Ahmed Sékou Touré, l’icône dévoyée

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Il sera entré dans l’Histoire sous les traits de l’homme qui a dit non à l’homme qui a dit non. Ahmed Sékou Touré, maître absolu de la Guinée-Conakry de 1958 à 1984, doit son aura au cinglant camouflet que sa patrie, à rebours de toutes les autres colonies françaises d’Afrique noire, osa infliger à Charles de Gaulle à l’heure de choisir entre l’indépendance immédiate et le maintien au sein d’une « communauté » virtuelle aux contours imprécis.

Il doit surtout le culte que lui voue encore, trente-huit ans après sa mort, une intelligentsia oublieuse de ses pulsions tyranniques à cette formule, assénée en présence de l’insoumis du 18-Juin :

« Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage. » L’esclavage ?

C’est pourtant à la servitude la plus infâme que cet afro-marxiste au verbe incandescent, cible à l’en croire d’un « complot permanent », réduisit ceux qui eurent l’audace de le braver. Un mot, un seul, suffit à glacer d’effroi les rescapés et leurs descendants : Boiro, du nom du camp d’internement, terminus de l’horreur, où sévissaient ses tortionnaires.

Combien ont au fil de son règne payé de leur vie la dérive criminelle du contempteur inspiré du joug colonial ?

Plus de 50 000 civils et militaires, estiment les études les plus fiables. Jusqu’à 80 000, avance l’ONG Amnesty International. Dire qu’il fut un temps où, pour distinguer son pays des deux autres Guinée – la Bissau et l’Équatoriale –, on le désignait sous l’appellation de « Guinée-Sékou Touré… »

Source : Tyrans d’Afrique 2021