum. (…) C’est impossible de changer la constitution. Comment on peut encourager des trucs comme ça là. Une fois que cela est fait, toutes les voies sont ouvertes. Tous les moyens seront bons. Il peut y avoir beaucoup de choses. »

Notre analyse nous amène à présumer que, ce serait également la position de l’ambassadeur américain dont fait allusion le général. Si c’est bien le cas, il se dégage une nauséabonde puanteur de traquenard. Lorsque la communauté dite internationale se déclare favorable à une démarche d’amendement constitutionnel dans un pays africain, ce n’est jamais pour les raisons avancées. La démarche étrangère, loin d’obéir à des principes démocratiques s’inscrivant dans la construction d’une société de droit, elle obéit plutôt à des impératifs économiques dont tirent profit les pays partenaires.

Le général Konaté donne l’impression de menacer d’une convulsion militaro-social, avec des mots à peine couverts de petites nuances, que seuls peuvent décodés ses compagnons d’armes. Est-ce que le général Konaté nous annonce l’imminence d’un coup d’état, un an et demi, à l’avance? C’est à la fois surréaliste et incompréhensible.Avis aux intéressés dira-t-on.

Il est profondément déplorable d’entendre le général, appeler de son vœu, à une révolution. Tenez donc, les révolutions ont lieu en Afrique, suite à un coup d’État militaire, ou pour faire partir un régime militaire. La révolution et la réforme constitutionnelle auraient dû faire parties du mandat de ce régime d’exception qu’était la junte militaire, et que le général Konaté a eu le privilège de diriger.

Les garanties de transparence étaient là. Un président qui s’occupe de réformer la constitution d’un pays, sans vouloir prendre part au processus électoral qui suivra ladite réforme, donne des garanties de transparence crédible.

Le général qui n’a aucune assise politique populaire connue en Guinée, prétend parler au nom du peuple de Guinée, qui n’accepterait pas une révision constitutionnelle à l’initiative de M. Alpha Condé. Curieusement, ce peuple serait docile, ouvert à une telle révision, si elle est l’œuvre du prochain président.

Est-ce que l’ancien président de la transition se projette dans la peau de ce successeur qui aurait à la fois la bénédiction des Guinéens et de la communauté internationale. En l’absence de base militante solide en Guinée, le général Konaté peut compter sur de puissants alliés, qui ne lésinent pas sur les moyens broutilles comme la légion d’honneur qui lui a été décernée par la France, pour s’assurer d’une main mise sur les pays Africains.

Il faut rappeler que le général Diendéré du Burkina Faso, lauréat de la même médaille, a été déchu de la sienne. Ce qui revient à dire, que ces pacotilles cérémonielles décernées aux leaders militaires africains font malheureusement d’eux,du papier hygiénique qui sert à se torcher et en disposer en temps de lieu.

Il reste préoccupant que nos leaders politiques civils ou militaire, fondent leurs espoirs d’accession au pouvoir sur leurs partenaires étrangers. Il faut dans la même veine, saluer la volonté du général de s’impliquer dans la politique active, à condition de venir servir et non se servir. Il ressort de l’entrevue du général Sékouba Konaté, une sympathique naïveté.

Nous constatons avec beaucoup d’appréhension que l’ancien président de la transition croit sincèrement, mais, erronément, que les égards affichés par les autorités françaises et celles du département d’État américain à son endroit sont purement humanitaires, sans contrepartie. Ce à quoi il faut d’ores et déjà sensibiliser M. Konaté, c’est qu’une fois à Sékoutouréya, à défaut de se servir, il devra servir ses bienveillants bienfaiteurs.

Cela se traduit par des scandales à la Bolloré. Lorsque vous retenez les services des dirigeants français, américains ou n’importe quelles autres puissances, il vous sera enjoint de vous en souvenir au moment de la concession des marchés publics. Ce genre de tractation s’opère au mépris des intérêts et des priorités du pays, d’où la dépendance qui rime avec la pauvreté.

Voilà qui explique la déchéance programmée de la Guinée et de l’Afrique, car ce fléau de la dépendance n’épargne aucun pays du continent noir. Cette entrevue donne l’opportunité de questionner la capacité de lutter efficacement contre la corruption endémique et institutionnelle, lorsqu’on est redevable à de puissants alliés qui veulent prendre possession de nos ressources naturelles sans payer le juste prix?

Comment discuter de la transformation sur place de nos matières premières en produits finis, à travers le transfert des connaissances, avec des partenaires à qui nous devons tous, et qui n’ont aucune intention de partager leurs technologies? Comment combattre des pratiques économiques indigestes, lorsqu’on n’y recourt soi-même pour conquérir le pouvoir?

À notre avis, le mandat de 5 ans renouvelable une fois est une bêtise, tout comme l’est, la volonté d’exclure les autorités guinéennes actuelles de l’éventualité d’une révision constitutionnelle. Enfin, il est préoccupant de découvrir à travers les confidences du candidat potentiel Konaté, que cette décision émanerait de l’ambassadeur des États-Unis. Nous nous proclamons favorable à une révision constitutionnelle, qui éliminerait la limitation de mandat, à condition que la tâche soit accomplie par un président qui ne prend pas part à l’élection présidentielle qui suivra.

Nous proclamons notre opposition à une éventuelle intervention de l’armée dans le débat constitutionnel du pays, qui du reste, est inéluctable. Nous réaffirmons notre attachement aux valeurs véhiculées par la démocratie, à condition qu’elles s’adaptent aux valeurs africaines. Nous nous proclamons foncièrement défavorable à l’ingérence de puissances étrangères dans le débat strictement « guinéo-guinéen ».

Bienvenu en politique active M. Konaté. Merci de respecter les règles de l’art et surtout de faire les choses autrement.

( Par Goïkoya Kolié, Juriste) 

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