Fusillades meurtrières aux États-Unis : le discrédit moral et politique de la première démocratie du monde ( Par Goïkoya Kolié )

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Pour paraphraser Caroline Galactéros, nous soumettons que nos amis Américains sont en pleine dissonance cognitive, en proie à une déliquescence de tout ordre, alors que leur leadership politique, économique, monétaire, financier, géostratégique et géopolitique mondial est de plus en plus contesté par ceux qu’il est convenu d’appeler les puissances émergentes.

Il est aujourd’hui manifeste que le comportement des États-Unis, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur entre en contradiction avec ses idéaux, ses croyances et ses valeurs de démocratie, de liberté et de justice.
Dissonance cognitive, parce que le pays de George Washington se revendique chantre et gendarme autoproclamé des droits de l’homme dans le monde, alors qu’il peine à garantir à ses propres citoyens les idéaux pour lesquels il n’hésite pas à bombarder les mauvais élèves de sa vision anachronique du monde.

Oncle Sam ne semble pas réaliser que le monde sur lequel il a bâti son hégémonie, au lendemain de sa victoire sur le communisme soviétique lui échappe aujourd’hui. En Chine comme en Russie, en Amérique latine et en Afrique, on hésite plus à pointer du doigt la faillite d’un modèle de justice qui protège les citoyens selon qu’ils soient blancs et les piétine lorsqu’ils ne le sont pas.

Au printemps 2020, Pékin a publiquement dénoncé ce qu’elle appelle l’hypocrisie américaine qui encourage des manifestations violentes à Hongkong alors qu’elle réprimait dans le sang celles suivant l’assassinat de George Floyd. Selon le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, la réponse de Washington aux manifestations contre les violences policières sur son sol est un cas d’école de leur deux poids deux mesures de renommée mondiale. M. Zhao Lijian expliquait à la presse internationale le 8 avril 2020 que les troubles dans plusieurs villes américaines suite à l’exécution extrajudiciaire de George Floyd, sont le signe de la gravité du problème du racisme et de la violence policière aux États-Unis.

De son côté, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères de l’Iran – un notre pays traditionnellement épinglé par Washington sur les questions des droits de l’homme – n’a pas non plus été tendre envers les États-Unis. Abbas Moussavi est allé de ce message : Arrêtez la violence contre votre peuple. Au peuple américain, le monde a entendu votre cri sur l’état d’oppression. Le monde est à vos côtés.

À la police et aux fonctionnaires américains, arrêtez la violence contre le peuple et laissez-le respirer. Nous regrettons profondément de voir le peuple américains, qui cherche pacifiquement le respect et la non violence, être réprimé sans discernement par les États-Unis qui pratiquent la violence et l’intimidation à l’intérieur du pays et à l’étranger.

Une culture de violence par armes à feu : le macabre bilan des dernières années 

Selon l’ONG Everytown For Gun Safety, 111 américains sont tués par jour par armes à feu. C’est en moyenne 40 620 personnes qui meurent chaque année aux États-Unis à cause des armes à feu, soutient l’organisation new yorkaise. Le 5 juillet dernier, The Washington Post titrait un article évocateur comme suit: La démocratie meurt dans les ténèbres. Le journal expliquait qu’à ce jour, il y a eu plus de 300 fusillades de masse cette année aux États-Unis.

Le bilan de la fusillade lors d’un défilé du 4 juillet à Highland Park dans l’Illinois a été revu à la hausse. Selon Gun Violence Archive, 8 personnes sont mortes et 29 autres ont été blessées. La fusillade de Highland Park était l’une des quatorze fusillades de masse au cours du long weekend de la fête de l’indépendance des États-Unis. Du 24 mai au 5 juillet 2022, il y a eu un peu plus de 100 fusillades de masse dans le pays depuis qu’un déchainement dans une école élémentaire d’Uvalde, au Texas, a tué 19 enfants et deux enseignants.

Les fusillades de masse, où quatre personnes ou plus – sans compter le tireur – sont blessées ou tuées, ont été en moyenne plus d’une par jour jusqu’à présent cette année. Pas une seule semaine ne s’est écoulée en 2022 aux États-Unis sans qu’il n’y ait eu au moins quatre fusillades de masse; rapporte The Washington Post.
Les fusillades de masse se sont multipliées ces dernières années aux États-Unis. En 2021, près de 700 incidents de ce type ce sont produits, un bond par rapport aux 611 en 2020 et 417 en 2019. Avant cela, les incidents n’avaient pas dépassé les 400 par an, depuis que les archive de la violence ont commencé à suivre en 2014, poursuit The Washington Post.

Selon The Washington Post, en 2021, la police américaine a tué par balle au moins 1055 personnes, soit près de trois par jour, ce qui démontre que nonobstant les manifestations contre les violences policières aux États-Unis, qui ont suivi le meurtre de George Floyd, nonobstant les nombreux scandales récents, nonobstant les dénonciations internationales et les appels incessants pour des réformes de la police, les policiers américains continuent de tuer près d’une centaine de personnes chaque mois dans le pays.

Les deux Amériques

Les médias de gauche de la presse américaine d’obédience socialiste tentent de mettre en exergue les ténèbres de la dissonance cognitive d’une Amérique en plein délire collectif. En entrevue dans un média télévisé, l’avocat Benjamin Crump, défenseur des Africains-Américains victimes de la violence policière exprime sa peur de manquer de temps pour accomplir sa mission.

Me Crump déclare :
« C’est cette notion que nous ne pouvons pas suivre le nombre de hashtag qui continuent de se produire, cette perte de vie insensée de personnes de couleur, principalement des hommes Noirs tués par les personnes qui sont censées les protéger et les servir, et donc, j’essai d’empêcher que cela se produise à l’avenir. Mais, il semble juste que chaque jour nous manquions de temps parce qu’il y a plus de hashtag chaque semaine ».

La publication d’une vidéo montrant des policiers tirant à plus de 60 reprises sur Jayland Walker, un Africain-Américain, pose plus de questions qu’elle n’apporte des réponses. La police a déclaré que des agents avaient poursuivi M. Walker pour la violation d’un arrêt au code de la sécurité routière.

Ainsi, Jayland Walker qui n’était pas accusé d’avoir tué qui que ce soit a été criblé de balles par la police, mourant sous une montagne de douilles, alors que Robert Crimo III, qui est soupçonné d’avoir tué 8 personnes et blessé une vingtaine d’autres à Highland Park a été appréhendé sans incident.

C’est de ces deux Amériques que se plaint Ben Crump. L’avocat des droits civiques regrette une triste réalité.

« C’est une triste réalité que les personnes marginalisées et les noirs reçoivent le plus d’injustice et le moins de justice. Quand George Floyd n’a pas le bénéfice du doute, le bénéfice de considération, le bénéfice du professionnalisme et surtout le bénéfice d’humanité alors que ce policier l’a étouffé avec son genou sur le cou pendant 9 minutes et 29 secondes. Au même moment, vous regardez la considération accordée aux jeunes blancs, qui sont des meurtriers de mass confirmés. Je veux dire que quand vous ne pensez pas uniquement à ce dernier incident de ce jeune homme blanc qui a tiré sur des innocents qui assistaient à la parade du 4 juillet en Illinois, mais si vous retournez quelques semaines en arrière, le 14 mai dernier à Buffalo, New York, où ce jeune homme blanc, Payton Gendron écrit un manifeste dans lequel il exprime son désir de tuer le plus de Noirs possible. Cet individu a été capturé vivant. Le jeune tueur blanc de Highland Park Robert Crimo a été capturé vivant. Dylann Roof, le jeune suprémaciste blanc de la Caroline du Sud qui a tué dans une église de Noirs les personnes les plus innocentes que vous pouvez imaginez, non seulement il est capturé vivant, en plus, les policiers l’ont conduit d’abord dans un restaurant de service rapide pour lui offrir un burger et des frites. Au même moment, vous avez Jayland Walker, un jeune noir, qui n’a tué personne, qui fuit la police, il a été abattu dans le dos à maintes reprises, une soixantaine de fois. C’est une manière de dévaloriser la vie des Noirs. Trop souvent, personne ne va en prison pour avoir tué des Noirs. Pendant des décennies, les Noirs disaient : la police nous brutalise, elle nous traite avec excès, personne ne voulait les croire. Maintenant, vous avez ces vidéos caméras pour démontrer qu’ils ne mentaient pas. Nous voulons de l’imputabilité et la justice ».  

Cette culture du deux poids deux mesures a fini par attirer l’attention des Nations unies. Dorénavant, ce ne sont plus uniquement les pays traditionnellement réputés pour les violations des droits de l’homme dans leurs propres pays qui reprochent aux États-Unis une culture médiévale intolérable ou une maladie chronique, pour embarrasser leur ennemis juré ou concurrent. En juin 2021, le Haut Commissariat des Droits de l’Homme HCDH a publié un rapport intitulé :

« Rapport novateur du Haut-commissaire sur la justice et l’égalité raciales, conformément à la résolution 43/1 du Conseil des droits de l’homme, adopté en juin 2020 à la suite d’un débat urgent sur les violations actuelles des droits de l’homme d’inspiration raciale, le racisme systémique, les brutalités et violences contre des manifestations pacifiques ».

L’ONU écrit :

« Le meurtre de George Floyd le 25 mai 2020 et les manifestations de masse qui ont suivi dans le monde entier ont marqué un tournant dans la lutte contre le racisme. Dans certains pays, il y a maintenant une plus large reconnaissance de la nature systémique du racisme qui affecte la vie des Africains et des personnes d’ascendance africaine et de la nécessité d’aborder le passé afin de garantir des conditions de vie futures qui respectent la dignité et les droits de tous. Inverser la culture du déni, démanteler le racisme systémique et accélérer le rythme d’action; mettre fin à l’impunité pour les violations des droits de l’homme par les responsables de l’application des lois et réduire les déficits de confiance dans ce domaine; veiller à ce que les voix des personnes d’ascendance africaines et de ceux qui se dressent contre le racisme soient entendues et que leurs préoccupations soient prises en compte; et reconnaître et affronter les héritages, notamment par la responsabilisation et la réparation ».

Un manichéisme qui isole l’occident 

La guerre en Ukraine a précipité le monde dans une nouvelle division en pôles d’influence et d’alliances idéologiques géoéconomiques et géopolitiques. Les autres pays membres du groupe des BRICS : Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud, se sont ralliés à l’idée de la Russie de créer une nouvelle monnaie de réserve mondiale, en défi au dollar et surtout à la culture malsaine selon eux de l’imposition de sanctions par les pays du G7. Vladimir Poutine a déclaré le 22 juin dernier qu’une nouvelle monnaie de réserve internationale basée sur un panier de devises des BRICS est en cours de développement. L’ambition des leaders de ce groupe, la Chine et la Russie ainsi que leurs alliés, est de s’affranchir des États-Unis sur la scène internationale à travers la création de leur propre sphère d’influence dans une unité monétaire.

L’animateur politique français François Asselineau fait remarquer que le manichéisme américain trouve peu d’adeptes dans le monde. M. Asselineau rappelle que les BRICS représentent 40 % de la population mondiale alors que ceux du G7 ne font qu’à peine 11 % de la population mondiale. Malgré les menaces, les pressions diplomatiques et les intimidations, les États-Unis et leurs alliés n’ont pas réussi à rallier le reste de la planète à leur cause par rapport à leur position sur la guerre en Ukraine.

Pour Caroline Galactéros, ancien colonel de l’armée française et dirigeante du think tank GEOPRAGMA, les États-Unis et leurs alliés sont en déconnexion totale avec la réalité des lignes d’évolution et des lignes de force du monde. L’émergence de la Chine, la résurgence d’un certain nombre de puissances régionales et le problème moral lié à l’imposition des sanctions font rebattre les cartes.

« Derrière l’arme économique des sanctions, il y a cette espèce d’idée absolument amorale et contraire à toute éthique de faire souffrir les peuples pour qu’ils déposent leurs dirigeants », martèle Mme Galactéros.

Pour prêcher la vertu dans le monde, les États-Unis et leurs alliés vont devoir briller par l’exemple, puisque les critiques de leurs détracteurs se fondent de plus en plus sur des preuves factuelles de violation des droits de l’homme qui s’empilent à longueur d’années.

Malgré le soutien sans faille des médias des pays du G7 aux politiques extérieures de leurs pays, en agissant en meute univoque pour reprendre la vulgate de leurs gouvernements justifiant le boycott des jeux olympiques en Chine au sujet du traitements des Ouighours dans ce pays, dans beaucoup d’endroit dans le monde, BBC, Voix de l’Amérique, RFI, Deutsche Welle ne sont plus la Bible de l’information crédible.

Beaucoup d’intellectuels Africains de demandent pourquoi aucune sanction n’a jamais visée les pays développés comme les États-Unis qui piétinent allégrement les droits de leurs propres peuples du simple fait que ceux-ci sont Noirs?

Par Goïkoya Kolié, notre collaborateur et juriste