Gouvernance et médiocrité: Le bal de la déchéance

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Une terre où règne la médiocrité est vouée à tous les abus et à  l’échec. Le long cheminement de gâchis en tous genres que connaît la Guinée indépendante, notre pays, en est une éloquente illustration.

Sékou Touré ouvre le bal de la déchéance. Obsédé par la soif du pouvoir absolu, il s’ingénie pendant son long règne à éliminer systématiquement tous les cadres brillants qui peuvent lui porter ombrage lui qui n’avait que son certificat d’études primaires pour tout diplôme. Sa tyrannie a littéralement décimé la crème de l’intelligentsia de l’époque. La révolution culturelle, tant vantée par les thuriféraires du Parti- Etat d’alors, a plongé le système éducatif guinéen à son plus bas niveau, d’où toute une génération de jeunes à la formation sacrifiée.

Le successeur de Sékou Touré, Lansana Conté, ne cache pas sa totale ignorance des arcanes de la politique. Mais prenant vite goût au pouvoir, il s’entoure d’une horde de démagogues et d’apatrides qui lui inculquent l’idée qu’il est l’homme du destin dont l’œuvre doit s’éterniser, et voilà concoctée la funeste politique du ‘’ koudaisme’’
, garder le fauteuil présidentiel jusqu’à la mort comme son prédécesseur.

Le capitaine Moussa Dadis Camara surgit à la tête d’une junte, il s’empare du pouvoir. Incohérent et violent dans ses propos, exalté, il dissimule mal ses ambitions d’un pouvoir sanguinaire dont les prémices se révèlent par le massacre du 28 septembre 2009 où plus de cent
cinquante citoyens périssent pour avoir dit non à son projet de candidature à la présidentielle en gestation.

Le général Sékouba Konaté arrive, calme les jeux. Mais il va s’illustrer par d’habiles manœuvres à favoriser le candidat de son ethnie qui ne pouvait logiquement accéder au deuxième tour de la présidentielle de 2010. Maintenant c’est Alpha Condé qui vient boucler la boucle en instaurant une politique d’exclusion, d’ethnocentrisme et d’affairisme effrénés qui laisse la majorité écrasante des Guinéens au bord de la route. Dans ce climat délétère qui dure plus de cinquante ans déjà, c’est le sauve-qui-peut qui prévaut dans tous les secteurs
d’activé, les plus forts et les plus rosses écrasent impitoyablement les faibles ou les petits.

Le terrain est propice pour la culture de la médiocrité, le mérite ayant déserté notre pays depuis belle lurette. La politique devient le créneau le plus sûr pour se tirer d’affaire, pour se faire une place au soleil. Alors tout ce qu’il y a de perfides, de méchants, de cruels parmi les hommes et les femmes de ce pays s’engouffrent dans cette voie.

Un ami m’a dit récemment son dépit face à cet état de chose : « Puisque la politique est devenue le meilleur métier, l’unique voie pour s’enrichir, je me prépare à créer mon parti et à m’affilier à plus fort que moi pour décrocher un poste juteux quelque part dans
l’administration.

L’exemple de notre CENI est patent, sur vingt-cinq commissaires il n’y a pas cinq qui méritent ce titre par leur valeur intellectuelle et leur puissance de travail. »

In le Démocrate du 3 juin 2014