Guinée: c’est un tyran militaire qui a succédé à un despote civil  

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AN I DE LA CHUTE D’ALPHA CONDE : Le grand désenchantement !

Cela fait un an, jour pour jour, que le président Alpha Condé, alors réélu pour un troisième mandat dans les circonstances que l’on sait, venait d’être déposé par un quarteron de militaires avec à sa tête, le colonel Mamady Doumbouya. Ce coup de force, condamné par principe par certains, a tout de même été salué par une bonne partie de l’opinion guinéenne pour qui Doumbouya et ses frères d’armes ont fait œuvre utile en mettant un terme aux dérives autocratiques du président Condé actuellement en séjour médical en Turquie. Peut-on, pour autant, dire que la Guinée, un an après, se porte mieux sur le plan démocratique ?

Assurément non ! Car, voilà une junte qui, à son arrivée, avait suscité beaucoup d’espoirs et qui, au fil du temps, s’est muée en un pouvoir autoritaire qui, avec ses méthodes brutales et spartiates, est devenu pire que le précédent régime que les Guinéens n’avaient de cesse de vouer aux gémonies. A preuve, un an après avoir pris ses quartiers à Sékhoutoureya, Mamady Doumbouya a manifestement maille à partir avec l’ensemble de la classe politique qui ne demande pas plus qu’un chronogramme clair et raisonnable de la transition.

Tant et si bien que même ceux qui l’avaient applaudi au départ, n’hésitent plus à le désavouer publiquement. C’est le cas, par exemple, de Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré qui ne filent plus le parfait amour avec le tombeur d’Alpha Condé qui les a, en violation flagrante des textes en vigueur, expulsés de leurs résidences respectives.

Et ce n’est pas tout. Mamady Doumbouya, comme s’il avait choisi de faire pire qu’Alpha Condé, a drastiquement restreint les libertés individuelles et collectives en interdisant, et ce jusqu’à nouvel ordre, toute manifestation publique, contribuant ainsi à crisper davantage l’atmosphère dans un pays où les violences politiques ont pignon sur rue.

 

C’est un tyran militaire qui a succédé à un despote civil

 

Et comme si cela ne suffisait pas, l’homme fort de Conakry a franchi…  le Fouta Djalon en annonçant la dissolution du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) qui a pourtant contribué à le faire roi.

N’est-ce pas cette coalition de partis politiques et d’organisations de la société civile qui, depuis 2019, a croisé le fer en s’opposant fermement au troisième mandat d’Alpha Condé ?

Nombreux d’ailleurs sont ses militants qui ont accepté le sacrifice suprême, contribuant ainsi à pourrir la situation dont a excipé Doumbouya pour perpétrer son coup de force. De ce qui précède, on peut affirmer qu’en matière de violation des droits humains, Doumbouya, en un an seulement d’exercice du pouvoir, est en passe de damer le pion à celui qu’il a renversé. C’est un tyran militaire qui a succédé à un despote civil.

En témoigne la répression des dernières manifs du FNDC, qui ont laissé plusieurs cadavres sur le carreau.  Tout se passe comme si pour Doumbouya, seul compte le langage des armes dans un pays où les uns et les autres appellent à un dialogue sincère et inclusif en vue d’une transition apaisée devant conduire à des élections ouvertes et transparentes.

Cela dit, on ose espérer que la Communauté économique des Etats de L’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui joue les bons offices, parviendra à ramener la confiance entre les acteurs politiques guinéens qui se regardent aujourd’hui en chiens de faïence. C’est tout le mal que l’on souhaite au peuple guinéen qui a longtemps souffert le martyre du fait des turpitudes de ses dirigeants.

Le Pays