Guinée : « ma belle-famille m’accuse d’avoir tué mon mari parce qu’il a adhéré à un parti politique », Aissatou Sall

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En guinée, les femmes veuves sont souvent confrontées à des énormes difficultés. Elles sont victimes de tous les maux après la mort de leurs maris. Aissatou Sall âgée de 34 ans mère de 3 enfants est l’une des victimes. Elle nous raconte sa triste histoire à la suite de la mort de son mari.

 « Je suis mère de trois enfants dont deux filles et un garçon. Originaire de la préfecture de Pita dans la moyenne Guinée. J’étais mariée à Souleymane Bah qui est décédé dans un accident de circulation (moto) le 17 juin 2019.  Après sa mort, ma belle-famille a souhaité que j’épouse mon beau-frère et j’ai refusé. Parce qu’il me détestait depuis très longtemps. Il était toujours la source des problèmes entre mon époux et moi.

 Ils ont beaucoup insisté mais je n’ai pas accepté parce qu’il ne m’a jamais aimé, en plus de cela, il n’a jamais été gentil avec mes enfants. C’est pourquoi je n’ai pas voulu l’épouser. Un jour, c’était un samedi le 2 novembre 2019, mes beaux-frères et belles sœurs sont venus et ils m’ont fait sortir de force de la maison où mon mari m’a laissé.  Ils ont fermé la maison et ils sont partis avec mes enfants. Je les ai suivi et supplié pour que je puisse au moins partir avec mes enfants. Ma belle-mère est sortie me dire que tu étais venue ici seule et tu iras seule. Qu’aucun autre homme ne va élever ses enfants.

 Par après, une voisine nommée Djiwo Bah m’a conseillé de partir pour le moment, elle m’a même donné un peu d’argent pour mon transport. Et je suis allée à Coyah chez ma sœur. Depuis ce jour-là, je vis chez ma sœur. Quelquefois, je parle avec mes enfants par l’intermédiaire de ma voisine Djiwo Bah. Celle qui m’avait donné le transport lors qu’on m’avait chassé de la maison. C’est elle qui m’aide à communiquer parfois avec mes enfants.

Mais chaque fois que je parle avec eux (enfants), ils se mettent à pleurer en me disant qu’ils veulent vivre avec moi. Mes oncles ont beaucoup intervenu pour qu’ils me laissent retourner dans la maison où mon mari m’a laissé afin de pouvoir vivre avec mes enfants mais impossible. C’est ainsi, je les ai envoyés un message pour dire que soit on règle à l’amiable ou on passe par la justice afin que je puisse récupérer mes enfants et je reste là où mon mari m’a laissé. Après avoir reçu ce message, mon beau-frère a appelé le mari de ma sœur qui m’a hébergé, pour lui menacer en disant qu’il sait c’est lui qui me garde chez lui et s’il ne me chasse pas, qu’il portera plainte contre nous deux en disant que nous avons comploté ensemble pour tuer son frère parce qu’il avait adhéré le parti au pouvoir (RPG arc-en-ciel) parce que lui, milite pour le principal parti d’opposition UFDG.

Maintenant je suis là je ne sais quoi faire et je ne sais où aller. Là où je suis, c’est l’unique endroit que je connais pour me refugier. Ma mère vie au village. Je ne peux pas aller au village parce que je souffre de l’anémie. Je dois aller à l’hôpital à chaque fois »

Kadiatou Kamara