DECES D’AMADOU SOUMAHORO : Impétueux Jusqu’à La Tombe

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Yaako  à la Côte d’Ivoire en général et à Alassane Ouattara en particulier ! Cette expression du terroir des Akans, est utilisée lorsqu’il s’agit d’exprimer sa compassion à un peuple, à une personne ou encore à une nation qui est en situation de deuil. Le 7 mai, en effet, la Côte d’Ivoire a perdu son président de l’Assemblée nationale, en la personne d’Amadou Soumahoro.

L’homme que la patrie d’Houphouët-Boigny pleure aujourd’hui, était âgé de 68 ans. Cet âge, en RCI en particulier, correspond, peut-on dire, à la fleur de l’âge, puisque les hommes politiques les plus en vue de la lagune Ebrié actuellement, c’est-à-dire Gbagbo, Bédié et  Ouattara, sont de loin les « Kôro » (doyens) de l’illustre disparu.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Alassane Ouattara, le président ivoirien, perd une nouvelle fois, l’un des hommes politiques qui l’ont accompagné depuis la création du RDR (Rassemblement des Républicains) en 1994 jusqu’à sa conquête du pouvoir par les urnes en 2011. Entre 1994 et 2011, les deux hommes ont connu ensemble, des moments de répression et autres brimades, respectivement sous Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo.

 

Alassane Ouattara perd ainsi un fidèle parmi les fidèles

 

Ce long compagnonnage dans l’opposition, a résisté au temps. Alassane, une fois au pouvoir, n’a pas oublié cette loyauté et cette fidélité de l’enfant terrible de Séguéla dont il a été maire de 1996 à 2013, puis député de la circonscription de la même ville. Ainsi, en 2011, c’est à ce dernier que l’enfant de Kong confie les manettes du parti en le nommant secrétaire général par intérim jusqu’en 2017.

Un signe supplémentaire de sa proximité avec le président, si on en a encore besoin, est que, parallèlement, Soumahoro a occupé le poste de conseiller du président de la République avant d’être nommé ministre des Affaires politiques jusqu’à sa promotion à la tête de l’Assemblée en 2019.

La maladie qui le rongeait, l’a contraint à de nombreux déplacements à l’étranger pour se soigner. Nonobstant cela, sa santé s’est fragilisée ces derniers mois, l’obligeant à confier les rênes de l’Assemblée à un intérim. C’est dans ces circonstances qu’il a finalement rendu l’âme, le 7 mai dernier.

Alassane Ouattara perd ainsi un fidèle parmi les fidèles, « un ami loyal et dévoué » pour reprendre ses propres termes. Après donc Amadou Gon Coulibaly en juillet 2020, puis Hamed Bakayoko en mars 2021, la mort vient de priver Alassane Ouattara, une nouvelle fois, de l’une des personnalités politiques dont il était le plus proche. Toute la Côte d’Ivoire est affectée par sa mort.

Mais Séguéla, son fief, l’est davantage.  Car, il a marqué de son empreinte cette ville de 1996 à 2013 en tant que maire puis député. En moins de deux ans, faut-il le rappeler, cette ville du Nord a perdu deux de ses illustres fils: Hamed Bakayoko et Amadou Soumahoro.

 

Il mérite des hommages à la hauteur de la témérité et de la fidélité dont il a fait preuve dans son combat politique

 

 

Il faut aussi rappeler que les deux hommes, bien que venant de la même localité, se regardaient beaucoup plus en chiens de faïence qu’en camarades politiques. Amadou Soumahoro n’avait pas seulement ferraillé contre son « frère » Bakayoko. Il s’était également brouillé avec d’autres proches de Alassane Ouattara, en l’occurrence Ibrahim Cissé Bacongo ou encore Guilaume Soro.

Surtout connu pour son caractère volcanique et donc peu rassembleur, l’homme n’avait pas besoin d’euphémisme pour dire tout le mal qu’il pensait de bien d’autres cadres du parti présidentiel. Le dernier à avoir goûté à son caractère impulsif, a été Adama Bictogo.

L’inimitié qu’il vouait au député d’Agboville, était telle que, nonobstant la dégradation de son état de santé, il avait toujours rechigné à lui confier les rênes de l’Assemblée. Tchoumba, c’est-à-dire le sage, en malinké, comme l’appelaient certains par antiphrase, ne l’était pas tant que ça et cela, jusqu’à son dernier souffle.

De ce point de vue, on peut dire qu’il a été clivant, impétueux et volcanique jusqu’à la tombe. Pour autant, Alassane Ouattara ne doit pas oublier qu’il a été avec Djeni Kobena, Henriette Diabaté et Amadou Gon Coulibaly, l’un des hommes politiques qui ont risqué leur vie et celle de leur famille, pour porter le RDR sur les fonts baptismaux en 1994, et le faire grandir au point qu’ADO a été capable de conquérir le pouvoir d’Etat en 2011.

Il mérite donc des hommages à la hauteur de la témérité et de la fidélité dont il a fait preuve dans son combat politique. Il le mérite d’autant plus que sous d’autres cieux, on a vu des hommes politiques tourner casaque, à la première épreuve de leur mentor.

 

« Le Pays »