Winnie: La tyrannie du jugement discriminatoir (Par Goïkoya Kolié, Juriste)

242

La mort de Winnie Madikizela-Mandela a donné lieu à un déferlement abject de haine médiatique, digne des réseaux sociaux etréservé comme d’habitude, aux personnalités du continent africain. 

La presse étrangère s’est livrée à un condescendant  exercice de déterrement du passé de Mme Mandela, comme s’il s’agissait d’une vulgaire personnalité. Notre préoccupation réside dans le constat selon lequel, à l’occasion de la mortsoit: d’une personnalité, d’un dirigeant ou d’un président européen ou américain, ayant dans son placard une accumulation de sordides crimes qui dépassent ceux reprochés à Mme Mandela, la couverture médiatique ne ressent jamais le besoin, encore moins la nécessité, ni même le devoir d’en informer le public.   

Le point de vue africain s’articulera autour des lignes qui suivent. Un des baobab de la lutte contre la suprématie blanche s’est couché définitivement le 2 avril 2018. La mort de l’héroïne sud-africaine a suscité bon nombre de réactions dans le monde.

La présente réflexion ne s’inscrit pas le cadre d’un rappel de la biographie de l’icône de la lutte pour l’émancipation des noirs de son pays. Notre attention a été retenue par la virulence des attaques contre la mémoire de celle que les siens appellent affectueusement: Mama Winnie, par des médias de certains pays développés, dans le but pernicieux et non avoué de circonscrire son combat aux caniveaux.

La préoccupation qui est la notre est celle du deux poids deux mesures trop souvent remarquée dans ce genre de situation. Elle consiste à déterminer pour les Africains, depuis une salle de réaction située à des milliers de kilomètres, ceux qui parmi leurs concitoyens, pourraient être adulés comme héros et ceux à qui, il faut nier cette qualité, sans tenir comptedes combats menés par la personne.

Il existerait une unité de mesure des critères d’aptitude, correspondent à des standards, définis par des non africains et qui servent à guider le choix.

Les médias de pays dont les dirigeants s’estiment charger de la sempiternelle mission divine de décider du bien et du mal pour les Africains, conformément à des paradigmes non africains, se sont fait l’honneur, de revenir allègrement sur les infractions criminelles auxquelles Mme Mandela a fait face, de son vivant.

Il a été inlassablement signalé, que Mama Winnie n’était pas blanc comme neige, comme si elle revendiquait une quelconque pureté.

Dans les portraits télévisés de despotes comme Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, de Gaulle, Churchill, Ttatcher, Blair, Cameron, etc, aucune allusion n’est faite aux épouvantables violations des droits de l’homme qu’ils ont eu à commanditer en Afrique ou ailleurs dans le monde.

Aucune mention n’est faite des relations incestueuses que leurs régimes respectifs ont entretenu avec des potentats en Afrique.

Marguaret Thatcher, ancienne premier ministre de la Grande-Bretagne, était un soutien inconditionnel du répressif régime de l’Apartheid de l’Afrique du Sud. Le régime ségrégationniste et suprémaciste de l’Afrique du Sud que cautionnait Mme Thatcher n’hésitait pas à tirer sur des écoliers, des enfants, devant les caméras du monde entier.

En entretien télévisé, l’ancien premier ministre du Canada M. Mulroney, (cas rare), affirmera avoir reproché à la dame de fer, son intransigeance et son opposition catégorique à toutes sanctions contre le sanguinaire régime de l’Apartheid, allant jusqu’à la qualifier de personne insupportable.

Cependant, à la mort de Margaret Thatcher, nonobstant leur différend de taille, M. Mulroney dira d’elle: The world has lost one of its giants. Le monde a perdu une de ses géantes.

Les médias du monde et les leaders politiques qui l’ont côtoyé abonderont plutôt sur ses réussites dans la lutte contre l’union soviétique et la victoire contre le communisme. Ils rappelleront ses succès en politique intérieure et ses performances économiques.

Ils insisteront sur sa capacité à sortir la Grande-Bretagne du trouble, du déclin économique. Ils feront valoir sa volonté inébranlable, son caractère indomptable qui lui a valu le sobriquet de Dame de fer.

Ils se perdront en éloges, car elle parvint à transformer le monde aux côtés de Reagan. Quant à son soutien sans faille à l’un des régime les plus sanglants de son époque: NADA. Ses victimes n’en valaient pas la peine.

À la mort de François Mitterrand, son successeur: Jacques Chirac, salut la mémoire de l’homme d’état. Il dira de Mitterrand: une volonté de servir certains idéaux de solidarité, de justice sociale, du message humaniste dont leur pays est porteur et qui s’en racine au plus profond de sa tradition.

Chirac ajoute qu’en politique, François Mitterrand fut profondément respectueux de la personne humaine; (Thomas Sankara n’était probablement pas une personne humaine, lui. Sûrement un simple obstacle à éliminer, en vertu des valeurs instaurées par Charles de Gaulle.)

Chirac continue son monologue en ces termes: Il était respectueux aussi des droits de l’homme. Il ne cessa d’intervenir partout où ils étaient bafoués.

La question étant de savoir, si Mitterrand intervenait lorsque ces droits étaient bafoué par lui-même à travers la françAfrique, ou uniquement lorsqu’il était question de se débarrasser d’un bouc-émissaire.

Nos soupçons sont aujourd’hui confirmé par un rapport accablant de Human Right Watch qui soutient que l’armée française sous l’autorité de Mitterrand est intervenue au Tchad et a aidé Hussein Habré à commettre des crimes contre l’humanité.

Au moment de sa déclaration, le président Chirac ne pouvait ignorer ces faits, car il fut premier-ministre de Mitterrand. Chirac poursuit son message du passé glorieux de son prédécesseur. Un passé riche de pugnacité, d’opiniâtreté, de passion de la vie, de fidélité.

En aucun moment, il est question des épouvantables crimes commis au nom et au service de la France. Des crimes, qui, s’ils avaient été l’œuvre d’un dirigeant Africain, lui auraient mérités tous les superlatifs d’usage et exclusivement réservés au continent noir.

Pour sa part, la presse française reviendra sur les 50 années de carrière politique, très fournie, dont 14 ans en tant que président de la France, sans jamais faire allusion aux sujets qui fâchent et qui portent sur les crimes de François Mitterrand.

Elle choisie d’occulter intentionnellement, les liaisons dangereuses tant charnelles que politiques du président français. Cette presse exaltée parle devoir d’informer, ressasse à chaque bulletin d’information du 2 avril, les scandales de corruptions de Mme Mandela, alors qu’elle avait omis de faire autant, lors du décès de François Mitterrand.

Pourtant, ce ne sont pas les sujets qui manquent. Il n’est mentionné nulle part, que l’ancien zinzin de l’Élysée était à la tête d’un des cartels le plus violent de l’histoire de l’humanité, en l’occurrence: la françAfrique.

La françAfrique est une organisation terroriste de l’état français, ayant à sa disposition, tous les moyens militaires, politiques et économiques pour exploiter les richesses des colonies françaises d’Afrique, et même de pays non francophones du continent, sans payer le moindre frais. François Mitterrand ferra un usage abusif de cet instrument de répression.

Il est à cet effet, le parrain de nombre de coup d’états, de corruptions, de violation des droits de l’homme, de guerres civiles et du génocide rwandais.

Dans son livre: La force qui nous manque; la juge d’instruction Eva Joly explique que des montages complexes ont été mis en place par Elf, sous la direction de Mitterrand et de ses successeurs, pour exploiter illicitement le pétrole africain.

Le cartel mafieux, supervisé par les Don Quichotte de l’Élysée, corrompt dans certains pays, l’opposition. C’est le cas de Savimbi en Angola, d’après Mme Joly. Elf, toujours investi de l’appui de la présidence française, met en place un stratagème qui enrichit personnellement des dirigeants Africains et des réseaux politiques français. Qu’entend-t-on par réseaux politiques français? Est-ce une manière pudique de désigner le président français?

Mme Joly fait remarquer: la légitimité d’une compagnie de mener sa propre politique étrangère. Une politique étrangère qui n’est pas décidée par le parlement. Pour la juge Joly: c’est un facteur qui freine le développement.

Sous la ferrure de corruption encouragé par Mitterrand, les compagnies comme Elf ne payent pas d’impôts à l’État africain duquel elles pillent les ressources. Les sommes de la fraude fiscale, de faramineuses sommes d’argent, initialement destinées aux trésors publics des pays sous contrats, sont versées dans des comptes Offshores, dans des paradis fiscaux d’après l’instruction de Mme Joly.

En entrevue en 2007, la juge Joly cite l’exemple de la Zambie qui réalise en 2006, 7 milliards dollars de chiffres d’affaires, sur un total de 10 milliards de dollars d’exportation de matières premières. La Zambie a encaissé 60 millions de dollars, soit 2% de la valeur de ses exportations. Son partenaire d’affaire en a tiré 70% de bénéfice de la valeur des richesses de ce pays, ainsi condamné à la pauvreté.

La juge ajoute que la lutte contre la pauvreté ne peut démarrer dans ces conditions, avec les miettes qui servent d’aide publique au développement, versées par des pays dont les entreprises privées mettent à genoux les pays Africains.

Précision importante, la prétendue aide au développement ne remplacera jamais les sommes dont la Zambie a légitimement droit. Mme Joly conclut que cette corruption organisée, prive les pays d’impôts, sans lesquels, il n’y a pas de routes, ni d’hôpitaux.

Loïk Le Floch-Prigent ancien PDG de Elf, dans une entrevue avec Patrick Simonin dans l’émission l’invité, confirme l’implication du régime Mitterrand dans la corruption en Afrique. L’ancien PDG affirme, persiste et insiste qu’il donnait au président français: François Mitterrand un état des lieux de la corruption, tous les 6 mois.

Le président français était mis au courant de la corruption, par son corrupteur en chef lui-même. À sa mort, la presse choisira de ne pas en parler. La corruption d’un président français n’est ni digne d’intérêts, ni ne relève apparemment du devoir d’informer. Celle d’icône Africaine l’est, curieusement.

À la lecture de ce qui précède, on peut jouer au devin et postuler sans risque de se tromper, qu’à leurs morts, d’Estaing, Chirac, Sarkozy, Hollande, auront assurément les mêmes égards et ce, nonobstant les crimes innommables qui les accablent et qui ont ponctués leurs relations avec le continent africain.

Des égards en sus de crimes qui valent d’être tuent en raison de l’origine ethnique des suspects. Quand à leurs pairs africains, pour les mêmes soupçons, les médias de pays qui ne valent rien sans l’Afrique ne tarissent pas de grossièreté.

L’attitude d’hostilité permanente envers l’Afrique, bien que l’Afrique soit le véritable pourvoyeur d’un pays comme la France par exemple, nécessite une prise de conscience collective. Humilier constamment l’Afrique et ses leaders, dont Mama Winnie Madikizela-Mandela, relève d’un savant calcul.

Une Afrique humilié, est une Afrique qui se remet perpétuellement en cause. Une Afrique humiliée est une Afrique qui se rejette. Une Afrique humiliée est une Afrique qui sollicite l’aide de ceux qui la pointent du doigt.

Mes hommages très chère: Mama Winnie Madikizela-Mandela. REST IN PEACE.

Par Goïkoya Kolié, Juriste et collaborateur de leverificateur.net

 

 

 

 

 

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here