Alpha Condé en Turquie: Un aller sans retour?

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Apha Condé, l’ex-président de la Guinée, sur autorisation de la junte militaire, s’est rendu en Turquie pour y recevoir  des soins médicaux. Une  décision  qui   n’est pas du goût  du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) à l’origine des manifestations de 2019 contre le troisième mandat de l’ancien président,  manifestations sévèrement réprimées. Maître Thierry Brengarth, l’avocat du FNDC, face à cette décision unilatérale  de la junte militaire, a tenu  à exprimer sa désapprobation  au motif  que  l’ex-président et 27  autres personnalités politiques sont poursuivis par la Justice guinéenne, pour « assassinats, actes de torture et enlèvements ».

Par conséquent, pour  quelque motif  que ce  soit, ils   n’ont  pas  le droit, selon l’avocat, de quitter  la Guinée sans l’autorisation  de la Justice.

Malheureusement, force est de constater  que  cette  autorisation  accordée  par  la junte, a été actée. Au regard  de cette situation, on est en droit de  s’interroger si  Mamady  Doumbouya, actuel président de la Transition,  a  vraiment intérêt à ce qu’un procès s’ouvre  contre Alpha Condé d’autant qu’il a été le bras armé de l’ancien régime.

On se rappelle en effet que ce sont   Mamady Doumbouya et ses camarades de la force spéciale, qui  étaient à la manœuvre lors des répressions  des Guinéens contre le 3e mandat d’Alpha Condé. Une autre raison pourrait expliquer la « faveur » faite à Alpha Condé, de l’éloigner de la Guinée afin de juguler une crise interne qui couve.

Aujourd’hui, la junte militaire est confrontée à un  mécontentement de bien des Guinéens, en particulier la classe politique et singulièrement le FNDC. Le motif de cette colère :  une autre  décision de la junte de maintenir la durée de la Transition à trente-six mois,  que ne tolèrent pas les partis politiques qui souhaiteraient la voir  moins longue en vue d’un  retour à une vie constitutionnelle normale.

 

Se sachant poursuivi dans son propre pays, Alpha Condé prendra-t-il le risque d’y retourner ?

  C’est du reste pourquoi,   l’UFDG  de Cellou Dalein Diallo et le RPG d’Alpha Condé, les deux partis leaders  qui se regardaient autrefois en chiens de faïence,  décident aujourd’hui de se donner la main pour barrer la route à la junte  dans sa volonté de confisquer le pouvoir.  Ces deux partis  bénéficient du soutien  du FNDC.

Pressentant  que le rapprochement  de ces deux grands partis  pourrait  lui être nuisible,   Mamady Doumbouya a préféré  « laisser partir » Alpha Condé en Turquie   ce, sans escorte militaire,  contrairement à son précédant voyage pour les mêmes  raisons, aux Emirats Arabes Unis.

Cette « main tendue » de Doumbouya au RPG, pourrait lui permettre  de bénéficier de la magnanimité  des militants du  parti de l’ex-président  qui pourraient ainsi réviser leur volonté  de se rapprocher du parti de Cellou Dalein Diallo. Toujours est-il qu’aujourd’hui, l’ex- président  est hors du territoire guinéen, et pas n’importe où, en Turquie, chez son ami, le président  Erdogan,  auprès de qui il bénéficie  non seulement  du  gîte, du couvert, mais aussi de protection. Se sachant poursuivi dans son propre pays, Alpha Condé prendra-t-il le risque d’y retourner ?

Retourner ne serait-ce pas  courir le risque  de se faire hara-kiri ? Le voyage d’Apha Condé en Turquie est-il un aller sans retour ? On verra bien. Cela dit,  Alpha Condé, sait-on jamais,  pourrait surprendre plus d’un en revenant dans son pays quand on sait qu’après sa chute, il a affirmé à la face de ceux qui lui reprochent sa mauvaise gestion du pouvoir, qu’il était prêt à  se mettre à la disposition de la Justice. Ça, c’est une autre affaire.

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