Charles Alphonse Wright : « j’avais choisi, au prix de ma vie, d’être un magistrat de la République »

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Du fond du cœur et loin de toute prétention, je remercie tous les Guinéens pour les différentes publications allant dans le sens d’une reconnaissance nationale. Je vous avoue qu’humainement, j’ai été touché sans pourtant crier victoire. Car de l’autre côté, j’ai lu les nombreuses réactions d’une véritable réquisition populaire envers la magistrature en cette période cruciale de notre histoire et j’ai personnellement dénoncé que je qualifie : Aveu de violation du serment.
J’ai compris deux leçons à travers vos nombreuses réactions:
1- La nécessité pour nous les magistrats de comprendre que lorsque nous refusons de prendre notre responsabilité envers notre nation, nous ouvrirons la place à toutes les dérives (violations des droits humains par la privation des libertés les plus fondamentales notamment celles d’exprimer librement ses idées, ses opinions politiques, religieuses ou toutes autres formes d’expression humaine);
2- La nécessité de se soumettre qu’à la seule autorité de loi sans se préoccuper des conséquences de représailles de la part du politique.
J’ai compris que l’histoire n’oublie pas les œuvres des hommes, qu’elles soient bonnes ou mauvaises.
J’ai compris que la responsabilité de la fonction de rendre la justice s’assume.
J’ai compris qu’avec la foi en Dieu, aucune pression ne trouvera le chemin de pénétrer la conscience professionnelle du juge.
C’est vrai, ma vie a été menacée, ma famille terrorisée, déboussolée par des menaces incessantes. Mais rien de tous ces éléments n’ont ébranlé ma foi en Dieu et à son serment.
J’ai été écarté de toutes les formations de magistrats. Mais jamais cela ne m’a fait perdre ma vision pour une justice équitable.
J’ai été déplacé d’office à chaque fois que je m’engage à traquer les puissants qui se sentaient plus forts que la loi. Mais jamais cela ne m’a impressionné, au contraire.
Certains avaient peur de dire que nous étions des collègues, par peur qu’ils ne soient considérés comme un antisystème. Alors qu’ils ne savent pas qu’en aucun cas cela ne pouvait me dérouter.
J’ai été mis sur écoute, pensant que selon eux, je suis «un magistrat de l’opposition. » Alors que ma seule ambition était d’être un magistrat de la République respectueux des valeurs d’indépendance et d’intégrité.
J’ai été mis sur «écoute » sans aucune forme de procédure légale, pour chercher un lien entre mon refus de me soumettre à un exercice contraire aux règles déontologiques et les activités des organisations politiques et celles de la société civile qui étaient débout contre le changement de l’ordre constitutionnel.
Le surnom qui m’avait été attribué était «agent double » (roulant tant pour le pouvoir que pour l’opposition). Alors qu’en ma qualité de magistrat, je ne faisais qu’appliquer la loi sans me préoccuper de l’appartenance des personnes renvoyées par devant ma juridiction.
Pour ma propre sécurité, j’étais obligé de prendre un logement loin de ma famille, des nuits durant, avec le risque de tomber sur les personnes qui me considéraient comme un véritable obstacle. En toute dignité, je repartais aussitôt le lendemain, en prenant le risque de ne plus retrouver ma famille.
La seule option désormais était de m’orienter les dossiers appelés «les dossiers signalés ». J’avais le choix entre continuer ou me conformer. J’avais choisi au prix de ma vie de continuer.
Ce choix ne signifiait pas que je voulais tenir tête à un chef, mais à accomplir mon devoir de magistrat, en toute honnêteté, en pleine connaissance de cause, des conséquences. J’ai été déplacé vers d’autres cieux, sans aucune raison valable.
Pourquoi je n’avais jamais cédé et que je ne céderais jamais !
1-Si je cède en violation de mon serment, j’endosserais, devant Dieu, les conséquences de mon inaction pour éviter une injustice;
2-Le péché d’une mauvaise décision de justice peut conduire à la destruction de toute la progéniture du magistrat;
3- La crainte du châtiment divin. L’enfer est plus proche du magistrat que toutes les autres corporations. Car, le pouvoir de juger est divin avant d’être institutionnel. Quel que soit le poste, les richesses indues que j’amasserais ne seront pour moi que des charges lourdes devant le juge suprême et bien avant cela, un châtiment douloureux;
4- Le mensonge est beau, mais sa beauté finira par céder sous le coup de la lumière du temps;
5-La défense de l’honneur et la dignité attachés à mes fonctions de juge. Refusons de justifier le manque de constance sur les valeurs, par une «pression extérieure.»

 

Par Charles Alphonse Wright