COUPE DU MONDE 2022 : LE QATAR SERAIT-IL MIEUX FRÉQUENTABLE QUE LA CHINE? ( Par Goïkoya Kolié )

0
76092

Le 20 novembre 2022, c’est le coup d’envoi au Qatar de la coupe du monde de football, (soccer pour les Nord-Américains). C’est une coupe qui fait couler beaucoup d’encre sur les conditions de son attribution, qui selon la presse française, dégagent une nauséabonde puanteur de corruption impliquant notamment la présidence française et les dirigeants du Comité exécutif de la FIFA. Elle fait couler beaucoup d’encre sur son inaccessibilité : certains médias font état d’une coupe du monde premium, très haut de gamme, réservée aux plus riches puisque l’hébergement par exemple serait exorbitant, sans compter l’accès aux stades. C’est également une coupe du monde qui détonne : elle a été exceptionnellement décalée en hivers, soit en novembre/décembre, un moment où la température est autour de 25 degré dans la région.

C’est aussi une coupe du monde qui fracasse les records d’investissement, puisque le Qatar y a injecté 220 milliards de dollars, alors que les précédentes coupes du monde n’avaient pas connu autant d’extravagance. À titre illustratif, en 2010 l’Afrique du Sud n’avait investi que la modique somme de 3,6 milliard de dollars, le Brésil en 2014 avait injecté 15 milliards de dollars, la Russie en 2018 s’était limité à 11 milliards de dollars.

C’est enfin une coupe du monde qui heurte la conscience collective aujourd’hui aiguisée sur les questions de l’environnement avec des stades climatisés; une coupe du monde qui interpelle aussi et surtout sur les questions des droits et libertés dans le pays organisateur : un État officiellement wahhabite, et c’est à ce niveau que les critiques sont acerbes.

Le Qatar ne traine pas une réputation enviable auprès des organisations non gouvernementales dont notamment Human Rights Watch, Amnesty International, etc., et leurs critiques se braquent beaucoup plus sur les conditions de vie et de travail de centaines de milliers de travailleurs étrangers provenant pour la plupart d’Afrique et d’Asie du Sud-Est, employés dans les chantiers de construction. Des ONG dénoncent des cas graves d’exploitation, de maltraitance au point qu’ils n’hésitent même plus à parler de travaux forcés et d’esclavage.

Selon le Département d’État américain, les travailleurs expatriés susmentionnés sont régulièrement contraints à une forme d’esclavage contemporain, dans quelques cas à la prostitution et à des conditions de servitude involontaire qui se traduit par des cas de punitions corporelles, de confiscation de salaire, de passeport et autres documents de voyage, de détention arbitraire et d’agressions sexuelles.

Selon une enquête journalistique du journal britannique The Guardian, 6500 personnes sont morts sur les chantiers de la coupe du monde entre 2010 moment de l’attribution de
l’organisation de la coupe du monde au Qatar et 2020, moment de la fin de leur investigation.

The Guardian parle d’un manque de collaboration du régime qatari, il se serait donc contenté des rapports d’ONG en plus d’une enquête menée dans cinq pays pourvoyeurs de travailleurs notamment l’Inde, le Népal, le Sri Lanka, le Bengladesh et le Pakistan. L’usage de la main d’œuvre s’apparente à de l’exploitation et il n’existe aucun chiffre officiel sur le nombre réel de victime des chantiers de la coupe du monde au Qatar, accuse le quotidien britannique. Sur ce sombre tableau des droits de l’homme, le Qatar n’a rien à envier à la Chine.

Le Qatar est aussi connu pour son soutien au Talibans en plus d’être au cœur de plusieurs controverses sur le financement du terrorisme, accusé d’avoir des liens étroits avec plusieurs branches d’Al-Qaïda, entre autre Al-Shabaab en Somalie. Fait inusité, dans ce qu’on pourrait qualifier de l’hôpital qui se moque de la charité, l’Arabie-Saoudite et ses alliés, les États arabes unis, le Bahreïn et l’Égypte sont allés jusqu’à imposer en 2017 un blocus aérien contre l’émirat pour son soutien à des groupes terroristes idéologiques et sectaires comme les Frères musulmans, l’État islamique, Al-Qaïda, Jabhat-Al-Nosra et le Helzbollah. C’est ce pays ainsi « panoramisé » qui accueille la planète du 20 novembre au 18 décembre 2022 et qui oblige la conscience diplomatique des pays apôtres et proséyitistes des droits de l’homme à boucher yeux et oreilles pour participer
aux jeux.  Parce que le Qatar, c’est aussi et surtout du pétrole et du gaz, et ça c’est suffisant pour éluder les questions des droits de l’homme.

Un scandale français, selon Objectif Monde du média français TV5

Les médias du monde se demandent comment le Qatar a pu obtenir l’organisation de cette
coupe du monde alors que les États-Unis présentaient un dossier de candidatures nettement plus solides? Tous les regards se tournent vers la France et le régime de Nicolas Sarkozy au cœur de toute la corruption ayant conduit au choix du pays du golf persique.
Selon les déclarations de l’ancien président de la FIFA, le suisse Sepp Blatter, c’est la France du président Sarkozy et de Michel Platini, alors président de la très influente Union des associations européennes de football (UEFA) qui ont joué un rôle majeur dans l’octroi de la coupe du monde au Qatar.

Selon l’ancien pape du football mondial, c’est la présidence française qu’il faut pointer
du doigt. M. Blatter explique que l’influence de la présidence française sur un membre du
Comité exécutif de la FIFA a changé le vote pour l’attribution de 2022. Il est question d’une
rencontre secrète le 23 novembre 2010 à Paris, entre un prince Qatari, le président Sarkozy et le président de l’UEFA, et ce, 9 jour avant le vote de la FIFA. Selon les révélations du journaliste Philippe Auclair, Michel Platini rencontre à ce rendez-vous secret Cheikh Tamim alors prince héritier et actuel émir du Qatar, Cheikh Hamad Ben Jassem vice-premier ministre et ministre des affaires étrangères du Qatar. Dans une entrevue télévisée en 2014 à l’émission « Complément d’enquête », Michel Platini confesse : « J’ai cru comprendre que la France serait contente si je votais pour le Qatar. Mais, personne ne m’a jamais rien demandé ».

Selon Blatter, Platini n’avait jamais évoqué l’idée de voter pour le Qatar avant son rendez-vous secret à l’Élysée du 23 novembre 2010. Il souligne avoir reçu un appel de Platini immédiatement après le rendez-vous secret auquel il venait de prendre part pour lui dire que Nicolas Sarkozy venait de lui recommander de voter pour le Qatar, lui et ses amis.

La contrepartie du vote français était des contrats de ventes d’armements de fabrication
française et bien d’autres selon l’émission susmentionnée, puisqu’au déjeuner secret de Nicolas Sarkozy et ses amis Qataris, il n’y avait pas que du football au menu. Faisant référence à une note secrète de l’Élysée à l’attention du président français, on découvre quatre points de discussion : 1)Sport au Qatar, 2) Candidature à la coupe du monde, 3) Relation France/Qatar dans le sport, 4) Sujet bilatéraux prioritaires – vente système de défense anti-missile, – vente avions de combat.

La presse française nous apprend que vendre le nouvel avion de chasse française Rafale est à l’époque la priorité de la présidence française. Selon la journaliste Bérengère Bonté, vendre les Rafales et le saint graal de Nicolas Sarkozy. Les Qataris conscients du fait que la France n’arrive pas à vendre ses avions, trois semaines avant le vote de la FIFA, ils prennent contact avec le régime de Sarkozy avec pour message : « vos avions pourraient nous intéresser ».

Le contrat sera conclu après le départ de Sarkozy au pouvoir puisqu’il est battu aux élections et c’est son successeur Hollande qui gagne la mise en signant en mai 2015 à Doha : une commande de 24 Rafales pour la modique somme de 6.3 milliard d’euro. Voilà le prix de la coupe du monde édition 2022 au Qatar.

Quand le pétrodollar a raison de nos valeurs de droits et libertés : Pourquoi le Qatar n’est pas boycotté alors que la Chine l’est, l’évidence d’un piège de Thucydide?
Il est impératif de gloser sur cette humanité sélective qui explique et résume l’insubordination du reste du monde face aux actions intempestives des pays qui décrètent de la fréquentabilité d’un autre pays et de ceux qui doivent recevoir l’anathème, dans une croisade qui encore une fois, comme urine pestilentielle de moufette, traine cette odeur empyreumatique de guerre de suprématie à la fois raciale, culturelle et civilisationnelle.
« Ailleurs dans le monde, loin de faire l’unanimité, l’Occident apparait de plus en plus comme une puissance en perte de vitesse qui se dissimule derrières les questions très sensibles des droits de l’homme pour embarquer l’humanité dans un traquenard du Thucydide que personne n’est dupe pour ne pas apercevoir », confie un officiel Africain, désabusé par les pressions venant de partout pour tantôt boycotter la Chine ou la Russie, le Venezuela ou Cuba sur diverses questions qui n’ont pas toujours de lien direct avec le mobile les justifiant.

« Si des grands rendez-vous sportifs sont boycottés alors que la politique et les intérêts
économiques – et non les valeurs de démocratie et des droits de l’homme – s’invitent dans le sport, la supposée protection desdits droits de l’homme qui justifie le lynchage médiatique, les sanctions diplomatiques, économiques, sportives et culturelles doivent être équitables, à défaut, l’Occident serait seul à mener un combat qu’il a lui-même dévoyer au gré de ses pernicieux intérêts, privilèges et avantages » poursuit dans le même anonymat qui frappe l’imaginaire, un autre diplomate Africain.

Pour de nombreux analystes et officiels de pays sous pressions occidentales, le boycott de la Chine s’explique par cette peur de la voir dominer l’économie mondiale d’où les attaques à la Thucydide à travers des méthodes aussi détournées qu’insipides. Une peur qu’il va valoir ravaler puisque rien ne semble pouvoir arrêter l’ascension de la Chine.

Pour taire les commentaires et assumer pleinement la corruption qui gangrène les hautes
instances de la gestions du sport mondial, l’actuel président de la FIFA Gianni Infantino a trouvé ce moyen original d’envoyer un doigt d’honneur triomphaliste aux critiques de son organisation en élisant domicile au Qatar avec femme et enfants. Maigre consolation, la FIFA envoie des arbitres femmes à la coupe du monde au Qatar, à l’instar de la française Stéphanie Frappart, comme si cette seule présence féminine pouvait expier les crimes reprochés au Qatar et à la FIFA.

Bonne coupe du monde. Bonne chance au pays de l’Afrique subsaharienne.

Par Goïkoya Kolié, juriste et  notre collaborateur