DÉVELOPPEMENT POLITIQUE OU ÉCONOMIQUE : L’AFRIQUE À LA CROISÉE DES CHOIX DEUXIÈME PARTIE CE QU’EN PENSENT DES INTELLECTUELS NON-AFRICAINS 

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Il n’est pas exagéré de souligner que l’Occident est sorti grand vainqueur de la guerre froide qui l’opposa pendant plus de quatre décennies à l’Union des république socialistes soviétiques (URSS).

Cette victoire sur le communisme n’a pas fait qu’éviter au monde de basculer dans une conflagration nucléaire aux conséquences incalculables. L’année 1989 symbolise l’exploit du bloc occidental, par la démolition du mur de Berlin et la désintégration totale de l’URSS. L’année 1989, c’est aussi et surtout, le début d’un nouvel ordre économique mondial, incarné par les politiques économiques du président américain Ronald Reagan et la première ministre britannique Marguerite Thatcher, à travers l’implémentation de la version améliorée de l’idéologie économique occidentale : l’économie de marché, connue sous le nom du consensus de Washington.

L’année 1989 accélère donc la mise en place du plan de développement du tiers-monde et des pays vaincus de la guerre froide, tel que conçu par le couple anglo-américain, en s’appuyant sur l’économie de marché prônée les institutions financières internationales (IFI) et le développement politique, c’est-à-dire la démocratie, comme l’incontournable point d’ancrage de tout développement. Contre toute attente, ce plan de développement ne fait pas l’unanimité dans la communauté économique en Occident même.

C’est le cas notamment du prix Nobel d’économie, Joseph E. Stiglitz. L’Américain s’attaque aux « gourous » de la thérapie de choc, enjointe aux pays du tiers-monde pour leur développement. Dans son livre : « La grande désillusion », l’ancien conseiller du président Bill Clinton, qui a démissionné en novembre 1999 de son poste d’économiste en chef et vice-président de la Banque mondiale, fait une sortie en règle contre les méthodes et prescriptions des IFI qui iraient, selon lui, à l’encontre de l’équilibre de l’économie mondiale.

La diatribe de Stiglitz en quatrième de couverture de son livre est textuellement résumé comme suit : « Aujourd’hui, la mondialisation, ça ne marche pas. Ça ne marche pas pour les pauvres du monde. Ça ne marche pas pour l’environnement. Ça ne marche pas pour la stabilité de l’économie mondiale. Son livre est un constat qui vaut réquisitoire : preuves à l’appui, il démontre que les règles du jeu économique mondial ne sont souvent fixées qu’en fonction des intérêts des pays industrialisés avancés – et de certains intérêts privés en leur sein -, et non de ceux du monde en développement.

Car, en effet, la mondialisation n’a pas seulement mis l’économie au-dessus de tout, mais aussi une vision particulière de l’économie, le fantasme du marché. Politique d’austérité, libéralisation des marchés des capitaux et privations sont appliquées aveuglément, en dépit de leur échec avéré, à tous les pays, en particulier aux pays en transition du Sud ».

Des pages 237 à 245 du livre susmentionné, l’économiste américain démolit, avec preuves factuelles à l’appui, les fondements du libéralisme économique et du corpus de mesures d’inspiration ultra libérale, concernant les moyens dits fer de lance de la croissance économique dans les pays en difficulté, tel que défendus par les institutions de Bretton Woods et le consensus de Washington.

JOSEPH STIGLITZ ÉCRIT :

« Si le gouvernement de la république tchèque, dirigé pas Vaclav Klaus, avait eu droit aux bonnes notes du FMI en raison de sa politique de privatisation rapide, sa gestion d’ensemble du processus de transition avait abouti à un PIB qui, à la fin des années quatre-vingt-dix, était plus faible qu’en 1989 (…) La Pologne et la Chine avaient mis en œuvre des stratégies nettement différentes de celles que préconisait le consensus de Washington (…) La Chine a connu le taux de croissance le plus élevé de toutes les grandes économies du monde au cours des vingt dernières années (…)

La Pologne a vite compris que la thérapie de choc était adaptée pour abattre l’hyperinflation mais pas pour changer une société (…) La Pologne n’a pas fait ce que le FMI lui a recommandé – elle ne s’est pas engagée dans une privatisation rapide et n’a pas mis au-dessus de toute autre préoccupation macroéconomique la réduction de l’inflation à des niveaux toujours très bas.

Mais elle a privilégié des aspects auxquels le FMI avait prêté une attention insuffisante, par exemple l’importance d’un soutien qui impliquait d’essayer de maintenir le chômage à un bas niveau, d’indemniser ceux qui étaient sans emploi, de revaloriser les retraites en fonction de l’inflation, et de créer l’infrastructure institutionnelle requise pour faire fonctionner une économie de marché (…) De même, le succès de la Chine au cours de la dernière décennie présente un vif contraste avec l’échec de la Russie.

Alors que la Chine a progressé à un taux annuel moyen de plus de 10 % dans les années quatre-vingt-dix, la Russie a régressé à un taux annuel moyen de 5,6 %. À la fin de la décennie, le revenu annuel en Chine (ce qu’on appelle le pouvoir d’achat) était comparable à celui de la Russie.

Alors que la transition chinoise a eu pour effet le plus grand recul de la pauvreté dans l’histoire (de 350 millions de personnes de 1990 à 208 millions en 1997, en utilisant le seuil, certes bas, d’un dollar par jour qui a cours en Chine), la transition russe a peut-être entraîné la plus grande augmentation historique de la pauvreté en si peu de temps (en dehors des guerres et des famines).
L’approche gradualiste des Chinois a esquivé le piège de l’inflation galopante qui avait marqué les thérapies de choc en Russie et dans les autres pays sous tutelle du FMI, avec toutes ses pénibles conséquences, dont l’assèchement total des comptes d’épargne (…)

Le gouvernement chinois a invité les firmes étrangères à venir participer à des joint-ventures. Elles sont venues en masse : la Chine est devenue le plus grand pays d’accueil des investissements directs étrangers parmi les marchés émergents.

Elle a entrepris, simultanément de créer l’infrastructure institutionnelle, des réglementations bancaires, des filets de sécurité. C’est après avoir mis en place ces filets de sécurité et créé de nouveaux emplois qu’elle s’est attelée à la tâche de la restructuration des vieilles entreprises d’État.

La tâche est loin d’être finie, l’avenir loin d’être clair, mais ce qui est incontestable, c’est que, dans leur immense majorité, les Chinois vivent beaucoup mieux aujourd’hui qu’il y a vingt ans (…) La stabilité est importante pour la croissance, et tous ceux qui connaissent l’histoire de la Chine comprendront combien la peur de l’instabilité est profonde dans ce pays de plus d’un milliard d’habitants.

En définitive, la croissance et la prospérité largement partagée sont nécessaires, sinon suffisantes, pour la stabilité à long terme. Puisqu’elle recherchait à la fois la stabilité et la croissance, la Chine a instauré la concurrence, fondé de nouvelles entreprises et créé des emplois avant de privatiser et de restructurer les firmes existantes. Si elle a compris l’importance de la macro stabilisation, elle n’a jamais confondu les fins et les moyens, et n’a jamais poussé à l’extrême la lutte contre l’inflation. Elle a bien vu que, si elle voulait maintenir la stabilité sociale, elle devait éviter le chômage massif (…)

Si la Chine a libéralisé, elle l’a fait progressivement, par des méthodes assurant que les ressources humaines ainsi évincées seraient redéployées dans des usages plus efficaces, et non laissées dans un chômage improductif. Enfin, la Chine a compris les dangers d’une libéralisation totale des marchés financiers, tout en s’ouvrant à l’investissement direct étranger.

Le contraste entre ce qui s’est passé en Chine et ce qui s’est produit dans des pays comme la Russie, qui se sont inclinés devant l’idéologie du FMI, ne pourrait être plus total. Sur de multiples points, la Chine, nouvelle venue dans l’économie de marché, s’est montrée plus sensible aux effets d’incitation de chacune de ses décisions politiques que le FMI. Le développement n’est pas simple : la rareté des succès le montre assez. Si la transition est difficile et le développement aussi, on voit mal pourquoi il serait facile de faire les deux à la fois. L’écart entre le succès de la Chine et l’échec de la Russie a d’ailleurs été encore plus grand dans la réforme de l’agriculture que dans celle de l’industrie.

J’estime que si les pays qui ne se sont pas conformés aux prescriptions du FMI ont réussi, ce n’est pas par hasard. Il y a un lien clair entre les politiques suivies et les résultats – entre les succès de la Chine et de la Pologne et ce qu’elles ont fait, et entre l’échec de la Russie et ce qu’elle a fait. Les résultats en Russie ont été, nous l’avons dit, ce qu’avaient prédits les adversaires de la thérapie de choc – mais en pis. Quand les échecs des stratégies de réforme radicales, en Russie et ailleurs, sont devenus évidents, ceux qui les avaient préconisés ont prétendu qu’ils n’avaient pas eu le choix. Mais, d’autres orientations étaient possibles.
Les résultats en Chine ont été exactement contraires à ce qu’aurait prédit le FMI, et tout à fait en harmonie avec ce qu’avaient annoncé les « gradualistes » – mais en mieux.

Pour se justifier, les partisans de la thérapie de choc font valoir que les mesures nécessaires à leur stratégie n’ont jamais été mises en œuvre pleinement. L’excuse n’est pas convaincante. En économie, aucune prescription n’est appliquée à la lettre ».
Encore aujourd’hui, de nombreux acteurs de la planète politique mondiale défendent ces politiques qui ont entrainé des guerres civiles en Afrique, des bouleversements socio-politiques, des mouvements de population et des migrations forcées vers les pays développés, initiateurs des politiques ici décriées avec véhémence par Joseph Stiglitz.

La privatisation des entreprises publiques était présentée comme l’outil majeur qui assurerait une meilleure efficacité et réduirait l’endettement des pays pauvres.

Le résultat fut tout autre. Si les entreprises des pays développés ont excellé dans les offres d’achat-hostile et réalisé d’immenses profits qui sont venus fausser le taux de croissance des pays concernés, cette croissance ne s’est pas traduite en développement. Joseph Stiglitz explique qu’elle ne pouvait pas se traduire en développement local, puisse qu’elle fût dessinée pour l’objectif qu’elle a atteint, celui-là qui consistait à extravertir l’économie du pays sous-développé et l’orienter vers l’étranger.

Dre Deborah Bräutigam, professeure d’économie politique internationale à l’Université Johns Hopkins, va d’une étude comparative des approches chinoise et américaine en Afrique. En conférence en août 2015, sur le rôle de la Chine en Afrique intitulée : « China in Africa, think again », Mme Bräutigam développe ce qui suit :
« La Chine propose à l’Afrique ce que le Japon lui avait proposé dans les années 70. À cette époque, le Japon prête à la Chine, une ligne de crédit de 10 milliards de dollars pouvant lui permettre d’industrialiser et moderniser l’exploitation de ses ressources naturelles, en achetant la technologie au Japon, avec l’assistance des spécialistes Japonais. Aujourd’hui, la chine offre à l’Afrique des lignes de crédit commerciales similaires à son expérience avec le Japon, en échange de toutes sortes de ressources naturelles.
Du côté américain, nous ne souhaitons pas mettre notre aide au service du développement de l’Afrique, car cela risquerait de concurrencer nos entreprises américaines.

Nous savons que nos agences de développement ne peuvent aider à mettre sur pieds à l’étranger des entreprises. Nous ne souhaitons pas que notre aide serve à créer des industries qui pourraient nous concurrencer. Pourtant, les payer africains ont besoin de s’industrialiser, ce sur quoi nous ne nous concentrons pas. Nous ne nous concentrons pas non plus sur la création d’emploi en Afrique.

Le congrès américain s’oppose d’ailleurs à la construction d’’industries avec l’aide publique américaine; d’industries qui pourraient concurrencer les nôtres. Nous savons aussi que l’Afrique est immensément riche. Nous savons également que les richesses du continent africain ne sont pas exploitées. En même temps, nous n’avons pas réussi à établir un pont entre les richesses africaines et le développement de l’Afrique. C’est pourtant ce que la Chine essaye activement de faire, en s’inspirant du modèle qui l’a lié au Japon dans les années 70.

L’Ambassadeur de Chine au Niger, donne un meilleur exemple. Vous savez, dit l’ambassadeur, les français sont au Niger depuis plus de 60 ans, et le Niger ne s’en sort pas du tout. En fait, les français y dominent l’industrie de l’uranium; malgré tout, les revenus annuels de l’uranium du Niger sont identiques à ses revenus en exportation d’oignon. Nous pensons que nous pouvons faire mieux en aidant le Niger à accroitre ses revenus dans l’exploitation de ses ressources naturelles.

Nous pensons erronément que les Chinois sont des nouveaux venus en Afrique, pourtant, ses relations avec l’Afrique remontent à la dynastie des Ming, entre 1368 1644. La chine est fière d’expliquer que contrairement aux européens qui à cette époque considéraient les africains comme des mules et des marchandises, la seule marchandise à laquelle elle était intéressé était des plantes, des girafs et autres animaux.
La Chine revient sur le continent à la faveur des indépendances.

Elle fait son grand retour dans les années 70, profitant de la guerre froide, avec un véritable programme de développement dans plusieurs pays, avec notamment, la construction en Zambie, d’un chemin de fer permettant au pays de contourner le pays de l’Apartheid et de pouvoir exporter ses ressources, non pas vers la Chine, mais plutôt vers l’Ouest. Nous pensons que les chinois sont en Afrique uniquement pour les ressources naturelles de ce continent.

Je dois souligner que les ressources naturelles sont effectivement l’objectif premier des Chinois en Afrique. Cette affirmation s’applique à tous les autres pays qui sont actifs en Afrique, soient : les États-Unis, les pays de l’Union européenne, le Japon et bien d’autres.

C’est donc la nature de l’économie africaine qui explique cette posture chinoises. La Chine n’a pas créé cette situation, c’est ce qu’elle trouve sur place après le départ des européens. Une des choses que nous ne voyons pas, ce sont les infrastructures. D’après la Banque mondiale, l’Afrique devrait injecter 90 milliards de dollars par an en infrastructure.

Le continent n’y injecte pour le moment que la moitié. On estime que 80 % des routes africaines ne sont pas pavées. Ce que la Chine fait, elle s’occupe du pavage des routes. Les chinois ont pavé 60 000 km de route en Afrique depuis 2000.

La Chine apporte 40 milliards sur les 90 milliards de l’estimation de la BM.
L’aide chinoise à l’Afrique représente trois fois ce que l’ensemble des pays Occidentaux apporte à l’Afrique selon The Christians science monitor. Une publication du Wallstreet Journal expliquait en 2011, que la Chine avait donné en une année 80 milliards de dollars à l’Afrique.

Nous portons pour jugement que l’Afrique a besoin d’aide et de bonne gestion pour se développer, tout en estimant que notre aide est guidée par l’altruisme, bien que notre aide soit motivée par des intérêts personnels. Un regard contrasté sur les approches chinoise et occidentales en Afrique : nous soutenons que la conditionnalité qui accompagne l’aide peut améliorer la gouvernance tout en pensant sauver l’Afrique, (en tout cas, ce sont les présomptions caricaturales de notre politique étrangère). La Chine pour sa part, pense autrement et croit que les pays africains ont besoin d’investissements et d’infrastructures, pour se développer, car c’est cela sa propre expérience.

Les chinois croient que l’aide obéit à une bonne politique de stratégie diplomatique, tout en espérant que la bonne gouvernance résulte du développement économique impulsé par cette aide et ces investissements. Je pense que les ÉU commencent à suivre le chemin chinois.

Les règles de l’économie de marché instituées par le consensus de Washington, si elles ont été faites de bonne foi, dans le but réel et intentionnel d’aider les pays pauvres à sortir de leur léthargie et marasme, elles ont plutôt produit l’effet contraire. Pire, au niveau africain, elles ont facilité la corruption des élites avec le même modus operandi qui conduit à la soustraction du patrimoine de l’État d’immenses ressources naturelles à des prix défiant toutes concurrences ».

EFFETS DES AJUSTEMENTS STRUCTURELS : LE CAS DU ZIMBABWE

Sur la question du bilan de Robert Mugabe, le journaliste français René-Jacques Lique signale que le Programme alimentaire mondial (PAM) précisait en son temps, que la pénurie de la période de 2012-2013 au Zimbabwe était due à des conditions météo défavorables, à la rareté et au coût élevé des inputs agricoles comme les semences et les engrais, et au prix élevé des céréales dû à la mauvaise récolte de maïs.

Dans un entretien accordé en septembre 2013 au site d’information français: France/Infos intitulé: « Un autre point de vue sur le Zimbabwe », René-Jacques Lique, ancien journaliste à l’AFP, imperturbable ou provocateur, explique :
« Je n’oserai vous dire que le Zimbabwe ne va bien ni que son économie et ses secteurs sociaux sont performants. C’est une évidence.

Mais là encore, à qui la faute? Au seul Mugabe ou, pour partie aussi, la communauté internationale et ses bras armés que sont la Banque mondiale et le FMI? Et là encore, les médias ont de solides œillères quand il s’agit de comprendre pourquoi des secteurs comme l’éducation ou la santé sont en ruine.

Est-ce que Mugabe s’est levé un beau matin en décrétant de réduire les salaires des fonctionnaires, des enseignants et du personnel soignants de 50 %, en décidant de la fin du contrôle des prix des produits de premières nécessités, en mettant fin à la gratuité de centaines de programmes sociaux, ou cela lui a-t-il été imposé dès 1992 par un plan d’ajustement structurel concocté par le FMI et la Banque mondiale?

(…) Pour ce qui est des compressions des dépenses de l’État, le Zimbabwe a dû subir dix fois ce que l’Union européenne impose à la Grèce aujourd’hui. Du jour au lendemain, on a décrété la misère pour tous. Alors comment s’étonner que les profs, les médecins ou les infirmières se soient exilés en Afrique du sud pour y trouver des salaires dignes de leur travail.

C’est même ce plan d’ajustement structurel très dur qui a fait émerger une opposition politique et a donné des ailes au syndicat que dirigeait à l’époque Morgan Tsvangirai, le Congrès zimbabwéen des Syndicats (ZCTU). En juin 1993, le prix de la farine de maïs, aliment de base des Zimbabwéens, a augmenté d’un coup de 54 %, à la suite de la suppression des subventions sur ce produit imposée par la Banque mondiale et le FMI. En même temps, le prix des transports a été multiplié par deux. Peut-on penser qu’en France, si du jour au lendemain, la SNCF et la RATP augmentaient de 50 % leurs tarifs cela ne provoque pas un mécontentement populaire? À cette époque, un rapport de la Banque mondiale portant sur 15 pays africains, indiqua que le Zimbabwe était celui qui dépensait le plus pour ces services sociaux: 2.9 % de son PIB pour la santé et 8.7 % pour l’éducation, alors que la moyenne des autres pays n’était que de 1.2 % pour la santé et de 3 % pour l’éducation. Mais le FMI et la Banque mondial écrivent noir sur blanc que ces dépenses étaient « ANTI-ÉCONOMIQUE ET RÉTROGRADES ». (…)

Une deuxième comparaison pour mieux faire comprendre la réalité du Zimbabwe indépendant. Aurait-on pu imaginer que, lors de la signature des Accords d’Évian qui mirent fin à la guerre d’Algérie en mars 1962, que Paris impose que les colons restent sur le territoire algérien en possession de tous leurs biens? Impensable! C’est pourtant ce que Londres a imposé au Zimbabwe et à Mugabe, sans les aider par la suite à corriger les inégalités criardes qui en découlèrent. »

QUE COMPRENDRE LE LIBÉRALISME ÉCONOMIQUE ET LA LOI DU LIBRE MARCHÉ?

Lorsqu’au nom de la sécurité alimentaire de la France, l’administration Macron s’oppose à l’acquisition du géant de l’alimentation française Carrefour par la canadienne Couche-tard, alors que le projet d’offre d’achat-amical proposait 25 milliards de dollars canadiens, dans la pure tradition des principes édictées par l’économie de marché et le consensus de Washington; du côté africain, on observe ces réalités, tout en étant de plus en plus sceptique, dubitatif, partagé entre le sentiment d’être floué et la bonne foi de nos partenaires au développement.
À suivre.

Par Goïkoya Kolié, juriste