Universalisme à sens unique : Démocratie, Coup d’État, Mandat de trop ( Par Goïkoya Kolié, juriste )

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Avertissement : Ceci n’est pas une sensationnelle diatribe anti-occidentale
Prologue
L’universalisme à sens unique suppose en pratique que les valeurs politiques, économiques, sociales et culturelles des peuples d’Europe de l’Ouest et celles des peuples d’origine européenne soient universelles.

Ce principe se voit rattacher les valeurs religieuses chrétiennes et musulmanes qui revendiquent elles aussi la même universalité.

Il est de ce point de vue harmonieusement fidèle à cet universalisme, souvent européocentrique de proclamer que la Démocratie telle que perçue par l’Europe de l’Ouest est une valeur universelle, qu’il sied aux peuples originaires d’Europe d’user de tous les moyens, influences, pouvoirs politiques, économiques, militaires et institutionnels dans le but de la vulgariser partout dans le monde.

L’universalisme à sens unique est résolument antinomique au syncrétisme politique et au partage des cultures.

La péremptoire et quasi-divine norme démocratique dite universelle, administrée à l’Afrique, dégaine un commandement à l’effet duquel, ce système politique prévoit l’accession au pouvoir par des voies électorales, dans un mandat de cinq ans, renouvelable une seule fois.

À priori, la démocratie est un idéal institutionnel de bonne gouvernance qui garantit des droits et libertés et la libre accession au pouvoir à travers de saines compétitions électorales.

Cette démocratie ainsi libellée, ne souffre d’aucune ambiguïté et elle jouit de notre adhésion, sans la moindre objection.

Le processus démocratique sanctionné par des élections obligatoires, aux cinq ans, financées par des intérêts étrangers, souvent hostiles et en concurrence avec ceux du pays, entraine de son côté, une objection de conscience, d’où la présente analyse.

Le processus électoral dont les résultats doivent être approuvés par les mêmes intérêts étrangers, obstinément plus près de l’impérialisme économique, et articulé contre le bien-être des populations, dressé contre la stabilité politique et la croissance économique est la cible de la présente réflexion.

Car, avec le temps, l’Afrique a fini par réaliser que dévier de la trajectoire baulienne, bruxelloise ou washingtonienne de la perception de la démocratie, c’est franchir les lignes du crime d’apostasie, qui on le sait, dans une certaine religion, répond de la peine capitale.

Au nom de l’universalisme des valeurs, l’homosexualité jadis considérée par nos sociétés occidentales comme étant contre-nature, la bassesse perversité de suppôt de Satan est de nos jours considérée par les mêmes sociétés comme progrès et civilisation.

Elle doit de ce point de vue majoritaire occidental, être dépénalisée partout sur la planète, sous peine de sanctions économiques sans circonspection. Hilary Clinton, alors secrétaire d’État du président Barack Obama, en visite officielle en Afrique, laissait entendre que l’aide américaine serait dorénavant conditionnelle à la dépénalisation législative de l’homosexualité.

Au même moment, la polygamie, encore encrée dans les sociétés africaines est pour sa part diabolisée. Elle est présentée comme un recul dans les sociétés occidentales, où, dans certains pays, elle fait l’objet de comportement criminel.

Au Canada par exemple, le Code criminel stipule que quiconque commet la bigamie est coupable : a) soit d’un acte criminel passible d’un emprisonnement maximal de cinq ans; b) soit d’une infraction sur déclaration de culpabilité par procédure sommaire.

Il ne viendrait pas à l’esprit de l’universitaire, l’intellectuel, ou le dirigeant Africain de penser que la mesure est excessive et disproportionnée en comparaison au nouveau statut de l’homosexualité. Le Canada n’est pas pourtant assimilé à un pays intolérant à conception totalitaire.

Au nom de notre universalisme occidental à sens unique, Hitler serait le mal absolu. La volonté de son régime d’éradiquer les Juifs, les aurait causés de profondes blessures et des souffrances au point qu’elles soient devenues un devoir de mémoire qui exige de nous et du reste de la planète de commémorer et d’enseigner à nos enfants, afin que cet horrible crime ne soit jamais oublié et surtout qu’il ne se reproduit plus jamais.

Ce crime doit faire l’objet de reconnaissance et de réparation, ce à quoi l’Allemagne et ses alliés se sont appliqués après leur défaite, le procès de Nuremberg et les nombreuses procédures qui suivront.

Près de 70 ans après la guerre tribale européenne, en 2014, le congrès américain a exigé du gouvernement français, des indemnisations pour les familles des victimes américaines de la Shoa, sous peine de priver les entreprises ferroviaires françaises de souscrire à des marchés publics aux États-Unis. Pour le rôle de la Société Nationale des Chemins de fer de France (SNCF) dans l’holocauste, la France a dû créer un fonds d’indemnisation de 60 millions de dollars en vue de verser un peu plus de 100 000 dollars à chaque déporté américain transporté par la société d’État français.

Au terme donc de cet universalisme, les souffrances des Juifs, la démocratie, l’homosexualité, le capitalisme, la mondialisation, l’économie de marché, la privatisation des entreprises de souveraineté nationale, le droit de blasphémer la francophonie, le Commonwealth, le christianisme, et pour les arabes l’islam, etc., sont des valeurs universelles et doivent être embrassées par tous les peuples de la terre.

Le non-respect de cet impérialisme écœurant de notre communauté internationale entraine l’humiliation publique qui se traduit par des politiques perfectionnées d’assassinats de masse à travers la litanie des sanctions économiques.

Dans la même veine, lorsque par exemple les africains dénoncent l’esclavage métamorphosé en colonialisme, en néocolonialisme, puis en impérialisme économique, en démocratie de façade et en embargos, lorsque les noirs du monde dénoncent le racisme systémique institutionnel international, ils sont dans la victimisation, car le devoir de mémoire bien que valeur universelle, n’inclut pas leurs blessures et leurs souffrances; des torts qui ne méritent ni rappel, ni réparations.

Dans cette logique du « one size feets for all », la démocratie pensée à Paris, Londres, Bruxelles et Washington doit s’appliquer sans la moindre nuance à toutes les colonies européennes d’Afrique et ailleurs dans le monde, et ce, bien que la démocratie occidentale soit aussi variée qu’il n’y a de pays en Occident : la France voisine de l’Allemagne et de la Suisse n’a en commun avec ses voisines que l’aspect électoral de la démocratie. Idem pour le Canada et les États-Unis.

Cela pousse à pester que la démocratie budgétivore qui s’appuie sur des élections de tous genres (présidentielles, législatives, communales), aux cinq ans, indépendamment de la solvabilité des pays, financées et validées par des intérêts étrangers et qui ne laisse aucune place aux paradigmes locaux est une bêtise mortifère.

Les valeurs africaines non universelles

Qu’il ait été question par exemple de polygamie, de circoncision, de Kouroukan Fouga, de langues africaines érigées péjorativement en dialectes, de peuples qualifiés d’indigènes etc., les valeurs africaines souffrent d’un rejet raciste sans complexe.

Et pourtant, à Kouroukan Fouga, lorsque l’empire du Manden se dote en 1222 de la première déclaration universelle des droits de l’humain, sous la dénomination de Manden Kalikan, contrairement aux révolutionnaires français de 1789, elle a la modestie de ne pas se prétendre acquérir une portée universelle.

Dans les faits, cette déclaration universelle de droits, officiellement proclamée en 1236, au jour de l’intronisation de l’empereur Soundiata Keïta, contient tous les ingrédients de l’universalité, en autant que l’humanité admette que le génie africain est un patrimoine de cette humanité, sans subir une expropriation.

Le document du Manden a été encastré dans la désignation juridique de charte, dans le but de circonscrire sa constitutionnalité territoriale et limiter son caractère universel.

Qu’à cela ne tienne, il suffit de le compulser très rapide, avec un effort minimal de décryptage juridico-historique pour réaliser que cinq-cents ans avant les révolutionnaires européens de France, les Africains de l’Ouest parlaient déjà des droits de l’homme, de liberté, d’égalité et de la complémentarité des sexes, de justice sociale et de l’interdiction de l’esclavage.

Fort étonnamment, il n’y a que le document de 1789 qui se revendique universel, bien que celui du Manden, plus inclusif et paritaire, donc universel, souffre de cette privation d’universalité.

Les Africains eux-mêmes, victimes de plusieurs centaines d’années d’aliénations mentale et coloniale, et aussi des dogmes de la raciologie qui soutiennent que leurs ancêtres ne pouvaient pas avoir inventé de civilisation, puisque supposément frappés d’incapacité congénitale, malgré la maturation politique et institutionnelle de leur glorieux empires consensuels de l’Égypte au Mali, ils n’en font pas aujourd’hui une référence paradigmatique.

On a tôt fait de citer la démocratie qui proviendrait de la Grèce antique, alors qu’en observant cette société esclavagiste antique grecque, on aperçoit très clairement toutes formes de totalitarismes exempts de démocratie pure, dans la mesure où, on pourrait tout au plus, parler d’une gérontocratie basée sur l’exclusion des femmes, des esclaves et de la majorité de la population, au nom desquelles elle tire sa légendaire légitimité.

Dans tous les cas, nous souscrivons indubitablement à cette vérité historique irréfragable à l’effet de laquelle, l’Afrique est la plus ancienne civilisation qui a engendré toutes les autres civilisations, martèle Cheick Anta Diop.

Cependant, les valeurs africaines ne sont universelles que lorsqu’elles ont été expropriées, leur paternité niée et leur propriété revendiquée par les non africains.

Pourquoi les institutions ne fonctionnent pas en Afrique?
Encore une fois, la fidélité à la science de l’observation invite à apostropher l’universalisme colonial européen à sens unique qui explique le dysfonctionnement et la paralysie des institutions souvent imposées, non adoptées, sans réelle transition ou période d’adaptation, de virtualisation des valeurs intimées, dans la mesure où, il résulte de ce prégnant postulat hérité du déséquilibre abyssal des rapports de force, de penser et d’admettre erronément que tout ce qui est bon pour l’Europe dominante des cinq-cents dernières années, l’est pour l’ensemble de la planète.

L’écrivain français, Jean-Louis Sagot-Duvauroux bat en brèche cette rigide vision du monde des siens. Dans le cas spécifique du coup d’État du 18 août 2020 au Mali, le philosophe s’insurge contre une corruption des valeurs, dans sa description de la généalogie du désordre constitutionnel et de l’État de non-droit que connaît ce pays francophone de l’Afrique de l’Ouest.

Pour Jean-Louis Sagot-Duvauroux : « Les institutions ne marchent pas. Les gens n’y croient pas. Ça ne fait pas partie de leur représentation intériorisée. On accepte la constitution de la cinquième république française que la colonisation nous a laissé (…)

Les crises ont peu de solutions, peu d’issues durables (…) Il y a un problème de fonds, qui est encore là un problème de l’Afrique, qui est lié à la longue histoire des derniers siècles : C’est que les institutions produites par l’histoire de l’Afrique ont été délégitimées par l’histoire.

On appelle ça des coutumes, c’est toujours des mots qui rabaissent ce qui faisait fonctionner les sociétés pendant milles ans. Le Mali, c’est un endroit où pendant milles ans, le pays s’est bien porté avec des institutions qui étaient respectées sur une très grande étendue de territoire.

Et puis, aujourd’hui, on a dit aux Africains, les vraies institutions, ce qui est bien, ce qui se fait, c’est ce qui a été fait par l’Occident. Donc, c’est la chaussure que vous allez vous mettre. Ça vous fait mal aux pieds, c’est votre pied qui est mauvais. On a une espèce d’intimidation très puissante qui complique énormément l’invention d’institutions démocratiques qui soient au pied et à la taille de l’Afrique, alors que ces institutions-là, elles existent toujours, elles fonctionnent et elles résolvent des problèmes très importants (…)

Il y a de la manipulation, et ce qui est arrivé a sidéré les Maliens car il est impensable. Il y’a une alliance séculaire entre les Peulhs et les Dogons qui était une des bases de la société et qui fait qu’un Peulh ne peut pas porter la main sur un Dogon et vis-versa.

Quand ça été brisé, c’est véritablement la destruction de ce qui tenait, qui permettait aux gens de faire une société. Donc, le Mali est devant cette crise, qui est la même crise que la corruption. Ça veut dire que, les lieux où on pourrait réunir le peuple sont complétement décomposés ».

Il faut ajouter que les propos de ce dramaturge et essayiste français s’appliquent à toute l’Afrique, avec les adaptations nécessaires, car à part quelques îlots de résistance : (Éthiopie, Libéria), l’Afrique a appartenu à l’Europe, immédiatement après la période de l’esclavage dit transsaharien et de l’islamisation par les arabes.

 

De nombreux intellectuels, notamment le bénino-français Lionel Zinzou défendent des suggestions selon lesquelles, l’Afrique est toujours propriété européenne, puisque le continent noir néglige ses langues au profit de celles européennes, son économie appartient à des entreprises étrangères, majoritairement européennes, son système économique et la politique monétaire de nombre de ses pays est dictée par l’Union européenne et les États-Unis, ses institutions politiques sont conçues à Paris, Bruxelles, Washington.

Coups d’État quand junte militaire et junte civile rivalisent d’Astuce

Au matin du 18 août 2020, l’armée malienne fait une nouvelle fois irruption sur la scène politique du pays. Fort de l’appui populaire, (depuis les fraudes massives juridico-administratives des législatives du mois d’avril dernier, les Maliens étaient dans les rues pour réclamer le départ de leur président), les militaires n’ont fait qu’accélérer une probable éviction du pouvoir du président Ibrahim Boucar Keïta.

La prise du pouvoir par l’armée requiert de ce point du vue, une légitimité, bien qu’étant illégal, car en dehors des critères de légalité dits constitutionnels et démocratiques, donc en dehors du canevas défini par des acteurs étrangers en fonction de leurs propres intérêts et non en fonction des besoins des pays africains et du bien-être de leurs populations.

Conformément aux idéologies de la doctrine de l’universalité dictée, les instruments de cette vérité sont sans grande surprise mise en branle au lendemain du coup de force des militaires maliens. L’UA et la CEDEAO prennent le relai des condamnations de l’ONU, l’UE et la puissance de tutelle, la France.

Le mot d’ordre est simple, il faut secourir l’ordre mondial établi, qui ne cautionne pas de renversement de régime ou de prise de pouvoir par des voies non constitutionnelles, et ce, même lorsque les voies constitutionnelles sont verrouillées, hermétiquement bloquées. Dans c’est cas de figure, le mot d’ordre obéit toujours aux meilleurs intérêts des pays dits démocratiques.

En fonction de ces intérêts, un coup d’État militaire ou civil, une révolte populaire ou armée peut faire l’objet d’approbation ou de rejet. Que ce soient les troisièmes mandats des présidents Condé de Guinée, Ouattara de Côte d’Ivoire, les coups d’État au Mali, contre M. Keïta, au Zimbabwe contre M. Mugabe, en Bolivie contre M. Morales, en Égypte contre M. Morsi; les révoltes populaires en Ukraine contre M. Ianoukovytch, les manifestations en Biélorussie contre M. Loukachenko, au Venezuela contre M. Maduro, en Iran contre les religieux, la réponse de notre restreinte communauté internationale va dans le sens de ses propres intérêts, au mépris de la quintessence des revendications des peuples.

Dans le cas malien, Jean-Louis Sagot-Duvauroux y va de cette espérance: « J’espère que la période actuelle, la rupture qui vient d’être faite avec le coup d’État, va permettre de poser vraiment sérieusement la question de la réinvention d’une vie sociale, de liens sociaux, de l’organisation sociale qui soient aux pieds et à la taille du Mali ».

Nonobstant l’optimisme prudent qu’affiche l’intellectuel français, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest reste figer dans l’agenda que lui dicte ses puissants parrains et pourvoyeurs étrangers.

L’agressivité de la CEDEAO en a surpris plus d’un. Le prof Mamadou Coulibaly, candidat du parti politique LIDER, à l’élection présidentielle ivoirienne d’octobre 2020 y va d’une constatation que nous nous approprions.

L’ancien ministre du budget et ancien président de l’assemblée nationale de Côte d’Ivoire s’étonne d’une mesure mal étudiée et inopportune, dans son émission hebdomadaire : Jeudi c’est Coulibaly, intitulée pour l’occasion : Mali et Côte d’Ivoire, le courage appelle le courage.

« Les populations maliennes mécontentes se soulèvent du fait de la corruption, de la mauvaise gestions et l’armée malienne intervient sans qu’il y ait eu atteinte à la vie du président de la république et de sa famille. La CEDEAO, au lieu de suivre ses textes et bien sûr de condamner, et bien sûr de prendre des sanctions.

Mais, les sanctions au sein de la CEDEAO vont crescendo : on commence par la condamnation et le blocus complet n’est que la phase finale de ses sanctions. Mais à la grande surprise de nombreux observateurs, la CEDEAO commence par le blocus sur le Mali.

On croit sanctionner les putschistes, la junte militaire qui est là, mais non, ce sont les populations maliennes que vous allez sanctionner; ce sont ces commerçants, ces opérateurs économiques, ces marchants, ces paysans qui doivent évacuer leurs récoltes, attendre leurs marchandises, ces équipements, ces pièces de rechange des semences, ces produits alimentaires qui doivent venir du port de Dakar, du port d’Abidjan, des médicaments qui doivent aller dans les pharmacies, les hôpitaux.

Vous faites un blocus sur l’économie, vous ne touchez pas forcément les putschistes, ou les dirigeants du Mali, vous touchez aux populations qui n’étaient pas préparés qui vont encaisser le choc. C’est une mesure précipitée, mal étudiée, inopportune et qui n’a même pas fait l’objet d’un somment de chefs d’État, puisque c’est aujourd’hui qu’aura lieu le sommet, alors que les sanctions sont déjà en application pour la Côte d’Ivoire.

Vous faites mal aux populations maliennes qui souffrent depuis trop longtemps, à un moment où on doit avoir plus de compassion pour cette population qui s’est levée contre la mauvaise gouvernance, dans une sorte de révolution qui s’est terminée par un coup d’État qu’on peut regretter. Mais, sanctionner ces populations?

Non, ça ne se fait pas comme ça. Heureusement d’ailleurs que le Conseil de sécurité des nations unies n’a pas suivie. Heureusement d’ailleurs que les frontières de la CEDEAO ne sont pas les plus longues avec le Mali.

La CEDEAO a agi comme si le Mali était complétement enclavé dans ses frontières. Mais, non, les deux pays qui ont les plus grandes frontières avec le Mali, c’est-à-dire l’Algérie et la Mauritanie un total combiné de 3500 km n’étant pas fermées, favorisent le trafic des djihadistes de toutes sortes. Et lorsque les frontières vont s’ouvrir, qu’allons-nous constater?

Une progression encore inouïe du trafic, de l’informel, du djihadisme qui risque alors d’en finir avec le Mali et on se retrouvera à Abidjan, à Dakar avec ces mouvements. On croit sanctionner les militaires, alors qu’on fait la promotion des mouvements terroristes qui trouvent là une prime, puisse que, s’ils contrôlent ces zones du Nord du Mali, ce sont eux qui vont gérer les exportations et les importations et l’argent qui vient avec.

Très mauvaise décision donc. J’espère que les chefs d’État qui se réunissent aujourd’hui en vidéoconférence révisent cette posture première qui a été une décision de la Commission de la CEDEAO, or dans les textes de la CEDEAO, jamais il n’est dit que la Commission décide de ces sanctions concernant un pays ».

Le Mali n’est donc pas mis sur le banc des accusés du fait de la violation de la démocratie, puisque ceux qui lui lancent l’anathème, qu’ils soient Africains, Européens ou Américains, ne sont ni des exemples de démocratie dans le sens strict du terme, ni des modèles dans le respect des droits et libertés de leurs citoyens.

Tous ces protagonistes étrangers agissent dans leurs propres intérêts : les premiers craignant un effet domino qui renverserait leurs chancelant pouvoir, les derniers quant à eux, en perpétuel imprécation contre l’Afrique sont tout simplement dans leur traditionnel cynisme et l’hypocrise qui s’abreuvent de leur obsessionnel complexe de supériorité, mariné d’un racisme qui refuse d’être ce qu’il est.

L’indépendance malienne a été stoppée nette en 1968, lorsqu’un officier Moussa Traoré, formé à Fréjus en France, manipulé par Paris s’empare du pouvoir.

Quelques années auparavant, le président Modibo Keïta s’était affranchi de la servitude monétaire française du franc CFA, ce que la junte civile de l’Élysée de l’époque ne lui pardonnera jamais, jusqu’à son renversement et son assassinat par empoisonnement en prison.

Le Mali ne retrouve plus son indépendance depuis. Il connaîtra une succession à la tête de l’État de marionnettes promues, civiles et militaires, formées en France, en remplacement de pantins déchus.

Les institutions importées dont parlent Sagot-Duvauroux n’ont jamais été remplacées par des institutions endogènes puisant leur légitimité dans l’histoire du pays.

Si les pressions sur les militaires du 18 août portent fruit, le pays s’inscrira dans un perpétuel recommencement, où les Maliens qui ne se font guère confiance, ni ne font confiance à leur histoire, ne jurant que par des valeurs étrangères qui ont malgré tout montré leur inefficacité, reconduiront les mêmes institutions qui maintiennent leur pays sous haute tensions politiques et sociales aux conséquences humaines meurtrières et économiques incommensurables. Jean-Louis Sagot-Duvauroux situe l’origine de ce manque de confiance :

« Il y’a des problèmes très profonds que l’Afrique connait, c’est la difficulté d’avoir confiance en soi, la méfiance entre soi qui est très forte et qui sont aussi des héritages du passé, parce que, le passé a diminuer les gens, il a délégitimé les gens; quelqu’un qui se croit petit va agir dans la petitesse et donc la construction de la grandeur est vraiment un élément essentiel, et là, le peuple malien a été grand des ces événements(…)

 

La culture joue un rôle énorme depuis des siècles. Par exemple, il y’a une institution malienne qu’on appelle le Kotéba, qui est une forme de théâtre de critiques sociales, qui est l’institution de la liberté d’expression, c’est aussi là quelque chose de solide, de positif, qui peut rassembler, c’est-à-dire la parole.

Que condamnons-nous?

Faut-il s’opposer au troisième mandant en raison de l’universalité démocratique à sens unique? Faut-il le concéder pour des raisons stratégiques? Faut-il inconditionnellement s’aligner sur la position de Paris, de Bruxelles, de Washington ou éventuellement de celle des nouveaux venus, la Russie et la Chine?

Nous pensons qu’un coup d’État militaire ou civil (réforme constitutionnelle taillée sur mesure), et des révoltes populaires non manipulés par l’extérieur, peuvent acquérir notre approbation lorsque conduit dans le meilleur intérêt du pays et le bien-être de ses populations, contre des régimes corrompus comme c’était le cas de l’administration du président Keïta.

 

Nous rejetons toutes réformes constitutionnelles soutenues par des intérêts étrangers. Nous applaudirons le coup d’État au Mali, si les militaires ont le courage et le temps de conduire des réformes qui pourraient soustraire le pays de l’occupation économique coloniale et éviter l’arrivée au pouvoir des personnalités corrompues, au service d’intérêts étrangers.

Nous applaudirons un troisième mandat d’un dirigeant patriote, au service des siens. Nous avons à l’esprit les présidents Nana Akufo-Addo, Muhammadu Buhari, Ian Khama, et en dehors du contentieux avec la RDC, nous ajouterons le président Kagame à cette liste de personnalités, qui par leurs politiques économiques et la lutte contre la corruption sont véritablement au service de leur pays.

À leur crédit, nous disons que le mandat de cinq ans renouvelable une seule fois n’est pas une valeur universelle. Il doit faire l’objet de débat et de consensus. Notre rejet de l’universalisme à sens unique est catégorique, de même que notre rejet d’une démocratie dessinée dans des capitales étrangères et qu’on voudrait nous mettre de force comme camisoles de contention des asiles de fous.

Il est peut-être temps pour nos partenaires de réaliser que les Africains ne sont pas des aliénés mentaux et que comme dit M. Sagot-Duvauroux, si le soulier ne nous fait, ce n’est pas notre pied le problème, nous refusons de l’amputer et nous voulons maintenant retourner le soulier à l’expéditeur.

Respect de l’intégrité du président

Nous disons bravo aux militaires maliens, qui ont procédé à l’arrestation du président Ibrahim Boucar Keïta sans porter atteinte à son intégrité physique, ni l’exposer à une humiliation publique, devant les caméras du monde, comme le fera faire la France au président Gbagbo et son épouse.

L’Afrique doit comprendre qu’ailleurs dans le monde, particulièrement en Occident, qu’importe ce qu’on peut reprocher à un chef d’État, il ne fait jamais l’objet d’humiliation publique. Lorsque vous humiliez un président africain, c’est tout le continent noir et le peuple noir qui se retrouvent ainsi humiliés, ce qui renforce et justifie les actes de racisme institutionnel contre les Africains de partout dans le monde.

Cet article rend hommage à l’engagement politique de l’imam Dicko. L’homme de foi a pris la direction du mouvement social qui dénonçait la gabegie de l’administration Keïta. Nous avions redouté un passage d’une allégeance de Paris pour Riyad.

Nous nous réjouissons de l’annonce du retrait de M. Dicko de la vie politique et lui témoignons gratitude et profond respect pour son combat politique et le résultat obtenu ainsi que pour son appel à la paix et la réconciliation nationale.

Goïkoya Kolié, juriste et notre collaborateur

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