Umaro Sissoco Embaló : « Je suis cash et je ne changerai pas »

76

 Nicolas Sarkozy est son ami, les troisièmes mandats sont à proscrire, le Covid-Organics fonctionne… Entretien avec le Bissau-Guinéen Umaro Sissoco Embaló, un président hors norme et adepte du parler vrai.

« Kim Jong Un ». Ainsi ses aînés chefs d’État de la Cedeao ont-ils surnommé le benjamin et « rookie » du club, Umaro Sissoco Embaló, président de la Guinée-Bissau depuis un peu moins de sept mois. À cause de son visage poupin peut-être, mais surtout précise le concerné qui s’en amuse, « parce que je remets de l’ordre et que je répète à mes compatriotes qu’il n’y a désormais qu’un seul chef : moi ».

Né d’une mère malinké et d’un père peul, au sein d’une famille dont les membres vivent entre la Guinée-Bissau, le Mali, le Burkina Faso et la Guinée Conakry, ce chef d’État atypique a une obsession : démontrer que son petit pays de deux millions d’habitants, ancienne colonie portugaise au passé chaotique et à la réputation longtemps sulfureuse, est désormais devenu respectable.

Si, à la différence de son homologue nord-coréen, Umaro Sissoco Embaló ne dispose pas de la bombe atomique pour qu’on l’écoute et le prenne au sérieux, il use dans ce but d’une arme efficace à sa portée : le « parler cash ». Quitte, parfois, à froisser ses pairs de la région dont certains le prennent encore pour un ovni.

À 48 ans, ce personnage disert et décontracté a derrière lui une vie étonnamment remplie dont il est parfois difficile de tirer les fils, tant les séquences se chevauchent. Il fût tour à tour – et souvent en même temps – étudiant à Lisbonne et à Madrid, général de brigade à Bissau, VRP du fonds souverain libyen Laico à l’époque de Kadhafi, Premier ministre de son prédécesseur José Mário Vaz, proche de Blaise Compaoré, de Denis Sassou Nguessode Muhammadu Buhari et de Macky Sall, adversaire rancunier d’Alpha Condé à qui il reproche d’avoir soutenu son rival électoral de 2019, Domingos Simões Pereira…

Comment celui qui, un éternel keffieh vissé sur le crâne, se faisait appeler le « général do povo » pour galvaniser les militants de Cacheu à Bafatá et de Farim à Bissau, a-t-il évolué depuis son accession au pouvoir – à laquelle peu de gens croyaient si ce n’est lui-même ? JA l’a rencontré mi-septembre à Paris, où il séjournait pour des contrôles médicaux post-Covid-19.

Jeune Afrique : Comme avez-vous géré la pandémie de coronavirus ? 

Umaro Sissoco Embaló : Lorsque le premier cas a été détecté, la population ne croyait pas au virus et nous avons dû prendre des mesures très dures. Nous avons déployé l’armée pour faire respecter le confinement et, aujourd’hui encore, nous obligeons la population à porter le masque – c’est devenu une habitude, même au village, où ceux qui n’en ont pas se couvrent la bouche avec un pagne.

J’ai également créé un Haut commissariat de lutte contre le Covid-19 et fait venir des médecins et des infirmiers cubains qui ont formé nos personnels de santé sur tout le territoire. Aujourd’hui, la situation est maîtrisée.

Vous avez vous-même contracté le virus ?

J’ai été contaminé au Nigeria par Abba Kyari, l’ancien directeur de cabinet du président Buhari [il a succombé le 17 avril]. J’ai été atteint par une souche très virulente, ça a été très dur. Mes poumons ont été affectés et ça a failli me tuer. J’ai d’abord été soigné à Bissau par des médecins bissau-guinéens, avec de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine, puis je suis venu terminer mes soins en France, mais je n’étais plus positif à ce

JA

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here