Aujourd’hui: 4 avril 1968, Martin Luther King assassiné à Memphis

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Le pasteur Martin Luther King, prix Nobel de la paix et apôtre de la non-violence, a été mortellement blessé alors qu’il se trouvait au balcon de la chambre de son hôtel situé dans le centre de Memphis.
 

Un témoin raconte : « Le Dr King était seul sur son balcon lorsqu’un coup de feu fut tiré. Apparemment, la balle a atteint le Dr King au cou », a-t-il ajouté. « Il a été transporté d’urgence, dans un état très grave, à l’hôpital Saint-Joseph de Memphis, où il devait décéder peu après. »

Aussitôt après l’attentat, la police a immédiatement établi un cordon autour de l’hôtel où était logé le pasteur King et sa suite.

Le chef de la police de Memphis a déclaré que selon les premiers éléments de l’enquête en cours, l’assassin du Dr Martin Luther King serait un jeune blanc qui était à « cinquante ou cent mètres de là, dans un asile de nuit ».

Il a en outre décrété le couvre-feu à Memphis « jusqu’à nouvel ordre », étant donné que de jeunes Noirs s’était répandus dans les rues malgré les patrouilles de police.

La garde nationale du Tennessee, renvoyée dans ses foyers à l’issue des manifestations de lundi (qui avaient fait un mort, un jeune Noir de 16 ans, Larry Payne, et une soixantaine de blessés) a été rappelée, et certaines de ses unités ont immédiatement pris position dans la ville.

Une nouvelle manifestation pour la paix, conduite par le pasteur King, devait se dérouler, lundi, dans les rues de Memphis.

« Peut-être qu’il voulait prouver quelque chose »

L’attentat commis contre le pasteur Martin Luther King Peter King a plongé Harlem dans la consternation. Dans la 125e Rue, hommes, femmes, enfants, tout le monde était dehors écoutant les dernières nouvelles retransmises par la radio. La plupart pleuraient. D’autres marchaient comme des automates.

« Il n’avait pas besoin de retourner là-bas », sanglotait une femme. « Peut-être qu’il voulait prouver quelque chose », répondez une autre.

À New York comme dans les grandes villes américaines, l’émotion est grande parmi la population noire. Une série d’incidents ont été enregistrés, et à New York le maire de la ville, M. Lindsey, a lancé un appel au calme. La consternation faisant place à la colère, il est à craindre de nouveaux incidents. À Boston, à Raleigh, à Washington, une fois la stupeur passée, c’est par une explosion de colère que les Noirs ont accueilli la mort du pasteur King.

À Boston, plusieurs centaines de Noirs, armés de gourdin et de chaînes de bicyclettes, se sont attaqués à la police, ont renversé des voitures et ont lancé des pierres aux passants blancs aux cris d’« assassins, assassins ». La foule s’est dispersée en laissant trois blessés sur le terrain.

À Raleigh, une cinquantaine de jeunes Noirs se sont précipités dans la rue principale criant « King, King » et injuriant la police. La police a usé d’armes chimiques et de tranquillisants pour en venir à bout.

À Washington, des groupes de Noirs se sont réunis sur une place du quartier noir pour pleurer la mort du leader intégrationniste. Bientôt, la manifestation a dégénéré et les Noirs se sont mis à hurler des insultes à la police, à lapider les voitures conduites par les Blancs et à piller des magasins.

Quelques jours après l’assassinat de Martin Luther King, Panorama rendait compte de l’atmosphère qui règnait à Memphis alors que les émeutes éclataient dans tout le pays.

Émotion dans le monde

Partout, aux États-Unis comme dans le monde, l’émotion est très vive et les messages de condoléances adressées à Mme Luther Kingsont nombreux. Ainsi, Mme Indira Gandhi, qui a déclaré qu’un tel événement constituait pour l’humanité « un recul dans sa quête de la lumière ».

Le gouverneur de New York, M. Nelson Rockefeller, a ordonné la mise en berne de tous les drapeaux des édifices publics de l’État de New York.

Robert Kennedy, de son côté, a lancé un appel passionné à la paix et la justice.

Compte rendu des obsèques de Martin Luther King à Atlanta au Journal télévisé le 9 avril 1968.

La leçon de Gandhi

Le pasteur Martin Luther King, qui s’était vu décerner en 1964 le prix Nobel de la paix pour ses campagnes en faveur des droits civiques des Noirs aux États-Unis, avait obtenu une licence de philosophie à l’université de Boston, après avoir effectué antérieurement des études secondaires à Atlanta, en Pennsylvanie.

Né à Atlanta, il y a 39 ans, et fils d’un pasteur noir, il était devenu lui-même ministre du culte Baptiste. Fondateur de la Conférence des dirigeants chrétiens du Sud, il était devenu le champion de la non-violence et de la résistance passive.

C’est en 1955 il avait organisé ses premières Campagnes contre la ségrégation dans les autobus de Montgomery, en Alabama.

« La protestation non violente est la plus efficace des armes de l’homme opprimé », telle était la maxime tirée de l’enseignement de Gandhi, que Martin Luther King avait faite sienne pour gagner le combat des Noirs américains et leur donner effectivement les mêmes droits qu’aux Blancs.

« Ne brûlons pas l’Amérique » demande l’adjoint du pasteur King

Dans son dernier livre, traduit en français et paru aux Éditions Payot, le pasteur Martin Luther King posait aux Américains l’interrogation dramatique : « Où allons-nous ? » Il songeait bien sûr au problème noir, mais aussi beaucoup à d’autres, car à ce titre de l’ouvrage, il ajoutait un sous-titre révélateur : « La dernière chance de la démocratie américaine. »

Son assassinat plonge les États-Unis dans une nouvelle crise, au moment même où une éclaircie apparaît dans le conflit vietnamien, autre motif de division profonde au sein de l’opinion américaine. C’est « une honte pour notre pays », a dit le vice-président Humphrey. « J’espère, a dit le président Johnson, que tous les Américains procéderont à un examen de conscience, tandis qu’ils réfléchiront à cette tragédie ».

Cet examen de conscience, le pasteur King – qui « aimait les États-Unis », a souligné M. Johnson – le sollicitait déjà dans son livre Où allons-nous ?, Non seulement pour les Blancs, mais aussi pour les Noirs, en condamnant toutes les violences.

Si sa mort tragique devait précipiter cet examen de conscience individuel et collectif sur le problème racial ; si elle devait également resserrer l’unité du peuple américain pour le rétablissement de la paix au Vietnam – le pasteur était partisan d’un règlement négocié du conflit – il pourrait finalement en sortir quelque chose d’utile pour l’Amérique. Mais en sera-t-il ainsi ?

M. Hoses Williams, un des adjoints les plus proches du pasteur King, qui se trouvait en bas du balcon lorsque celui-ci fut atteint par une balle, a lancé un vibrant appel à tous les Noirs des États-Unis : « Le seul moyen d’obtenir un monde pacifique est d’appliquer la non-violence. Ne brûlons pas l’Amérique. Prenons-la comme elle est et rebâtissons-là. Tout ce que le pasteur avait prévu sera appliqué comme prévu. Tout. Rien ne s’arrêtera. Nous appliquerons tout son programme. »

Le rêve du pasteur Quigne

Le plus beau discours que le pasteur Martin Luther King est jamais prononcé, c’est celui qu’il fit en janvier 1963, devant des milliers de manifestants rassemblés à Washington, pour les convier à partager son « rêve » :

« J’ai un rêve. Un rêve profondément enraciné dans le rêve américain… Je rêve qu’un jour, sur les collines rousses de Georgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens esclavagistes prennent place tous ensemble à la table de la fraternité.

Je rêve qu’un jour l’État du Mississippi lui-même, aujourd’hui étouffé par la justice, accablé par la chaleur de l’oppression, deviendra une oasis de liberté et de justice.

Je rêve qu’un jour mes quatre petits enfants vivront dans une nation où ils ne seront plus jugés sur la couleur de leur peau, mais sur leurs mérites.

C’est notre espoir, c’est avec cette conviction que je retourne dans le Sud ; c’est elle qui nous permettra d’apporter à un monde de désespoir une goutte d’espérance. » 

La Croix

 

La Croix