Angola : l’ancien président José Eduardo dos Santos est mort en Espagne

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 Décédé ce vendredi 8 juillet, José Eduardo dos Santos a dirigé son pays trente huit ans durant d’une main de fer, avant de passer la main. 

13 septembre 2017. L’Angola a un nouveau président : João Lourenço, le candidat du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), le parti tout-puissant depuis l’indépendance en 1975, succède, malgré les contestations, à José Eduardo dos Santos, au pouvoir pendant 38 ans. Un changement inédit à la tête de l’État angolais sur fond de grave crise socio-économique. Depuis 2014, la chute des prix du baril du pétrole, qui fournit à l’État 70 % de ses recettes fiscales et la quasi-totalité de ses entrées en devises a révélé la fragilité du modèle économique angolais et la gabegie de tout un système.

José Eduardo dos Santos avait surpris en annonçant dès 2016 qu’il ne briguerait pas un autre mandat. Il faut dire que, pendant ses 38 ans de règne, l’ancien dirigeant socialiste a mis l’économie de son pays, un des plus pauvres du monde, en coupe réglée au profit d’une poignée de proches. Il avait placé les membres de sa famille aux postes clés du pays. Banques, télécoms, médias et, bien sûr, pétrole, aucun secteur ne semblait échapper au contrôle du « clan » dos Santos.

José Eduardo dos Santos est finalement décédé ce vendredi 8 juillet à l’âge de de 79 ans dans la clinique de Barcelone où il avait été hospitalisé en juin, plus de cinq ans après avoir quitté le pouvoir, en mai 2017. Son état de santé s’est dégradé ces dernières semaines et était désormais décrit comme « très grave », comme l’a indiqué le quotidien économique Jornal de Negocios. Il avait récemment été placé en soins intensifs dans une clinique de Barcelone, en Espagne. Les Angolais se souviennent de lui comme d’un chef qui a reconstruit le pays après avoir gagné une guerre civile de vingt-sept ans, mais qui aura échoué à redistribuer les richesses.

Un homme secret dont l’image s’est détériorée au fil du temps

Né le 28 août 1942 dans une famille modeste, José Eduardo dos Santos a grandi dans le « barrio » de Sambizanga. Dans ce bidonville de la capitale, noyau de la lutte contre la puissance coloniale portugaise, ce fils de maçon adhère en 1961 au Mouvement populaire pour la libération de l’Angola, mais ne fait qu’un bref passage dans la lutte armée. Deux ans plus tard, il obtient une bourse pour étudier en Azerbaïdjan, où il décroche un diplôme d’ingénieur et épouse une Soviétique, en première noce, avant de convoler avec Ana Paula, une ex-hôtesse de l’air de 18 ans sa cadette. Dans les années 1970, il entre au Comité central du MPLA et devient ministre des Affaires étrangères de l’Angola à son indépendance en 1975. Dauphin du premier président angolais Agostinho Neto, il est nommé vice-Premier ministre, puis ministre du Plan. À la mort de son mentor en 1979, il devient président du MPLA et du pays sans discontinuer et sans jamais être directement élu.

 

Avec Fidel Castro en 1980. © JACQUES THOMET / AFP

 

Au départ crédité d’avoir sorti l’ancienne colonie portugaise de la guerre fratricide qui l’a ensanglanté jusqu’en 2002, il s’est ensuite arrogé tous les leviers du pouvoir, taillés sur mesure par et pour lui : au sein du MLPA, avec une Constitution hyperprésidentielle, il a dirigé tous les gouvernements, commandé l’armée et la police, nommé les juges, pris le contrôle de l’économie et de la plupart des médias. « Il est parvenu à préserver l’unité de l’Angola moderne, c’est là son principal héritage historique », résumait Alex Vines, spécialiste de l’Afrique au centre de réflexion britannique Chatham House. Mais cette réussite a eu pour revers le clientélisme et la corruption. « C’est un vrai despote, un faux démocrate », tranche le rappeur Adao Bunga « McLife », du Mouvement révolutionnaire pour l’Angola. Et pourtant, la communauté internationale s’est toujours bien gardée de lui parler démocratie et droits de l’homme.

Corruption et népotisme

Sa décision de rendre le pouvoir en 2018 a certes surpris (même si en 2001 il avait également annoncé renoncer au pouvoir aux élections de 2003 avant de revenir sur sa décision) – mais sa mauvaise santé, plus évidente à chacune de ses sorties, l’avait finalement contraint à la précipiter.

Selon les experts, José Eduardo dos Santos n’a pu tenir le pouvoir après la guerre civile, en 2002, qu’en déversant les milliards de dollars du pétrole et, dans une moindre mesure, du diamant. Le boom pétrolier angolais a nourri à partir des années 2000 une forte croissance (un taux moyen de 10,1 % par an jusqu’en 2014) qui a permis la construction de routes ou d’hôpitaux. Cette croissance et ces années de fastes ont même déclenché une vague migratoire de jeunes Portugais vers l’Angola, et une vague d’investissements de capitaux angolais dans l’économie portugaise. Mais cela n’a bénéficié qu’à une infime partie de la population.

 

Luanda, une capitale contrastée où cohabitent riches et pauvres. 

 

La capitale Luanda illustre bien les contrastes du pays. D’un côté, les hôtels, les villas et buildings de luxe bordent le front de mer, de l’autre des bidonvilles, où vivent les plus pauvres dans des conditions déplorables. Quelque 100 milliards de dollars se seraient évaporés sur les vingt dernières années. Le pays d’Afrique australe figure au 146e rang sur 180 de l’indice de perception de la corruption de l’organisation Transparency International.

Selon ses opposants, la famille de « Zedu » (contraction de ses deux prénoms), le surnom du président, figure au premier rang des « profiteurs ». D’après la Constitution, José Eduardo dos Santos restait protégé de toute poursuite criminelle par son statut d’ancien président jusqu’en 2022. Mais son entourage et les membres de sa famille n’ont pas été épargnés ces dernières années par une vaste opération « mains propres » menée par son successeur. João Lourenço a écarté la garde rapprochée de son prédécesseur des instances dirigeantes du parti au pouvoir, des institutions et des entreprises publiques. Symboles du népotisme instauré pendant sa présidence, ses enfants ont été ciblés.

 

Isabel dos Santos, fille de l’ancien président angolais Jose Eduardo dos Santos, est accusée de corruption par la justice de son pays, objet d’une enquête au Portugal, ancienne puissance coloniale et mise en cause par les « Luanda Leaks », enquête du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) fondée sur la fuite de 715.000 documents. 

 

Première femme milliardaire d’Afrique, sa fille Isabel dos Santos a été débarquée de la tête de la compagnie pétrolière nationale Sonangol. Ses avoirs angolais ont été gelés et elle a été inculpée d’une flopée de crimes financiers. Elle est soupçonnée, avec son mari l’homme d’affaires congolais Sindika Dokolo (décédé d’un accident de plongée à Dubaï en 2020), d’avoir détourné un milliard de dollars d’argent public. Son autre fille, l’ancienne députée MPLA Welwitschia dos Santos, vit aussi à l’étranger. Quant à son fils, José Filomeno dos Santos, il a lui été condamné à cinq ans de prison pour avoir détourné de l’argent provenant du fonds souverain de l’Angola, qu’il a supervisé de 2013 à 2018.

L’après dos Santos toujours en construction

e pays qu’il laisse derrière lui a encore bien du chemin à faire. L’ancienne colonie portugaise, qui compte 33 millions d’habitants, est riche en ressources naturelles mais une grande partie de sa population vit sous le seuil de pauvreté. Auparavant habituée à une croissance à deux chiffres, elle a été frappée de plein fouet par la crise économique due à la pandémie de Covid-19, la devise nationale, le kwanza, et l’activité ont brusquement plongé.

Source: le point