DÉVELOPPEMENT POLITIQUE OU ÉCONOMIQUE: L’AFRIQUE À LA CROISÉE DES CHOIX (DERNIÈRE PARTIE)

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En octobre 2020, l’Institut internationale des études sociales de l’Université Érasme de Rotterdam, organise une conférence intitulée : Le sous-développement de l’Afrique, quelle est la vraie histoire?

Parmi les conférenciers, l’économiste Hollandais de renommée mondiale, Howard Nicholas. Sans langue de bois, le professeur Nicholas dégaine : 

Les pays riches profitent délibérément des pays pauvres et s’opposent par tous les moyens possibles à leur développement. Ci-dessous, des extraits de son message, à l’entame de cette réflexion sur les conditions sine qua non du développement de l’Afrique. La voix de l’Afrique dans son propre développement est portée dans cette analyse par des extraits des allocutions qui expriment la vision du président Nana Akufo-Addo pour son pays et l’Afrique, le tout en hommage au président John Pombé Magufuli de la Tanzanie, décédé subitement de complications cardiaques 17 mars 2021.
Dr HOWARD NICHOLAS 

 

« L’Afrique subsaharienne a été historiquement fondamentale à la prospérité globale des pays avancés. L’Afrique a un rôle à jouer en tant que productrice de matières premières. Nous ne permettrons jamais à l’Afrique subsaharienne d’échapper à ce rôle. Nous faisons tout de notre mieux pour garder l’Afrique subsaharienne où elle est : appauvrie. C’est absolument vital pour la prospérité de tous les autres. Alors, soyons clairs à ce sujet. Cela signifie que toutes les structurations économiques, toutes les institutions financières mondiales et la science économique que nous enseignons à tout le monde sont toutes dessinées pour garder l’Afrique exactement où elle est.

Que ce soit l’Europe, les États-Unis et maintenant la Chine, ce sera toujours pareil. Parce que, nous avons besoins de matières première à vil prix. C’est cela le message. Ça ne veut pas dire que les Africains ne peuvent rien faire. Bien sûr qu’ils peuvent agir. Si les Africains font quelque chose de différent, je vous assure, le niveau de vie de tous ceux d’Europe, des États-Unis et d’Asie s’écroulerait. C’est un gros prix à payer. Il faut comprendre que l’Occident ne le permettra pas, sans se combattre.
Comment fonctionnent ces structures économiques?

Dans les universités et les établissements d’enseignement, nous faisons partie des producteurs d’idiologie. Nous sommes complices de toute cette entreprise. Ainsi, le travail de nombreux universitaires occidentaux est de convaincre les africains de continuer à faire ce qu’ils font, tout en les enseignant que c’est leur faute s’ils sont pauvres. – Ce n’est pas de notre faute, c’est votre faute si vous êtes pauvres -. C’est ce que nous faisons dans les établissements d’enseignement. Je veux vous montrer ici l’étendue de ce dans quoi nous avons poussé l’Afrique à se spécialiser : la production de matières premières et des produits agricoles de base. Nous savons que ce sont ces forces de base qui ont causé son sous-développement. Nous savons que c’est aussi la colonisation.

Je veux discuter des structures économiques globales, des institutions financières mondiales et de l’idiologie économique. Nous importons tous en provenance d’Afrique subsaharienne. Combien ces transactions représentent pour les valeurs commerciales mondiales? Avec toutes les grandes ressources que produit l’Afrique, combien il en retourne? Rien, absolument rien. Il s’agit d’une importante pièce de données. Nous savons à travers toutes les études et statistiques, qu’aucun pays ne s’est développé sans passer par la fabrication et l’industrialisation.

La production de matières premières ne vous emmènera nulle part. La production de biens agricoles de base ne permet de se rendre nulle part. Jetons un coup d’œil sur les activités manufacturières qui ont lieu en Afrique subsaharienne. Nous voyons en fait que la production de matières premières est restée la même au cours des 50 dernières années. De quoi faire chuter l’industrie.

C’est délibéré, parce qu’en tant qu’économistes occidentaux, en tant que décideurs politiques occidentaux, nous ne pouvons pas nous permettre de laisser l’Afrique s’industrialiser et commencer à produire des produits manufacturés. Nous ferons tout pour arrêter cet élan.
Comment faisons-nous pour bloquer cette industrialisation?

La chose est évidente à certains égards, mais c’est moins évident dans d’autres secteurs. D’un point de vue historique, l’industrialisation rapide de l’Asie du Sud-Est, des pays comme le Japon, la Corée et Taïwan a été rendu possible grâce aux matières premières importées d’Afrique. Ce processus a eu pour effet de faire monter les prix et conséquemment, une augmentation de la croissance des pays de l’Afrique subsaharienne. Une fois l’industrialisation de ces pays achevée, le taux de croissance de l’Afrique subsaharienne s’est faibli à nouveau. Puis, la Chine arrive, et c’est la nouvelle vague. Encore une fois, la croissance de l’Afrique subsaharienne augmente. Maintenant que la croissance chinoise décline, celle de l’Afrique est encore plus vite. Elle va retrouver le seuil traditionnel, avec des prix très bas des matières premières, un taux de croissance très faible et la même pauvreté qui s’accentue, parce qu’en ligne de fond, l’Afrique subsaharienne est condamnée à ce rôle de fournisseur de matières premières et non de produits manufacturés.

Les données récentes sur les marchés émergents, producteurs de matières premières en opposition aux marchés émergents qui font dans les produits manufacturés, font constater que la faiblesse actuelle de l’économie mondiale est lourdement ressentie dans les pays producteurs de matières premières, qui en souffrent le plus. Cela affecte la stabilité des monnaies locales, qui finissent par s’effondrer. Cette situation va s’aggraver dans les années à venir.
Comment l’Afrique est-elle condamnée à la production de matières premières?

Notons que c’est en raison des instruments mis sur pied. Le premier et le plus important, ce sont les structures économiques. À la fin de la colonisation, nous avons inventé de nouvelles structures économiques pour maintenir l’Afrique dans l’état dans lequel nous l’avons laissé. L’’aide publique au développement sera la première arme de ces structures économiques. De l’aide pour maintenir des régimes répressifs au pouvoir. Nous ne pourvoyons de l’aide que pour de modiques infrastructures, afin de nous assurer que les matières premières arrivent aux ports. Essentiellement, nous donnons du pouvoir, de l’argent et des armes à des régimes répressifs pour maintenir ce système d’exploitation. Toute l’hypocrisie autour de la démocratie et la transparence n’est que pures conneries. Au moins, les Chinois, eux, ne s’embarrassent point de telles subversions. Ils ne se soucient pas de l’environnement politique. Nous leur donnons juste de l’argent pour l’extraction de leurs matières premières, disent les chinois.

Deuxièmement et non le moindre, c’est ce processus de construction de la dette. À ce propos, j’aborde souvent avec mes élèves : « Les confessions d’un assassin financier » de John Perkins. Il s’agit de cet employé d’une banque fictive, dont personne n’a jamais entendue parler. Elle a pourtant bel et bien été créée dans les années 50 par le FMI, la CIA et le Département d’État américain. Elle avait une seule mission, celle d’avancer des fonds, sous forme de prêts, aux pays en développement, producteurs de matières premières, dans le but de les endetter. « Une fois débiteur de mes créances, je te contrôle ». Cette banque avait 4 000 employés. Ses employés se déplaçaient de pays en pays, offrant des prêts. Et si par mégarde, un président refusait cette aide, il était exécuté. John Perkins cite en exemple, deux présidents qui ont étés exécutés pour avoir refusé ce prêt.

Voyez-vous, le prêt est très efficace pour piéger un pays. Le FMI prétend pour convaincre les pays pauvres à s’endetter, que lorsque des pays étrangers vous prêtent de l’argent, cela propage votre réputation d’une économie si forte, au point que les bailleurs de fonds se bousculent à vos portes. C’est ce processus qui maintient l’Afrique subsaharienne dans la pauvreté.
Il existe une troisième structure économique, peu connue du grand public. Elle a pourtant été mis sur pied et entretenue jusqu’à nos jours, sans que personne ne s’en préoccupe.

Il s’agit des structures d’achats monopolistiques. Pour toutes les matières premières et les produits agricoles de base produits par les pays en développement, il y a que quatre ou cinq multinationales occidentales qui les achètent. Il est question-là de monopole et de collusions. Cette collusion n’épargne pas les produits comme la banane par exemple. Pour s’assurer du contrôle total, ils forcent tous les producteurs à produire la même sorte de banane. Vous savez, la merde que vous achetez, qui n’a aucun goût du tout, alors que quand vous voyagez dans les pays en développement, vous réalisez à quel point la banane y a un meilleur goût et des variétés multiples.

Mais, nous n’en commercialisons que deux variétés, ce qui nous garantit le contrôle : « si vous ne produisez pas cette variété, au prix que je veux, je m’en vais chez vos concurrents ». Voyez-vous, comment ces acheteurs contrôlent et imposent le prix? Ils continuent à faire baisser les prix d’achat, sans que personne ne s’en offusque. Il n’y a pas de commission d’enquête pour dénoncer l’illégalité de ce qu’ils font.

L’Organisation mondiale du commerce (OMC) n’a rien à dire à ce sujet.
Nous pensons toujours que les institutions financières internationale sont mauvaises et horribles. Ce n’est pas nécessairement le cas. Il s’agit d’une guerre économique. Les riches déclarent la guerre aux pauvres; ils contrôlent le gouvernement. Croyez-vous vivre dans une démocratie? Ce que nous avons, c’est le contrôle riche des institutions qu’ils mettent en place explicitement pour contrôler les pays pauvres.

Ils ne leur laissent pas beaucoup de champ de manœuvre. Ce qui accessoirement signifie que quand le Fonds monétaire international commence à parler d’ajustement, il dissimule par-là, une idéologie économique.
Qu’est-ce que l’ajustement de structure?

Il s’agit de s’assurer que les pays pauvres continuent de produire ce que nous voulons qu’ils produisent. Nous nous assurons qu’ils ont des problèmes récurrents de paiement, et, vous remarquerez que ces pays ne s’en affranchissent jamais. Tandis que, les pays qui n’acceptent jamais le soutien du FMI sont toujours à l’abri des problèmes de paiement. Dans le même temps, des pays qui bénéficient des « conseils et supports » du FMI sont toujours confrontés à des problèmes de paiement. Vous-vous demandez pourquoi donc? Eh bien, parce que c’est comme ça qu’on garde notre emprise sur eux. C’est ce que le FMI et la Banque mondiale ont fait maintes et maintes fois. Mais, ils font pire que ça. Ils détruisent l’autosuffisance alimentaire de ces pays. La colonisation a élaboré le processus. La Banque mondiale continue dans cette lancée. Ces institutions financières forcent tous ces pays à éliminer tous les éléments de leur autonomie alimentaire. Parce qu’une fois que tu ne produis pas ta propre nourriture, j’augmente mon contrôle sur toi.

Comment le savons-nous ?

À travers ces quelques exemples. Il y a quelques années, une famine a décimé un grand nombre de personnes au Malawi. Le ministre malawien des Finances a dû révéler le poteau rose. « Cette famine est la conséquence directe des injonctions de la banque mondiale. Parce que l’une des conditions du prêt accordé par la Banque mondiale était que nous détruisions tous nos excédents de grains ». Pourquoi cela? Parce que souvenez-vous, nous les voulons dépendants.

Dans les années 1970, le congrès et le sénat des États-Unis se sont dits qu’ils ne permettront plus à l’Amérique latine de produire leur propre nourriture. Une stratégie a été lancée à la Banque mondiale et au FMI, dans le but de détruire leur autosuffisance alimentaire, afin qu’ils deviennent l’arrière-cour des ÉU. Regardez tous les pays de l’Amérique latine, ils étaient auparavant alimentairement autosuffisants, aujourd’hui, ils ne le sont plus.

L’Organisation mondiale du commerce s’est dotée d’un Accord sur l’agriculture. Il est stipulé dans cet Accord que si vous n’avez pas de subventions sur l’agriculture, vous ne pouvez pas vous en donner les moyens, et pour ceux qui ont déjà ces moyens, ils peuvent s’en prévaloir pour fiancer leur secteur agricole. Les seuls dans ces circonstances à avoir les moyens ce sont les États-Unis et l’Europe, bien entendu.

Les budgets les plus importants au monde pour soutenir leurs agriculteurs sont ceux de l’Europe et des États-Unis. Mais la Banque mondiale et le FMI ont détruit toutes les autres subventions et maintenant nous disons aux pays pauvres, vu que vous n’avez pas de subventions, et bien, bonne chance : vous n’êtes pas autorisés à emprunter pour financer votre secteur agricole.

Voyez-vous, nous maintenons notre emprise sur eux. Nous avons beaucoup d’exemples à l’OMC pour vraiment arrêter l’industrialisation de l’Afrique. C’est la chose cruciale : nous ne pouvons pas leur permettre de s’industrialiser et de produire des produits manufacturés.

Bien que ce ne soit pas du tout difficile d’y parvenir. Pour se développer, l’Afrique a besoin de dirigeants nationalistes et patriotes et des gouvernements nationalistes. Ils doivent être engagés sur la voie de l’industrialisation et cela ne leur prendra pas des décennies pour décoller. Cependant, ce nouveau cycle de l’OMC a pour objectif de bloquer cette ambition.
L’idéologie économique la plus importante, d’un point de vue académique, mais également la plus déstructurante et dommageable que nous enseignons aux pays pauvres, c’est la doctrine de l’avantage comparatif. C’est un mensonge du début à la fin. Il dit aux pays de l’Afrique subsaharienne que leur destin est de produire des matières premières. Si vous produisez des matières premières, vous vous enrichirez comme nous le sommes en Occident.

Maintenant, une nouvelle génération d’économistes affirme qu’il y a effectivement échec de cette idéologie économique. Cependant, elle soutient que cette déconfiture est la conséquence du fait que ces pays sont corrompus. Nous osons appelés cela, la nouvelle économie institutionnelle. Elle consiste à encourager les pays pauvres à continuer à produire des matières premières, dans un contexte de corruption voulue et organisée par nous-même, tout en blâmant les victimes de nos actions : « et au fait, vous êtes pauvres, stupides et corrompus »! Conclut le professeur Howard Nicholas.

PLAN MARSHALL POUR L’AFRIQUE, UN ILLUSOIRE PALLIATIF?

De nombreux intellectuels africains voient dans les propositions d’un plan Marshall pour l’Afrique, un gavage du complexe imaginaire de l’Africain. Ils estiment que l’aide publique au développement, la philanthropie, la bienveillance et la bienséance dans les relations et la coopération internationale ne sont que supercheries. À la lumière de ce que nous explique le Dr Howard Nicholas, la chimère est tout à fait perceptible.
Ce plan s’apparente à un marché de dupes. Une reformulation du pacte de l’expropriation des Africains des véritables moyens de leurs développement, soutiennent ses détracteurs. Ce qui n’échappe pas à la rigueur des observations de M. Nicholas. Prenez le plan Marshall pour l’Afrique que propose l’Allemagne.

Évidemment, la volonté de l’Europe de vivre gracieusement et gratuitement des richesses africaines n’est pas nouvelle. D’ailleurs, la conférence du partage de l’Afrique de 1884/1885, qui a plongé l’Afrique dans son obscurantisme et sa stagnation d’aujourd’hui s’est tenue en Berlin, dans l’Allemagne actuelle. L’Europe avait aussi accouché en 1454 de la Bulle de Nicolas V. Ce qui est nouveau, c’est ce faux semblant d’associer les Africains à un plan dit de leur développement, alors que leurs besoins sont définis par leurs partenaires, à des milliers de kilomètres de l’Afrique, une invitation à souscrire à une sorte de servitude volontaire; remarquent beaucoup d’Africains.

Lorsque le plan Marshall allemand pour le développement dit de l’Afrique annonce soutenir les pays partenaires dans la construction d’une infrastructure de qualité afin que les produits africains répondent aux demandes des marchés d’exportation, ce plan réaffirme cette volonté inébranlable de cantonner l’Afrique dans son rôle traditionnel de combler les besoins en matières premières des Européens. Encore une fois, en se référant aux enseignements du professeur Howard Nicholas, on réalise que l’Allemagne a concocté un plan pour son propre développement ou le maintien de son niveau de vie, ce qui passe par les ressources naturelles du continent africain.

Selon un diplomate africain qui requiert l’anonymat, les dix thèses du plan Marshall allemand pour l’avenir de l’Afrique sont en réalité pour l’avenir de l’Allemagne et ce, sur le dos des Africains. Ce plan serait donc un véritable gage de prospérité de la première puissance de l’Union européenne. L’intellectuelle et femme politique allemande d’origine sénégalaise Pierrette Herzberger-Fofana, abonde dans le sens de ce scepticisme.

Dre Herzberger-Fofana estime que l’Afrique n’a pas besoin d’un plan de reconstruction, contrairement à l’Europe qui elle avait été détruite en 1945. À l’instar de nombreux observateurs, elle suspecte le plan Merkel d’être une énième tentative d’assurer la mainmise des pays riches sur l’Afrique. La forte tendance du plan allemand à se concentrer strictement sur l’investissement étranger soulève l’ire, les inquiétudes et la méfiance de certaines organisations dites non gouvernementales. Pour elles, le plan allemand pourrait mener davantage à l’appropriation des terres africaines par les géants du secteur agro-industriel.
Du côté français, beaucoup d’observateurs notent qu’on ne fait plus mine de jouer au gentil prédateur, comme fait Mme Merkel et son régime.

 

Le président Macron et le sénat français ont été on ne peut plus clair : l’Afrique est l’avenir de la France, et non l’avenir des Africains eux-mêmes. Le sénat français allant jusqu’à produire un rapport, dans lequel, les élus français misent imparablement sur l’Afrique, sans les Africains, pour maintenir une prospérité bâtie sur le pillage du continent noir. Le document d’octobre 2013, fait au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du sénat français fait le constat d’une France aujourd’hui dépourvue de stratégie à long terme sur le continent. Le rapport résume ce qui suit:
« Une Afrique de 2 milliards d’habitants à 14 km du sud de l’Europe avec autant d’opportunités devrait être une préoccupation centrale (…) L’Afrique de demain pourrait être un formidable moteur de croissance pour l’Europe. Ce rapport définit 10 priorités et 70 mesures pour relancer les relations de la France avec les pays africains dans un partenariat d’égal à égal, fondé sur des intérêts communs, dans les domaines économiques, culturels, de défense et de développement ».

À l’instar du plan Marshall allemand, à l’instar de Berlin 1885, le rapport du sénat français détermine à la fois pour la France et en lieu et place des Africains, les priorités, les mesures, le type de relation à entretenir, les domaines d’intervention et le développement escompté, en plus de préciser que l’Afrique serait un formidable moteur de croissance pour l’Europe. Toutes ces mesures mèneraient à une contraction, voire à une érosion, ou même à un abandon par étouffement des plans et des modèles de développement suggérés par les Africains eux-mêmes, dont on peut apercevoir quelques éléments dans la vision des présidents Nana Akufo-Addo et John Magufuli.

 

Nous comprenons que l’assise de la lame de fond des européens n’est aucunement de sortir l’Afrique de sa léthargie, mais bien l’irrésistible et vitale envie de reprendre la main à tous prix sur une Chine et une Russie, qui ne cachent plus leur volonté d’en découdre avec leurs rivaux de l’Occident sur le continent africain, avec les mêmes procédés endémiques de manipulations des consciences. L’éveil brutal et quasi-inattendu de la Chine est devenu l’incubateur d’un mouvement de reconquête de l’Afrique.

RÉPONSE AFRICAINE

NANA DANKWA AKUFO-ADDO, PRÉSIDENT DU GHANA

Nous applaudissons le style direct de cet homme affable, courtois, extrêmement poli mais aussi, extrêmement direct et sincère. Style direct, non pas dans la confrontation ni dans la provocation, mais dans l’irrésistible réponse à appel de l’instinct de survie qui l’amène à s’approprier le discours combiné d’un Kwame Nkrumah, Sékou Touré et Thomas Sankara, sans que l’interlocuteur se sent petit dans ses culottes.
Reçu en grande pompe le 7 janvier 2021 par la présidente de la Confédération suisse, le président Nana Dankwa Akufo-Addo, écoute avec patience l’allocution de son hôte, qui se résume comme suit :

Les liens les plus forts entre nos deux pays sont les valeurs communes partagées sur la démocratie et l’État de droit, et notre engagement pour la stabilité et la paix sur la scène mondiale. La Suisse est reconnue pour ses traditions humanitaires et ses bons offices. La participation du Ghana aux mesures de maintien de la paix de l’ONU est également extrêmement impressionnante. La Suisse soutient ces efforts dans le centre international de formation au maintien de la paix, Kofi Annan à Accra depuis 2006.

Prenez la pièce d’or traditionnelle ou les pièces de chocolat, deux produits que chaque enfant ici grandit avec, et sont considérés comme typiquement suisses. Mais aucun de ces produits n’auraient existé sans l’or et le cacao que nous importons en grande partie du Ghana. Nous avons simplement besoin des matières premières, et vous avez les matières premières. Le résultat du commerce et des affaires devrait être avantageux pour les deux pays. Ce principe fait partie du respect mutuel. L’or et le cacao peuvent créer de la richesse et du travail dans les deux pays. J’aimerais nous voir discuter de nos relations économiques communes dans un esprit de partenariats et examiner concrètement où nous pouvons faire d’autres améliorations. Le Ghana est déjà le deuxième partenaire commercial de la Suisse en Afrique.

RÉPONSE DU PRÉSIDENT AKUFO-ADDO

« Je remercie la présidente Simonetta Sommaruga, Chef du Conseil fédéral pour l’honneur de cette visite d’État et pour l’occasion de faire cette déclaration à l’Assemblée fédérale. Le Ghana est actuellement le plus important partenaire commercial de la Suisse en Afrique subsaharienne.

Nous exportons de l’or et du cacao vers la Suisse et nous y importons des produits chimiques et pharmaceutiques ainsi que des machines légères et du matériel militaire. Cependant, comme je l’ai dit à l’occasion, le Ghana ne souhaite plus dépendre de la production et de l’exportation de matières premières, y compris l’or brut et le cacao. Nous avons l’intention de traiter de plus en plus notre cacao dans notre pays, avec une visée sur la production de plus de chocolat, nous-mêmes. Parce que, nous croyons qu’il ne peut y avoir de prospérité future pour le peuple ghanéen, à court, à moyen ou à long terme, si nous continuons à maintenir des structures économiques qui dépendent de la production et de l’exportation de matières premières. Nous avons l’intention d’ajouter des valeurs à nos matières premières à travers l’industrialisation. C’est la meilleure façon de placer le Ghana au sommet de la chaîne de valeurs du marché mondial et de créer des emplois pour les ghanéens. C’est pour cette raison que mon gouvernement continue de mettre sur place un certain nombre de mesures pour attirer des investissements au Ghana, pour ainsi stimuler la croissance du secteur privé. Au cours des dernières années, nous avons réussi à faire en sorte que tous nos indices macroéconomiques pointent dans la bonne direction, réduisant notre déficit budgétaire. Ces interventions ont permis au Ghana de déclarer un taux de croissance annuel moyen du PIB à 7 % depuis 2017, ce qui nous a permis d’être l’une des économies qui connaît la croissance la plus rapide au monde au cours de la même période. Nous sommes déterminés au Ghana à ce que des générations successives de ghanéens ne deviennent des victimes de l’ordre économique international, mais plutôt des bénéficiaires de cet ordre. Ainsi, l’idée, c’est celle d’un Ghana au-delà de l’aide. Un Ghana qui a compris l’état d’esprit que procure la dépendance à l’aide, à l’aumône et à la charité et qui tire en arrière et piétine l’intelligence ». Avait poliment expliqué le président ghanéen à son hôte.
Lors de la visite d’État du président Macron au Ghana en novembre 2017, répondant à une question d’un journaliste français, sur l’aide que le Ghana attend de la France pour son développement, Nana Akufo-Addo s’explique :

« J’espère que les commentaires que je suis sur le point de faire n’offenseront pas beaucoup de gens ici. Je pense qu’il y a une erreur fondamentale. Nous ne pouvons plus continuer à faire de la politique pour nous-mêmes, dans notre pays, dans notre région, sur notre continent, sur la base de ce que le monde occidental ou la France ou l’Union européenne peut nous donner. Ça ne marchera pas. Ça n’a jamais marché et ça ne pourra jamais marcher. Notre responsabilité est d’affréter un chemin qui s’oriente sur la façon dont nous pouvons développer nos nations nous-même. Il n’est pas juste pour un pays comme le Ghana, 60 ans après l’indépendance, d’avoir encore son budget de la santé et de l’éducation financé sur la base de la générosité et la charité des contribuables européens.
Nous devrions maintenant être en mesure de financer nos besoins fondamentaux nous-mêmes. Et si nous voulons voir les 60 prochaines années comme une période de transition, une période où nous pouvons nous tenir debout, notre plan ne doit pas s’appuyer sur ce que les contribuables français décident de faire pour nous.
Malgré tout le passé, ce continent est encore aujourd’hui le dépositaire d’au moins 30 % des minéraux les plus importants du monde. C’est un continent de vastes terres fertiles et arables. Il a la population la plus jeune de tous les continents du monde. Il est énergique et le dynamique. Ces jeunes hommes qui font preuve de tant de résilience et d’ingéniosité en traversant le Sahara et la mer méditerranée, ces énergies, nous voulons qu’elles travaillent à l’intérieur de nos pays. Nous pourrons capter ces énergies sur notre continent si nous commençons à construire des systèmes qui disent aux jeunes que l’espoir et les opportunités sont en Afrique.

La migration des personnes est aujourd’hui présentée d’une manière qui suggère qu’il s’agirait d’un phénomène nouveau. Elle n’a pourtant rien de nouveau. Elle a toujours été la conséquence du même constat : l’échec de l’endroit où vous êtes de vous offrir des opportunités, ce qui fait en sorte que vous vous déplacez ailleurs. Ceux qui sont familiers avec l’histoire européenne du XIXème siècle savent que de grandes vagues d’immigrants de cette époque sont partis d’Irlande et de l’Italie pour le reste du monde. Ces jeunes quittaient leur pays pour chercher le paradis américain; parce que l’Irlande ne fonctionnait pas, l’Italie ne fonctionnait pas non plus. Aujourd’hui, on n’entend plus rien de tel. Les jeunes Italiens sont en Italie, les jeunes Irlandais sont en Irlande.

Nous voulons aussi que les jeunes Africains restent en Afrique. Cela signifie que nous devons nous éloigner de cette mentalité de dépendance. Cet état d’esprit en quête de ce que la France peut faire pour nous. Notre principale responsabilité en tant que citoyens et dirigeants est de trouver des moyens nous-mêmes pour développer nos pays. Notre préoccupation devrait être ce que nous devons faire en ce XXIème siècle pour placer l’Afrique loin de cette mendicité subordonnée à l’aide et à la charité.

Quand on juge par ses ressources, le continent africain devrait donner de l’argent à d’autres endroit. Je crois fermement que si nous parvenons à changer cette mentalité de dépendance, alors en quelque décennies, nous verrons l’Afrique s’épanouir. D’autres l’ont fait, nous pouvons le faire. Cette mentalité constituera un facteur libérateur. Nous parlons souvent de la Corée, la Malaisie, le Singapour, qui ont obtenus leur indépendance au même moment que nous. D’ailleurs, à cette époque, le revenu par habitant des Ghanéens était supérieur à celui des coréens. Cependant, aujourd’hui, la Corée fait partie des premières économies du monde. Il en va de même pour la Malaisie et Singapour.

Que s’est-il passé?

Comment ces pays ont-ils effectué cette transition, alors que nous, 60 ans après notre indépendance nous sommes restés où nous étions. Ce sont des questions qui devraient nous préoccuper, aussi bien les Ghanéens que les Africains en général. Ce qui m’importe ici, c’est notre développement. Ce qu’il nous faut faire pour que nos pays décollent afin de créer l’environnement adéquat qui empêchera nos jeunes de se forcer à aller en Europe. Ils n’y vont pas parce qu’ils le désirent réellement, mais plutôt parce qu’ils croient qu’il n’y a aucune opportunité ici. Voilà ce qui devrait être notre priorité. C’est aussi la raison m’ayant poussé à choisir pour objectif, dans le cadre de mon mandat à la tête de la république du Ghana, la création d’un Ghana qui se passe de l’aide.

 

Un Ghana indépendant, auto-suffisant, qui veut voler de ses propres ailes et se construire lui-même Nous pouvons y arriver, mais pour cela, il nous faut le bon état d’esprit. Cette nouvelle image de l’Afrique dont nous parlions lors de notre indépendance deviendrait une réalité en notre temps. J’espère ne pas offenser mon interlocuteur (Macron) ou tout autre personne présente ici, mais il s’agit là de mes profondes convictions ».

NANA AKUFO-ADDO RÉCIDIVE

À l’attention de la diaspora noire du monde, le président Akufo-Addo est catégorique. Au forum « Parlons d’Afrique » qui a eu lieu à l’Élysée le 11 juillet 2019, au côté du président français Emmanuel Macron, M. Akufo-Addo déclare :
« La raison de notre présence ici aujourd’hui en dit long sur le développement du continent africain. Il y a une chose qu’il vous faut garder à l’esprit. Le destin de toutes les personnes noires, où qu’elle se trouvent dans le monde, est lié à l’Afrique. Une Afrique qui réussit relève le statut de tous les citoyens du monde d’origine africaine et améliore la façon dont vous êtes perçus, et façon dont on vous regarde. Vous ne serez plus exposés à ces histoires de pauvreté, de gens qui sont obligés de traverser le Sahara, la méditerranée en mourant pour rejoindre l’Europe. Notre principale tâche est de transformer notre continent. Et voilà en exemple, pourquoi je dis cela.

Prenez la diaspora chinoise. Elle représente 116 millions de personnes. Dans le tableau des États, c’est une diaspora qui correspond au rang du 25ème État dans le monde. Si on regarde leurs investissements et apports à la Chine, cela représente un énorme investissement. On estime que la moitié des 22 milliards de dollars d’investissements étrangers reçu par la Chine dans les années 80 et 90, qui ont transformés la Chine, provenait de la diaspora chinoise. Cet apport a permis à la Chine de devenir l’usine du monde et se rendre où elle est aujourd’hui.

Le changement auquel il a abouti en Chine a permis de changer le statut des chinois dans le monde et du regard qu’on porte sur eux. Je souhaite que vous preniez ces statistiques très au sérieux. C’est ce genre de lien transformatif que nous voulons avoir avec la diaspora africaine. Comment vous impliquer dans le développement du continent? Une fois que nous avons changé le discours sur l’Afrique, et nous ne pouvons que le faire nous-mêmes. Nous devons pour ce faire, nous éloigner de cette espèce d’idée qu’il y a un père Noel qui viendrait développer notre continent. Il n’existe pas un tel père Noel. Il n’y a que nous pour développer notre continent. Une fois que notre mentalité devient celle qui conçoit que c’est à nous de le faire, les choses seront mieux structurées.

Nos relations avec l’Europe sont naturelles. D’un point de vue géographique, il n’y a qu’une bande d’eau de la mer méditerranée qui nous sépare. Si vous regarder notre histoire commune, il y’ a une relation naturelle.

Cependant, cette relation doit changer par rapport à ce que nous avons entretenus jusqu’à maintenant. Cette relation a enrichi l’Europe, mais elle n’a pas enrichi l’Afrique. Nous devons donc changer cette dynamique. Et nous pouvons le faire nous-mêmes en prenant des mesures appropriées ».

PÉRORAISON

Dans son jugement et ses condamnations, le lecteur est invité à la prudence. Il serait exagéré de conclure que les comportements des dirigeants Occidentaux et des dirigeants des institutions financières, ci-haut décriés par le Prof Howard Nicholas relèvent d’une pernicieuse et machiavélique volonté de ces derniers d’exterminer les populations africaines, bien que dans certains cas, leurs injonctions peuvent conduire à des résultats dramatiques, tel que la famine planifiée qui frappa lourdement le Malawi. Nous pensons plutôt que cette impitoyable emprise occidentale est la manifestation du sursaut de leur instinct de survie. Howard Nicholas explique qu’un développement de l’Afrique viendrait perturber les rapports de force et l’équilibre que procure le développement aux citoyens des pays développés. À notre avis, cela va au-delà du simple maintien de privilèges.

Le développement de l’Afrique pourrait entrainer des bouleversements et des commotions socio-politiques et économiques sans précédent dans les pays industrialisés. Ces crises s’accompagneraient de millions de pertes d’emplois et de nouvelles vagues de migrations qui auront l’Afrique pour destinations. Il est donc tout à fait logique de s’attendre à ce que les dirigeants des pays développés défendent leurs acquis, si nécessaire, dans l’effusion du sang des Africains, à défaut de participer loyalement à améliorer le sort de l’Afrique.
Conséquemment, il revient à l’Africain de comprendre que son épanouissement et le développement de son continent ne viendront point des mesures des institutions ci-haut mentionnées, ni de la coopération internationale, encore moins d’un transfert de gré à gré des technologies.

Au contraire, ils feront tout pour l’étouffer. Pour ne plus que la prospérité du reste du monde se construit sur la paupérisation des Africains, condamnés à l’indigence, pendant que leurs ressources naturelles, elles, ne subissent aucuns obstacles à franchir les frontières des pays qui justement se dotent de loi anti-immigrations profondément racistes, afin d’empêcher les Africains de gagner leurs territoires, l’Afrique doit se prévaloir d’instruments législatifs solides, au niveau de l’Union africaine, interdisant à tous ses membres l’exportation de matières premières et des produits agricole de base.

Pour que l’Afrique ne laisse plus ses partenaires capitaliser sur le chaos qu’elle connait pour maintenir leur standing actuel, le continent mélanoderme doit impérativement investir dans l’éducation de sa jeunesse. Et qu’importe ce qu’on peut dire de la révolution culturelle chinoise, elle a eu le mérite de construire le patriotisme du chinois de 2021. Voila l’avenue vers laquelle l’Afrique doit regarder.

Une révolution culturelle, économique, politique et sociale, tranquille et non violente, sans effusion de sang, est possible et constitue la clé de l’appropriation de soi, du réarmement moral et intellectuel pour pouvoir avancer la tête haute.
Nous souhaitons référer à ce modèle chinois avec des gants blancs en mains, tout en sachant que nous marchons sur des œufs et que les amalgames et raccourcis de mauvaise foi sont monnaie courant, dès lors qu’on regarde du côté de la Chine. Il n’est pas question dans cette réflexion d’un plaidoyer en faveur d’une politique d’extermination de masse, ce à quoi on réduit la révolution maoïste.

Ceci étant précisé, nous pensons que le développement rapide de l’Afrique passera par une révolution culturelle à la chinoise, tout en évitant, encore une fois, les pièges de cette révolution, qui conduisit à des pertes de vie. Nous plaidons donc la dé-lobotomisation du cerveau de l’Africain, afin que les fibres nerveuses sectionnées par des siècles d’aliénation mentale, culturelles, coloniale et religieuse, soient à nouveau ressoudées, pour que cette personne noire s’affranchisse de ce que le Mexique et l’Amérique latine appellent le malinchismo, ou l’autophobie.

Ce fut le pari de Mao Zedong qui soumettra son peuple, de 1966 à 1976 à une implacable révolution culturelle. Cette révolution n’était dans les faits qu’une période de dix ans, consacrés à l’acquisition par l’ensemble du milliard de chinois des prérequis du développement, dans le respect du nationalisme et protectionnisme. En substance, pendant une décennie, la chine s’est appliquée à l’acquisition des aptitudes du chinois nouveau, conscient des besoins et des meilleurs intérêts de son pays.

En un mot, la Chine a amené le chinois à prendre conscience des valeurs ancestrales et culturelles de son pays; à les approprier et à les défendre. Mao s’est efforcé à extirper l’exogène du Chinois. Au lendemain de la révolution culturelle, ou développement moral, le chinois moderne était prêt à s’attaquer au développement infrastructurel, et le résultat sera spectaculaire, voire insolent.

En 40 ans, soit de 1977 à 2017, la Chine réussira à réaliser ce que l’Occident a pris 200 ans pour réaliser. Voilà donc le défi africain, et comme le dit le président Akufo-Addo, l’ingrédient majeur du Grand bond en avant de l’Afrique est le « bon état d’esprit ». Cette expression renvoie exactement à la révolution culturelle, qui est le préalablement du développement, qui lui aura pour instrument, l’industrialisation.

La scission qu’exige un développement fondé sur des valeurs endogènes et le nationalisme attire ennuis, animosité, hostilité, férocité et agressivité des pays qui s’épanouissent du pillage des pays sous-développés.

Les ennuis actuels du Venezuela et de la Bolivie trouvent leur origine dans cette volonté de développement. Nous nous inclinons devant la mémoire des victimes du développement, y compris celles de la révolution chinoise, tout en invitant l’Afrique à se tenir prêt à affronter les obstacles de son développement. Il ne peut y avoir d’échappatoire.

Par Goïkoya Kolié, juriste