Dialogue politique : Les grands chantiers de « Petit président »

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Fodé Bangoura alias Petit président, nommé secrétaire permanent du Cadre du dialogue politique et social, a du pain sur la planche : concilier les intérêts du pouvoir et ceux de l’opposition. Surtout que l’UFDG de Cellou Dalein Diallo ne discutera qu’à la condition qu’on libère ses militants et alliés, son siège et quartier général (gardés par les pandores) et la route pour son chef et ses proches privés de voyage.
«Nous pensons qu’il est temps que chaque Guinéen prenne résolument l’engagement de promouvoir l’exercice d’une démocratie apaisée, l’unité et la réconciliation de tous les fils et filles de notre Guinée», écrivaient, dans une tribune publiée le 2 juin, Ousmane Gaoual Diallo, Ibrahima Chérif Bah, ( ex gouverneur ) de la BCRG et Cellou Tata Baldé, tous cadres (en bois) de l’Union des forces démocratique de Guinée.
Dans la soirée (et la précipitation), leur parti politique rappelle : «En tout état de cause, la position de l’UFDG par rapport au dialogue politique relève exclusivement de la Direction nationale du parti et de ses instances compétentes».
Dans la cité, les réactions pleuvent. Certaines d’entre elles flétrissent un parti va-t-en-guerre, hostile au dialogue, pire, insensible à la situation de ses militants emprisonnés, exilés… Des accusations confortées par l’attitude de certains militants de l’UFDG qui entrevoyaient derrière la signature de la tribune une prédisposition des auteurs prisonniers à se rapprocher du pouvoir.
Les mêmes préjugés ont accueilli cinq jours plus tard le retour d’exil de Soulay Thiâ’nguel, «discrètement gracié» par Alpha Grimpeur et «prêt à entrer dans le gouvernement», disaient ces mauvaises langues.
Après cinq années hors du bled, durant lesquelles l’ancien chroniqueur de votre satirique a perdu son père. Des médisances qui n’honoraient pas le parti et accentuaient la douleur des victimes.
Dos au mur, l’UFDG s’est donné une semaine pour rectifier le tir et renverser la vapeur. Le 9 juin, au terme d’une réunion extraordinaire, le Conseil politique du parti a pris des décisions on ne peut plus éclairées.
Il «demande à tous les militants et responsables de l’UFDG d’observer rigoureusement la discipline du parti et d’éviter de tenir, dans la presse et dans les réseaux sociaux, des propos malveillants à l’endroit de nos camarades détenus qui sont dans la souffrance ou d’autres cadres du parti pour leurs prises de position publiques».
Ce n’était pas trop tôt : l’intolérance de certains militants, y compris envers des personnes qui se sont donné corps et âme pour leur cause, ne pourrait que desservir le parti. S’il est plus aisé de céder aux avances et aux avantages du pouvoir, rester dans l’opposition exige courage, conviction et dignité. Qu’ils ne l’ignorent point.
Autres décisions importantes à l’issue de cette réunion, les préalables à toute négociation : «À l’issue des débats, il a été décidé, à l’unanimité, que le parti s’abstienne de tout commentaire sur la question du dialogue politique tant que: les cadres et militants de l’UFDG, de l’ANAD et du FNDC seront maintenus en prison; les bâtiments de l’UFDG abritant son siège et ses bureaux seront fermés et occupés par les forces de défense et de sécurité; le Président du parti, son épouse et ses proches collaborateurs seront arbitrairement privés de leurs droits et libertés de voyager».
La pression change ainsi de camp : Alpha Grimpeur est maintenant sommé de démontrer sa bonne volonté. En tant que chef de l’Etat, sa responsabilité ne saurait être écartée dans la fermeture du siège et du QG de l’UFDG, les restrictions de voyages et l’emprisonnement de des responsables du parti.
Il suffirait au Timonier de le vouloir, pour que ces mesures prennent fin. De son côté, le nouveau secrétaire permanent du Dialogue politique, Fodé Bangoura, devrait parvenir à l’en convaincre, pour l’apaisement de la situation sociopolitique.
Même si celui qu’on surnommait Petit président n’a pas des pouvoirs aussi élargis que ceux qu’il en avait aux dernières heures du régime de Fory Coco. Son patron d’aujourd’hui, c’était son pire adversaire hier. Conduire le dialogue en ayant ce souvenir en tête n’affectera-t-il pas sa sérénité ? On reconnaîtra le bon maçon au pied du mur.
Avec lynx.net